LES AVARS
Les Avars de 55S à 565. — Après s'être soustraits par la fuite à la domination du Grand hhakau, du Rot des sept nations , du Seigneur des sept climats , les Avars on plutôt les OgoTS ou les Warkomi, voyant qu'on les prenait pour les vrais Avars , leurs premiers maîtres , dont ils avaient adopté la coiffure , s'étaient bien gardés de dissiper une erreur qui devait leur être si favorable. Us s'étaient présentés à Justinien (558) comme étant celte nation vaillante dont les armes avaient soumis toute l'Asie centrale , et Justinien , en accueillant avec bonté leurs ambassadeurs , avait su tourner Tactivité de leur khakaii cuiiLre les ennemis de l'Empire. Il avait asj»ailli les Humwnfjours, les IIuns-Ephthalites, les Sahires, et des rivages de la mer Caspienne où campaient ces peuplades^ il était tombé sur les CtUrigonrs et les Ulrigùurs qui habitaient les bords de la mer Noire. Armées Tune contre l'autre par la politique de Justinien, et déjà épuisées par la lutte, les doux hordes ne purent résister à l'attaque des Avars et leurs débris allèrent grossir les rangs de ce peuple. Les Anles ne furent pas plus heureux ^ et le khakan , franchissant le Danube à son embouchure , pal établir le gros de son armée dans la peUîe Scythie (562) . Bientôt ses ambassadeurs vinrent solliciter de la nmnificence impériale un établissement au midi du grand fleuve ;
mais ceux des Turcs venaient crarriver à Gonslanlinopic pour apprendre à Justinien la fuite de leurs insolents vassaux, et un membre de la députation avare, séduit par l'or des Romains, avait prévenu Tofficier chargé de la garde du Danube ([u'il eùl à faire bonne garde, parce que les Avars , a qui avaient une chose sur les lèvres > et une autre dans le cœur^ étaient bien résolus, une fois établis dans TEmpire , à l'attaquer avec toutes leurs forces. Justinien averti fit bon accueil aux députés, s'assura par des délais habilement ménagés le temps de se fortifier, et finit par leur proposer des terres qui, resserrées entre les Gépides et les Lombards, étaient encore dominées par la forteresse de Singidon. Le khakan comprit qu'il était joué, et n'osant pas s'engager dans un pays inconnu, tourna ses armes contre les Slaves ; il en soumit facilement les nombreuses lril)us, et ne s'arrêta dans sa marche victorieuse qu'aux frunlièies de TAuslrasic. Si^^cburt y était accouru avec ses Franks ; battu par ces redoutables guerriers, le kbakan revint sur ses pas, et rentra dans ses campements du Bas-Danube. La mort l'y attendait, dans le temps même qu'elle Happait Justinien.
Baian; son caractère, sa politique, — Sa lui le avec l'Empire. — L'empereur Justin se trouva donc en face d'un autre khakan. Celui-ci, bien supérieur en génie à son prédécesseur , devait élever au pins haut point la fortune des Avars (505? 602?). Politique astucieux autant que profond , Baïan ne faisait point la guerre par caprice ou par bravade, mais suivant un plan que son esprit ambitieux poursuivait sans relâche par les armes ou par la ruse, au mépris des droits des nations et des serments les plus sacrés. Il semblait sNMrc fait la loi de ne laisser point de repos aux Romains, soit qu'il les combattît en j)ersonne, soit que, protégé lui-même par les traités, il lançât secrètement contre eux les nombreux vassaux Slaves ou Bulgares dont il avait soin de couvrir ses frontières aussi
bien que sos années, Irouvant ainsi l*avanla}i:e d'affaiblir ses ennemis ou ses plus tlangci oux . sujets si\ns cumpronieUie les forces des Avars. Plein de lurbuleDco, de cupidilé ei de mauvaise foi, ce barbare n'était insensible ni aux charmes de la vertu, ni aux séductions de Téloqaence ; il eslimail Tibère, il estimait Prîscus, et savait écouter les leçons de aiutléraliou que lui donnait parfois le médecin Tlicodorc sous la forme giacicuse d un apoîop^ue, on avec la douce autorité de i'bisloire. Ami du luxe et des commodités de la vie, il se piquait de goûu et les présents que lui envoyai! l'empereur, ne trouvaient pas toujours grâce à ses yeux. H osait repousser avec mépris un lit d*or où Tart grec avait déployé loules ses ricliesses. Il eut dédaigné de porter un habit scythi(|ue, s il n'avait clé façonné par les ciseaux d'un ouvrier romain.
Ces tristes Romains dont la civilisalion exerçait sur lui tant d'ascendant , Baïan ne les' connaissait guères au commencemeni di son rè^rne. 11 avait cru cftVaver Justin, et ce fnt te prince dont le fasle et la vêliémente parole i intimidèrent. liepoussé de ce côté, il prit vers l'ouest la roule qu'avait suivie son prédécesseur, affermit les Slaves dans l'obéissance et vint se mesurer avec les Franks austrasiens (566). Moins heureux cette fois, Sigebert n échappa à la captivité qu'en seniaiU l'or sur ses pas , et se hâta de proposer la paix à son adversaire ; celui-ci accueillit la proposition , et après avoir reçu de son nouvel allié les vivres dont il avait besoin, reprit le chemin de la petite Scythie. Bientôt la ruine des Gépides, que Justin eut le tort d'abandonner, et le dé[)art de la nation Lombarde pour rilalie , allaient le mettre en possession des terres qu'occupaient ces barbares, et des droits qu'ils avaient sur la Pannonie et le Norique (567*068).
Résolu de faire valoir ceux-ci , el de mettre ses nouveaux domaines è l'abri de toute agression de la part »io 1 L{ii[)ire, il envoya demander à Justin la restitution de 6umium, qui appartenait aux Gépide:>^ ei que la
cliule de leur puissance avait fait relomber aux inaius de ce prince. Jusliii repoussa ia deniande avec ieniiclé; mais dix iiulle Cutrigours se jetèrent sur la Dulmalic qu^ils désolèreoty et tout aa moiss faUulril apaiser Baîan en lui prodiguant l'or. Le barbare parut dés^lors oublier Sirmium , et n'être occupé que do constructions. Il voulait avoir des bains et niaihjnait d'ouvriers; il en fit demander à Tibère , successeur de Justin , qui s'empressa de lui eu envoyer ; quand ils furent arrivés , il laissa là son projet » et faisant rassembler au loin tous les gros bateaux qui se trouvaient sur le Danube , il employa riialjilelé des char[)enliers romains à les transformer en navires de guerre, puis il fil servir sa nouvelle flotte à protéger la cuuâtruction d'un pont qu'il voulait jeter sur la Save. Comme le gouverneur de Siagidon lui en marquait son étonnement, il répondit quMI travaillait à unir deui terres amies , pour aller châtier les Slovènes , qui avaient osé lui refuser le tribut anuuel et assassiner ses ambassadeurs ; qu'au reste il était prêt à jurer par tout ce qu'il y avait de plus saint cbez les Romains et chez les Avars , qu'il ne méditait aueuue entrq>rise contre Sirmium. Que pouvaitil faire d'une telle bicoque ? C'était un vrai chaudron. Ces proteslalions ne rassurant personne , il vint lui-même à Singidon, et dans une assemblée solennelle, tirant son épée , il en leva la ponile en l'air et prononça ces terribles imprécations : a Si en bâtissant un pont sur la Drave , j'ai » rinlention de nuire aux Romains, que Baïan périsse, que » tous les Âvars périssent avec lui jusqu'au dernier ; que le I ciel tombe sur eux ; que le feu , qui est le Dieu du ciel, . » tombe sur eux ; que les montagnes et les foréls tombent » sur eux; que la Save sorte de son lit elles submerge î — Et > mainteoant,ajoula-t-il,en s' adressant aux officiers impé- » riaux, je veux jurer à la manière romaine. Qu'y a-t-il parmi » vous de plus saint, de plus inviolable, et par quoi vous ne ^> croyiez pas pouvoir vous jurer, sans encourir la colère ^ de Dieu ? » Aussitôt révèquo do bingidou lui présente le^
saiab Evangiles; Baïau se lève en tremblant, s'appioche avec respect et se prosternant : c Je jure, dil-ii, par le Dieu » qui a proféré les paroles contenues dans eelivresacré^que » tout ce que j'ai avancé est parfaitement vrai, o Ce double serment prêté, il envoie à Conslantinople une ambassade avec la mission d'expliquer à Tibère sa conduite et de la lui faire agréer; puis, le pont terminé, il en fait partir une seconde chargée de dire à l'empereur : « 11 faut que tu te • résignes à voir tomber Sirmium ; ni préisenls, ni promesn ses, ni menaces ne sauraient ébranler ma résolution de » prendre ceUe place ; je n u m ai point de repos (|u " je ne > m'en sois rendu maître, et (juc je ne l'aie peuplée de mes » sujets. — Ah I répondit Tibère, le cœur plein de tristesse, » le khakan s'est joué de la paix,il s'est moqué de Dieu et de » sa parole: je ne lui rendrai point perfidie pour perfidie, » mais je déclare que je lui donnerais plutôt une de mes » deux filles que de consentir à Tabandon de Sirmium; et s'il B ose la prendre de force, le Dieu vengeur, dont il a profané » le saint nom, saura l'en punir, ou je ne croirai jamais être » monté sur ce trône.nTibère nese borna pointàen appeler à la ju.^^Lice divine , niais en vain la garnison de Sirmium, étroitement bloquée et difficilement ravitaillée , supporta pendant trois ans les horreurs de la fa m me ; Baïan ne se laissait point détourner de son bat, et les Slovènes, inondant la Mésie et la Thrace répondaient à sa pensée en portant de tous côtés le ravage et l'incendie. Il fallut céder, et , en abandonnant Sirmium, payer au khakan ses trois années de pension ou deux cent quatre-vingt mille pièces d'or.
Un traité aussi honteux n'était pas fait pour calmer l'ambition de ce prince. Aussi, Tibère mort, Baïan envoya
demander à Maurice une augmentation de vingt mille pièces d'or^ et sur le refus du nouvel empereur, il prit, dit Ménandre, cette trompette qu'il avait si souvent embouchée, et rassembla une armée. Il y mit tant de diligence qu'il put surprendre Singidon.AïKjiisla, Yimimciwn
et plusiCLii s autres places. Anchiale, célèbre par sa posilion entre le mont Hémus èl le Ponl-Euxin, ainsi que par la suiubrilé de ses eaux, fut réduite en cendres, à l'exception des thermes que protégèrent les femmes du kbakan, re« connaissantes du bienfait des bains qu'elles s'étaient hâtées d*y prendre. Maurice essaya d'arrêter le teiTible ravageur, en lui représentant l'injustice de sa conduite; niais ce fut tout au plus si Baïan ne punit point de mort rinsolentc témérité de l'orateur romain^ qui ne craignit point de lut rappeler le récent exil de sa nation. Une seule chose, répondit-ily pouvait suspendre son bras, c'était l'augmentation de sa pension. La pension fui ane^mentée et la paix rétablie. Mais celle-ci ne dura pas longtemps. Pendant qu'un ambassadeur du kbakan partait pour Constantinople , les Slovènes, léchés par leur maître, tombèrent sur la Tfarace^ et se répandant jusqu'à la longue muraille, massacrèrent tous les Romains qu'ils rencontrèrent. Maurice crut se venger de tant de perfidie en exilant l'ambassadeur dans une île de la Propontide , où, pendant six mois, on le soumit aux plus durs traitements : il be fit qu'attirer sur l'Ëmpire de nouveaux malheurs. Baïan furieux attaqua Raliaria^ Bononia, Acys, Saldapa, Tropée, Marciano'polis^ prit ces villes les unes après les autres et les détruisît.
Ce fut à peu près le terme de ses prospérités. Conduite par quelques générauxintelligents, et profitant de Tetcessive confiance des barbares, l'armée romaine, par des marches habiles et l'heureuse alliance de la ruse et de ractivité , surprit un à un leui*s délrn licinents, q a elle passa au fi! de l'épée , et faillit prendre iiaian lui-même. Commentiole s'était approché du camp des Avars à la faveur des ténèbres, et les premiers rayons de l'aurore éclairaient la marche de ses troupes. Le khakan allait être accablé: un mulet qui perdait sa cbar^;c .irnUa quelques soldais. Ils crient à son conducteur, quiallailen avant, devenir la relever: Retoma, retoma^fraire, — Retoma, répètent aussitôt ceux qui suivent. Le mot passe de bouche en bouche ; on s'imagine que les Bar-
bares sont debout et prêls à fondre sur l'armée ; la confusion devient générale, on fuit de toutes paris. Ueureuseiiient fiaîan averti fuyait de son côlé ; on s'en aperçoit , on revient sur ses pas , et Ton tombe sur les derrières de Tennemt. Il se vengea en allant battre en brèche les remparts ô'Aftjwt iu avec des niuehines de guerre tju'un prisonniiM' romain lui apprit à conslruiie : Apperia ruinée , il vint, après quelques lenlatives intructueuscs sur d'autres places 9 mettre le siège devant Andrinople (587); mais une grande bataille qu'il perdît sous les murs de cette ville , en ruinant son armée, le contraignit d'abandonner toutes ses conquêtes et de se renfermer dans la Pannonie.
Une trêve de cinq années permit aux deux princes rivaux de se préparer à de nouvelles campagnes. Maurice, délivré des Perses^ fit passer en Europe l'armée qui venait de les combattre; Baîan remua pour sa cause les tribus slaves les plus éloignées ; il en transporta au midi du Danube et à l'orient de la petite Scylhie (1 ), pour avoir sur celte partie de sa frontière un poste avancé c|ui la protégeât et qui fût toujours pi*êt à entrer dans le pays des Romains. Ainsi faisait*il du reste contre tous ses voisins ; ainsi se garanlissait-il contre les Boiariens et les Lombards. G'élail là le bouclier dont il se couvrait, c'était aussi la pique dont il harcelait ses ennemis. Les malheureux Slaves» depuis leur soumission à ce rude mattre, ne connaissaient plus le repos ; il leur fit construire des bâteaux et des machines de guerre, sous la direction des transfuges et des prisonniers romains, et il les chargea de les manœuvrer. Quand tout fut prêt, il envoya demander à Maurice une augmentation de pension, et sur le refus de ce prince ouvrit la campagne en marchant sur Anchiale (593). EHe ne fut pas brillante pour ses armes. SMl prit Anchiale sans grand effort, il s'enfuit dcvanl Drizipère,
(I ) C'est à -dire dans eeU« rontri'C qu'on ap|iet1e aujourd'hui la Valacbtc et la Transylvanie.
effrayé par une vision; devant Zurulef trompé par une rase de guerre. L'année suivante (504), ce fui bien pis. Priscus, qui n'ignorait pas qu'en battant les Slaves il affaiblissait les Avars, s'était décidé à prendre l'offensive el à tomber sur les vassaux de Baïan. Celui-ci essaya vainementy pour rarrêter, d'invoquer ]es traités et son litre de suzerain: «r Les traités, répondit Priscus, ne font aucune • mention des Slaves, et la guerre aujourd'hui ne regarde » que ces peuples; demeurez donc en paix. » Et le général romain, entrant sur les terres des Slaves, surprit et ruina leurs principaux campements. Une marche denuit lemiten possession du village où se conservaient, sous la garde d'un grand chef, nommé Ardagaste, les dépouilles de la Hésie, de la Thrace et de la Dalmatie. La trahison d'un renégat de race pfépide lui livra ensuite la personne et la résidence du roi Musuk. 11 était encore nuit, et Musok, qui s'était enivré la veille en célébrant dans un festin les funérailles de son frère, gisait enseveli dans le vin, au milieu de ses guerriers désarmés. Les Romains, survenant à l'improyisle, en firent un affreux carnage, et ne cessèrent point de tuer jusqu'à ce que le jour vint les avertir de penser à la retraite.
Ces succès, qui se renouvelèrent en 595, en encou-rageant les soldats de Maurice, n'étaient point faits pour
plaire à Baïan. Mais le génie militaire de Priscus lui imposai!, et les anecdotes philosopiiiques du médecin Théodore lui inspiraient sur l'inconstance de la fortune de tristes réflexions qui i^plinaient doucement son cœur vers la paix. 11 fallut, pour ranimer son humeur belliqueuse» qu'une injuste défiance eût privé Priscus de son commandement, et que son successeur, Pierre, frère de Maurice, par une infraction manifeste des traités, attaquât sur la rive gauche du Danube une troupe de Bulgares auxiliaires. Le khakan se plaignit qu'on eût osé mettre le pied sur sa pravmce^ et lef! négociations traînaient en longueur. Priscus, rétabli sur ces entrefaites dans son commandement, les brisa par
un mol bien dur pour l'orgueil de Ikiau: « Depuis quaod, > lui demanda-t-ily un fugitif reçu par grâce sur notre M territoire^ b8e*t-il en fixer les liiniles ?» La réponse de Baïan fut la reprise de Singidm^ dont il transporta les
habitants en Pannonie (598). Mais le général romain viiii aussilôl s'établir dans une île voisine de la place, et culbutant les barbares, qui s'étaient vainement retranchés derrière leurs chariots, il put relever les murs de la forteresse. Assis sur le fleuve, au confluent même de la Save, il menaçait l'empire des Avars, et semblait tout préparer pour Tenvahir. Baïan jugeait bien le danger de la situation, et celle pensée l'obsédait et le rendait furieux. On eût dit nn lion qui , pressé de toutes parts et ne pouvant échapper à la mort, immolait à sa vengeance tout ce qui rapprochait. Ainsi se jeta-l-il sia la Dalmalie qu'il mit à feu et à sang. Le profil de l'expédition fut d'ailleurs assez mince; il y perdit une grande partie de son butin, qu'une marche rapide et secrète permit au lieutenant de Priscus de lui ravir. D*un autre côté, cette vigilance infatigable du général romain, ]a supériorité de sa lacLique, la noblesse de son caractère fascinaient, subjuguaient le redoutable barbare. Âu milieu de ses plus grandes fureurs, Baïan apprend que son adversaire manque de vivres, et que la solennité de Pâques se passera tristement pour lui et son armée; il lui en fait aussitôt offrir, et se trouve heureux de voir son iilTrc acceptée. Il est vrai qu'il manquait lui-même d'épiceries, mais il attendit pendant quatre jours que l'abondance fût revenue au camp des IV^mains pour lui m demander. Six jours après, il partait tout-&«>coup pour la Thrace, où s'avançait une armée romaine sous la conduite d'un traître ou d'un lâche , noiuiué Gommentiole. 11 la pousse devant lui sans vouloir Tallaquer , pénèlre dans les murs de Drizipère^ saccage la ville, brûle Téglise dédiée è saint Alexandre, dépouille le tombeau du saint martyr des lames d*or qui le recouvraient, et disperse ses ossements. Cette sacrilège proiauaiion sembla marquer le
lerme des prospérités de Baïan, et appeler sur sa têle les malheurs prédits par Tibère. La peste éclata dans son armée, et sept de ses fils y succombèrent ea un seul jour. Etourdi de ce coup, il prêta l'oreille aux propositions de paix que lui fit porter Maurice^ et se retira en répétant ces paroles: « Que Dieu juge entre Maurice et le kliakan, * entre les Avars et les Romains ! t
Ce qu'il demandait au ciel avec tant d'instance, l'année 600, qui était la suivante, le vit s'accomplir. Priscus venait de franchir le Danube à Viminamm, malgré la résistance ûcà Avars charges d'en proléger la rive , et s'apprêtait à frapper au ccpur le colosse barbare. Accouru pour conjurer le péril, Baïan perdit une première bataille, où quinze mille des siens succombèrent avec plusieurs de ses enfants, et lui-même fut en danger de perdre la liberté ou la vie. Parvenu non sans peine à traverser la rivière , il la repassa bientôt à la tête d'une nouvelle armée; mais c'en était fait de son ancienne fortune; les Romains, qui l'avaient enchaînée à leur drapeau, remportèrent une nouvelle victoire aussi complète que glorieuse ; et dès le lendemain de cette journée, un détachement ie quatre mille hommes franchissait la rivière, pour aller reconnaître la position de l'ennemi. Ils n'avaient pas encore fait beaucoup de chemin qu'ils rencontrèrent une troupe nombreuse de Géfndes^ qui, après les bruyants plaisirs d'une féte nationale, goûtaient le repos à la fraîcheur du matin; et, comnic des bêles féroces, se ruant sur celle foule désarmée et paisible, ils en firent un horrible carnage. Cependant les défaites que Baïan venait d'essuyer n'avaient point accablé son grand courage ; vingt jours après la dernière, il reparaissait sur la rive gauche de la Theiss et provoquait son adversaire au combat : ce fut le dernier, le plus acharné, le plus terrible, mais aussi le plus brillant pour la valeur romaine, le plus décisif pour la ruine des Avars ; il en périt un grand nombre dans les eaux de la rivière ; les Slovènes s*y noyèrent presque
tous, i.e kliiikan domanda la paix qu'il obtint, et Tarmée de Priscus repassa le Danube: La justice divine avait prononcé contre Baïan ; on peut croire qn'il survécut pea an jugement qui le frappait^ car il ne reparait plus sur cette scène qu'il avait occupée pendant trente-six ans.
Baïaii mort, les Avars pouvaient se croire perdus. Aussi bien leurs dernières défaites semblaient-elles leur avoir donné le pressentiment de leur extermination ; car Fiitustre khakan avait eu la douleur, à ses derniers moments, de les voir passer par bandes de son service au service de l'emperçu I . Kilruyé de celle désertion, il n'y avait pas de moyen qu'il ne leiilat pourTarrèlcr ; liaian eut recours a la prière, mais ils s'y montraient insensibles. Lamortde Maurice vint les sauver. Phocas, qui n'avait soulevé les légions que pour les affranchir des fatigues de la gueire, ne pouvait changer de conduite, après qu'elles l'avaient élevé sur le trône. H offrit la paix au noiivean kliiiknii , et lui garantit la pension de Baïan avec une grande augmenta lion. Cette lâche conduite était plus propre à Venbardir et à l'enflammer qu*à le contenir. Jeune et non moins remarquable par sa bravoure que par sa bonne mine , le barbare fit alliance avec Agihiir, roi des Lombards, en reçut des charpentiers pour conslruiie une flotte, et avec celte flotte porta le ravage sur les terres de l'Empire. Tant que Phocas porta la couronne, dit ZonaraSy la Thrace fut en proie aux Avars , et devint le tombeau des soldats qui avaient proclamé ce monstre . Les malheureux devaient par une prompte mort expier jusfpi'au dernier le forfait dont ils s'étaient souillés : quand iléraciius monta sur le tronc en 610 , il n'en restait plus que deux. En même temps le khakan assurait à Agilulf le secours de dix mille Slovènes, qui se distinguèrent en 609, au siège de Crémone, par leur férocité. L'année suivante, allié peut-être infidèle, il se jetait lui-même sur le Frioul, et ruinait le château que commandait Gisulf.
Ce qui se passa ensuite entre les Avars et l'Empire pendant les six premières années du régne d'Héraclius ,
nom l*ignoronsentiéreinent. Ën 616, le khakan envoya une
ambassade à ce prince pour traiter de la paix. Celui-ci la reçut avec d'aiilanl plus de joie qu'il avait besoin de toutes ses forces contre la Perse, el il ne la laissa point partir sans dépoter à don tour au khakan un patrice et un questeur, chargés de lui confirmer ses heureuses dispositions. Le barbare en parut charmé, combla les Romains de présents et les assura qu'il irait en personne trouver l'empereur pour conclure avec lui une alliance durable. Nous avons vu ailleurs (1) la perfidie qu'il méditait, et comment Uéraclius dut fuir précipitamment avec son diadème au bras , pour échapper à la poursuite des cavaliers ennemis. Après s'être ainsi démasqué , il ne restait [)]us au khakan qu'à consj»ii L4 avec les Perses la ruine de Gonslantinople. Mais il unit vainement ses efforts aux leurs pour détruire celte cité , que semblait protéger la Sainte Vierge, la Panagia^ dont elle se vantait de posséder la robe. Après huit jours de revers multipliés, qui uieiiaçaicnt de s'accroître avec les difficultés, il fit brûler ses machines et leva son camp (42 août 626) : « Ne prenez point mon départ pour une i fuite, dit-il aax Romains; ce n'est point la crainte , > mais la disette qui me chasse d'ici. 3e reviendrai mieux » pourvu, et je saurai vous rendre tout le mal que vous i m'avez fait. »
DissoltUim et (m du second empire hunnîque. — Il ne revint pas. Sa mort, qui arriva peu après, en relâdiant les liens qui attachaient les Slaves et les Bulgares à son empire, acheva l'œuvre de dissolution que le frank Samon avait commencée sous son règne ; et les Avars, qui, pendant soixante-dix ans, avaient tenu sous leur pied l'Europe orientale, durent se renfermer dans là Gépidie et la Pannonie, entre la Drave^ le Danube et les Krapacks. Ils ne s'y résignèrent pas facilement , et ne
(1) Chapitre de VHUtoin dê VEmptre d'Orient.
Digiiiz
cessèreot de remuer jusqu'à ce que Tépée de Cbarlemagne et de Pépin les eul anéantis (791-796). Leurs
restes malheureux, en repassant la Tbeiss, tombèrent sous la diiiuinalion de leurs anciens vassaux, les Bulgares, et suivirent les armées du roi Crem, à la mort dui]uel ils apparaissent pour la dernière fois dans J'bistoire (8iâ).
Crem , qui songeait à donner des lois à son peuple» eut un jour la belle pensée de leur 'demander à quoi ils attribuaient la ruine de leur patrie, et ils lui répondirent : « Ce qi)i nous a perdus, c'est que les accusa- » tiens s'étaient multipliées parmi nous» au point de faire y périr les plus braves et les plus sages ; — que les fripons
> et les méchants étaient de moitié avec les juges ; — que » l'ivrognerie était devenue un vice général ; — que les pré- 5^ scnts lenaient lieu de raison et troublaient Tesprit de ceux i> qui les recevaient ; — que luut le monde s'était fait mar- » cband, et que la cupidité, qui portail chacun à s'enrichir^ » avait banni de la société la bonne foi el la confiance.
> Voilà quelles ont été les causes de notre ruine. » La guerre continuelle qu'ils enlrctcnaieat, les avait, en d'autres termes, successivement em icliis, corrompus et amollis. C'était ce que les Grecs et les Komams avaient éprouvé, comme tant d'autres ; c*iesl le sort inévitable de toutes les nations guerrières (1).
Troisiètiie empire Hunnique,