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Ainsi le mouvement succédaii au silence , ainsi la vie à la mort, et on peut dire avec raison que les moines furent les pères de l'agricallttre » les créateoi*s de la richesse territoriale.
Ils ne contribuèrent pas moins à la culiure des intelligences et à l'éducalion des peuples. On n'avait pas tardé à reconnaître que les monastères pouvaient rendre de grands services au clergé séculier comme établissements d*instruotion. Saint Patrice , initié par saint Martin lui-même à la vie monastique , donna celte direction aux couvents qu'il établit en Irlande. Sur la fin du v« siècle , Ailbe, Ficch de Slelty, Mel d'Ardagh, Moitheusde Louth et plusieurs autres, dotèrent leur patrie de semblables séminaires. On vit alors s'élever, sous le nom de Banchor^ deux abbayes fameuses Tune en Bretagne , l'autre en Irlande. Celle-ci compte parmi ses plus illustres religieux le fondateur do 1 abbaye de Luxeuil , celte grande école de sainteté et de prédication, où les cités les plus considérables de la Bourgogne envoyaient chercher des évéqueSi où Ton venait en demander pour lès localités idemi-paiennesde laNeustrie (1). Mais avant Luxeuil , le raonaslcre de Lérins avait, un des premiers en Gaule, donné l'exemple d'associer à la vie ascétique rétude et les discussions religieuses. C'est de Lérins qu'étaient sortis, an v« et au vi^ siècle, ces pieux prélats qui (â) traitaient en de savants écrits les questions importantes de la religion , combattaient Thérésie avec autant d'habileté que (le vigueur, et se délassaient ensuite tour à tour à charmer par des bienfaits les misères du peuple , à tourner en
Ùndryam^ » dans Je bois de Oeiri ( BioB, p. 183 ) ; Croyland > terre ma* récagcuse (Iffa. p. 1); 19lom^,]*ile des épines (Huo. , Gand., p. 3); Jartow ou 6ynMim, marais {id. , p. 9). « LurftABD, ÀMiqwitù 4e l'églité angîosax. , p. 180, note 2.
(1) V. le eh. suiv. sur te< Mirw t les sciences et les arts.
(S) " Lerinense coenobium.... in quod adolescentes aobiles • ianquam » ad celcberrimum quoddam liUerarum et virlutis cmporium, confu- » gieiNint. » aoLLATiD.j s Septembre, Vit, Agricolœ episc.Ai^nimsit.
quelques vers fleuris d'ingénieuses idées, de vives images: tels sont entre autres saint Hilaire d'Arles , saint Loup de Troyes , saint Jacques de Tarantaise , saint Eucher de Lyon y saint Césaire d'Arles , Maxime de Riez.
Le travail manuel dans un grand nombre de monastères n^éCait donc pas tellement exclusif qu'il ne laissât aux religieux le temps de se livrer à l'étude. Sous la dii eclion de leurs plus doctes frères, ils apprenaient les Ecritures, les lettres profanes (1), ils s'exerçaient au chant, ils s'occupaient de la transcription des livres, noble tâcbe que le savant chancelier Gassiodore mit le premier en honneur dans les deux couvents qu'il fonda aux environs de SquiUace, sa ville natale, et qui ne tarda pas à produire des chefs-d'œuvre, où la patience le disputait à Fart. Ainsi nous voyons que saint Wilfrid fit écrire les Evangiles en lettres d'or sur un parchemin couleur de pourpre, et qu'il les présenta à l'église de Rippon, dans une cassette d'or garnie d'une multitude de pierres précieuses. Nous lisons également dans les œuvres de saint Boniface, qu'il demande à l'alibesse Edburgc de lui écrire en lettres d'or les épîtres de saint Paul, afin de frapper par cet éclat les yeux des infidèles, et de lear inspirer plus de respect pour les saintes Ecritures (2).
Les travaux manuels d'ailleurs , dans leur application aux besoins de la communauté, demandaicnL la connaissance de certains arts, comme la pointure, l'architecture, la serrurerie, l'orfèvrerie; et ces arts, que les abbés et les évêques encourageaient et ennoblissaient encore» en les cultivant parfois eux-mêmes, devenaient de plus en plus l'apanage des corporations monastiques. L'exemple de saint Eloi dut trouver des imitateurs^ et les ouvriers ne manquèrent pas dans le monastère qu'érigea le pieux évéque à Solignac » prés de Limoges. Un de ses plus
(I) Saint Césaire , dans sa règle, prescrit ans religieuses mêmes (rêtadier les lettres {omnes liUerat diêeant) et de consacrer à cette étude deax
heures de la matinée.
(S) BoBfiF. epiH» Bm. PP. t. XIII.
dévoués amis, saint Didier de Cabors, construisit un oratoire d'une si belle archiieclure» qu'au témoignage des eontemporains on ne pouvait» en y entrant» se défendre de tomber en prière et de se croire en possession du paradis.
A Sainl-Gall, ii y avait un uioioe, nommé Totilon, qui, musicien, peintre et ciseleur, tantôt ravissait les cœnrs par les accents qu'il lirait de la harpe irlandaise , tantôt se plaisait à façonner quelque image édifiante, que se disputaient ensuite les églises de la France orientale. 11 achevait un jour une vierge destinée à la cathédrale de Metz, quand deux pèlerins vinrent lui demander Taumône. Comme ils se reliraient satisfaits : « N'est-ce pas sa sœur, » dirent-ils au clerc qui les avait introduits, « cette noble et belle dame » qui se tient à ses côtés, lui présentant le compas et lui 1 montrant ce qu'il doit faire ? « Or cette dame, dit l'hagiographe, c'était la mére de Dieu, qui venait aider son ouvrier. Gracieuse légende, qui peint admirablement l'idée élevée qu'on se faisait alors de l'art. — Dans la Grande- Bretagne, la reconnaissance de quelques historiens contemporains a immortalisé la science architecturale de saint Bennel et de saini Wilfrid. Les églises de Weremouth et de Jarrow, en répandant le nom du premier, ont fait longtemps l'admiration de ses compatriotes , et dans le ravissement où le jetait la dernière œuvre de saint Wilfrid, Ëddius, après deux voyages à la capitale du monde chrétien, jurait que l'Italie n'avait rien de comparable au monastère d'Exham. On sait que les moines d'Orient s'étaient lails le^ peintres et les propagateurs des images, et que ce fut là ce qui anima surtout contre eux les princes iconoclastes. iN'est-ce pas le moine Methodius, l'apôtre des Slaves, qui doit convertir (868) le khan des Bulgares , en lui peignant un tableau du jugement dernier ?
11 fallait en outre aux religieux des notions astronomiques et njalliématiques^ ne fût-ce que pour déterminer les fêtes mobiles et pour composer les cycles qui en fixaient
Tépoquc. Les couvents étaient donc véritablement les dépositaires des sciences, des lettres et des arts ; et Ton coinpreDd toute rinfluence que leurs écoles devaient exercer sur les esprits, soit pour arracher les demiers^n^rmes . du paganisme, soit pour arrêter les progrés de l'hérésie et mettre un terme aux persécutions.
Aussi ces écoles en firent-elles bientôt éclore d'autres: 1^ les écoles dites catiiédrales ou épiscopales, parce qu'elles s'élevaient pour ainsi dire à l'ombre de chaque évéché ; elles semblent du reste avoir eu une destination a^sez restreinte, et s'être bornées à former pour l'église des lecteurs et des chanteurs; 2° les écoles decampayue: celles-ci contribuèrent à propager dans les lieux les plus reculés les bienfaits de Tinstruction. Leur tondation ne re* monte pas en Gaule au delà du vi» siècle ; mais Tltalie en possédait depuis longtemps déjà, comme on le voit par le canon du concile deVaison (529), qui porte que, a d'après » la coutume utilement pratiquée dans toute Tllalie, lous » les prêtres do la campagne recevront chez eux les jeunes
> lecteurs non mariés, pour les élever, ainsi que de bons
> pères, leur apprendre à lire et à écrire, et les in- » struiredansla loi deDieu«» Ce canon, qui devait fonder l'éducation du moyen-âge, fut reproduit, commenté par le concile de Tours en 567, pnr ceux de Tolède en 624-, de Glif, de Liège, et par le concile général de Gonstantinople en 680 (1). C'était en répandant ainsi les lumim^ que l'Eglise entendait combattre ses principaux ennemis, l'ignorance et l'orgueil , qui sont encore aujourd'hui les plus terribles fléaux de la religion et de la société.
IV. Vertus des Saints ; leu7' influence. — 11 est assurément remarquable que ce sont les monastères^ les écoles qui ont donné à TËgiise le plus grand nombre de saints et les plus Illustres. Mais, qu'ils aient ou non suivi la règle
(I) Pour Ict détails relatifs aux écoles^ v. le cbap. suivant.
(les monastères, qu'ils aient été ou non lormés, initiés dans les cloîtres à ia pratique du bien» il est certain que les vertus des saints ont poissamnient combattu pour rfigUse, et contribué i émoasser les armes et à diminuer le nombre de ses ennemis. De quelle subtîme éloquence, de quelle magique austérité ne devait pas être empreinte en effet celte perpétuelle prédication de Texemple, qu'oilrail leur vie austère et dévouée! Combien leur attacbement inviolable à la foi, lenr entière soumission aut décrets de rEglise, leur sang versé pour la gloire de la religion, ne devaient-ils pas émouvoir les esprits grossiers, mais simples des peuples barbares î Et ce courage avec lequel ils reprenaient les ^n^ands et défendaient contre leur orgueil despotique la misère des petits, cette charité immense dont ils prodiguaient à Tinfortone les inépuisables trésors» ces bienfaits sans nombre qu'ils répandaient autour d*em , vivants, par leurs lumières, morts, par les prodiges qu'opéraient encore leurs restes vénérés, ou que de pieuses légendes attribuaient à la crédulité naïve de ces temps, tout cela n'était-il pas propre à éveiller ou à entretenir dans leurs cœurs» avec la sensibilité morale» l'amour du bien et da beau, et en même temps à reposer, & soulager Fftmè humaine du spectacle des crimes et des vices qui l'assaillaient de toutes parts? On a pu voir du reste dans le cours de cet ouvrage comment l'histoire d'un grand nombre de saints se liait intimement à celle du mouvement politique de la société; et le récit» même abrégé» de leurs éminentes qualités, que rehaussait ^ général un savoir profond, a pu nous révéler l'influence qu'ils ont exercée sur les idées, sur les mœurs, sur le progrés de la civilisation. Qu'il nous suilise maintenant» pour en mieux faire ressortir encore le caractère» de rappeler ici, parmi tant d'autres, les noms des Âlhanase» des Ambroise» des deux Augustins» des Avit» des Gésaire^ des Benoit, des Golomban, desBoniface, de saint Jean rAuraunier, de Dèdc, de Léon-le-Grand, de Grégoirele-Grand» et d'ajouter à ces noms si justement célèbres ceux
de quelques autres saints pris pour ainsi dire au hasard dans la foule des gloires de l'Ëglise.
Saint Kentigern , sorti du sang royal des Kctes, vers Tan 516, et appelé à Tépiscopat par les suffrages de ses compatriotes, sut, parla vertu de ses austérités et de sa parole, ruiner l'idolâtrie dans son diocèse de Glascow, et préserver son troupeau du venin du pélagianisine; puis , inspirant à plusieurs de sos disciples le désir d'étendre le royaume de FEvangile , il les envoya prêcher la foi au nord de TËcosse, dans les îles d'Orkney, dans la Norwége et Tlrlande. les rois, ses parents, n'entreprenaient rien sans le consulter, et Taid aient à réformer les mœurs de leurs sujets. Pleins de reconnaissance pour son dévouement à leur salut, ceux-ci lui donnèrent le surnom de Mungho\ le bien-aimé , sous lequel les Ecossais l'honorent aujourd'hui.
Saint Hicet, que l'estime du roi Theuderic éleva d'une abbaye au siège épiscopal de Trêves, montra une rare ferme lé â censurer les désordres des grands. Comme il se rendait à la maison royale pour y être sacré, les courtisans qui raccompagnaient n'ayant pas craint de dresser leurs tentes et de laisser errer leurs chevaux dans les champs du pauvre paysan, Nicet, indigné, leur dit: « Hâtez-voos s de chasser vos chevaux de la maison du pauvre; autre- » ment je vous retrancherai de ma communion. ]» Mais eux lui répondirent en colère : « Que dis-tu là? Comment!
> tu n'as pas encore la dignité épiscopale, et déjà tu nous n menaces d'excommunication I — Il est vrai, répliqua-t*il, ♦ que c'est le roi qui me tire du monastère pour me faire T> évéque : en cela la volonté de Dieu s'accomplit ; mais la » volonté du roi» par l'opposition que j'y mettrai, ne s'ac-
> complîra point pour toute sorte de mal.» Et aussitôt il courut lui-même chasser les chevaux des terres qu'ils foulaient. Ce langage et cette conduite inspirèrent i' tous une grande admiration pour Nicet. — Cependant, sous le roi Théodebert, plusieurs seigneurs, à l'exemple du prince, tombent en d'étranges désordres et dédaignent les exhor-
talions el les réprimandes du saint. Celui-ci les frappe d'ex« eommunicalion ; ils méprisent la sentence , prétendent , malgré révéque, assister à ToiBce divin, et se présentent
à réglise avec le roi un jour de dimanche ; mais, après Toblalion, Nicel se tourne vers le peuple et dit à haute Toix : « i^ous ne célébrerons pas ici la messe aujourd'hui » que les excommuniés ne soient sortis de Téglise. » Yai* nement Théodebert proleste ; il n'ébranle point la fermeté du nouvel Ambroise, et finit par contribuer lui-même à Texpulsion des incc^ucHX , des homicides et des adultères. Bientôt il rompit l'union scandiileiise qu'il iivait contractée avec la belle Deulhérie , sa captive etTépouse d'un guerrier goth. — Nicet fut moins heureux avec Chlotaire : plus d'une fois il l'excommunia pour ses effroyables débauchesy mais sans convertir le barbare, qui l'exila.
Dans le même temps un autre saint, Hoi tensius, évpcfuc de Clermont» montrait à son peuple la même -sévérité envers les grands, la même charité pour les petits. Dès qit*il entendait crier un pauvre, il disait à ses clercs: « Allez-vite lui porter à manger ; c'est peut-être celui-
» là même qui nous dit dans 1 l:^vaiigile que c'est lui » qu'on nourrit dans les plus petits. »
A Angers , saint Aubin , tout en soulageant les malheureux par ses aumônes , en visitant les malades , en rachetant les captifs , s'élevait avec force contre les mariages incestueux , et travaillait dans les conciles à corriger ce criminel abus.
' A Bourges, saint Sulpice, touché des gémissements de son peuple, qu'un gouverneur avide venait de frapper d'un lourd impôt , après avoir inutilement prié le ciel de toucher l'oppresseur , obtenait du roi par ses larmes et ses menaces que les nouveaux registres fussent déchirés et la paix rendue à'son église.
A Nantes on vit saint Félix prodiguer ses biens aux pauvres, et par son éloquence arrêter les ravages des Bretons, adoucir l'esprit de leurs comtes, opérant ainsi par
la- seule autorité de sa parole et de son caractère, ce que n'avaient pu faire des armées entières avec toute leur bravoure. La paix une fols assurée, il entreprit ei acheva pour le bien public de grands ouvrages qui ont rendu son nom célèbre. Il détourna la rivière avec des travaux et des dépenses immenses, ainsi que nous l'apprend son contemporain et ami, Forlunat, et s'il faut en croire une tradition nantaise, c'est à lui qu'est dû ce canal de la Loire qui forme le beau port de la Fasse.
Un autre saint, né dans le Poitou, et téîfalien d'origine, tout en offrant par intervalles aux peuples de la Touraine le spectacle d'une rigoureuse réclusion , exerçait alors envers les pauvres la charité la plus compatissante , et poussait la sollicitude jusqu'à jeter des ponts sur les rivières pour n'avoir pas à pleurer leur naufrage dans les inondations.
A la fin du vil** siècle , saint Adkelme , d'une famille noble du Vessex , après avoir appris le latin et le grec au monastère de Saint-Augustin de Cantorbéry, et étudié dans celui de Meldun (Malmesbury) les arts libéraux, de retour dans sa patrie, compose en saxon des cantiques destinés à retenir le peuple qui, demi-barbare encore, attendait à peine que la messe fût dite pour s'enfuir de l'église. 11 se niellait sur un ponl à la sortie de la ville, et là, chaniunl lui-même ses cauLiqueSy il charmait , captivait la multitude y et lui insinuait peu à peu les vérités de l'Ëvangile, qu'elle n'aurait pas goûtées autrement. Saint Âdhelme , qui le premier fut donné pour évèque à Scliiiburn (Salisbury) (705) , n'étaiL encore qu'abbé du monastère de Meldun , quand un roncile qui se tenait chez les Merciens, le chargea d'écrire contre les erreurs :des Bretons touchant la forme de la tonsure cléri«« cale et la célébration de la Pâque. Le savant abbé adressa sa lettre au roi Géronee et au clergé de Domnonie qui faisait partie du royaume des Saxons occidentaux. Il y expose fortement la nécessité de se conformer pour la Pàque^
W règlement du concile de Nicée , et pour la forme 4e la*
!onsure à Tusage de TEp^lise romaine , puis il ajoute : < Pour résumer le luul en peu de mots, c'est en vain que » se glorilie de la foi calholique, quiconque ne suit pas » le dogme et la règle de saint Pierre. Car le fondement A de FEgUse et de la foi, placé principalement dans le » Christ et secondairement dans Pierre, ne vacillera jamais t aux assauts d'aucune tempête. Uapôtre Ta dit : Perj» sonne ne saurait poser un autre fondement que celui » qui a été posé, qui est Jésus-Chnst ; et c'est à Pierre » que la vérité a assuré le priviljège de l'Eglise, en » disant : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mm » Eglise (!).»> ^
V. Unité du Gouvernement d£ l'ëglisb. — Grégoire" le-Grand. — Voilà la foi qui, en faisant des chrétiens une communauté de frères , a assuré la forte unité de TEglise et enfanté dans son sein tant de merveilles : on croyait au Christ et à son représentant visible sur la terre (2). C'était ce représentant, ce vicaire qui envoyait porter la bonne nouvelle chez les sauvages de la Germanie et de la Grande-Bretagne , dissiper les ténèbres de ridolâtrie et transformer les enfants des hommes par la
0) Bibl. P.P., \. xitî , p. 8fi, 87 rt 88.
(2) « L élecliou du souverain poolife éiaW primilivcment lil)re , dit » Doi^LLiNGER, ( Manuel t t. i, p. 199 j. Oiioacre, le premier, défendit » d'y procéder sans son conseniemenl. Apr(?s lui, les rois Ostrogolhs en y» rétablirent et en maiutiiueiil l ancienne liberté, bien que Théodoric » éicYit Félix m, et Théodat, Sylvère sur le siège pontifical. Mais àpar- » tir de JusUnien, il fut d^usage que chaque papa demandât à Vempereur w la confiimalion de son ôli^ctiou ; les papes dorent même, après Grégoire- » le-Graod» payera leur avènement une sorUide taxe, que Constantin-le* 9 Barbu ( 668-695) [modéra d'abord à la prière du pape Agathon , et] » abolit ensuite, » en consentiinl qu'on n'envoyât plus à Constaniinopie le (It'rrrt d êlccliou , et qu'on ordonnât le pape après avoir obtenu l'approbation de l'exarque de RaMnne. La ruino de rnnlorité des empereurs byzantins à Rome rendit naturellement aux élections leur caractère primitif.
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glulîlication de riiumililé et de la chanté , c'était lui qui* animait les religieux à multiplier au milieu du monde l'omain et chez les barbares ces colonies chrétiennes dont les efforts de zèle et les excès de rigueur sur ellesmêmes étonnaient, frappaient d'admirotion le resie des hommes ; c'était aussi par lui que se tenaient les conciles chargés de défendre la pureté de la foi conlre les fauteurs d'hérésies , de réformer la discipline du clergé et de veiller sur les mœurs de la société. Plus d'une fois enfin la générosité des papes sauva les villes de la misère , plus d*une fois leur intervention arrêta les ravages de? conquérimls barbares cl épargna le sang des nations. Qui ne se rappelle avec émotion le dévouement de Léon-le- Grand, de Grégoire-le-Grand, de Grégoire II, de Grégoire IJI, de Zacharîe , et qui refuserait de reconnaître le bienfait de leur héroïsme? Ces pontifes du moins ont été heureux, et ce n^est point assurément la puissance des armes qui a fait le succès de leurs pieuses entreprises ; leurs armes , c'était la prière et la vertu propre de leur caractère sacré; et s'ils avaient un patrimoine à administrer, ce patrimoine était celui de saint Pierre et des pauvres. Mais il arriva que des souverains, dans leurs luttes avec la papauté, se veo* gèrent de ses résistances en usurpant une partie des domaines dont la piété d'oulres princes avait enrichi l'Eglise. Quelques-uns, poussant plus loin l'impiété, osèrent conspirer contre la vie ou l'honneur d'innocents pontifes , enchaîner leur liberté , renouveler pour eux les supplices des martyrs. On vit Symmaque exilé pour un crime imaginaire, en attendant qu'on lui trouvât des juges, Jean mourant dans les cachots de Ravenne , Vigile retenu huit ans à Constanlinople , et contraint par la violence de signer un décret impérial, que sa conscience réprouvait, Martin n'échappant miraculeusement au poignard qui devait le frapper à la Saînte-Tafole , que pour être enlevé traîtreusement de son palaib, liansporté à Constanlinople au milieu des outi^agcs d'une soldatesque brutale, jeté en prison comme
un criminel , et tiré de là pour aller mourir en exil , accablé de misère et de vieillesse ; enfin les trois Grégoire pressés entre Texarque et les barbares ; Grégoire II environné de sicaîreS) dont il n'évite les coups que -par Tamour et la vigilance des Romains ; et Zacharie contraint , pour assurer la liberté de Tltalie , d'en appeler à la puissance des fils aînés de l'Eglise. Il était temps , si la chrétienté ne voulait voir son chef aux mains d'un avide conquérant , et sa foi menacée par les prétentions de quelque philosophe couronné, que le Saint-Siège fût proclamé indé«pendant, et que la puissance temporelle vînt, pour proléger celte indépendance, s'ajouter à la puissance spiriLuelle des papes. Les circuastauces l'exigeaient impérieusement et y poussaient d'une manière irrésistible» il était réservé à la bravoure et à la générosité de nos rois de fonder les ElaU de l'Eglise , comme il vient d'être donné à la République française d'affermir l'œuvre de la monarchie. Ce n'était point agrandir la papauté , mais lui donner la paix nécessaire pour qu'elle pût travailler efficacement à la civilisation des peuples. Nous voyons bien aujourd'hui, dans la demeure étrangère o& les embarras de la politique retiennent encore Pie IX, que l'autorité des souverains pontifes n'a rien perdu de sa force et de son prestige. Quelle devait donc être leur influence dans les temps que nous venons de parcourir , surtout à partir du yip siècle, alors que, l'invasion barbare accomplie, fidèles à leur mission divine, ils entreprirent la grande œuvre de la régénération sociale!
La tâche était rude, on le sait. L'Eglise entourée de peuples païens ou hérétiques , et forcée de lutter sans cesse contre les prétentions de la cour de Gonstantinople , la Grande-Bretagne ramenée à Tidolàtrie par les Saxons-, la simonie désolant le clergé des Gaules, les Lombards menaçant Rome et le catholicisme, l'empire d'Orient pressé entre les Perses et les Avares, le schisme siégeant dans Aquilée, i Italie ravagée par une peste affreuse, qui venait
(l'enlever Pelage 11, lelle éîail la silualion du monde chrétien quand Grégoire-le-Grand s'assit sur la chaire de saint Pierre. Le nouveau pontife vit toute la grandeur du péril, «t déploya pour le conjurer une vigilance et une actÎTité qui ont fait dire de lui avec raison « qu'il fut pendant toiUe sa vie non-seulemenl le chef, mais l'âme el Tespi it vivifiant de loule l'Eglise (1). » 11 sut affaiblir le schisme d'Aquilée^ et arrêter les progrès des donatistes en Afrique» rappeler le dergé des Gaules et de TËspagne à Tobservation de Tantique discipline, défendre les intérêts de TEglise et des provinces italiennes contre les vexations impériales, les libertés romaines contre rambitinn des Lombards, les droits de l'apostolat contre les prétentions de Jean-le- Jeûneur, patriarche de Constantinople» qui osait s'arroger le titre à'osciiiménique ^ ou apôtre universel (2), malgré les remontrances et l'exemple du successeur même de saint Pierre, dont l'iiumilité se contenlail du nom de serviteur des- évêques, ou de serviteur des serviteurs de Dieu. En même temps Grégoire conquérait au Christ et réunissait sous son sceptre pastoral de nouveaux royaumes. A la voix de ses missionnaires» les Barbariciens de la Sardaigne et les Angto-Saasùns de la Grande-Bretagne sortaient de l'idolâtrie et [iienaient pari aux bienfaits dn christianisme. Ses propres exhortations gagnaient au catholicisme le roi des Lombards^ Agilulf, qui devait^ aidé de la pieuse ïhéode-
(1) F. VON Kkr7, Fortzetsttng dêr GetcfùchU der rdigiùn Jeiu von Stolberg, t. xx, |). 381.
(2) « La condtiitc el !a primauté de toute l'Eglise, écrivait saint Gré- » goire à l'euipereur Maurice, a élé donnée à saiut Pierre, et toutefois on » ne J'appela pas apôtre universel... Est-ce après touL ma cause particu- » Hère que je défciiUb? N'cbl-ce pas celle de Dieu et de l'Eglise. Nous » gavoDs que plusieurs évéqnes de Constantînople ont été Don-seulenieut » hérétiques^ mais hérésiarques, comme Nestorius et Macedonios. Si » donc celui qui remplit ce siège était évêque unirerael, toute l'Eglise » tomberait avec lui. Pour moi, je suis le serviteur de tons les évéques, » taut qu'ils vivent en évêqueR; mais, si quelqu'un élève sa tète ooatre » Dieu, j'espère qu'il n'abaissera pas la mienne, même avec le glaive. . . . » IV, cp. 31. Servut âervorum xiijpiff. 44. viii, ZO,
lindey coramencer à convertir son peuple, et la nouvelle de la conversion de Rekared, roi des Wisigoths^ venait remplir de joie son cœur paternel. Puis, afin de lier plus étoitement entre eux et au Sainl-Siége les membres de la société chrétienne, non moins que pour entretenir et fortifier leur foi, Grégoire, dans son livre Des sacrements ^ sou BénédieUanmire et son Aniiphùnaire (1)^ régla les rits et les cérémonies de TEglise, tels qu'ils sont en usage aujourd'hui, et y introduisit un nouveau chant, le chant grégorien,. dont la majesté frappe encore d'admiration les meilleurs juges en fait de musique. Dès son avènement à la papauté, jaloux d'assurer aux fidèles de dignes pasteurs, il avait, dans son PaUoral^ exposé les nombreux devoirs de Tépiseopat, et marqué le caractère de ses relations avec les personnes, suivant le sexe, Fâge, les conditions, les inclinniions, les dispositions permanentes ou passagères. Tant de soins et de travaux n'empêchaient point le saint ponlite de vivre en religieux dans son palais, et de surveiller jusqu'aux moindres détails de Tadministration des terres que r%lise romaine possédait en Italie, en Sicile et dans d'autres contrées plus éloignées. Il diminua Jes impôts des colons de ces terres, fit bâtir des hôpitaux, des maisons de refuge pour les orphelins et les pauvres, érigea des écoles^ et s'occupa sérieusement d'améliorer l'éducation de la jeunesse (2). En sorte que la vie de ce pape
(I) Caché pendant des siècles sous la poussière des Mbliothêques, œ dernier ouvrage vient d'être retrouvé, et par les soins du gouvernement et de rAcadcinie, savamment et richement édité. Des hymnes mêmes de
Grégoire-le-Grand, TEglise chante encore Primo dierum omnium ( Primo die quo Trinilas). le dimanche à matines, ainsi que Nocte surgmtes vigihmus omnes. Ecce jam nortis tenuatur timbra, id. à laudes, Lucis creator intime, id. à vêpres, et Audt, bénigne conditOTt aux vêpres du carême.
(2j « Le pontificat de ijn'p^oire-le-Graud, dit Gibbua lui-même, pst une » des époques les plut» édi fi inles de l'histoire de l Egiise. » On lira avec fruitée qu'il en a écrit. Saint Grégoire, qu ou accuse, sans preuves, d avoir détesté les lettres, brûlé Tite-Live, Gicéron, et toute la bibliothèque palatine, s'efibrça au contraire de faire entrer les lettres dans l'Eglise, « ne » souffrant rien de barbare chez ses disciples, voulant qu'autour de lui
offre avec celle de Tillustre fils de Pépin des analogies
IVappaalcs, et qu'en compaïauL les corKjuêtei de ces deux grands humnios, la simplicité de leur vie privée, la profondeur el rélevation de leurs vues, leur égale application aux grandes et aux petites choses, leurs efforts pour adoucir les mœurs et répandre l'instruction^ on pourrait dire avec raison de Grégoire-le*-Grand qu'il fut k Charlemagne de la papauté.
Ses successeurs coiiliiiuèrenl dignement son ouvrage, et leur talent, leurs vertus et leur science, en augmen- < tant l'influence politique des papes, préparèrent insen* siblement TEurope barbare à les considérer comme les modérateurs de la société. C'est qu'on peut appliquer a ces hommes émioents l'éloge qu'un illustre écrivain a fait des Pèies de l'E^dise. a Ils sont les ouvriers de la glande réforme du monde, les interprètes de la sublime nouveauté qui transporte tous les esprits. On croit leur parole^ parce qu'on l'admire (i) ; et on l'admire d'autant plus qu'on la croit. Ils ont tout ensemble plus de lumières et de foi que leurs contemporains, et les dominent par ce double empire ; leur zèle n'est pas un calcul qui s'appuie sur l'ambition et la crainte; le soupçon d'hypocrisie: n'approche pas de leurs âmes. Leur religion est secou* rable et populaire (S). » Elle est telle, parce qu'elle est. éclairée, éclairce surtout de la lumière d'eu haut ; aussi ne veulent-ils point qu'on mette sous le boisseau la lumière, la vraie lumière, et encouragent-ils l'élude en recommandant et en donnant l'exemple de la vivifier au souffle de la religion.
» tout respir&t le génie lalin,etqi4e sa cour devint le temple de la8cienoe« n auqael les sept arts libéraux serviraient de colonnes. » V. TiaAioscat, Sloria délia ktteratura italiana, t. v. 1. u, C. S, — et JsAU DlACBB« in
Vita Gregorii passim.
(t) Ne serait-ce point plutôt parce qu'elle est l éloquente expression de la vérité ?
(2) Tableau de l'éloquence chrétienne au i\* siècle, à la tin, p. .Sl3 (édil. Charpentier).
Ce que la civilisation eL 1 histoire duivent à cel esprit, on a déjà pu rentrevoir dans le récit des événements accomplis de 395 à 752 ; mais un coup d'œil rapide sur l'état des lettres, des sciences et des arts pendant toute cette période» nous en donnera une idée plus nette et plus juste.