LES BULGARES
Origine et conmencemetU des Bulgares, — 11 était dans les destinées de la race Hunnique de remuer le monde sans fonder aucun établissement durable. Les
(1) Voyez sur les Avars 1 excellente Histoire ancienne des peuples modême$ d» V Europe, du comte Du Bvat.
— Uii —
Bulgares seuls, qui appartenatenl à cette race , ont du
moins laissé leur nom aux contrées qu'ils ont occupées en deçà du Dunube. Partagés en deux grandes tribus , les CtUrigours et les UlrigourSy que les historiens grecs confondent quelquefois sous les noms à'Hunnigmrs (1), Humnogundures (2), ils ne commencèrent qu*au temps de Zénon à être connus el redoutés de TEmpire sous celui de Bulgares, Théophane , qui vivait sous Justin II, est le premier chez les Grecs qui le leur donne; à moins qu'on ne veuille mettre au nombre des historiens grecs le comte Marcellin» qui écrivit en latin sous le régne de Justinien. — Mais l'existence de ce peuple remonte bien au delà de Tèrc chréliennc dans i'iiistoin; de TArménie ; car Mnïse de Kliuien (.1), qui composa il la sienne au milieu du siècle, nous apprend (]ue, sous le règne d'Arsace h^, c'est-à-dire de l'an 120 à Tan 116 avant Jésus-Christ, une nombreuse colonie de Bulgares, chassés de leur pays par des guerres civiles^ vint s'établir en Arménie au nord de l'Araxe. Ils passaient, au temps de l'écrivain oriental, pour habiter fort au delà du Caucase. — Chez les Occidentaux, c'est ËnnodiuSy le panégyriste du grand ïbéodoric, qui en a parlé le premier, à l'occasion d'une victoire que ce prince remporta sur eux pour l'Empire dans les environs du Buiyslliéne (485) ; et il les représente comme un peuple vaillant et nombreux , accoutumé aux fatigues do la ' guerre, toujours prêt à préférer la mort à l'esclavage, et qui jamais, jusqu'au jour où il rencontra le héros ostrogoth, n'avait lâché pied devant un ennemi. lAbBttêm était le chef de ceLtc nation ; Thcodoric, se mesurant avec Ini, le désarçonna après l'avoir blessé, el ne le laissa point aller qu'il n'emportât avec lui des marques de sa défaite,
(1) Priscls.
(-2) (Constantin Porpiivuoc.
(3) L. 2, f. ul 8. .
Tiiissi humiliantes pour son orgueil que glorieuses pour son vainqueur.
Jusqu'au milieu du v« siècle, les Bulgares étaient l estés campés au dessus du Pont-Euxin, sur les bords de VEtdj auquel ils communiquèrent leur nom (Volga) (1). En passant alors le Tcinaïs, ils trouvèrent devant eux les restes de la nalion gollii<jue , les dispersèrent sans peine et prirent possession de leur territoire, qui s'étendait jusqu'au Danube. Les Vtrigaurs ne s'étaient joints à leurs frères que pour assurer le succès de l'expédition ; la conquête terminée, ils retournèrent dans leur pays, remportant de leur service cet avantage, q^i'ils devaient désormais posséder seuls tout entières les contrées qu'ils avaient auparavant partagées avec les Culrigonrs ; et ils les gardèrent en effet jusqu'au temps de Justinien. Il n*y eut donc avant ce prince que les Cutrigotirs qui s'illustrèrent par leurs incursions sur les terres de l'Empire, et c'est uniquement à eux qu'il faut rapporter ce que les historiens occidentaux disent alors des Bulgares. Peut-être Théodoric» qui voulait réunir toutes les tribus dispersées de sa nation, allirà-l-il sous ses drapeaux celles que les Cutrigonrs tenaient assujetties, et Libcrtem regarda-t-il la conduite de ce prince comme un acte dliostilité. Ainsi pourrait s'expliquer la i;uerre qui s'alluma entre ces deux chefs^ et qui se termina si heureusement pour les Gotbs.
Juslinien les met aux prises Us ms avec les anUres. ^
— Ce qui est plus certain, c'est que leur défaite n'empêcha pas les Cutrigours de franchir le Danube quatorze ans plus tard (499), et de ravager la ilirace^ dont ils ne sortirent
(l) IMulot qu'ils ne prirent celui du lleuvc. « Car, ilit le célèbre annon tateuf (!c Ia-Ir'UU, cr fleuve est appelé Etel, Etil ou Athil dans tous les ') Hiiuaii N larlares el dans ies langues des peuples barimres qui oui tiabité » ou (|ui habitent encore ses bords. Ce nom se trouve dans la géographie M arméaicnue alLuijucc .i Moî&e de Khorcu, cl dans tous les auteurs » araties et persans qui vivaient dans le ix% le \' et le %\* siècle. » ( V. Lkbrau, l. 36, § 47, n. 1.)
qu^aprés avoir reçu de Tempereur Anaslase de grosses sommes d'aiigenl. Hais ces barbares, qui dès lors affligèrent FEmpire de tant de désastres, semblèrent avoir réservé les
\i\us Icn iblcs pour l iiuinilialion de rorgneilleux monarfjue qui poul^uivil le genre humain de ses armes el Je sa perlide politique. Il ne se passait pas une année qu'ils n'insultassent à la roajesié de Justinien par leurs incursions. En 538, ils vinrent dans la petite Scylhie et la Hésie, battirent les Romains, en furent ballus, el, assez heureux pour fain; prisonniers hts rommaniianls des deux provinces, contraignirent renipercur de leur en payer ma- ^gnifiquement la rançon. L'année suivante, il est vrai^ Hundus, gépide d'origine, i qui Juslinien avait donné le gouvemeinent de rillyrie, les attaqua dans ta Thrace, et remporta sur eux une victoire si éclalani* que son maître en pril le surnom de Bulgarique. Mais ils lui prouvèrent bientôt qu'il s'était trop hâté de triompher. Car, on 540, ils inondèrent les provinces comprises entre le Danube el le Bosphore, et le mal qu'ils y firent, laissa des Iraces ineffaçables. Tout depuis le ^olle Ionien jusqu'aux faubourgs de CoiiMaulinople fut impitoyablement ravagé ; trente-deux châteaux ruinés, Cassandrie emportée d'assaut, cent-vingt mille captifs et un butin immense, atlestèrent ou récompensèrent une audace, à laquelle on ne trouve rien de comparable que la lâcfae immobilité de ses victimes. Ausbi, dit Procope, les Huns écrasèrent-ils encore les Romains par de fréquenles irru[iiioiis, dans Tune desquclh's on vit un détachement de ces barbares fi^ncbir le détroit entre Seslos et Âbydos, piller la côte d'Asie, et chargé de dépouilles regagner la Cliersonnèse et le gros de leur armée.
Le succès facile de ce? expéditions, dont les auteurs avaient pourtant vendu fort cher à Byzance leur frauduleuse amitié, était bien fait pour inspirer de la jalousie aux Utrigours, à qui leur éloigneroent ne permettait pas derançonner l'Empire; et Sandil^ chef de ces barbares.
Digiîi/ca by
n'était pas liointne à étouffei^ eu eux ce sentiment. Juslinien connut leur disposition, et y trouvant une occasion favorable de mettre aux prises les deux tribus, il envoya des ambassadeurs h Sandil pour lui promettre la pension
qu'il payait aux Culrigoiirs, s'il parvenait à les détruire. Mais, tout désireux qu'il était de se lier avec TEmpirc, Sandil ûi répondre à l'empereur qu'il lui semblait aussi impie qu'inhumain de détruire une tribu de sa nation : n Exigerais -tu de nous, lui dit -il, que nous anéan- » tissions ceux qui parlent la même langue que nous, » qui s'habillent et vivent comme nous, nos parents enûn, y bien qu'ils obéissent à d'autres chefs ? »
A quelque temps de là les Culrigours, sous le commandement de Chinial , leur chef le plus distingué , désolaient les terres de TEmpire par de nouveaux ravages (550). Alliés des Gépides conlre la nation Lombarde , qu'appuyait Juslinien , ils étaient accourus à leur voix pour les soutenir dans la lutte; mais, quand ils arrivèrent, une trêve venait de suspendre les hostilités f et Thorisin^ roi des Gépides , en attendant qu'elle expirât, les avait fait passer par ses domaines jusque sur le territoire romain , pour qu'ils pussent s'y enrichir aux dépens de ses ennemis. Justinien, profitant de cette circonstance, envoya une nouvelle ambassade aux Utrigours, pour leur reprocher le repos où ils languissaient , tandis que les Ctttrigours ruinaient ses états par leurs courses journalières, a Apparemment, leur disail-il, vous craignez vos » frères, puisque vous souffrez patiemment qu'ils nous pil- » lent et nous rançonnent, sans qu'ils se soucient de par- > tager avec vous nos bienfaits ou leur butin. > Le trait piqua Sandil , et ce prince dont Texpérience égalait la bra* voure, profitant de Tabsence de Chinial et de ses guerriers, passa le Ta nais avec toutes ses torces et entra dans le pays des Cutrigours. Ceux-ci tentèrent inutilement de lui résister ; ils furent écrasés» et leurs femmes, leurs enfants devinrent la proie des vainqueurs,qui regagnèrent leurs campements.
Juslmien n'eut pas plus tôt appris le succès delà bataille qu'il en fit aussitôt informer Chinial , en lui donnant une
grosse somme d'argent pour l'engager à se retirer. Celuici reconnaissant jura de ne plus faire aucun mol aux Romains et de les traiter en amis pendant sa retraite. S'il parvenait à rentrer dans son pays, il leur garderait éternellement la foi ({iril venait de leur donner ; et s'il ne pouvait y rester sûrement , il reviendrait leur deniandor des terres, et assurerait à TEmpire contre tous ses ennemis le secours de ses braves. En même temps deux mille Gutrigours, échappés au fer des Utrigours, venaient en suppliants offrir leurs services à Justinien, et ce prince, les accueillant avec bonté, leur ordonnait de s'établir dans la Thface. Cette conduite indigna Sandil, el, ré:>ulu d'en faire à Tempereur les reproches les plus amers , il lui envoya, des ambassadeurs chargés de lui dire : « Le roi Sandil te • parle ainsi par notre bouche , comme si nous te faisions » la lecture d'une 4ettre qu'il t'aurait écrite. Dans mon enw fance j'ai appris de nos vieillards un proverbe dont ils > vantaient beaucoup la sagesse ; ie voici : Le loup pcuL » changer de poil , mais il ne changera jamais de naturel; » Je sais aussiparnion expérience personnelle ce que je vaiâ i te dire. Le berger qui veut que son chien garde fidèlement î ses troupeaux et les défende contre les attaques du loup, B le prend lorsiju'il telle encore, et le nourrit avec soin sous I sa tente; et le chien dont la nature est d'être reconuais- » sant du bien qu'on lui a fait, est toujours prêt à repousser y le ravisseur. As-tu jamais vu les chiens attaquer le trou- » peau, et les loups le secourir ? S'il en est ainsi dans ion » empire, fais-le voira mes ambassadeurs, aiin (ji Ta la veille » dedevenirvieuXjj'apprenne quel(|ue chose de nouveau. Ce» » pendant ces mêmes Guti'igours que tu ne pouvais endurer,. 1 quand ils habitaient au delà de tes frontières, tu n'as pas » craint de les recevoir chez toi , comme si tu [mouvais jâ- » mais compter sur leur appui. Ne craindront-ils pas, en » combattant tes ennemis, de les mettre dans le cas d'ètrQ
1 mieux liailés (ju'eux-mèmes ? Vois ce qui nous arrive.
> No(re courage t'a délivré delà servitude où lesCutrigours n t'avaient réduit, et nous vivons tristement dans le désert, » tandis qu'ils ont chez loi des vivres en abondance et qu'ils » s'enivrent dans tes celliers. Ils fréquenlent vos bains, se » couvrent des cLoifes les plus fines et sont tout brillants » d'or. N'est-ce donc pas là celte nation qui tout à Ilieure
> encore désolait vos campagnes et traînait par milliers tes » sujets en captivité ? »
Ils s'affaiblissent et tombent dans la dépendance des Avars, ■ — Ainsi parlèrent les ambassadeurs de Sandil. L'empereur leur fit beaucoup de caresses et les renvoya chargés de présents; mais il n'éteignit point dans leur cœur la jalousie qui les dévorait. Les Cutrigours, de leur côté, ne respiraient que la vcn<;eanfe, et brûlaient de reporter chez ces frères ennemis les maux qu'ils en avaient soufTcrls. Mais le retour de Cbinial ne devait pas relever leur fortune, et la guerre continua longtemps entre les deux tribus, sans autre effet que d'accroître la haine dont elles étaient animées Tune contre l'autre. Aussi s'affaiblirent-elles si bien par leurs fureurs qu'elles furent incapables de résister aux Avai s, et que les débris de leur puissance allèrent grossir celle des kt^akans. On peut du moins afiSrmer que les Culrigours furent incorporés à la nation victorieuse ; mais il y a lieu de penser que, si elle soumit les Utrigours, elle les laissa dans leur fiays, où ils subiront plus lard un autre joug.
Cependant les premiers , avant l'arrivée des Avars, avaient eu le temps et la force de rendre à l'Empire une partie des maux qu'ils devaient à la perfidie de Justinien, ZabergaHy leur chef, profitant des rigueurs de l'hiver de 558, avait passé le Danube sur la glace, et trouvant au delà de ce fleuve un pays inhabité, il était arrivé rapidement dans la Thrace. Là il partagea son armée en deux corps, 6t»[tandis qu'il conduisait l'un contre Gonstantinople^ rauire se dirigea sur la Grèce, avec ordre de ravager ce
pays, qui était alors sans défense, Cen-4» s'avancèrent sans difficulté jasqu'am Thermopjles ; mais là ils rencontrèrent dans les troupes qui gardaient le défilé une
résistance inattendue. Ne pouvant renverser cet obstacle, ils prirent le parti de le tourner, et après bien des recherchesy étant parvenus à trouver un sentier qui les ctmduisit an sommet de la montagne, ils pénétrèrent par là dans la Hellade. Surprise dans la plus enliére sécurité, presque toute la population fui exterminée, cl la Béotie , la Phocide et l'Allique virent leurs riantes ( amprip^nes changées tout-à-coup en une airi*euse solitude. La muraille d'ÂnasIase n'avait pas mieux protégé de son côté les habitants de Gonstantinople , et la folle confiance qu'elle leur avait inspirée, les eût livrés pieds et poings liés à leurs ennemis, si Bélisaire ne s'était trouvé là pour repousser les barbares. Toutefois Zabergan , ayant été rejoint par tous ses détachements^ était resté sur le territoire de l'Empire : il lui (allait de l'or pour le déterminer à se retirer^ Justinien lui en donna autant qu'il en désirait.
Cmivral les délivre, — Ce fut le dernier exploit des Cutrigours. Le moment approchait où ils allaient suivre les drapeaux et les destinées des Avars, mais plutôt en frères qu'en vassaux ; la suite le prouva bien. Car, lorsqu'on 631 la mort vint enlever à ses sujets le successeur de liai in, les Bulgares osèrent leur dis[>uter le droit de donner un chel à la nalion. Us pouvaient invoquer leur origine hunnique, les colonies importantes qu'ils avaient jusqu'en Pannonie , et les nombreux vassaux rangés sous leurs lois ; mais ils comptaient avec plus de raison sans doute sur leur multitude et sur leur valeur. Aussi le dédain avec lequel les Âvars accueillirent leur prétention, les souleva contre eux. Ils prirent les armes à la voix de Cubrat ou Cauvrat, leur chef, et ceux d'entre eux qui habitaient par de là le Danube n'eurent pas de peine à se rendre indépendants ;
Digiî
mais les autres » établis dans la Pannonie, furent moins heureux, et neuf mille d'entre em, après avoir été fort maltraités par les Àvars, résolurent d'aller demander k
Dagobert un établissement dans ses états. Le roi Iranck envoya aussitôt aux Bavarois l'ordre de les recevoir et de les garder pendant l'hiver, jusqu'à ce qu'il eût statué sur leur sort avec ses leudes. Les Bavarois se les partagèrent donc, et les malheureux fugitifs étaient dispersés dans tout le pays, quand l'ordre arriva de les massacrer tous en une seule nuit, ho m m os, femmes el enfants, sans en excepter aucun. Ainsi l'avaient résolu les Franks, ainsi l'avait ordonné Dagobert. Chacun devait égorger ses hôtes et le ht. Il ne s'échappa de cette affreuse boucherie que sept cents hommes, qui , sous la conduite i'AUiCf se retirèrent chez les Vinides de la CaiiiUliie.
Ce désastre , dont il pouvait faire retomber sur les Avars la responsabilité » en inspirant à Couvrat le désir de la vengeance, le rapprocha de la cour de Constantinople ; il envoya une ambassade à Héraclius , et s*unit à lui par un traité qu'il observa scrupuleusement jusqu'à sa mort. Aussi l'empereur lui envoya-l-il de riches présents et l'honora-t-il de la dignité de patrtce. Or, « vers ces temps-là , le roi des Huns , dit Nicéphore , était venn à Gonstantinople avec un nombreux cortège des grands de sa nation, et il avait demandé qu'on Tinitiât aux mystères du christianisme. Héraclius le reçut avec bonté, et les princes h uns furent tenus sur les fonts par les princes romains. On les admit ensuite à la participation des saints mystères, el l'empereur, en les comblant de présents, leur conféra des dignités. Leur chef fut revêtu de celle de patrice, et tous furent renvoyés dans leur • pays. 0 Y aurait-il de la témérité à supposer que ce chef est Couvrat lai-même? Le caractère religieux de ce prince, son attachement constant à l'empereur Héraclius, le prix que les empereurs paraissaient attacher à la dignité de patricé, et ce que nous savons du motif qui empéelia
Ju$tinien de la conférer à Gélimer (1) prêteraient peut-être à cette supposition nn appui suffisant.
Quoiqu'il en soit , le prince des Cutrii^ours semble avoir réuni sous son autorité les deux tribus bulgares , et c'est là sans doute ce qui a fait prédominer, dès le milieu da vii* siècle , ce dernier nom , aujourd'hui seul connu* Couvrat mourut en 660; Sentant sa fin approcher, il fit venir ses cinq fils, et il leur partagea ses étals en leur recommandant de demeurer unis, sans s'éloigner du pays qu'occupait alors la nation. C'était, disait-il, le seul moyen qu'ils eussent de régner avec autorité, chacun sur sa tribu, sans être exposé à subir un joug étranger. L'exemple des funestes divisions des Utrîgours et des Culrigours ne prouvait-il pas assez la sagesse de ce coiisoil ? Tous promirent de le suivre, mais à peine Couvrat avait-il fermé les yeux que la discorde s'élevant entre eux leur ût oublier ses dernières volontés.
Ses enfants se séparent. — L*ainé, iu)iniiié BasiaUf demeura seul dans Vaneienne Bulgarie ; mais atlaibli par son isolement , il ne put résister à la nation turque des Khazars , qui commençait à devenir puissante et à dominer du Volga au Pont-Euxin ; et il dut se soumettre à lui payer tribut. Toutefois, avec le secours du temps et des circonstances , les Bulgares de la Russie arrivèrent encore à une assez grande prospérité. Ils la durent à ralTaiblissement des Khazars et au commerce actif qu'ils entretinrent avec les Musulmans , dont beaucoup d'entre eux embrassèrent la foi. Il fallut, pour renverser leur fortune, Farrivée de Batou , fils de ïchinghis-kan
(!) Ainsi voyons nons, vers Tan 783, l'empereur Léon UI créer patrice, après qu'il eut embrassé la religion chrétienne, Elcrick, roi des Bukares, qui, détrôné par ses sujets, s'était réfugié à Constantjnople (V. CKi>ni-,>. in Consiant., aim, 2). Il ne parait pas que la |K)iitique des empereur»^ ail varié sui t e point.
(xui« siècle) : seulement, avec Batou» il ne fut plus question devasselage; ce fui une exleroiination presque totale. — Le second fiis de Couvrat passa le Tanaïs et vint s'établir en face'de l'ancienne Bulgarie. — Le quatrième, traversant
le Danube, alla se joindre aux Avars de la Pannoiiir, dans la dépendance desquels il demeura. — Le cinquième, Al^ zécus, poussa plus loin vers l'Occident, et étant arrivé en Italie, sur la fin du règne de Grimoald, obtint du ûls de ce prince, à litre de comté (gastaldium), quelques villes du Samnium (1), où il établit ses Bulgares. Ils ne tardèrent pas sans doute à y apprendre Titalien ; mais Paul Diacre, qui écrivait plus de cent cinquante ans après l'arrivée de cette colonie dans le duché de Bénévent, dit qu'elle n'avait cependant pas encore de son temps perdn l'usage de sa propre langue.
Fondation du troisième empire hunniquù. - • Le troisième et le plus célèbre, nommé Aspar(mk^ peut être considéré comme le fondateur du nouveau royaume de Bulgarie, de ce troisième empire des Huns, qui, pendant plus de trois siècles, jeta la désolation dans Tempire grec. Il passa le Borystliène ou Dnieper et le Dniester, et vint d'abord dresser ses tentes vers les bouches du Danube, entre des roches escarpées et de vastes marais, qni devaient protéger efficacement son indépendance et la faiblesse de son peuple. De là il annonça tout aussitôt à TEmpirc son dangereux voisinage par le dégât qu'il lit au midi du fleuve. Conslunlin III Pogonat tenta vainement d'y mettre un terme. 11 fut défait par les barbares, et dut leur acheter la paix par un tribut annuel et l'abandon des champs fertiles, mais délaissés, de la petite Scythie et de la Basse-Mésie (679).
Protégés sur leurs derrières par le Danube, à leur gauche par le Pont-Ëuxin, et maîtres des déiilés ou claxi-
(1) ËQtre autres Sepinum (Sipicciauo}, Fcwfotiujn {UuUuio) «l igemfa.
sures (1) du Mont Hémos, ils ne lardèrent pas à coairir leur droite par la soumission des Sepi iribus escla-
vones cainpées de ce côlc , et dans celte admirable position ils purent désormais amasser facilement de grandes richesses par le pillage des villes de la Thrace. Aussi Justinien II, fils de Constantin lii, loin de vouloir se soumettre aux conditions qu'avait subies son père, prit le parti d'altaquer les Bulgares et de reporter chez eux les maux de la guerre. Il les rédni-it aux plus dures exlrémitéSy mais surpris dans sa retraite au milieu des clausures^ il n'obtint la liberté de regagner Constantinople qu'en rendant les prisonniers et le butin qu'il avait faits, et en confirmant le traité paternel (687). Ce traité lui fat utile; car il lui assura dans son exil une honorable retraite à la cour de Terbélis, second successeur d'Asparouk; et le dévouement de ce prince le rétablit ensuite sur le trdne (705), Justinien reconnnt ce service en attaquant trois ans après les Bulgares par terre et par mer. Mais ils le défirent près d'A7ichialey d'oxi il s'enfuit le premier sur un navii p ; et Terbélis, opposant à la plus noire ingratitude une noble magnanimité^ n'hésita point à lui envoyer contre Bardane un secours de trois mille hommes. Il semblait s'être fait le champion du bon droit, et on le vit en 719 appuyer de ses trésors et de son armée un prince que son rival avait relégué à Thessa]nni(|ue. Anaslase, il est vraî, s'était troujpé sur les dispositions dos habitants de Constantinople; au lieu de l'accueillir avec empressement, ils lui fermèrent leurs portes, et Terbélis, irrité d'une résistance qui menaçait en se prolongeant de lui devenir fatale, le remit aux mains de Léon, qui le fît mourir.
Politique des Bulgares; ses effets, — Les guerres continuelles que les Bulgares firent aux Romains ,
(1) C'était le nom par lequel les Romains d alors désignaient les gorges de ces montagnes.
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eurent pour principal effet, en dépouillant TEaipire de «es richesses, de développer chez eux une prospérité inaccouiuinée et de leur donner Tintel H Lé once des bienfaits i]it la civilisation. Leurs villes se mulliplicrent rapitierneril et devinrent bienlot très florissantes , autant par le nombre des habitants que par les arts qu'on y cullivait« Ce n'était pas sans doute avec la seule dépouille des ennemis que Crem couvrit «le fer trente mille de ses guerriers; les ateliers des cités bulgares avaient certainement fourni le plus grand nombre de ces armures complètes. U est vrai que la plupart des ouvriers étaient étrangers.
Les princes bulgares n'avalent point perdu le souvenir des leçons de Baïan , et dès le commencemcni ils avaient mis à profil leurs conquêtes, pour s'assurer la bravoure des Slaves et rexpérience des Romains. Comme les AvarSy ils ae faisaient des premiers un rempart contre les armées impériales, et en moins de deux cents ans ces postes avancés de la barbarie s'élaienl lellemcnt accrus, que lo Macédoine, la Grèce et le Péloponèse lui-même en étaient couverts au vuF siècle. C'est ce que prouve bien la campagne du patrice Staleradus» envoyé contre eux en 783 par l'impératrice Irène. En même temps qu'ils couvraient de leurs vassaux leurs ih)ntières du midi, les Bulgares transplantaient sur celles du nord les sujets des Césars. Ce fut surtout la politique de Crem (1), de ce génie législateur qui tenta de faire servir à l'immortalité de son empire la connaissance qu'il avait acquise des causes de la ruine des Avars. Aimi, en Si% les habitants de Debelte, qu il assiégeait, s'éLant donnés à lui avec leur évêque , il les envoya tous dans un autre pays. Mésembrie eut le même sort en 813, ainsi que la ville d'Andrinôple dont le vainqueur tira plus de cinquante mille
(1) L*histoire meulionne ce priuci^ pour la prmi<:t'e lots en 8uu« et rapporte sa mort à rannée Hi'i.
cUoyeBi^ qui forent dirigés avec tons leurs effets sur
la Bulgarie d*aii delà du Danube. On avait entassé sur des chariots leurs meubles , leurs vêtements, leurs ustensiles de cuivre et jusqu'aux couverlures d'Arménie, jusqu'aux tapis brodés à TaiguiUe. Les troupeaux de la contrée suivaient pour servir aux besoins de ces malheureux. Basile , le Macédonien, encore an berceau , était du nombre des captifs; il passa les vingi-ciiiq premières années de sa vie au milieu des barbares ; après quoi le ciel, qui le destinait au trône» lui fit recouvrer la liberté.
Ces colonies deRomano-Thraces, Hacédoniens,Mysiens ou
Illyriens, qui allèrent remplacer dans Tancienne Dacie celles de Trajan, qu'Âurélien en avait retirées (1), conservèrent au milieu des Bulgares et des Ësclavons, avec leurs coutumes et leurs mœurs, leur langue qui était celle-là même, dans laquelle s'exprimaient les soldats de Gommentiole(2)y et 0& dausurœ désignait des défilés, aula la résidence de Crem , bifulces la dangereuse situation des Slaves enlre les Avars et Tennemi : latin barbare dont nous avons ailleurs (3) expliqué l'origine, et dont le voisinage des barbares devait encore avec le temps altérer la physionomie. On peut juger d'ailleurs aux racines qu'ils ont prises dans le sol, que les colons romains n'eurent point trop à souffrir dans leur captivité , et la rapide conversion du peuple Bulgare à la foi chrétienne explique assez à quel principe tutélaire ils le durent. Placé entre eux et les Esclavons , il était difficile que le vainqueur des uns et des autres ne leur fit pas quelque emprunt. Il prit la langue des derniers,
(1) On ne saurait trop répéter le texte de Flav. Vopiscos : « Prwinciam » front DantUfium Daciam a Trajano constitutam» scblato exercith » ET PBOvmaALiBtJS , reliquit..,. ( c. 40, in Aurel.)- » î^a généalogie des VaJaques ne saurait donc remonter aux soldats victorieux de Trajan , mais clic commence à la grando mptivité tirs Homains du Bas^Empire ( du milieu du vi* siècle au couimencemeul du ix* ).
(2) V. VHistoire des Àvars.
(3) Yoy, au 1. 1*' le cbap. des RétuUatâ de Vinvation germanique.
el adopta la religion de TEmpire. Le petit ne?eu de Crem était chrétien et se nommait Siméan ; il eut d*nne première femme un fils appelé Michel , qu'il condamna par son lestamenl à prendre l'habit monastique. On voit que ce néophyte avait hien profité des leçons de ses maitreSy les empereurs romains ( i ).
(1) V. ci-ilcssus, p. eipassim.
CHAPITllE m.