III. — EX VIRTUTE CAUSA
à sa mére, en la renvoyant. Or, il est dit du fils d’Agar, comme il aurait pu l'être de ceux de Ketoura, que ce fut la mére qui lui imposa son nom, tandis qu'Isaac reçut le sien de son père. Le verset 15 du chapitre XVI de la Genèse , qui n’est, avec le verset 16, qu’une conclusion sans Lien, en contradiction même avec ce qui précède, par conséquent une glose du compilateur, a bien l’air de dire que l'enfant d’Agar fut nommé par Abraham ; mais le verset 11, dont les éléments, comme celui de tout le récit, appartiennent davantage à la tradition, laisse entendre tout le contraire : « Voilà, dit à Agar le Malak ou Moloch dont la rédaction jéhovite a fait l’ange de Jehovah, voilà que tu es devenue enceinte, et tu enfanteras un fils que {x appelleras Ismaël. ». Le chapitre XXX VIII est, du reste, tout à fait précis à cet égard. Des trois enfants que Juda eut de la fille de Schoua le Chananéen, l’ainé seul reçut son nom de son père; ce fut la mère quinomma les deux autres. La fille de Schoua étant devenue enceinte, dit ce chapitre, « elle enfanta un fils, qu’ appela (igra) Er. Ayant conçu une seconde fois, elle mit au monde encore un fils, qu’elle appela (tegra) Onan. Puis elle en enfanta un troisième, qu’elle appela (fegra) Sela. » Tout cela est dit avec une intention que ne comprenait probablement plus le rédacteur jéhovite, mais qui était bien dans les textes élaborés. Or, nous remarquons que, dans la seule famille patriarcale: qui n’eut pas d’héritier exclusif, celle de Jacob, tous les enfants, depuis Ruben jusqu’à Benauni, recurent leurs noms chacun de sa mère. Le dernier seul, par une exception qui demeurerait inexplicable, sans la circonstance du double courant dont nous parlions plus haut, fut appelé à la fois par sa mère et par son père, et des deux noms qui lui furent successivement donnés, le premier nous reporte au pur chthonisme de l’époque primitive d’Anu, lOm-An ou « mère An» de Strabon, la Moledeth ou Mylitta des prostitutions sacrées ultérieures, et le second nous ra-
mène à l’époque secondaire de la séparation des sexes et du symbolisme phallique et hermaphrodisiaque de la main. Ce double aspect, dans le mythe de Rachel et de.Jacob,
est, du reste, confirmé par la tradition. D’après les Rabbins, en effet, la déesse Astarté, qui n’est qu’une des formes de l’Anath-Mulidith de Babylone, ne différait point, à l’origine, de Rachel elle-même, dont le gracieux nom a le sens de « brebis-mère »'. Nous verrons dans la suite que cette identification est parfaitement justifiée. Rachel, comme mère du troupeau, était, de même qu'Astarté, une dénomination de la maternité divine : le tumulus qui portait son nom et que Jacob lui aurait érigé à Bethléem? le prouve, et le verset 21 du chapitre XXXV de la Genèse contient un trait qui en est la confirmation. Aprés avoir élevé une colonne ou cippe phallique* sur ce tumulus, qui, ainsi que tous ceux de la période pré-historique, était un sein maternel 2n statu prœægnationis, le patriarche, dit le verset en question, alla établir sa tente au delà de la « tour d’Adar * ». Les Septante et la Vulgate traduisent « Migdol Adar » par la « tour du troupeau »; mais la Mi schna* mentionne une localité de ce nom, dont elle fait un nom propre, et saint Jérôme place une tour d’'Ader près de Bethléem. L'interprétation de la Vulgate et des Septante n’est donc que le résultat d’un mirage. Il ressort, de toutes manières, que la tour d'Adar et le fwmulus de Rachel étaient à Bethléem et près l’un de l’autre. Or, après avoir rappelé que le £wmulus, dont la pyramide n’est qu’une modification, avait été originairement une matrice, dans laquelle le mort, comme une semence jetée en terre, s’in-
1. J. Robinson, Dict. au mot « Ashtaroth 1 2. Genèse, XXXV, 20.