‹ Les origines de la religionChapitre 71 sur 219 · III. — EX VIRTUTE CAUSA s · texte numérisé non relu

III. — EX VIRTUTE CAUSA s

commoder, mais la science la repousse. Est-ce à dire pour cela que nous rejetions Dieu? Non, certes. Nous n’admettons pas l’œuvre arbitraire des sept jours de la Genèse, ni par conséquent le Créateur de l’état semi-adulte en question, mais, en réservant la notion de cause, qui échappera longtemps encore à notre impuissance, nous réservons aussi le principe de la vie et montrons plus de respect pour les vrais mystères divins que n'importe quelle Église. En quoi l’ignorant qui admet la création du fruit tout mûr et prêt à cueillir est-il plus religieux que celui qui du fruit et de sa saveur remonte à la fleur et à la séve et qui, dans l'arbre le plus majestueux, admire l'épanouissement d’un petit grain et dans ce petit grain lui-même l’harmonieux travail d'assemblage de l’imperceptible poussière du pollen? Et l'autorité qui impose à la raison du chrétien la croyance au miracle de l’eau convertie en vin des noces de Cana peut-elle, en conscience, se dire plus morale et plus religieuse que ma raison'à moi, parce que, au lieu de faire dépendre cette conversion d’un caprice, je trouve plus digne, plus noble et plus véritablement divin le merveilleux procédé de la loi qui, de l’eau tombée du ciel et pieusement reçue par la terre, fait dans le cep de la vigne la sève même dont se forme la grappe? Rien n’est grand, rien n’est vénérable comme la loi une et absolue qui constitue l’ordre cosmique ; à côté d’elle, le miracle, qui en est la violation brutale, a pour l'esprit consciencieusement religieux quelque chose de grossier et de répugnant. Pour l'avocat du Diable, comme on appelle, à. Rome, le ministère public dans les causes de héatification, tout miracle ést, à priori, de Satan, jusqu’à ce que l'Eglise ait prononcé par la bouche du Pape. Jabemus confitentem reumn !

Le miracle de la création étant exclu des données de l'observation et de la science, nous sommes donc obligés, pour retrouver l’homme primitif, de suivre sa piste jusque

sur les confins de l’animalité, où elle nous conduit effectivement d'étape en étape, se perdant ensuite dans l’immensité de la vie de nature, vie générale et d'ensemble, inconsciente et sans histoire. Eh bien, nous disons, et les faits le confirment, que les habitudes de la vie animale ne furent pas brusquement interrompues par l'invasion, lente, du reste, et progressive de la conscience, et qu’elles ne se modifièrent que par degrés, en opposant même de la résistance à l'établissement du nouvel ordre. Le vieux passé, à mesure qu’il s’éloignait davantage, dut même se colorer à la longue de ces teintes vagues, qui font de l'horizon une sorte de tabernacle divin, et prendre un certain caractère religieux.

L'animal a précédé l’homme sur la terre; la Bible le reconnaît elle-même : « Dieu, dit-elle, fit d’abord les animaux, chacun en son espèce, puis il dit: Faisons l’homme à notre image età notre ressemblance. > Une tradition rabbinique rattache ensuite l’homme à l'animal, etc’estpresque un dogme, dans l'Eglise chrétienne, qu Mar, avant sa chute, vivait en communauté avec toutes les bêtes sans distinction. Tout cela trahit, ainsi que nous le faisions observer au chapitre premier, une certaine réminiscence de l’état de nature qui a précédé l'éveil de la conscience.

Il y a dans Eschyle un tableau saisissant de ce qu'était l’homme avant l’histoire. C’est Prométhée qui parle, lui dont le pêché, comme celui d'Adam, a eu pour effet l'émancipation de la personne humaine :

« Stupides autrefois, dit-il, les hommes n’ont acquis que par mes bienfaits la raison et la sagesse. Ils voyaient « sans voir, ils entendaient sans comprendre. Semblables aux fantômes des songes, ils vécurent des siècles, con- « fondant tout pêle-mêle. Ils ne savaientse servir de rien. « Ils se mouvaient au hasard sans avoir la pensée !. »

mme

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