‹ Les origines de la revolution Ernest HamelChapitre 7 sur 10 · Ï22 LES ORIGINES · texte numérisé non relu

Ï22 LES ORIGINES

lèbrès,* ét devéhiï 1 étalement du monde.

Là France iie se doutait pas, â coup sur, qu'ëllè contenait àahs ses flancs une tëliè pléiade de gfarids hommes.

Dans le midi, c'êst Mirabeau, qù*un passe scandaleux recommandait surtout a la curiosité populaire.

Fils 'dé fcé maquis de Mirabeau, près* que iiluslfré iùi-mêmê, qu'on appelait l y Mï m hotiibàè, et dont il étôûBa là moùm&mi ïà sienne, il avâit en lui des passions grandioses et dé§ vices formidables.

S il avait, dans sa jeunesse, prostitue s"â pîûmë, -ét s*il était descendu au nie^

tier de libelliste mercenaire, il s'était

noblement relevé en écrivant, contre le despotisme, des pages immortelles.

Sa jeunesse tourmentée, persécutée, lui avait fait prendre en haine l'arbitraire et le bon plaisir, et sur son visage, affreusement ravagé par la petite vérole, rayonnait, dans sa beauté spleiidide, le génie de le liberté.

Repoussé dédaigneusement par la noblesse, lui noble, il lança contre elle l'anathème des Gracques, et se jeta dans les bras du tiers état, qui, prèssentant sa force, le reçut comme un fils, le nomma d'acclamation. En Provence il était roi, il était dieu. Des insurrec-

tions avant éclaté à Aix, à Marseille, à Toulon, il fit ce que n'avaient pu faire

Digi

les autorités, il rétablit Tordre par un mot, par un geste, par sa seule présence.

Des scrutins du tiers état sortirent des noms diversement fameux; Barnave et Mounier à Grenoble, Camus 'et Sieyès à Paris, Barrère à Tarbes, Le Chapelier à Rennes, attestèrent, par leur élection, la pénétration d'esprit des électeurs.

A Arras fut nommé un jeune avocat réservé à la destinée la plus orageuse, la plus illustre et la plus douloureuse peut-être qui se soit jamais vue.

Il s'appelait Maximilien de Robespierre.

Orphelin de bonne heure, boursier du collège ;Louis-le-Grand, où il avait fait

d'excellentes études, il était retourné tout jeune dans l'Artois, pour servir de père et de tuteur à un frère et à une sœur de quelques années moins âgés que lui.

Ses débuts au barreau avaient été brillants.

Une plaidoirie en faveur du paratonnerre , tout récemment importé en France, l'avait placé au premier rang des avocats au conseil d'Artois, et un prix accordé par l'académie de Metz à un discours de lui sur les peines infamantes, avait étendu sa renommée au dehors.

Activement mêlé aux luttes électoraies de sa province, il avait, dans des brochures de circonstance, rompu en

visière à l'aristocratie âpre et tracassière de son pays, et défendu ardemment les droits du peuple. Et la passion de la liberté n'était pas née en lui, comme chez Mirabeau par exemple, de • persécutions personnelles ; non, sa vie était austère ; s'il avait réclamé contre l'arbitraire et le despotisme, c'avait été pour d'autres que pour lui ; mais il était l'homme delà justice et du droit* et Ton peut dire qu'il portait en lui le génie de la Révolution.

Il s'en fallut de beaucoup que la noblesse et le clergé nommassent des députés égaux en savoir, en talents et en énergie à ceux du tiers état ; toutefois, ils n'en comptèrent pas moins des représentants illustres, et dont l'histoire a justement gardé les noms.

Lafayette , Clermont - Tonnér're , Adrien Duport/Lally-Tolendâî, kaury, Grégoire et queiqués autres contribuerent assurément à faire des états

généraux de 1789 , l'assemblée là

plus considérable eii talents dé tout genre, qui jamais se fût trouvée réunie pour discuter les affaires d'une nation.

Uè éMifers des fcailîiftfcïfc. .

Les députés élus étaient, po\ït là plupart, ceux qui avaient le plus contribué a rédiger les cahiers aéè bailliages. Cfertainémènï, on remarqué , dans les cahiers âes trois ôrclfeS, flé£

aspirations sincères vers le bien; niais quelle différence entre les cahiers de la noblesse et du clergé et ceux du tiers état ! C'est tout simple : les deux premiers ordres consentaient à quelques concessions indispensables pour conserver le plus de privilèges possible; le troisième réclamait des réformes radicales sur presque tous les points.

Le clergé insiste sur le maintien des communautés religieuses, et s'il demande que l'éducation publique soit

améliorée, c'est à la condition qu'elle sera entièrement abandonnée aux mains des prêtres.

Dans les vœux et doléances de la noblesse, on sent également percer au milieu de tendances vagues vers le bien

général, l'intérêt particulier désolasses aristocratiques.

Elle réclame des garanties en faveur de la liberté individuelle, etla-suppression des lettres de cachet, lettres dont elle était elle-même trop souvent vietime; mais ses recommandations les plus rigoureuses portent sur le respect dû aux privilèges nobiliaires et aux propriétés de toute nature.

Elle sent bien que, bon gré, mal gré, il lui faudra accepter sa part des charges publiques, et elle se soumet d'avance ; seulement, dit-elle, c'est par pure considération pour le monarque ; et, pour qu'il n'y ait pas d'assimilation possible entre elle et les gens de roture, elle veut qu'on désigne sous le

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nom de taille noble l'impôt personnel auquel elle sera assujettie. De plus, elle se réserve le privilège de porter seule Tépée, ét la propriété exclusive du d oit de châsse.

C'est dans les cahiers du tiers état qu'il faut aller chercher l'idée rénovatrice, la véritable pensée révolutionnaire

Établissement d'une constitution régulière, suppression de toute servitude personnelle et de tous droits féodaux, liberté individuelle, liberté de lapresse, responsabilité ministérielle, inviolabilité du scéau des lettres, égale répartition des impôts, gratuité delà justice, institution du jury, reformatiôn de la justice civile et criminelle;

Abolition des contributions indirectes, création des justices de paii, instruction primaire mise à la portée de tous, abolition de tous les privilèges at monopoles en matière d'industrie et de commerce, uniformité des poids et mesures, suppression des ordres religieux, admission de tout citoyen à tous les emplois et dignités ;

Convocation d'états périodiques, division du royaume en assemblées provinciales librement élues, création des municipalités électives dans les villes, bourgs et villages , séparation complète du pouvoir judiciaire d'avec le pouvoir exécutif, destruction des capitaineries <et du monopole exclusif «du droit de chasse au profit des classes nobles, tout cela est très-nette-

ment formulé dans les cahiers du tiers.

Il est facile de prévoir que, de la théorie à l'application, iljie saurait y avoir loin désormais.

Quelques notesj'discordantes, il faut le dire, troublèrent cependantfce concert de patriotisme.

On vit,— tant la manie duprivilége s'était répandue! — [certaines villes, certaines 'corporations contraster, par leurs résistances égoïstes, avec le sentiment général du tiers état.

Ici ce sont les marchands de drap qui demandent à êtrejmaintenus dans leurs droits et prérogatives ; là ce sont les Jïiaîtres perruquiers qui s'opposent à la

création de nouvelles lettres de maîtrise; les merciers, les orfèvres, les serruriers nantais élevèrent aussi des prétentions étranges. Ce furent là, heureusement, des exceptions.

Abstention du peuple.

Toutefois, ce qu'il est impossible de méconnaître, c'est que, dans ses débuts, la Révolution eut un caractère essentiellement bourgeois. Le peuple, à Paris surtout, prit assez peu de part au mouvement électoral. Les assemblées primaires des soixante districts étaient, si l'on en excepte celles des faubourgs, presque exclusivement corn?-

posées de gens ayant une position aisée ; et ce fut d'elles que sortit le premier pouvoir communal qui, à Paris, eut en main la direction révolution naire.

On y remarquait l'élite de la bourgeoisie, de riches marchands, des avocats, des notaires, peu d'artisans et pas de gens du peuple. Aussi Y Ami du roi écrivait-il mélancoliquement, en prévoyant le prochain abaissement des classes privilégiées : « Qui peut nous dire si le despotisme de la bourgeoisie ne succédera pas à la prétendue aristocratie des nobles? »

L'histoire de la Constituante semble jusqu'à un certain point donner raison à cette sorte de prophétie. Il faudra ar~

river jusqu'à la Convention nationale pour que la Révolution entre franchement dans le courant populaire.

Les élections de Paris, commencées vers le 20 avril, durèrent un peu plus de quinze jours. Les électeurs nommés par les assemblées primaires avaient à choisir vingt députés pour le tiers état, dix pour la noblesse et dix pour le clergé. Les opérations électorales s'accomplissaient avec un calme auquel on ne s'attendait guère, tant l'effervescence était grande dans les esprits, quand tout à coup un événement tragique vint en troubler le cours.

Pillage de la maison Réveillon.

L'hiver avait été dur, les ouvriers avaient beaucoup souffert.

Un bruit est répandu, lancé par on ne sait qui , qu'un des électeurs , nommé Réveillon, riche fabricant de papiers peints du faubourg Saint- Antoine, n'avait pas craint de soutenir, au milieu de la réunion du corps électoral, qu'un salaire de quinze sols par jour était suffisant à l'ouvrier pour vivre.

Aussitôt grand émoi dans le quartier.

C'était le 27. On s attroupe, on charge d'imprécations un mannequin représentant le malheureux Réveillon. Si on l'eût trouvé ce jour-là, il était mort.

Le lendemain sa maison fut envahie et saccagée ; il n'eut que le temps de se sauver à la Bastille, où il demeura caché durant un mois. Deux maisons voisines furent également pillées, dont l'une appartenait, parait-il, à Henriot, le futur général en chef de la garde nationale parisienne.

On déploya, tardivement, une force armée considérable. Les troupes, qui peut-être eussent pu prévenir tout accident si elles étaient survenues à temps, arrivèrent pour réprimer, et

se montrèrent, il faut le dire, impitoyables dans la répression.

Les pertes, du côté des soldats, furent insignifiantes ; mais le peuple eut cruellement à souffrir. Deux cents morts et près de trois cents blessés formèrent, dans cette déplorable affaire, le contingent de perte de ceux qui déjà s'intitulaient les défenseurs de la patrie,

De cet événement le peuple garda contre la royauté une rancune mortelle, et dès lors d'implacables colères s'amassèrent dans son cœur.

Quelques jours plus tard, le 5 mai, les états généraux s'ouvraient à Versailles, cette capitale de la monarchie de Louis XIV.

La veille avait eu lieu dans l'église Saint-Louis une messe solennelle d'inauguration, et Ton avait pu voir, aux acclamations qui avaient accueilli les députés du tiers, dont le costume sombre et grave formait un si étrange contraste avec les habits chamarrés et brodés de la noblesse, qu'ils étaient considérés déjà comme les seuls et véritables représentants du pays. On ne les appelait même plus les députés du tiers, mais bien les députés des communes, parce que la première dénomination semblait un reste de l'ancienne servitude.

Tout convergeait vers la liberté, et Tévêque de Nancy, M. de la Fare, ayant récriminé, en chaire, contre la barbarie des agents fiscaux, etretracé>

avec une éloquence vraiment chrétienne, les misères du pauvre peuple, des applaudissements étaient partis de toutes parts, malgré la majesté du lieu et la présence du roi et de la reine.

Ouverture des états généraux.

On avait disposé pour les séances des états généraux une salle en dehors du château, connue sous le nom de salle des Menus, où avaient siégé les notables.

C'était un vaste local où les douze cents députés et de nombreux spectateurs pouvaient tenir à Taise. Le 5,

vers une heure, Louis XVI parut, accompagné de Marie-Antoinette et de toute la famille royale. Il venait ouvrir en personne les états généraux, et il prit place sur lejtrône, ayant le clergé à sa droite, la noblesse à sa gauche, et en face les députés des communes.

Un profond silence se fît. Il se leva, salua l'Assemblée et prononça quelques paroles d'un vague désespérant. Il parla bien des retranchements à opérer dans les dépenses; mais il parut trop se préoccuper du désir exagéré d'innovations qui, selon lui, s'était emparé des esprits, et de la nécessité d'y mettre un terme par de sages avis. Personne ne fut satisfait.

Un discours assez insignifiant du

garde des sceaux Barentin fut écouté sans grande attention. On attendait avec impatience que Necker parlât.

Aussi, quand il ouvrit la bouche, y eut-il un recueillement profond. Mais il fut loin de répondre à l'attente générale. On espérait qu'après avoir présenté la situation du pays sous son véritable jour, il indiquerait les remèdes de nature à soulager promptement les maiix dont on soufirait, et signalerait les réformes radicales à apporter à la constitution du royaume* De ses paroles il résulta surtout ceci : c'est qu'il existait dans les finances un déficit de

plu» de cinqûante-six millions.

Il laissa bien entendre qu'il était l'ami du peuplé, mais l'ami impuissant,

isolé au milieu d'una cour hostile à toute innovation politique et sociale.

Son discours produisit donc un effet médiocre dans le public.

Suppression du journal de Mirabeau.

Mais ce qui, le lendemain, indisposa bien autrement les esprits, ce fut la suppression du Journal des états généraux, de Mirabeau, dont un numéro seulement avait paru.

L'arrêt du conseil portait qu'à l'avenir -aucun écrit périodique ne pourrait être publié sans une autorisation préalable.

C'était d'un mauvais augure pour la

liberté de la presse, qu'on s'était plu à regarder comme implicitement proclamée par Tédit de convocation des états généraux.

Mirabeau protesta en publiant immédiatement une nouvelle feuille qu'il intitula : Lettres à mes commettants.

Les représentants du tiers état de la ville de Paris intervinrent énergiquement dans cette affaire. Par un arrêté public, ils dénoncèrent l'arrêt du conseil comme une violation de la liberté de la presse réclamée par toute la France, et invitèrent les états généraux à en demander sur-le-champ la révocation. Telle fut, dans les affaires générales du pays, la première intervention de cette Commune de Paris, appelée

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à jouer un si grand rôle dans la Révolution.

Vérification des pouvoirs.

Dès la seconde séance des états généraux, une scission profonde éclata entre les députés du tiers état et ceux de la noblesse et du clergé, à propos de la vérification des pouvoirs.

Se ferait-elle en commun ou séparément? Telle était la question brûlante que le gouvernement avait eu le tort de ne pas trancher lui-même dans le sens le plus libéral.

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La vérification en commun entraînait nécessairement le vote par tête, ce qui rendait inévitable la prépondérance du tiers état ; et voilà pourquoi les deux premiers ordres y résistèrent avec tant d'opiniâtreté.

De part et d'autre on nomma des commissaires pour essayer de s'entendre. Le clergé, dont un grand nombre de membres sortaient des classes populaires, parut assez disposé à se réunir aux communes; mais la noblesse , excipant de ce qui s'était passé aux états généraux de 1614, ne voulait rien rabattre de ses exigences.

Le tiers état, qui avait donné aux deux autres ordres un délai pour se décider, délai passé lequel il était

\ résolu à agir sans le concours de la \ noblesse et du clergé, persista dans pes légitimes prétentions. Il avait l'avantage de se réunir dans la salle <|Ommune et de délibérer en présence du public, ce qui déjà, par anticipation, lui donnait l'apparence d'une assemblée nationale.

Les choses traînèrent ainsi en longueur jusqu'au 28 mai, jour où la cour, fortement alarmée des diverses résolu- - tions prises par les communes, résolut d'intervenir dans le débat, et proposa sa médiation pour le rétablissement de la bonne harmonie entre les trois ordres.

Le tiers venait justement de se renforcer des vingt députés de Paris,

dévoués, la plupart, aux idées nouvelles. Au message du roi, il répondit par une adresse pleine de déférence et de fermeté, où il rejeta sur l'obstination de la noblesse les retards apportés aux travaux des états généraux.

Les conférences se rouvrirent sous la présidence du garde des sceaux; mais elles ne purent aboutir à aucun résultat satisfaisant, et, le 9 juin, les commissaires des trois ordres se séparèrent sans avoir pu se mettre d'accord.

Déjà Ton était dans l'attente de grands événements. Paris s'agitait d'impatience. La disette menaçait les provinces ; des bandes affamées parcouraient les campagnes, et réclamaient à main armée, dans les châteaux et dans

les fermes, une assistance qu'il eût été dangereux de leur refuser.

En prévision d'une lutte possible le gouvernement massait autour de la capitale des forces considérables. Ce n'était pas le moyen de calmer les esprits, au contraire. Et pourtant la cour eût eu grand besoin de se rallier les cœurs, et de chercher en dehors d'elle, par d'adroites concessions, des consolations et des appuis; car, pendant la durée des conférences, un grand deuil était venu fondre sur elle : le jeune dauphin, à peine âgé de sept ans, était mort.

Frappée comme mère, aigrie comme reine, Marie-Antoinette tomba dans une mélancolie profonde; mais elle ne

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plia pas. Sa fierté fut plus forte que la douleur et l'infortune. Au lieu de pousser son faible mari à se mettre lui-même franchement à la tête du mouvement, elle l'encourageait dans

cette voie fatale de résistances désespérées, au bout de laquelle ils devaient l'un et l'autre se heurter à l'échafaud.

Efforts impuissants ! La Révolution s'avançait toujours, formidable et irrésistible, prêté à renverser tous les obstacles.

Ultimatum du tiers état.

Le 10 juin leâ communes, décidées àen finir, prirent un partisuprême : sur

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une motion de Sieyès, elles convinrent d'inviter une dernière fois les membres du clergé et de la noblesse à se réunir à elles, en les avertissant que dans une heure il allait être procédé à l'appel de tous les bailliages, puis à la vérification des pouvoirs, et qu'immédiatement il serait donné défaut contre les noncomparants.

Il fut fait ainsi qu'il avait été dit.

Trois jours après parurent trois curés du Poitou, dont l'histoire doit garder les noms : ils s'appelaient Lecesve, Balard et Jallet. Le lendemain ce fut le tour de Grégoire. L'élan était donné; une foule d'autres se rendirent bientôt, dociles au conseil que leur avait donné Robespierre, lorsque, répondant à l'ardievêque d'Àix, qui, au commencement

raux ? Telle fut la question qui s'agita dans la séance du 15. La chose était impossible, puisque les trois ordres n'étaient pas présents.

Beaucoup d'esprits, d'ailleurs, songeaient dès lors à supprimer cette division choquante, en dépit des Mounier et des Malouet qui, épouvantés des audaces de leurs collègues, se disposaient à réagir contre les idées d'émancipation auxquelles ils s'étaient d'abord associés. À la suite d'une discussion qui dura trois jours, discussion dans laquelle on entendit Thouret, Barnave, Le Chapelier, Sieyès, Camus, et où Féloquence de Mirabeau brilla d'un incomparable éclat, les communes prirent, à une immense majorité, le titre d'Assemblée nationale.

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C'était la Révolution qui s'affirmait.

Le jour même (17 juin), pour faire acte de souveraineté, l'Assemblée déclara illégales toutes les contributions perçues jusqu'à ce jour, et néanmoins elle en autorisa la perception provisoire jusqu'à nouvel ordre. De plus, elle mit toufe les créanciers de l'État sous la sauvegarde de l'honneur du pays, et s'engagea à consacrer ses premiers travaux à l'examen et à la réparation des maux dont le royaume était affligé.

Ces graves résolutions, accueillies avec enthousiasme dans le public, causèrent à la cour une stupeur profonde.

On crut qu'on viendrait à bout des

communes au moyen d'une séance royale; elle fut fixée au 22; et d'ici là ordre fut donné au tiers de suspendre ses travaux, sous prétexte des préparatifs nécessaires pour cette séance.

On ne se doutait pas qu'on allait déchaîner les tempêtes.

Sonnent du Jeu de paume.

Le samedi 20 juin, jour d'immortelle mémoire, une foule considérable stationnait de grand matin aux abords de l'Assemblée, car on disait que le clergé en masse devait venir se joindre aux communes.

Les portes de la salle étaient fermées et l'accès en était défendu par un détachement de gardes françaises. Vers neuf heures les députés arrivent, on leur refuse brutalement l'entrée de la chambre de leurs délibérations ; les représentants de l'immense majorité du peuple français sont réduits à se morfondre pendant près d'une heure dans la rue. Pareille injure ne pouvait s'oublier. En vain, le président des communes, — c'était Bailly, député de Paris, — proteste énergiquement ; à grand'peine il obtient la permission de pénétrer dans la salle pour y prendre

les procès -verbaux de l'Assemblée.

Cependant une voix propose de se rendre rue Saint-François, au Jeu de

paume, que le propriétaire voulait bien

mettre à la disposition des députés du tiers.

On accepte avec empressement, et tous, Bailly en tête, se dirigent vers le local indiqué. C'est une salle pauvre et nue ; une table et quelques bans usés en forment tout le mobilier ; mais tout à l'heure, elle va resplendir d'une beauté étrange, inconnue, car l'âme de la patrie y palpitera d'enthousiasme.

Entre ses murs froids et tristes naîtra en France la liberté, et son nom, ce nom de salle du Jeu de paume, à jamais glorifié, vivra aussi longtemps que le monde.

A peine les communes étaient-elles en séance que Mounier proposa à ses

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collègues, sans se douter assurément des conséquences de sa motion, de s'engager, par un serment solennel, à ne point se séparer avant d'avoir établi et affermi sur des fondements solides la constitution du royaume.

Debout sur la table, Bailly lut d'une voix retentissante ' la formule du serment. Tous jurèrent entre les mains du président, et confirmèrent leur serment par leurs signatures, tous à l'exception <Tun député de Castelnaudary, nommé Martin, dont l'opposition fut constatée au procès-verbal, par respect pour la liberté des opinions. Il était six heures quand fut levée cette séance à jamais fameuse. Le sort en était jeté; l'Assemblée venait d'entrer à pleines voiles dans le courant de la Révolution. .

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Réunion du clergé.

Les communes s'ajournèrent au surlendemain; mais force leur fut d'aller chercher un nouvel asile : le Jeu de paume avait été loué par les princes.

Innocente petite malice, qui ne devait pas arrêter d'une [minute la marche des choses. On se rendit aux Récollets d'abord, puis dans l'église paroissiale de Saint-Louis. L'événement de la séance fut la réunion de cent quaranteneuf membres du clergé aux députés du tiers. Us venaient, dirent-ils, procéder à la vérification commune de

leurs pouvoirs, en attendant messieurs de la noblesse. Cette imposante démonstration devait bientôt vaincre lesrésistances des prélats et des quelques membres inférieurs de cet ordre qui s'obstinaient à demeurer à l'écart.

Séance royale.

Le 23 juin, date également célèbre dans l'enfantement de la liberté française, eut lieu la séance royale indiquée d'abord pour la veille.

Il pleuvait, et longtemps on laissa les députés du tiers se mouiller aux portes delà salle, tandis que lanoblessa

et le clergé prenaient place à Tintérieur.

Patience, les communes allaient, avant la fin du jour, tirer une vengeance glorieuse de cette avanie d'étiquette, en dépit des cinq ou six mille hommes de troupes qui entouraient l'Assemblée, comme pour comprimer toute velléité de résistance de la part des membres du tiers.

La séance s'ouvrit par quelques paroles fort insignifiantes du roi.

Il était de son devoir, dit-il, de faire cesser les divisions qui s'étaient élevées au milieu des états généraux.

Interdiction formelle des mandats

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