III, — EX VIRTUTE CAUSA
chapitre XII, où se trouve un récit identique, paraisse, en mettant en avant la beauté de Sarah, justifier cette interprétation, la nuance n’est pas dans le texte du chapitre XX et on ne doit pas l'y interpoler. Trois versets plus bas, il est dit qu'Abimelech, après avoir donné au patriarche hébreu des brebis, des bœufs, des serviteurs et des servantes, ajouta à cette générosité mille pièces d'argent. Or, il ressort des paroles adressées à Sarah par le roi de Gerar que ces mille pièces d'argent étaient bien le prix de l'achat de la femme, et ce qui prouve qu’il s’agit effectivement ici d’une sorte de coemption dans le genre de celles qui existent encore en Orient, notamment en Perse, et qui marquent la transition entre l’hétaïrisme pur etle mariage régulier, c’est que ce prix fut payé, non pas à l’époux, mais au frère. Nous verrons ultérieurement que, en l’absence du père et mari, qui n'existait point, et quand il n’y avait de famille que par la mère, la sœur était comme en puissance de frère issu du même ventre: « J’ai donné à ton frère, dit Abimelech à Sarah, mille pièces d'argent, pour te couvrir aux yeux de tous ceux qui seront auprés de toi; ce sera ta justification partout où tu iras. ! >» Les derniers mots de cette phrase, ceux que je souligne, ne sont pas très clairs dans le texte hébreu. La Vulgaté traduit : Quocumque perrexeris memento te reprehensam. Autant de versions, du reste, autant d’interprétations différentes. Toutefois, le mot du texte contenant l’idée de « droit » et de «justice », notre traduction nous paraît être celle qui ressort le mieux de la situation. De toutes manières, le prix alloué « au frère » et reçu par lui établit claïirement qu'il y avait eu marché, en même temps qu'il implique une reconnaissance positive de la puissance
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fraternelle et l'ignorance du droit marital, par conséquent aussi du droit paternel.
Le chapitre XX VI de la Genèse met la même histoire sur le compte d’Isaac et de Rebecca, avec le même Abimelech, roi de Gerar, pour fond du tableau, et le chapitre XII en avait déjà raconté une tout à fait analogue. Dans celle-ci, néanmoins, c’est contre le pharaon d'Égypte qu'Abraham avait cru devoir se mettre en garde. « Comme il approchait de ce pays, dit le conteur sacré, il parla ainsi à sa femme Saraï : Vois-tu, je sais que tu es belle femme. C’est pourquoi il arrivera ceci, c’est que, lorsque les Égyptiens te verront, ils diront : C’est sa femme ! Puis ils me tueront et te garderont. Tu diras donc, je t’en prie, que tu es ma sœur, afin qu’ils me traitent bien à cause de toi et qu'ils m'épargnent la vie en ta considération. » Il arriva, en effet, ce qu'Abraham avait prévu ; les Égyptiens trouvérent sa femme belle, la lui prirent et la menérent au pharaon, qui la rendit, lui aussi, quand il sut qu’elle n’était pas seulement la sœur de son hôte. Comme plus tard, le roi de Gerar, celui d'Égypte accompagna de nombreux présents la restitution de Sarah au patriarche.
Ce voyage d'Abraham en Égypte, où, suivant l’explication habituellement donnée de ces sortes de pérégrinations patriarcales, il allait s’approvisionner de blé, ne nous parait pas établi du tout. Il n’est guère possible, en effet, que, au sortir de Haran., le fils de Therach soit venu jusque-là d’une seule traite. D'ailleurs, la Bible dit bien qu’il descendit en Égypte, ce qui semble indiquer une direction du nord au sud, mais elle ajoute un peu plus loin, au chapitre XIII, que, en sortant de l'Égypte, il se dirigea vers le «midi » et que, « continuant toujours d'avancer dans cette direction méridionale, il arriva jusqu’à Bethel. » À moins d'admettre, ce qui, du reste, n’a rien d’arbitraire, que l'autorité des pharaons s’étendit, à l’époque, très-incertaine, du reste, où remonte l’histoire mise sur le compte