Diogène Laerte
2 Ep. 11,28.
Il. — EX VIRTUTE CAUSA 119
faite au symbole de la main bis-sexuelle d'Anu et Anath.
Ces faits établis, le récit de la guerre d’extermination contre les Benjamites se trouve expliqué tout naturellement, et c’est dans la conclusion même que la :clef doït en être cherchée. La singulière promesse du verset 22, chapitre XXI des Juges: « Lorsque les pères et les frères des filles que vous aurez enlevées à Schiloh viendront se plaindre à nous, nous leur dirons: Faites-leur grâce, ear ils ne les ont pas enlevées comme l’homme enlève sa femme à la guerre, mais parce que vous les leur aviez refusées; la faute est donc à vous;» cette promesse, disons-nous, renferme tout le secret de l’histoire. S'il fallait prendre le verset au pied de la lettre, on se trouverait en contradiction avec tout ce qui précède. Il est, en effet, bien évident que, après avoir, tous ensemble à Maçpha, juré de ne point donner leurs filles en mariage aux enfants de Benjamin, les Israëlites ne pouvaient réserver une condamnation pour ceux d’entre eux qui agiraient en conséquence. Ïls n’ont donc pas pu dire : « Si ceux de Schiloh viennent se plaindre du rapt de leurs filles, nous leurs répondrons que la faute est à eux. » Cette réponse, qui figure dans le texte comme quelque chose d’éventuel, doit, par conséquent, être tenue pour l’excuse même opposée par les Benjamites à l'accusation portée contre eux, d’où il y a lieu de conclure que la vraie cause de la guerre fut l’enlèvement des filles Ephrathéennes par les hommes de la tribu voisine. P’autre part, le rôle prépondérant que joue dans cette guerre la puissante famille de Juda parait indiquer que les voisins du sud avaient, eux aussi, dans l'affaire un intérêt immédiat supérieur à celui des dix autres tribus. Si, néanmoins, ce fut plus spécialement le rapt de Schiloh qui détermina l'explosion, c’estque Schiloh était la ville sainte par excellence, la résidence de l'arche et des pontifes aaroniques, un grand centre sacerdotal, et que, en touchant à la chose du prêtre, c'était à «l'héritage de Jehovah Elohim» que
s’attaquaient les enfants de la main d’Ani. N'oublions pas que le Pierre l’'Ermite de la croisade fut un lévite d’'Ephraïm. Quant à l'attentat particulier des gens de Gabaa, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.
Il nous reste maintenant à prévenir une objection. Dans la transcription du nom d’Anu en caractères sémitiques, la premiére articulation du mot est figurée par un }} (ain), lettre dont la prononciation a dù être celle de lain arabe, le plus souvent un a emphatique un peu étranglé. En grec, dans la reproduction des mots où cette lettre se trouve, elle est généralement représentée par un « simple, quelquefois par un n ou un w. Or, dans deux des mots que nous venons de rattacher à ce même Anu, — Ben-Auni TR 12) et Beith-Aun GK ÿY2), — ce n’est pas un ain qui commence, mais une sorte de diphthongue aw, que les Grecs représentent d'ordinaire par w ou aœv et «6. Peutêtre serait-on tenté d’inférer de là qu’il manque à notre démonstration un élément lexique important. Ce serait à tort. Enffet, outre que l'ain et l’aleph (Jet K) sont deux lettres qui se permutent, nous avons une preuve directe de l'identité d'Aun et Auni, dans Beith-Aun et Ben-Auni, avec l’Anu de la Tour Zida de Babylone. En Egypte, où l'on constate l'existence du culte de cette dénomination sur des monuments de la plus haute antiquité, il y avait deux villes consacrées à Anu, l’une appelée Anu-res, dans le sud, et l’autre appelée Anu-mehit, dans le nord, où la tradition, jusqu'au temps même du voyageur Wansleben!, plaait le berceau de Moïse. La dernière de ces villes, que les Grecs appelaient Heliopolis ou « ville du soleil », portait en copte un nom hellénisé en Qyv, qui est évidemment pour Anu. Or, en hébreu, cette même cité sainte est appelée hs qu'une double manière de ponctuer les consonnes fait prononcer Aun ou Aven: TN (Aun) dans la Genèse, XLI,