‹ Les origines de la religionChapitre 70 sur 219 · III. — EX VIRTUTE CAUSA · texte numérisé non relu

III. — EX VIRTUTE CAUSA

symboles, du point où nous sommes placés, les premiers hommes le tenaient religieusement pour quelque chose de plus ; qu’ils y incarnaient leur idée, et que c’étaient pour eux de véritables sacramenta eucharistica. La religion, du reste, toutes les fois qu’elle s’est concréfiée, ne l’a fait que de cette manière: issue d’un vague sentiment de la solidarité qui relie toutes choses et qui fait de l’ensemble « universel > une sorte d’ « unité » divine, elle n’a pu, en définissant et détaillant le Divin, le séparer de son expression, quiest restée tout aussi vivante dans ses termes réduits que l'était Panthée dans sa généralité. L’eucharistie catholique et tous les sacrements n’ont pas d’autre origine ; ici, seulement, pour expliquer la divine efficacité -de ce qui, dans la donnée chrétienne, ne pouvait plus être qu’un signe, on à eu recours à une transsubstantiation de la matière symbolique.

Or, parmiles symboles de l’idée de cause ou maternité, puisque c’est comme génératrice que la cause fut d’abord posée par la spéculation religieuse, ceux qui s'offrent les premiers dans l’ordre chronologique sont les élévations et tumescences terrestres, naturelles ou artificielles, et les cavités souterraines : les tumescences cons image du sein maternel en état de pregnation et les profondeurs et cavités comme ventre sacré de la divine mère. De là le culte des ballons ou montagnes à croupe arrondie; de là le symbolisme des tumuli, des pyramides, des grottes, des puits, des labyrinthes, des dolmens. D’autres symboles encore se rattachent à cette même idée de cause, mais ceux-ci ne sont plus exclusivement des symboles de maternité. Les tumuli surmontés d’un ou plusieurs cippes, les mains tout ouvertes ou à moitié repliées, les menhirs, . les termes, les colonnes isolées, les tours appartiennent à cette seconde catégorie. Ces derniers symboles supposent un développement-de l’idée originelle. Ici, en effet, la cause n’est plus conçue comme simple génératrice et mère ex se

ipsd : le mâle s’est posé, et la cause cosmogonique devient double, mâle et femelle, en attendant que le premier de ces en accapare pour lui seul toute l'énergie active du Divin. Il ressort de la progression représentée par cet ordre successif de symboles que la mère a existé avant le père et avant l'épouse, de sorte que, l’origine des choses s'étant d’abord offerte au regard de l’homme comme le résultat d'une génération, ainsi que nous l'avons dit, la mère fut, dès le principe, quelque chose de neutre, l’allemand Das Wars, alors que l'énergie masculine n'était pas encore tout à fait reconnue. Il paraîtra peut-être bien hardi de voir énoncer qu’il à pu y avoir un temps où la part essentielle du mâle dans l'œuvre de la génération n’était pas aussi incontestablement établie qu’elle semble l'être depuis le commencement de l'Histoire. Cependant, c'est la vérité : une induction rigoureuse le démontre.

J’ai dit que l’homme, soit comme développement de son propre type, soit comme modification d'espèce, était sorti de l’animalité. À quelque époque, dans le passé le plus éloigné, qu'il plaise de reporter le commencement des choses ; que l’on donne à la création la forme que l’on voudra, il sera impossible de faire entrer dans l'hypothèse un état qui ne soit point cause par rapport à l’état présent ou, en d’autres termes, dont l’état préseht ne soit la résultante nécessaire. L'état supposé sera donc du même ordre que le nôtre, par conséquent un état conditionnel et réductible. C'est-à-dire que, dans la série ascendante des états différents par lesquels la création a passé, je ne puis en imaginer un qui ne soit une modification ou un effet relativement à quelque chose d’antérieur. Il ressort de là que la création, telle que l’entendent les doctrines dites religieuses, en Supposant au point de départ des choses un état semiadulte dont les éléments peuvent toujours être décomposés et ramenés par l'analyse dans l’évolution sérielle, n’est qu'une pure imagination : la métaphysique peut s’en ac-

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