‹ Les origines de la societe moderneChapitre 3 sur 20 · LES SLAVES · texte numérisé non relu

LES SLAVES

Ij's Slaves avant Vannce 6W. — L'empire d'Occident n'est plus; il est tombe sons les coups des Germains qui s'en sont partagfé les débris, et qui sur ses ruines ont, avec l'aide du christianisme , assis les fondements d'une société nouvelle. Si les empereurs d'Orient sont encore sur le trône, ils le doivent aux murailles de Gonstantinople et à la position de cette ville loin du courant des Barbares, qui finit par s'écouler de Test à l'ouest parallèlement au Danube. Mais leurs provinces d'Europe n'eu sont pas moins déjà de vastes ilcscits, formés par les ravages des Huns et des peuplades gothiques; celles d'Asie, exposées aux terribles excursions des Perses, dont la haine du nom chrétien anime encore les fureurs sauvages, offrent de tous côtés Timage de la désolation; et pour comble de maux , les unes et les autres sont à la veille d'avoir chacune aussi leur invasion. Les Germains se sont emparés des conirccs de FOccidenl ; aux Slaves et aux Bulgares vont désormais appartenir celles du nordest ; aux Arabes celles de Test et du sud.

Les Slaves se mirent les premiers en mouvement^ aussitôt que rémigration germaine eut laissé vides les champs que baigne la mer Baltique. Ce n'est pas qu'ils aient

attendu ce moment pour attaquer les frontières des Homaîns. Sous le nom générique de Sauromate ou Sarmate^ et sous les dénominations particulières de Rtmlans^ d'Ia-

zyges, etc., dès les premières années de l'Empire (vers 63), ils s'étaient successivement montrés à la Thrace et à la Mésie. Unis ensuite aux Marcomans, après de sanglantes défaites ils avaient, comme leurs alliés, obtenu de la générosité de Marc-Âurèle, ceux-ci, des exemptions de tribut temporaires ou définitives, ceux-là des subsides annuels ; quelques-uns, le droit de cité romaine ; le plus grand nombre, des terres dans la Dacie Trajane, la Mésie, la Pannonie et l'Italie elle-même (à Ravenne). Ce fut un terrible appât pour les autres, et une cause d'incessantes attaques contre l'Empire. Garacalla y gagna vainement le surnom de Sartnatique , ainsi qu'au iv« siècle Constance, fils de Constantin. Constantin lui-même, en 322, remporta sur ces peuples une si éclatante victoire que le souvenir en Alt consacré par l'institution des Jeux sarmatiqim. Mais la fm de novembre en ramenait vainement chaque année, pour la sûreté des provinces , la joyeuse célébration ; les Sarmatcs n'en revenaient pas moins à la charge avec la plus désespérante opiniâtreté. Dés la fin du lye siècle, ils couvraient tous les pays compris entre le Danube et la mer Baltique : c'est alors qu'ils commencèrent à perdre leur ancien nom et à être connus des Grecs sous celui de Slaves (1), qu'ils se donnèrent entre eux pour se distinguer des Germains , et qui s'est conservé jusqu'à nous depuis quatorze siècles.

Mais leur véritable nom, le nom de toute la race, semble avoir été celui de Vendes, légèrement modifié par les auteurs grecs et latins en Vénèdes ou Vénètes^ Vindiks ou VandaleSy Hénètes ou AnJtes. Jornandés le dit positivement (2), et les autorités réunies de Pline, de Tacite, de

(1) C'esl-à-dirc parlants, du slavon slovo^ qui signifie parole»

(2) JoANAJiD. de rébus Get* c. v.

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Plolémce proiivriit assez qu'ainsi se noiiiiiiaienl particulièrement les Slaves du nord ei du sud , ceux dos côtes s^ptentrionales de TAdrialique {Vcncli , Veneiia), et ceux des bords méridionaax de la Baltique ( Venedicuâ sinus) , Nous savons aussi que les peuples compris entre les deux mers parlaient tous autrefois la langue slave, et que leur dialecte appelé vmdique, qui ne diffère pas beaucoup des autres bronches de cet itllùme , est encore usité dans la plus grande partie de la Carniole ef de la Carinthie, aussi hii n que dans la Bolièiue et la Lusace; tandis qu'il s'est éteint depuis peu dans la Pomci*anie, le Mecklembourg et les provinces prussiennes de TElbe et de VOder, où la langue allemande a fini par prévaloir.

Successivement soumis à la domination d^Hermanric et d'Attila, les Slaves profilèrent de la mort du célèbre roi des Huns pour recouvrer la liberté; et en concourant au succès de la journée du Actad (453), qui ruina la puissance de ses fils, ils obtinrent des établissements dans le Norlque. Mais celui des Gépides dans la Dacie Trajane, et dans la Pannonie (4^9), vint les séparer de leurs frères du nord» et la valeur des Avars ne tarda pas à placer ceux-ci dans une humiliante servitude. On les avait vus payer aux Gépides un tribut d'une pièce d'argent par liotunie, pour pouvoir francbir à volonté le Danube, et piller les contrées placées sur la rive droite du fleuve. Sous Baïan, ils furent contraints de verser leur sang pour la gloire de ce terrible maître, qui leur confiait toujours les expéditions les plus difiSciles, les postes les plus dangereux. Cette situation fit peut-être leur salut dans la suite. Dè9 le milieu du vi« siècle, et vers le temps où succomba la nation des Gépides, Jomandès nuub iib^uic que les Sclaviniei lesiin^e^, suivant lui les deux grandes familles de la race Whiide, s'étendaient, les premiers, de la Drave supérieure au Dniester, et les seconds, qui étaient aussi les plus puissants, du Dniester an Dniéper. Mais ni les uns ni les autres n*avaient encore montré le grand courage qu'ils firent éclater plus

tard. Âltila ne les avail poini admis dans ses troupes, et chez les Âvars eax*inéines , un proverbe disait qu'an

slave n'était pas un homme. Les campagnes du kliakan furent pour eux une rude école, d'où ils sorlirenl enlièrement éprouvés contre tous les périls de la guerre. Ils commencèrent à respirer et à vivre enfin libres,quand son successeur eut essuyé sous lesmursde Gonstantinople, en 626, une défaite irréparable, qui fut bientôt suivie de sa mort. Alors tous les peuples tributaires secouèrent le joug, et les Avars , renfermés désormais dans la Pannonie, la Moravie et la Dacie, ne furent plus guère redoutables qu'aux Germains de la Bavière. Fidèles aux usag;es suivis par leurs ancêtres dans la Tartarie,ils ne fondèrent aucune ville en leurs nouvelles demeures, et se contentèrent de camper dans neuf rings ou camps fortifiés^ d'une immense étendue. L'un d'eux avail jusqu'à sept milles de diamètre ; il était situé entre le Danube et la Theiss, et servait de résidence au kîinkan. Chaileniagne, en le détruisnnl (796), acheva de ruiner les Avars, qui no tardèrent pas à se fondre parmi les Slaves du voisinage , après avoir embrassé la foi catholique.

Les Slaves après la défaitedes Avars. — L'année 626 était donc devenue une ère véritable de liberté pour la plupart des peuples soumis au kliakan, et parliculicreinent pour les Slaves. C'est à cette année qu'il convient de rattacher ce qu'il nous reste à dire de la situation et de Thistoire de leurs principales tribus.

Au nord s'étendaient les Lecktes ou Leehites^ d'où sont venus les Slaves qui habitèrent le long du Dniépcr. « Une partie de ceux-ci, dit un moine de Kiew, qui écrivait au commencement du xii« siècle, se nommait Poténietis ou Polankns (Polonais) , c'est-à-dire habitants de la plaine. Leurs familles , réunies en corps , avaient leurs chefs respectifs , comme font jusqu'à ce jour leurs descendants. Chacun vivait avec sa tribu dans sa propriété, el dirigeait

sa maison. Or parmi eux se (rouvaient trois frères dont Tua se nommait Kii.... Ces frères bâtirent au milieu d'une large forêt de pins une petite ville qu'ils appelèrent Kiew, du nom de leuratné (iv^ siècle). D*autre$ I^kes prirent le

nom de Drewlieus ])arce qu'ils icslaieal dans les forêts; d'aulres celui do Drégoiritrhcs , et se fixèrent entre la Pripette et la iJwina ; d'autres , voisins de la Dwina , furent appelés Polotaniem, d'un petit afHuent de celte rivière qui porte le nom de Polota. Enfin les Slaves proprement dits ou Slovènes , qui s'arrêtèrent près du lac llmen , y élevèrent [à une* époque inconnue et très-ancienne] une ville qu'ils nommèrent la Ville-Neuve Ç^o\<^ovod). Quelques uns se retirèrent aux environs de la Desna,... et prirent le nom de Sévériem. C'est ainsi que la langue Slavonne fut dispersée (1) » vers le nord.

Au $ud-(mest dominaient encore les Leckes , mais sur* tout ceux qui se nommaient Polanims » et auxquels se trouvaient mêlés les Masoviem , les Poméraniens (Po-mor) ou maritimes , et les Leuiiches, Tous ces peuples habitaient les vastes plaiiics de l'Oder et de la Vislule jusqu'à la mer Baltique. Leck, leur premier chef, fonda , dit-on, les villes de Giiezne et de Poznan ou Posen (550 ?). A la mort de son successeur, les douze principaux woiewodes ou seigneurs se partagèrent le pays et l'autorité souveraine. Mais le despotisme que favorisa cette division , et les déchirements qu'il provoqua, décidèrent les habitants à revenir au gouverneiiiciit d'un seul , d'un krol. Cracus, le premier krol, aurait , dit-on , fondé Cracovie , qui devint la résidence royale des Polonais. Wanda, sa fille, appelée à recueillir son héritage, après avoir héroïquement défendu l'indépendance de son pays et de sa personne contre les prétentions du leuton Rithogar^ en voyant tomber sur le champ de bataille ce guerrier chevaleresque, se précipita dans les eaux de la Yistule. Elle ne laissait aucun successeur : ce fut pour

(1) Chronique de Nestor^ c. i'% introduction.

rarîstocraliti une nouvelle occasion do diviser cl d'opprimer les Polonais, el pour les peuples voisins un temps favorable à leurs ambitieux desseins. Un soldai obscur, Préoiislas, sauva de sa ruine la nation, et obtint de la reconnaissance publique le pouvoir suprême, qui ne devait plus être partagé (750).

A Vouesl des Pohuiiens, se trouvîiionl les Obotriies elles WiUzes ou Wi ft'lff/flt's cuire l'Elbe el l'Oder; les Lulizes en Lusace ; la puissante nation des Serbes (Sorabes) ou ServienSf entre l'Elbe et la Saale, d'où elle lança au vu® siècle de nombreuses bandes au delà du Danube ; les Moraves en Moravie, et les Tchèques dans la Bohème. Cette dernière contrée était peuplée de Marcomans , (rilermoudures , de Narisques et des débris de plusieurs liibus Suèves, quand vers le milieu du vi^ siècle, les Tchèques viurcnl s'y établir. Ils donnèrent aux anciens habitants du pays dont la langue était pour eux inintelligible, le nom de Niemasyy ce qui veut dire muda , et cultivèrent en paix la terre pendant environ quinze ans, sous la protection des rois Franks. Assujellis ensuite à la domination des Avars, ils ne recouvrèrent la liberté qu'à la chute de leur kliakan eu Gi:i6, par la prudence cl la bravoure d'un marchand Frank, nommé Samon, qui leur assura sur leurs sauvages oppresseurs une victoire éclatante et décisive. Appelé par le vœu public à gouverner la nation qu'il venait de sauver^Samon régna sur elle avec bonheur pendant trente-quatre ans. Après quoi les Tchèques, revenant à leur gouvernement primitif, se partagèrent en une foule de petites républiques, el vécurent libres jusqu'au moment où leurs divisions leur firent sentir la nécessité d'obéir à un seulchei'.lls avaient alors parmi eux une femme d'une grande sagesse, *au tribunal de laquelle ils s'étaient accoutumés à porterleursdifférendsJlsla prièrent de leur indiquer celui qu'elle jugerait le plus digne, et voulurent qu'elle le prît pour époux. Liliussa no imm Premy si y jeune sci^^neur du village de Sladilz, sur la Bila.Ce choix leur plut , car Premysl jouissait dans tout le pays d'une granile

répulatioQ de juslice. Ils allèrenl le trouver diins son chafn|) qu'il cultivait lui-môrae , et dans ce lieu rjui porle encore aujourd'hui le nom do Champ du roi, ils le proclomèrent premier duc de la Bohème (7ââ).

Au stêd» — Ceci se passait juste un siècle après Kéiahlisseraent des Chrobaies ou Chroafes, Croates {mon" lagnards des Km packs) et des Serbes ou SerTirns au sud du Danube , sur les teiiTs mêmes do l'empire grec (620-623). Ces peuples habitaient d'abord bien loin au delà du grand tleuve : les Servions, comme nous l'avons déjà dit, entre i'Ëlbe et la Saale, et les Croates lont près d'eux , dans le voisinage des Franks , dont ils re-> connaissaient la suprématie. L'empereur Héraclius , no sachant plus comment résister aux fréquentes el cruelles irruptions des Avais , profila de certains mouvements qui survinrent dans les habitations les plus reculées de la race slave , pour appeler à lui les Croates , en leur offrant les déserts qu'avaient faits les sujets da khakan , et où se trouvaient depuis longtemps déjà des hommes de la race slave. Les Ôroates vinrent donc sous la con* dnile de cinq frères , de la nation franke, passèrent le Dunube , cl ayant chasse de la Dalmalie les Avars qui s'y étaient établis, occupèrent toute la côte de l'Adriatique de. la ville à'Albonnou (auj. Albona) au fleuve Zeniinas, et s'étendirent dans l'intérieur des leires d'un côté sur la Di^ave^ et de l'autre jusque vers l'ancienne rivière d'Urbas , la Verbitza actuelle. Héraclius avait pris soin seulement de se réserver , avec les principales îles du golfe, quei(|ues places maritimes, qui formèrent depuis le thêtue de Dalmalie, Mais les crneîles vexations que ces villes eurent à endurer de leurs nouveaux voisins , qui ruinèrent eh peu de temps Scardona , Narona , Salone , Epidaure, et l'impossibilité de les protéger efficacement, déterminèrent, en 868 , l'empereur Basile le Macédonien à abandonner aux Croates la meilleure partie du tribut qu'elles acquittaient au préteur impérial chargé de les

gouverner (1). Pour les barbares ils avaient pu, dès le jôgne de Michel-le-Bègue (820), se rendre tout à fait indépendants de TEmpire. Car ils s'étaient bientôt pr odigieusement accras, et la piraterie quMls exercèrent de bonne heure sur l'Adriatique leur avait donné d'immenses richesses, qui ne faisaient qu'exciter leur convoitise. Vers le temps (Je Conslanlin Porphyrogénète, ils devinrent assez puisb^anls pour niellre sur pied cent mille hommes d'infanterie et soixante mille chevaux^ et pour avoir en mer cent quatre-vingts barques , dont les unes, nommées sagènei^ contenaient environ quarante hommes, et les autres, appelées condoures (gondoles), de dix à vingt hommes seulement. — En quitlant leurs anciennes demeures, ils élaienl tous idolâtres; mais, dit un historien moderne, leur union avec l'Empire ne larda pas à leur procurer un avantage plus précieux que leur conquête. Héracléonas, successeur d^Héraclius, si ce n'est Héraclius lui-même, pria le pape de leur envoyer un évôque et des prêtres pour les instruire ; ils renoncèrent volontiers aux faux dieux, et les premiers des Slaves^ ils entrèrent dans l'Eglise ; aussi suivent-ils le rit latin* Dès lors la nouvelle Croatie fut distinguée de l'ancienne par le nom de Croatie baptisée; Faulre, dont les habitants étaient encore païens au milieu du siècle, comme leurs voisins les Serviens ou Sorabes de la Lusace, se nommait Belochrobalie^ c'est-à-dire la grande ou la blanche Croatie,

Cependant les Serviens, attirés par le succès des Croates, étaient venus à leur Lour demander des terres à Héraclius. L'empereur leur céda d'abord la Mésie Supérieure, les deux Dacies Citérieures et la Dardanie, c'est-à-dire la Servie et la Bosnie d'aujourd'hui ; puis, comme ils s'y

(l) Aspalathus (Spalatro), la principale de ces villes, pa vait -200 pièces d'or; TeU'angurium (Trau), tOO; Diadora (Jadera, Zara), llû; Opsara, Arbe el Becla , chacune loo , non compris les contributions en nature , et (Kirliculièrcmcnt en vin.

tiouvaient lro[) à l étroit, il y ajoula loiil le pays an sud de ces conti^ées et de la Dalmalie jusqu'au centre de TEpire. Us suivireat en tout l'exemple des Croates, comme eux reçurent le baptême» et demeurèrent plus ou moins longtemps attachés à l'Empire, sous le gouvernement de leurs prinœs parliculiers. Parmi les villes romaines de la côte qui parvinrent à se soustraire à leur domination, et à conserver, moyennant un léger tribut, une existence indépendante, il faut mentionner au premier rang celle de Raguse^ qui, fondée par les anciens habitanis d'Epidaure au milieu des précipices, n'a cessé de s'appartenir qu'en l'an 1815, où elle a été réunie aux états de la maison d'AïUi iche. Après Raguse se présente Décalera, qui, moins heiirenso, ne se maintint libre que jusqu'à l'an 1410, époque à laquelle elle reconnut l autorité des Vénitiens. Tout le reste vint tôt ou lard s'annexer aux principautés slaYOS.

Ces principautés, connues sous le nom de zoupanies ou bannats, parce qu'elles étaient gouvernées par des bans

ou paim (seigneurs), étaient d'abord assez nomliK n-cà : la Croatie seule en comptait onze. C'est de là (pie sont venus les bannais de Croalie^ de Dalmaiie^ d'Esdavonie^ de Bosnie et de Servie.

Ces établissements qui étaient destinés à protéger TËm* pire, en rendirent l'accès plus facile aux Slaves campés sur la rive gauche du Danube. El non-seulement ceux-ci, pénétrant par la danf? les provinces romaines, renouvelèrent à peu la pupulatioii de la Grèce, et pnrticulièroment vers le milieu du viu^ siècle celle du Péloponèse, où aujourd'hui encore les chefs portent le titre slave de waievod; mais on en vit s'établir en grand nombre jusque dans l'Asie Mineure et dans la Syrie. Ainsi, dés 664, cinq mille Slaves, se joignant à Abd-Errahman, fds de Khaleii, i)assaient avec lui en Syrie, et y recevainnt des habitations aux environs d'Apamée. En 088, Justinion il, après une victoire, en transporta un prodigieux essaim sur les bords

(le l^Uellesponl et de la Propontide. Sa garde était compo* sée de trenle mille hommes de cette race, lesquels pas*

saient pour des «.Micrriers invincibles. En 763, deux-cent liuil mille des Slaves réunis aux Bulgares, pour ne point obéir à ua jeune audacieux que ceUe nalioa venait de proclamer roi, passèrent le Pont-Ëuxin, et avec le consentement de l'empereur Conslantin V» allèrent s'établir en Bilhynie, sur les bords du fleuve Arianas.

C*esl de la sorte qu'en s'infiltrant pour ainsi dire dans TËmpire, les Slaves doivent peu à peu ranimer et faire refleurir les tristes solitudes que la guerre avait étendues des rives du Danube à la grande muraille. Ils y avaient eux-mêmes travaillé sous la conduite des Avars et des Bulgares ; mais en passant de la servitude à la liberté, du paganisme à la religion chrétienne, ils commencèrent à changer de conduite et à se fixer au sol. Un historien grec, qui les a bien connus avant leur conversion, nous a tracé de leurs mœurs un tableau qui n'est pas sans inlurêt.

Uclujions, m(tur$^ coiUumes. — a Les Slaves et les •ititest dit Procope, n'obéissent a aucun roi; mais ils vivent en démocratie, et délibèrent en commun sur leurs intérêts. Ils adorent un seul Dieu [Péroun ou Perkoun], auteur de la foudre, et ils lui sacrifient des bœufs et des animaux de toute espèce. Ils n*ont qu'une idée conluse du Destin, et ne lui attribuent aucune influence sur les afl'aires des hommes. Hais la mort les menace-t-elle, soit dans, une maladie, soit en guerre, ils promettent un sacrifice à leur dieu, s'il leuj* c(Hisei'vc la vie, cl ils accomplissent reîigieuseniciU leur v<i;u ; car ils ont de la bonne foi, qualité qu'ils tiennent des Uuns. Ils honorent aussi par des sacrifices les fleuves» les nymphes et quelques autres génies. Ils sont nomades, et vivent dans de pauvres huttes isolées les unes des autres. Ils vont au combat à pied, portant de petits boucliers et des javelols, niais jamais de cuirasses;

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quelques-uns n'ont pas même de tunique, el ne se couvrent que les jambes. Leur langue commune à (ous est très barbare. Ils sont grands et forts, ont la peau brune, et les cheveux tirant sur le roux... On peut leur reprocher de la malpropreté; mais ils savent exercer l'hospitalité, cl on trouverait rarement chez eux des hommes méchants el vindicatifs... »

Le moine Nestor vante beaucoup de son côté les mœurs des PoUnUens et leur respect pour les femmes. Mais il parle tout autrement des peuplades de la Russie cenlnile encore inconnue aux Grecs. « Pour les Dreitiiens, ilU-i!, ils vivaienl à la manière des animaux sauvages, s'é^uigeant entre eux, se nourrissant de choses impures, et ignorant les lois du mariage, car ils ravissaient les filles quand elles venaient aui fontaines.

» Les Radimitches, les Viaiikhcs et les Sévâiiem du voisinage avaient les luémcs coutumes, et prenaient même deux ou trois femmes, lis jouaient et dansaient entre eux en chantant des chansons diaboliques. Et si l'un d'eux venait é mourir, ils faisai^t sur lui de grands hurlements, puis ils dressaient un immense bûcher, où ils plaçaient et brûlaient le cadavre ; après quoi ils recueillaient ses restes dans un petit vase et le mettaient sur une pierre au bord du chemin. C'est ainsi qu'en agissent encore les Viatitches de nos jours (1). >

Au reste, si les Slaves de Procope montraient quelque douceur sous la tente, il s'en fallait heaucoup (ju'en guerre ils témoignassent la môme humanité. Sans cesse aiguillonnés par les Âvars, dont ils avaient à supporter les coups quand ils ne soutenaient point ceux de Teniiemi, les infortunés Bifuices, ainsi qu'on les appelait à Constanlinople, avaient par prendio les mœurs cruelles de leurs maîtres. Ravageurs impitoyables au service de la politique la plus astucieuse , ils en exécutaient si bien

Ljl Cf. Awf. Maucm.!'-. I. 3t.

lea plans, qu'il ne restait jamais rien après eux qae la

terre nue et désolée. Des sauterelles n'eussent pas mieux fait. Aussi les Bvzaiitins leur en donnèrcml \(t nom, associant dans leurs récits comme dans leur terreur la saulerelLa slave à la vipère avare.

Second Empire Hunniqtw,

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