‹ Les origines de la religionChapitre 83 sur 219 · III. — EX VIRTUTE CAUSA · texte numérisé non relu

III. — EX VIRTUTE CAUSA

“dans les conditions où la nouveauté se présentait et qu’elle < = offrir, pour pouvoir efficacement engager la lutte, = furent, à un moment donné, de vrais missionnaires, com= merçants ou soldats, à la facon des Phéniciens et des Arabes. Il y a, aux chapitres XIX, XX et XXI du livre des Juges, une histoire dramatique, qui, entendue comme elle nous semble devoir l'être, doit éclairer d’un singulier jour les commencements du patriarcat.

- Au temps où il n’y ayait pas encore de roi en Israël, « chacun faisant ce qu’il jugeait bon », dit cette histoire, évidemment rédigée sous les rois et d’après des souvenirs d’une époque tout à fait indéterminée ; quand il n’y avait aucune loi écrite, pas plus de livre de l’'Exode que de livres du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome, il arriva ce qui suit. Un lévite des montagnes d'Éphraïm, qui revenait de Bethléem avec sa femme et retournait chez lui, dut passer par Gabaa, où un vieillard lui donna. asile. Dans la nuit, les gens de la ville entourèrent la maison du vieillard, demandant à grands cris que l'étranger leur fût livré. Le maître de la maison leur offrit « sa propre fille et la femme du lévite », dans la pensée, est-il dit, de détourner sur elles une passion contre nature. Mais les Gabaïtes ne voulurent rien entendre. Le lévite fut done obligé de se présenter lui-même , leur amenant sa femme, qu’il abandonna à leurs outrages et dont ils abusèrent toute la nuit, comme s’ils n'étaient venus qu> pour elle, ce qui dut bien être réellement le cas, quoique les premiers versets du chapitre aient l’air de dire le contraire. Après avoir livré sa femme à des furieux qui l'avaient d’abord refusée des mains du vieillard , comme ils avaient refusé aussi la fille de ce même hôte, l'étranger put, en effet, tranquillement regagner sa couche, cù rien ne vint plus le troubler. Dès que le jour parut, il se leva, et, en ouvrant la porte de la maison, pour s’en aller et continuer son chemin, il trouva sa femme étendue sur le seuil et morte. Il

la prit, la posa sur son âne, et, de retour chez lui, il coupa le corps en douze morceaux, dont il envoya un à chacune: des douze tribus. À ce spectacle et au récit qui accompagnait probablement l'envoi, les Israélites s’écriérent : « Jamais rien de pareil n’est arrivé depuis que les enfants d'Israël sont sortis d'Égypte. » Ce qu'il y avait, pourtant, de nouveau, même en Israël, dans l’abominable crime des habitants de Gabaa, ce n’était pas le viol d’une femme... Pour soulever « depuis Dan jusqu’à Bersabée » une nation entière de gens dont l'humanité ne fut certainement pas la vertu dominante, ainsi que le prouve le massacre prémédité qui suivit de toute la tribu de Benjamin et de la population entière de Jabës-Galaad, où la fureur de la vengeance n’épargna « ni les femmes ni les petits-enfants » ; pour ameuter tant de colère et intéresser à l’offense d’un seu! tout un peuple, il fallait un autre motif que celui qui est donné par le livre des Juges. Le refus des Benjamites de s’associer à la campagne d’extermination contre ceux de Gabaa, la résolution même qu'ils prirent de les défendre, l’infatigable acharnement qu’ils y mirent, tout prouve, du reste, qu'on n’a point affaire ici au simple redressement d’un tort parfaitement défini et qu'il s’agit d’une cause générale, où les Benjamites étaient partie au même titre que les auteurs directs de l'attentat. La guerre contre Benjamin fut une guerre religieuse : ce fut la guerre du sémitisme patriarcal contre les derniers restes de cet hétairisme, dont nous constatons l’existence à l’origine de Chanaan, comme on la constate à l’origine de toutes les humanités, et qui avait ses sacra et sa dogmatique. Juda, suivant le récit biblique, en aurait été désigné le général par l’oracle du Bethel de Schiloh. Mais, Juda étant pris ici pour la tribu elle-même, non point pour une individualité simple, le rôle prépondérant qu’on lui fait jouer dans cette guerre semble indiquer qu'il y avait été engagé le premier et que les autres n'étaient que des auxiliaires ve—

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