Fustel de Coulanges, La Cité antique, p
du père seul; chez les Aryas, autour du pere et de Je mère. Comment y aurait-il eu des matres familias dan F4 ces familles sémitiques où le père seul était pour tous ét où chaque enfant pouvait avoir sa mère particulière ? Ilne peut y avoir a’épouse véritable, non plus que de mère de famille, que par la monogamie, qui, à son tour, suppose à l'association de l’homme et de la femme une autre origine que l'enlèvement et la conquête. Si l’état social des peuples polygames a évidemment débuté par l'appropriation des femmes enlevées à la guerre, celui des peuples monogames ne peut s'être constitué tel que par ce que nous appellerons, avec M. Lubbock, « l’ésogamie ».
Il ya, dans la nature, des lois d’agrégation qui constituent la vie et l’unité de tout assemblage. Transportées dans le domaine plus vaste du groupement des genres, elles y développent, comme dans la formation de l'individu, une sorte d'harmonie nécessaire, sans laquelle il n’y aurait pas d'ensemble. De là les associations de besoins et d'intérêts analogues ; de là aussi l'instinct d’abord vague d’une solidarité, qui, à mesure que la conscience se dégage, prend. dans l’esprit la forme d’une loi divine et s'impose à lui comme une religion. Or, il est incontestable que l’ébauche d'association de l’état sauvage primitif eut ce caractère ; nous serions même disposé à croire que la terreur ou l’admiration qu’inspirait à l’inexpérience des premiers âges l’irrésistible puissance de la nature donnaït au respect du Divin et, par conséquent, à la religion telle quelle une physionomie d'autant plus raide que, ni la science acquise ni le mauvais exemple de plus savants n'étaient là pour y faire contre-poids. L'empire qu’exerce le magicien sur l'esprit et sur la volonté des populations chamaniques semble autoriser cette induction. La témérité des premiers initiateurs de la vie civile dut, en conséquence, provoquer nécessairement des résistances religieuses ; car la réforme attentait surtout à une loi de religion. Ces initiateurs,