III. — EX VIRTUTE CAUSA EE
lévite et qui était, lui aussi, Ephrathéen et « étranger à Gabaa !. » D’autre part, il ressort que, après avoir évité Jébus, parce que ce n’était pas une localité israëlite, notre voyageur ne croyait pointarriver dans une ville étrangère, de sorte qu’il jugea pouvoir se dispenser de faire passer sa femme pour sa sœur. C’est done à cause de sa femme qu’il lui fut fait un si mauvais accueil, dans un pays où l’hospitalité est, cependant, traditionnelle et à toujours été tenue, depuis le chêne de Memré jusqu’à nos jours, pour la grande vertu orientale. En refusant la fille du vieillard, en refusant ensuite des mains de celui-ci la femme du lévite et en laissant le lévite lui-même libre de regagner sa couche, quand il leur eut livré sa femme, les gens de Gabaa, dont les contradictions du récit biblique prouvent que l’ordonnateur des traditions nationales n’a pas compris le mobile, montrent clairement: 1° qu’ils ne sont point venus en masse, comme une troupe d’immondes bêtes affamées de luxure, pour forcer le refuge d’une femelle ; 2° qu’ils n'avaient pas plus l'intention d’abuser d’un homme que « les enfants et les vieillards >» de Sodome ?, joints à la foule accourue pour assièéger la maison de Loth, n'avaient pu vouloir abuser des mystérieux étrangers reçus par ce dernier; 3° enfin, que ce qu'ils voulaient réellement, c'était que le lévite, en livrant lui-même sa femme, fit un acte impliquant tout à la fois une sorte de renoncement à l’appropriation personnelle et une reconnaissance du droit de la communauté. Cette interprétation, la seule logique, interprétation qui, du reste, répond exactement à la transition de l’hétaïrismes au patriarcat, dans laquelle se trouvent pris les commencements du sémitisme, n’est pas seulement justifiée par les
1. Ipse de monte erat Ephraim et peregrinus habitabat in Gabaa ; homines AuTEM regionis illius erant filii Jemini. Telle est la version de la Vulgate, rigoureusement littérale, du reste. La pensée d'opposition est évidente.