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INVASIONS DES ARABES

PREHÈRE PARTIB.

l'arabie.

Etat géographique» — Knlre Tisthme de Suez et la ville d'Ana sur TEuphrale (1), le golfe Persique et la mer Rouge s'étend une vaste région que semblent se disputer les sables brûlants du désert» les roches désolées de la montagne , et les riantes oasis que fertilisent des eaux courantes. Les anciens Tavaient partagée pour celle raison en Arabie Déserte, Arabie Pélrâe cl Arabie Heureuse : mnis cette division est trop étrangère aux géographes orientaux pour subsister plus longtemps; et, si nous en exceptons les petits districts de Test, on ne saurait plus voir maintenant en Arabie que les régions du Nedjd^ de VHedjaz, de YYéfnen et du Tchama, dont la première et la dernière sont prises à la fois comme provinces particulières et comme parties des deux autres: THedjaz et l'Yémen ayant rhncune leur Nedjd (partie pierreuse ou élevée) et leur Tehama (pays plat avoisinant la mer).

Au Tchoma apparlicnnenl les principaux ports de l'Arabie , au Nedjd les chameaux les plus vip-onreux et une race d'agiles coursiers , qui rivalisent avec

(I) A la hanleiir ilc Tripoli.

Digiiiz

t:eux de VOman (1), dont les poêles de la Péninsule ont de tout temps célébré les qualités précieuses. L'Hedjaz, l'une des provinces les plus resserrées et les plus stériles, est sans contredit la phis célèbre de toutes par le caractère sacré que lui communique la possession îles Villes saintes derislaniisme : la Mecque^ qui,envii oiiaée de tous côtés par des collines grisâtres d'un triste aspect , semble cacher sous une enveloppe grossière son temple vénéré (la Caaba)^ qu'Abraham et Ismaêl consacrèrent au vrai Dieu (3) ; Yatreb (Médiné), dont la mosquée , après avoir retcnli des prédications du prophète exilé, doit lui servir de tombeau et attirer, comme le Beïtallah (3) à la -Mecque, tous les vrais croyants. Le nombre des pèlerins sera grand chaque année dans les deux cités, et leur territoire est trop aride pour suffire à leurs besoins. Mais elles ont chacune un port, dont les tributs entretiennent chez elles rabondaiice : Médine, Yambo , et la Mecque, Bjidda, Ce dernier surtout, grâce à sa position intermédiaire entre l'Yémen et la Syrie, a rapidement accru son importance. Là se versaient les productions de l'Abyssinie et de l'Afrique centrale, que des caravanes transportaient ensuite à travers la Péninsule jusqu'à Ternbouchure de l'Euphrate, en passant par la Mecque et par Djerra ou Katif, ville construite en sel gemme, où elles recueillaient les perles du golfe Persique. Là se reposaient comme à la Mecque d'autres caravanes, qui chaque année partaient de l'Yémen pour la Syrie, épargnant ainsi aux bâtiments de l'Inde une navigaiion alors fort redoutée par la mer Rouge et le détroit de la Mort ( Bah-cl- Mande b), La Mecque elle-même avait d'ailleurs des chameaux qu'elle

(1) Contrée mariUme au S.-E. de TArabie.

(i) Près de ce temple est le puits sacré de Zemsem, dont reau -trouble» mais fort saine, jaillit à la voix d'un ange* suivant la tradition arabe , au moment où Agar, errantdans le désert avec son fils Ismaêl, se voilait la face pour ne pas le voir expirer dans les tourments de la soif.

(3) La Maiion de Ih'eu,

envoyait dans toutes les direcliuns, mais plus particulièremeut au nord. C'était ainsi que les foires de Bostra et de Damas approvisionnaient la cité sainte de leurs blés et des riches produits de leurs manufactures, en même temps que les marchés de Sanà et de Mareb lui fournissaient des aromates précieux.

11 n'appartenait qu'à la belle province d'Yémen de résumer pour ainsi dire en elle seule toutes les richesses de sol ou de climat concédées à l'Arabie, et d'y joindre encore par ses deux ports, Aden et Mokha, si heureusement situés à l'entrée de la mer lU>uge, a celles du Sind, de ) Inde et de la Chine, telles que les lames de sabre damascjuiiiées, les peaux de chagrin, le musc, les selles de cheyaux, le poivre odorant et non odorant, la noix de coco, la cannelle, l'ébène, l'écaillé de tortue, le camphre, la muscade, le clou de girofle, les cubébes, diverses étoffes lissues d'herbes, et d'autres riches et veloutées, des dents d'éléphant, de l'étain, des rotangs et autres roseaux, ainsi que la majeure partie de Taloés amer, destiné pour le commerce (i). » Trompés sur la véritable origine de ces productions, et séduits par l'agrément des parfums que produisaient les champs mêmes de l' Yémen, les anciens s'étaient pla à faire de celte terre le séjour du bonheur et de l'innocence.

Hais ce nouvel Eden touchait, comme le Nedjd et THedjaz, à d'affireoses solitudes. Car les deux tiers de l'Arabie ne sont que plaines immenses de sable, ça et là coupées par des montagnes anguleuses et polies. On y chercherait vainement quelque cours d'eau. La terre toujours altérée boit avec avidité les torrents qui tombent des collines ; et des puits souvent sanmfttres, des citernes où Ton s'est efforcé d'arrêter quelques gouttes de pluie, sont les trésors, uniques el secrets de ces déserts. Les vents, au lieu de

(1) Géograph\%à' Edrisi (premier climat, sixiôine section), laqueUe m rapporte au xii' siècle.

Yafrbichir ratraosphère, n*y répandent qu'une vapeur nuisible et même mortelle, surtout quand ils soufflent du sud*ouest. A leur approche Thorizon devient rougeâtre el

prend insensiblement une teinle livide; le soleil sans rayons ullic un aspect sanglant. Emporté par le souille du 5cmoum (I), un sable fm obscurcit les airs, et annonce l'explosion de la tempête. Sous §on terrible eiTort, la plaine se creuse et s'agite comme la mer. Ses flots sablonneux se pressent, se tourmentent et s'élèvent en montagnes menaçantes. Plus d'une caravane, plus d'une armée sur- * prise ainsi dans l'immensilé du désert, y trouva la mort. Mais ces accidents ne sauraient arrêter la cupidité de l'homme, et le désert continue d'être parcouru par rarai>e commerçant ou nomade.

Races et momrs. — Deux peuples, d'origine et de caractère diiïérenls , mwis que les Giccs et les Juifs ont confondus sous le nom di^ Sunasins i^Sclini kioun), c'est-àdire orientaux (^2) , se sont en quelque sorte partagé la Péninsule. L'un descend de Kahtau ou Yoctan, iils d'Heber, fils de Sem: ce âont les Yodanides^ kràbeB purs (Âribah), qui, des deux petits-fils d'Toctan,se sont divisés en Kakia-^ nides et Djoramides ou HimyarUes (en grec Homérides), L'autre se donrin pour père Ismaël, iils d'Abraham. Chassé delà maison paternelle, Ismaël s'était retiré dans le désert; il s'unit à l'une des filles des Yoctanides, et de ses douze fils naquirent les Ismaélites ou Mofistarribes^ Arabes naturalisés.

Les Yoctanides avaient établi leurs demeures sous le ciel fortuné de l'Yémen; les Ismaélites se fixèrent dans les solitudes ^e THadjaz et du Nedjd. Les premiers se soumirent à des rois; les seconds régnèrent sur le désert. Ils le sillonnaient, ou plutôt, car les siècles ne les ont point

(I) On le nomme aussi Kkamtin,

(I) Gomme ces Sarrasins ont de lenr cAlê donné le nom de Mograbina (oeeidentftux) aux habitants de r Afrique.

— ai —

cliaii^és, ils lu billuniiciil eu luus sens avec leurs liuiipeaux, vivant librement sous la lenU',.elne connai&suni, dans chaque tribu, d'autre supériorité que celle d'une femille parliculiére, a qui la reconnaissaoce, la superstition ou la fortune ont donné le premier rang, d'autre autorité que celle du chef de cette famille, qui, sous le titre de scheik ou d'^fm^r, exerce en père plulùl qu'eu iii;iitre les fonctions de juge pendant la paix et de capitaine peiiclant la guerre. Semblables à des fils déshérités de leur pari d'héritage, ils prennent leur moitié sans remords^ et se liguent même, s^il le faut, pour piller ou rançonner les caravanes. Un bédouin a perçoit- il un voyageur solitaire, il s'élance vers lui : « Deshabille-loi , la tante (ma femme) » n'a point de vêtement , » lui crie-t-il, tout prêt à lui témoigner de la pitié s'il se soumet promptement, à verser son sang , s'il tente de résister. Ce vagabond , la terreur du désert , est pourtant généreux. Si quelque étranger ose se confier à son honneur et mettre un pied dans sa tente » il l'accueille avec bonté, le traite en ami, le remet ensuite sur son chemin avec des actions de grâces, des vœux et peul*étre des présents. Il ne suffisait même pas autrefois i son cœur libéral de recevoir avec empressement l'hôte que le hasard lui envoyait ; souvent encore, pendant la nuit, il allumait des feux sur les hauteurs pour lui servir de phares et le guider au lieu du repos.

Ën général , ce qui parait distinguer l'Arabe, c'est ce mélange intime de générosité et d'ardeur pour le pillage, d'entraînement aux aventures et d^attachement à la famille, de cruauté et d'esprit chevaleresque , qui lui est venu de la pauvreté de son territoire. Privé par la rigueur paternelle des riches moissons et des gras pâturages qui sufiisent aux besoins des autres peuples , il croit exercer un droit en réparant sur eux par la violence l'injustice du sort, et il donne le nom de gain à ce qu'ailleurs on appelle vol. Il n'en sait pas moins respecter le bien de son frère , et la rapine est inconnue entre ces hommes toujours prêts

à se lever cuntre rétrangei . La nalure des lieux qu'ils habitent assure d^ailleurs leur indépendaiu e , et l'habitude du péril et dos armes développe en eux, avec la gravité çl la fermeté de Tesprit, une fierté indomptable. Ne connaissant gaère d'autres joies que celles du foyer domestique, ils apportent à les conserver pures celle sollicitude chevaleresque (lin plus tard a jeté tant de poésie sur la barbarie du moyen-àge. Défendre une femme, la proléger contre toute insulte ou venger celles qu'elle a reçues y tel est le devoir d'un arabe» d*un bédouin du désert, comme celui d'un chevalier de la Table-Ronde. « Qu'aurait pu dire de mieux un Amadis ou un Galaor^ que ces paroles du célèbre Anlar , le inodèle des guerriers arabes :

« Nous défendîmes nos femmes à Ëlfourouk, et détourt nftmes de leurs tètes la flamme qui les menaçait.

» Je leur jurai au plus fort de la mêlée , quand le sang » ruisselait du poitrail de nos chevaux , je leur jurai de ne » pas laisser de repos à rennemi aussi longleinps qu'il » brandirait une Lance.

> Ne savez-tvous pas que les fers de nos lances suifi- ^ raient pour nous- assurer l'immortalité , si le temps » respectait quelque chose ?

n» El quant à nos femmes, nous sommes les gardiens » vigilants de leur honneur; noire extrême sollicitude fait o leur quiétude et leur gloire (1). i

Elle les honore en effet ; car elle prouve qu'elles connaissent tout le prix d'une réputation sans tadie. Hais, dans les temps du paganisme, il arrivait malheureusement Irop souvent que cette inquiète susceptibilité des Arabes pour tout ce qui touchait Thonneur de leurs femmes les portât à des actes de la plus révoltante cruauté. Ainsi , un. arabe était-il pauvre ou appartenait-il à une tribu peu puissante , s^il lui naissait des filles , la crainte de les laisser sans protection les lui faisait condamner à mourir : il

(I) Histoire de TArabie, par M. Nobl-Obsv., p. 105.

les enterrait vives. Ce fut Mahomet qui abolit entièrement

celte couiuiiu; inliumaine.

On comprend qu'un peuple qui faisait si froidement à' rbonneur de tels sacrifices, se soit facilement laissé dominer par resprk de vengeance. La moindre insulte, une parole, .

un geste, un rien, provoque de terribles représailles, et fait naître de longues guerres. Les barbares de tous les siècles ont admis pour le meurtre une compeusation ; mais en Arabie les parents du mort sont les maîtres d'ac- «epter le prix du sang (1), ou de poursuivre leur vengeance à main armée. € Leur profonde méchanceté refuse même la lête de l'a.-sassin, et substiluaiU un innocenL coupable , rejette la peine sur riiulividu le meilleur et le plus considérable de la race dont ils ont à se plaindre. S'ils viennent à bout de le tuer, ils se trouvent exposés à leurtour au danger de représailles ; Tintérêt et le principal de cette dette sanguinaire s'accumulent. Les membres de Tune ou de Tautre famille passent leurs jours à combiner des projets de noirceur, ou au inilieu des transes que leur inspire la haine de leur adversaire; et ce n'est quelquefois qu'au bout d'un deminsiècle qu'on solde ce compte de la vengeance (2). > La tradition a conservé le souvenir de dix-sept cents batailles ainsi données avant le vii^ siècle. Celle de Dahis, une des liei iiières et dont la célébrité est devenue proverbiale , avait pris naissance dans une course de chevaux ; elle dura quarante ans , et pendant ces quarante ans, dit la tradition, aucune cavale, aucune chamelle ne donna de progéniture aux guerriers des deux, tribus ennemies, car la guerre ne leur laissait aucun inslaiil (le repos.

Tant d'acharnement aurait fini par entraîner la ruine de la nation , si la religion n'était venue de bonne heure sus*

(1) Voy. sur le prix du saog cUcz ic^ Araboti , le commencemenl de U

Vie de Mahomet.

pendre chaque année les lioslililés pendanL «[iialre mois. Ces mois de trêve , qu'on appeluit mois sacrr.^ , étaient, à répoque du paganisme, ceux de Dzou icadch , de Dzou'ibedjéh , de Moharrem et de Redjeb (i). Les trois premiers se suiveni; le quatrième était séparé du Iroisième par un intervalle de cinq mois ; ainsi deux fois par an les vainqueurs se trouvaient arrêtés dans la poursuite de leurs avantages , et les esprits pacifujues pouvaient travailler à convertir un repos forcé en une paix durable. C'était le temps du pèlerinage des Arabes à la Mecque , le temps de la prière; c'était aussi le temps de la foire à^Okadh^ où s'ouvrait, au milieu des transactions commerciales, un concours fameux de poésie.

Elle se tenait aux environs de la Mecque, à la nouvelle lune de DzouHcadeb, et durait un mois. Pour prévenir l'effet des rencontres fatales, on avait établi qu*en y arrivant , les Arabes remettraient leurs armes à l'homme le plus puissant de la localité , et les laisseraient entre ses mains jusqu'au laonient de leur départ. Quelquefois même les concurrents étaient masqués; et de plus, dans les récitations et les improvisations, la voix de l'orateur était suppléée par celle d'un crieur, qui se tenait prés de lui et répétait ses paroles. Chaque guerrier venait donc à Okadh faire assaut d'éloquence, comme il avait

(I) Voîcl les noms des mois arabes r

MouARREH (mois sacrA).

Sapar rmois da (iépait ).

Rftii 1** mois de la verdure , pluie piinlanière >. Rtei II* (i* mois de la vefdure).

DiouMADA (i«'moisde la sécheresse) Djouvada II» (2* mois de la sécheresse).

Rrdjeb (respect).

ScuAABAN ( pousse dcs arbres Hamaduan ( grande chaleur ).

Sr.HODAL (mois de raccouplemeot).

Dzou LCAbRU (mois de la triîvc).

P»>p*jLHKi>jÉH f mois du pèlerinage }.

iuil assrrat de biavuure sur les cluiiip^s de balaille. Car aucun peuple n*a po^î^édé à un aussi haut degré que les Arabes le génie poétique. Doués (i'uue imagination ridie et ardente, longtemps avant de connaître récriture ils avaient appris, par une étude minntiense de la nature rude et sauvage qui les eulourail, à la peindre sous les couleurs les plus vives cl les plus vraies , en revêtant leur pensée des formes les plus variées (1 ) et les plus élégantes. Familiers avec l'expression , ils parlaient si aisément un langage plein d'éclat, qu'épris de leur propre mérite ils né craignaient pas d'affirmer qu'il n'y avait qu'eux et les Perses qui connussent l'art de parler en public. Us pi isaienl si fort un bon poète, que, lorsqu'il s'en révélait un dans une famille, c'était une fête pour toute la tribu et pour les tribus alliées. On préparait un festin solennel, les femmes déployaient la parure du jour de leurs noces, et frappant sur des timbales , elles chantaient en chœur devant leurs fils et leurs époux le bonheur commun.

La rivalité que la foire d'Okadh entretenait parmi ces chantres nationaux contribua sans doute à épurer les dialectes arabes, et à former de leur fusion cet ididme riche et nerveux dont les mâles accents devaient, au vu* siècle, appeler l'Arabie à la eonquète dii monde. Mais il laul reconnaître que ce n'est que dans ie v^' siècle, c'est-à-dire dans celui qui précéda Mahomet et qui vit transporter l'écriture (S) d'Ânbar à Hira par l'arabe Moramer, et d'Hira à la Mecque par Baschar Vebadi ou chrétien, que la poésie arabe

[1) AuUiutU'aspectij divers présentait un nuage, ua lochcr, uuo cilcriie. la croiîisaoce du chameau, autant de mots divers. On eu couiptail plus de deux ceols pour eiprimer un serpent , plus de cioq cent» pour un HoD , plus de mille pour une épée « etc.; et cette riche nomenclature tut prâdant longtemps confiée à la seule mémoire.

(2) En caiftctèree syriaques, sans voy«lles ou points diacritiques. Ces poiots ne furent introduits qu*itu it« siècle de ruégire de 1 ère chrét). Bien auparavantf un siècle ou deux au plus après Mahomet, récrituresyriaque avait été remplacée par la evfiquê et la nuki qui est aujottrd*hui en usage.

prit tout son essor. C'est alors que Tceuvre du poète qui

avait réuni tuus les suffrages, était écrite en lettres d'or sur le plus fin lin d'Egypte et suspendue aux portes de la Caaba. Aussi le recueil des tnocUlakas (suspendus) ou modhaimbal (dorés) se bome-t-il à sept poèmes, dont les auteurs furent contemporains du Prophète ou le précédèrent de peu d'années. Ces poèmes sont loin d'ailleurs d'être des épopées. Chacun d'eux, dit M. de Sacy, est moins un travail suivi, dont toutes les parties tendent au même but, qu'une réunion de tableaux ou poésies descriptives liées souv^t avec peu d'art au sujr i principal. Expression spontanée de passions ardentes, de désirs impétueux, ou peinture animée de la vie du désert, ils étaient, pour l'auditeur intelligent, une source de plaisir plutôt qu'un enseignement moral. Car ils attestent, pour la plupart, dans leurs auteurs des mœurs trop faciles et une grande insouciance de la vie future. « 0 foi, dit Tarafa, l'un d'eux, toi qui me re- » {>roches avec amertume ma passion pour les combats et n l'amour des plaisirs et de la joie, est-il en ton pouvoir

> de m'assurer ici-bas l'immortalité? Si tu ne peux rei pousser loin de moi le terme de mon destin, laisse-moi n aller gaiement au devant de la mort, en jouissant des i) biens que je possède... Si la mort nous enlève demain, » lu connaîtras alors qui de nous deux senlira le regret de » n'avoir pas étanché aujourd'hui l'ardeur de sa soif. Je

> n'aperçois aucune différence entre le sépulcre de Ta- I» vare follement économe de ses richesses, et celui du

• voluptueux qui les a prodiguées à ses plaisirs. Un tertre

* de poussière les couvi e l'un et l'autre, et de larges dalles » des pierres les plus dures forment leurs tombeaux. » Tarafa-ben-Abd (1) pourrait être, comme on le voit, l'Ho* race de l'Arabie. Antar en est pour ainsi dire l'Homère ; guerrier et pasteur, avec ses aventures i) a ebanlé les-

(1) Ben veut dire fU$ — comme sigaifie père: Abm'l Kauem^ pi're de K.atwem.

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mœurs de ses compalrioles dans un style élégant cl varié qui s'élève parfois jusqu'au sublime. Leur hospitalité et leurs vengeances, leurs plaisirs et leur libéralité, leur amour des combats et leur passion pour la poésie, tout y est décrit avec vérité. Aussi le poème d'Antar est-il encore dans toutes les bouches : c'est la poésie nationale, ce sont les livres saints du bédouin.

Religion. — Tout en conservant la foi primiîive à Tunilé de Dieu, les Arabes n'avaient pas tardé à tomber dans les écarts d'une grossière superstition, que n'augmentèrent pas peu leurs relations commerciales avec les nations du voisinage. Les Hiiiiyarites ou Sabéens en élaient venus à adorer les astres et à consacrer les jours de la semaine aux sept anges qui président aux planètes ; d'autres à rendre j comme les Perses, un culte au soleil ; d'autres à vénérer des pierres informes; beaucoup à sacrifier des enfants , erreur commune à loulc ranlH[uité, qui semble avoir senti qu^ l'homme ne pouvait élre racheté que par le sang et un sang innocent. Toutes ces croyances avaient fait de la Cmba leur pantbéon. C'est une espèce de cube^ construit en pierres grises de la Mecque, qui a dix-huit pas de long, sur quatorze de large, environ trente-cinq pieds de haut, et qu'au commencement du iir siècle de notre ère (220) la piété d'un roi de l'Yémen (Açad-Abou-Carib) imagina de couvrir d'un voile, qui se renouvelle encore tous les ans (1). Dans son état actuel, l'intérieur du temple offre à l'œil une vaste salle dont le plafond est soutenu par deux colonncb, et le pave luniié d'une élégante mosaïque de marbre. Les seuls ornements (|ue renferme ce sanctuaire sont des inscriptions arabes et les nombreuses lampes d'or massif qui servent à éclairer. Mais , avant Mahomet , on

(1) Le Kesùua est noir, et entouré,vei's le milieu, d'une large l>ande où ^ut brodées en leUrei d'or des sentences du Coran. Pendant les premier» jours du pMerinagc, on le relève à quelques pieds du sol et on le suspend en festons ù des cordes de soie.

y voyait trois cent soixante idoles, qui représentaient des liutnmcs , des aigles , des lions , des gazelles ; el six colonnes portaient» entre autres, avec la statue d' Abraham, d'agate rouge, qui avait à la main sept flèches sans plumes , mstrumenls et symboles de la divination arabe, l'image de la Vierge Marie tenant sur ses genoux le jeune Aïça (Jésus). A rexléi'icur, non luwi de la porte d'entrée, vers rangie qui regarde le N.-E., est enchâssée la fameuse pierre noire (de six à sept pouces de diamètre), noyau primitif de la terre, et jadis rubis flamboyant, qui, en tombant du ciel, illumina toute l'Arabie des clartés de l'aurore. Les crimes des hommes en ont, avec le temps, terni l'éclat, mais elle le reprendra au jour du jugement. Tel est ce temple de la Caaba, dont la célébrité semble être venue jusqu'à Diodore de Sicile. Les dévots s'y rendaient chaque année en pèlerinage ; ils en faisaient sept fois le tour à pas précipités, baisaient sept fois la pierre noire, sept fois visitaient el adoraient les montagnes voisines, Jetaient à sept reprises di;s pierres dans la vallée de Mina , et se reliraient après avoir oilert en sacrifice des moutons ou des chameaux, dont ils enterraient les pieds.

La Caaba n'était pas du reste le seul temple des Arabes; f ils en avaient encore d'autres qu'ils révéraient presque à régal de celui-là... Ils y faisaient aussi des oflrandes, y accomplissaient le louai ou les tournées saintes, y conduisaient des victimes el les immolaient. Hais ils reconnaissaient la supériorité de la Caaba sur tous ces temples, parce qu^elle était la maison d'Abraham et son oraloire (1). «

L'intendance do cette maison appartint dans l'origine à Ismaëi et à sa famille; mais celle-ci n'en jouit pas longtemps. Les Djoramides» auxquels Ismaël s'était aUié, en dépouillèrent son fils, Nabet, et la conservèrent pendant de

(I) Tiré du Sirat-êr-Befoul (Vie du Prophète), p. derouvrage de M* NoiL DESVKBa.

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longs siècles. Mais à la fin, se croyant à Tabri de toute attaque, ils cberchaîent de toutes les manières possibles è abuser de leur autorité , dépouillant les étrangers i|u*atti-

roit la dévotion ou le commerce, et déloiiiiKnu à leur profit les dons destinés an temple. Une conduite nnssi criminelle excita de profonds mccontcnteraents » et les KhùzaUes, tribu himyarite établie depuis peu dans les environs de la Mecque, en profitèrent pour se substituer aux Djoramides dans Tintendance de la Caaba (environ 210 avant Jésus-Christ). Ils rexercaicnt depuis près de deux cents ans quand les Koreischiies, de la race d'Ismaël, les supplantèrent à leur tour dans ces fonctions , qui ilisaient-ilsy n'auraient jamais dû appartenir qu'aux seuls Ismaélites. Par là ceux-ci devinrent les souverains de l'Hedjazjdonl le gouvernement avait toujours été aristocratique. Kosaï, le premier intendant ou pontife Koreiscliile, eut pour successeur son fils Abdemenaf, qui transmit le sceptre aux mains de Haschem, le bisaïeul de Mabomet.

Ces luttes intestines, qui prenaient leur source dans la diversité des origines, des gouvernements, el peut-être aussi des principes religieux (1), ne sont pas les seules dont l'Arabie ait été le théâtre dans les temps qui touchent à la naissance du Prophète. Car l'idolâtrie ne domina pas toujours sans partage dans la Péninsule. Les Mages, fuyant devant le polythéisme armé des Grecs d'Alexandre, y étaient vi nus chercher un refuge. Les Juifs s'y exilèrent en iVinle après les guerres de Titus et d'Adrien, el y apportèrent avec leurs livres saints les fausses doctrines et les pratiques ridicules de la synagogue. Déjà , suivant la croyance générale, saint Thomas, Tapôtre, avait prêcbé la vraie foi dans l'Yémen ; saint Paul, dans la Syrie méridionale. Au m® etauiv^ siècle, les uonibieuses victimes de la

(l) La tradition orientale allnlme au premici Ivliozaïti: I introduction •du culte de;» idok's à la Mecque, et Kosaï, ic chef iie la tribu de^ Koreischiles, dut son triomphe autant à ta desceiidance d'Ismaël, qu'à f» bravoure.

perscculiou accoururenl encore demander asile au dé^erl; et quand lu religion chrétienne fut nionlée sur ie irùne de& Césars, les seetes nombreuses qui prirent naissance dans Vm eli'aotre empire» dorenl s'y retirer également devasi le trop ardenl de certains princes. Ces diilé* rentes religions firent plus on moins de progrès dans l'Arabie, et leur antagunisuie duona lieu à des guerres civiles, donl il faut connaître les principales pour bien juger la révolution que détermina la prédication de Mahomet*

Histoire. — Royaume de Hiray — de Ghassan, et d'Yémen. — Nous avons déjà dlL que les Him^ariles, les habitants de l'Yémen, étaient soumis à des rois. Ces rois» pour fertiliser le Mareb, où s'élevait Saba ou Sanà» leur capitale, avaient réuni dans un lac artificiel les eaux des sources et des torrents voisins. Mais les digues s'étant rompues, les eaux s'échappèrent avec violence et ravagèrent tout le pays. Cet événement, qui paraît Aire arrivé dans le cours du second siècle de Tére chrétienne, et vers Fan 150, occasionna, avec d'autres causes sans doute, qui nous sont demeurées inconnues, des changements considérables dans la situation politique de TArabie. Huit tribus abandonnèrent la coniréu l'i appéc de stérilité, et allèrent chercher d'autres demeures. Celle des Khozaïles, donl nous avons parlé plus haut, était du nombre, et c'est alors qu'elle se fixa près de la Mec^iue. Deux autres, poussant plus loin, vinrent fonder, Tune le'rojaume d'J9tra, sur l'Euphrate, l'autre celui de Ghassan, dans la Syrie Damascène. Le premier de ces étals reconnut la suzeraineté de la Perse, et ses rois commandèrent toutes les tribus de ces parages qui étaient alliées des Sassanides. L'autre s'attacha à la fortune des Romains, et sous leur autorité ses princes gouvernaient les Arabes de la Syrie. Ils avaient embrassé, dès le commencement, la religion des Césars, tandis que les rois de Hira persistèrent dans l'idolâtrie.

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Celle .silualion religieuse et politique des deux royaumes décida leur constante inimitié, et les porta l'un contre Tautre, sartoui dans la guerre des Romains et des Perses^ à de barbares boslilités* Servir d'éclaireors aui armées anémies, désoler les campagnes de leurs adversaires respectifs, brûler leurs moissons, enlever L uis troupeaux et traîner en captivité les peuples, telles étaient les habitudes des Gbassanides et des Lalihmites.

Les causes de cet achameroent se retrouvaient dans l'Arabie méridionale, et y produisaient une agitation plus fatale encore. Dès Tan 272, on avait vu quatre princes himyarites mnrcher contre la Mecque, pour enlever de la Caaba la pierre noire, objet de la vénération des Arabes, et transporter à Sanâ le culte religieux. Ils furent défaitSi trois d*entre eux tués sur le champ de bataille^ et le quatrième fait prisonnier. Deux de leurs successeurs embrassèrent, Tun en secret le christianisme, l'autre ouverleinent le judaïsme , et ce dernier, qui n'est connu que sous le litre de Tobba (successeur), commun à tous les rois de l'Yémen, entraîna avec lui la plus grande par* tie de la nation. Cette conversion eut lieu vers Tan 300. Il y avait près de deux cents ans que les Tobbas professaient le judaïsme , quand le dernier, Dhou-NowaSy voulut contraindre les habitanls de Ncdjron , qui étaient catholiques, a renoncer à leur foi pour suivre celle de Moïse. Comme ils s'y refusaient avec fermeté , le tyran fit creuser des fosses profondes , où vingt mille d'entre eux furent livrés aux flammes : cruauté inouïe , qui lui a fait donner le surnom de Seigneur de la fosse ardente, sous lequel il est connu et maudit dans les traditions himyarites. Mais l'un des malheureux échappés au supplice était allé demander vengeance è l'empereur de Constanfi*nople. Celui"Ci , craignant de s'engager dans une expédition lointaine, écrivit à l'empereur d'Abyssinie , dont les sujets étaient depuis longtemps chrétiens. L'empereur « louché des malheurs de ses corréligionnaires, fit passer

dans r Yémen t renie mille hommes de froupes comniandées par un chef nommé Ain^at^ qui reçut pour mis* sion de mettre & mort le tiers des hommes en état de porter les armeSjde ravagrer le tiers du pays, et de réduire en escla*

rvif^e le tiers des femmes ou des enfants. Arrivé près d'A- (leii , le chef abyssin brûla ses vaisseaux pour faire comprendre à ses troupes qu'il fallait vaincre ou mourir ; puis marchant contre les Arabes y affaiblis par les dissensions et pris ft rimproviste, il les mît en fuite pour ainsi dire sans coraballi c. Dhou-Nowas, poursuivi de près et ne voyant aucun moyen d'écbappcr à Tennemi, poussa son cheval dans la mer et s'y noya. Avec lui finit l'empire des Himyaritos (482) (1). »

Le vainqueur, confirmé dans sa conquête par Tempe^ reur d'Abyssinîe , gouverna sans opposition Jusqu^à ce qu'un de ses officiers du nom d'Abraha s'élant révolté contre lui , le tua et s'empara de la couronne. Abraha chercha par tous les moyens possibles à rendre la reli' gion chrétienne dominante dans ses états, et le saint évêque Grégentius , que lui avait envoyé le patriarche d'Alexandrie , seconda puissamment son zèle. Par ses conseils sans doute le roi , voulant empêcher ses sujets de se rendre désormais en pèlerinage à la Mecque, venait de construire à Sanâ un temple d'une merveilleuse beauté, quand la veille d'une solennité, deux hommes de la tribu des Koreischites s'étant introduits dans le sanctuaire, le souillèrent de la manière la ])lus injurieuse. A la nouvelle de ce sarrilèfre, Abraha jura de renverser de foiKl en comble la Caaba. 11 rassembla une armée de quarante mille hommes, et se mit lui-même à leur téte, monté sur un éléphant blanc d'une prodigieuse grandeur. Rien ne lui résista, et il arriva tacitement jusqu'à la Mecque, qu'administrait alors le fds deHascliem, Abd-el-Mottalib ; mais, quand il voulut y entrer, ni la violence, ni les caresses ne

(t) H{tloir$ de tÀrahfe, |mr M. Non. Dkst., p. 69.

Digiiizeo by Googte

purent (iccid^'r Maliiauuil, son clépliaut, à l'aire un liiois celle diiecliuii. En mémo temps, dit la légende, le ciel se couvrit comme d'un nuage, et des oiseaux de la grosseur d'une hirondelle^ s'élant rassemblés en bandes innombrables au dessus des Abyssins, laissèreni tomber sur eux de petites pierres qui n'étaient guère plus grosses que des lenlillcs, et avec une telle force qu'elles perçaient la Cdiiïiire des soldats, leur traversaient le corps et s'enionçaient profondément dans la terre : sur chaque pierre était écrit le nom de la victime à qui elle était destinée. Personne n*é* cbappa à cette punition du ciel qu*Âbraha, qui mourut ensuile à Sarià dans les suuilrancco d'une longue maladie. Telle fut la fm de la fameuse yiieirede l'éléphaiU^ pendant laquelle naquit Mahomet, en 570.

Abraha laissait deux fils, que leurs débauches^non moins qtie leur origine étrangère eurent bientôt perdus* ProGtant du mécontentement général, un dernier descendant de la race royale de» iiimyariles forma le projet de les renverser, et alla solliciter les secours de l'empereur de Gonstanliiiople. Mais celui-ci ne pouvait tourner ses armes contre des alliés avec lesquels ses sujets entretenaient des relations commerciales assez actives, et qui avaient fait pour lui plus d'une utile diversion. Séif s'adressa pour lors au roi de Perse, et celui-ci, sans trop de répugnance écoutant sa prière, leva une armée dont il donna le commandement à Wabraz.Wahraz vint débarquer à Aden, défit les Ëthyopiens dans une grande bataille, où succomba la postérité d*Abraha.et prit possession de Sanâ, dont il fit abattre une porle^afin que l'étendard de Ghosroès Parviz, son maître, pût entrer sans s'incliner dans la capitale de l'Yémen. Ceci arriva Tan de Jésus-Christ 601 ; et dès lors des vice-rois gouvernèrent lé pays au nom de la Perse, jusqu'au jour où Mabomet le soumit à ses armes.

Ainsi, au vr^ siècle, l'Arabie élail divisée cuntre ellemême; la lutte était entre toules les tribus, cl c<^lN^ lutte, éminemment religieuse ^ était d'autant plus acharnée que

le paganisme èe voyait serré de plus près par le spirilunlisme juif ou dirélien. Le fer otnii lii é entre les clu éliens de Ghassan et les païens d'Hira, entre les juifs ou les catholiqaes de Sanà et les idolâtres de la Mecque. Les Ui* myarites eux-mêmes se persécutaient aveugiément entre eux , et ne craignaient point d'invoquer les uns contre les autres l'appui de Télranger. A la faveur de leurs dissensions profondes, après rElliiopien le Perse règne sur l'Yémen 9 et llsmaélite est pressé entie les tribus Idimyarites » juives, chrétiennes ou païennes» soumises à des étrangers, adorateurs du Christ ou du feu. C'en est peut-être fait de l'indépendance arabe , si le polythéisme de THedjaz, malgré sa faiblesse, continue de tenir divisés les esprits el les cœurs. Mais qu'il se trouve un hooime capable de réunir tous ces enfants du désert dans un même sentiment religieux , et de pousser ensuite contre les ennemis de la patrie et contre le monde fous les courages exaltés par ce sentiment, et TArabie, cédant à son ardeur nventurouse, se couvrira de gloire. Gel homme s'est rencontré , et nous l'avons déjà nommé plusieurs fois : c'est Mahomet.

Vie de Mahomet.

CtmmencmmUs de Mah4mei. — On sait que Mahomet appartenait à la tribu des Koreischites, et à l'illustre

famille dont les chefs avaient la garde des clefs de la Caaba. Son bisaïeul Amrou , le troisième intendant koreischite^ avait acquis le surnom de Hascliem {qui rompt le pain ) , par sa grande libéralité dans un ' temps de famine. Abd^el-MoUalib ^ fils de Haschem, s'était couvert de gloire dans la défense de la Mecque contre l'éthiopien Abraha. Mais , aux yeux des Arabes,

une honte pesait sur lui ; il n'avait qu'un seul enfaut. Dans sa douleur, il fit vœu , s'il obtenait dix fils , d*en

sacrifier un au Seigneur. Plusieurs années après, il était père de douze fils et de six filles. Ce fui alors le temps du repentir. Comme il ne pouvait se décider à faire un choix parmi eux, il les conduisit au temple, et devant l'idole appelée Hebal , il les fit tirer au sort* Le sort désigna pour victime le plus jeune des fils. Abdallah allait par son sang acquitter la fatale promesse; mais les Koreischitcs s'opposèrent à ce qu'il fùl sacrifié, et décidèrent Abd-el- Mottalib à consulter sur le rachat de la victime une devineresse du voisinage. Celle-ci, sachant qu'à la Mecque le prix du sang était de dix chameaux , ordonna d'en placer dix d'un côté , et de Tautre Abdallah ; de tirer au sort, et d'ajouter autant de fois dix chameaux que le sort se montrerait contraire au fils d'Abd-el-MotlaUb. Ce fut à la dixième fois seulement qu'il lui devint favorable. Âbd-el- Motlalib immola donc cent chameaux à la. place de son fils , et depuis lors ce fiit chez les Koreischites la composition du sang. Abdallah, le plus beau des cnfanls d'Ismaël, épousa ensuite Amina, do la puissante famille des Benou-Zâhra , et de celte alliance naquit un fils auquel son aïeul donna le nom de Mahamel^ ce qui veut dire le glo^ Tifié (574).

Mahomet élait donc né et l'ut élevé à l'ombre du sanctuaire. Mais devenu bientôt orphelin, il demeura sans autre héritage que cinq chameaux , une esclave éthiopienne et la protection d'Abd-el-Hottalib , qui , deux ans après , à son lit de mort , prit soin de le recommander à Abm-Talehy son fils et son successeur dans le pontificat de la Mecque. Abou-Taleb^ comme la plupart des Koreischites , était en rapports de commerce avec la Syrie ; il conduisit son neveu dans cette contrée ^ et c'est alors, diton que Mahomet, admis à Bosra, dans un monastère chrétien , s'unit d'amitié avec un moine nestorien, nommé Bohaïr , selon les uns^ Sergius, suivant les autres, et apprit

en de pieax enlrelicns à estimer les saintes écrilares. Il se distingua ensuite dans la guerre sacrilège, que se firent

aux mois sacres dinix tribus, dont l*une était alliée des Koreischites , cl il ne larda pas a gagner la confiance d'une riche veuve, qui, après l'avoir chargé des intéréisde son commerce, éprise des avantages de sa personne^ autant que de ses belles qualités, se rattacha par les liens du mariage. Celle femme s'appelait Khadidja , et jouissait de toute la considéralinn que peuvent donner de nombreuses alliances cl de grandes richesses. En l'épousant , Mahomet se trouva dès l'âge de vingt-cinq ans en possession de longs loisirs qui décidèrent sa vocation. Sans voyager comme les grands législateurs de l'antiquité , il put facilemenl à la Merrpie,où le commerce et la dévotion amenaient chaque année des pèlerins de tous les points de l'Ârabie , étudier l'étal politique et le caractère des diverses tribus , réfléchir profondément sur les tristes effets de leurs dissensions religieuses, concevoir l'idée d'une réforme , et dans la conversation des juifs ou de quelques chrétiens , puiser des lumières pour en arrêter le plan général. Pendanl quinze ans, au retour de chaque Ramadhan, il se tint éloigné du monde, un mois entier; retiré au fond de la caverne de Heru , près de la Mecque , rl méditait sur les dogmes et les pratiques de la religion nouvelle dont il voulait se faire Tapolre. La Bible lui avait appris que la foi d'ismaël et d'Abraham n'était plus celle de leurs descendants dégénérés ; l'idolâtrie lui semblait une funeste innovation ; la croyance à trois personnes en Dieu une absurdité. Quel plus salutaire bienfait alors pour son pays que la réhabililation du monalhéisiiie ! A nic^urc que la nécessité de celle régénération lui apparaissait plus clairement, ei qu'il se pénétrait de la conviction qu'elle serait agréable à Dieu , il mûrissait en lui la pensée qu'il était l'élu du ciel, et sentait croître en son âme la supériorité et l'énergie nécessaires à raccomplisseincnl d'une si grande œuvre. 11 possédait , il esl vrai, au plus haut degré toutes

les qualités qui pouvaient lui gagoer sa nation el Taliirer à sa docirioe. Il avait une imagination riche, un langage pur et brillant, bien qu'il ne sût ni lire, ni écrire ; et

son caraclère olTrailun mélange de douceur et de gravité qui inspirait le respect et raffeclion. Simple dans ses vêlements et frugal dans ses repas , il traitait ses esclaves avec indulgence, et se montrait fort charitable envers les pauvres. « Dieu, disent les croyants, lui avait offert les » clefs des trésors de la terre, mais il les refusa par hu- ^ i) liiiliLc, » Aussi ne dédaignait-ii pas de traire lui-même ses chévre^, de réparer ses liabils et ses chaussures, et d'allumer son feu. Tant de vertu était encore relevée par un heureux extérieur. 11 était de taille médiocre, avait la barbe longue, les yeux grands, noirs et vifs, des traits réguliers, la physionomie bonne el majestueuse, et sa démarche aisée ressemblail, suivant l'expression des Arabes, au cours d'un ruisseau qui coule sur un terrain libre et facile..

Prédication par la parole. — Odhnd il crut pouvoir, à

la favuLir de sa grande répulaliun de sagesse, essayer et risquer rciïet de sa puissance il était dans toute la foi ce de i'àgo et du génie, il venait d atteindre sa quarantième année (610). Tout-à-coup il sortit de sa retraite habituelle du mont Hera; sa figure était toute troublée, ses yeux brillaient d'un feu extraordinaire. Il vint trouver Khadidja : <t Celte nuit, lui dit-il, j'errais sur la montagne, lurbque i> la voix de Tange Gabriel est venue frapper mes oreilles: » Au nom de ton maître, qui a créé l'homme el qui 1 vient enseigner aux hommes ce quMs ignorent,. Maho- 9 met, lu es le prophète de Dieu, et je suis Gabriel! » Telles sont les paroles divines,el dès ce moment j'ai senti p en moi la puissance prophétique.» Khadidja, sincéi ement ou par vanité, crut aussitôt à la mission de son époux: c Réjouis-toi, lui dit-elle, car par celui qui tient Tamc 9 de Khadidja entre ses mains^ tu vas être le prophète de

» noire nalion. i> Encourage par ce succès, Mahomet» pour rendre gràces au ciel, courut faire sept fois le tour de la Gaaba, puis rentra dans sa demeure, où, à compter

de ce iiioinent, nous dit Aboulféda, les révclalions se succédèrent pour lui sans inlerruplion. Toutefois il les tint d'abord assez secrètes , et, pendant les trois premières années de son apostolat» il ne put rassembler que treize disciples, au nombre desquels étaient Ali, son cousin. Gis » d'Abou-Taleb , Zeid , son esclave dévoue , Abou-Bekr , vieillard d*une haute probité, et Othman, fils d*AfTan. Mais dès la quatrième année, impatient de communiquer ouvertement à sa famille la lumière de la vérité, il fit cuire une demi-mesure de froment, iGit rôtir la cuisse d*un agneau et remplir un vase de lait;puis, quand il eut pré- [)aié ce festin, il y invita qnnrante personnes de la race des Haschéniites. « Après qu elles eurent bien bu et biefi mangé, il prit la parole et leur dit: « Je ne connais pas un » seul homme parmi les Arabes, qui puisse vous apporter » plus de bien que je ne vous en apporte dans cette vie î et dans Tautre. Dieu Irôs-haul lu'a ordonné de vous M appelerâ lui. Quel est donc celui d'entre vous qui veut » être mon frère, mon délégué et mon mandataire ? » Tous se taisaient, lorsque Ali, qui alors, ainsi qu'il a pris soin de nous le dire lui-même, était le plus jeune d'entre tous, s'écria : t A moi , prophète de Dieu , à »» inr i appartient rhonneur d'être ton soutien cl ton vizir. t> A ces mots, Mahomet le pressant sur son cœur, l'appelle son frère et son successeur: t Ecoutez-le, disait-il, et i> obéissez-lui. » Cependant chacun dans l'assemblée riait aux éelats, et répétait è Abou-Taleb : « Te voilà obligé > maintenant d'obéir à ton propre fils! (1). »

Persécution. — Ainsi le ridicule fut le premier accueil public fait à la mission du Prophète. Hais comme

(1) ABOt'LFÀOA, rte de Mohammed,

celui-ci ne se décourageait pas, et qu'il s'élevait chaque jour avec plus de violence contre l'idolâtrie, prêchant à

lous la cioyance et le culte d'un seul Dieu, les Koreischiles commencèrent à s'émouvoir et à craindre que Tunilé religieuse ne fût Tannonce de runité politique et la ruine de leur liberté. Ils vinrent trouver Abou-Taieb et lui dirent; c Le fils de ton frère a déversé le blâme sur notre reli- » gion; il a accusé nos sages de folie et nos ancêtres » d'erreur. Empêche-le donc de nous attaquer, ou reste 9 neutre entre nous et lui^ » Abou-Taleb opposa à leur désir un refus adouci par des paroles honnéies,.* et dit ensuite au Prophète : « Voici que les gens de ta tribu te » menacent de leur colère. » Le Prophète, qui crut que son oncle Tabanbonnait, s'écria : a 0 mon oncle, quand » ils viendraient à moi, le soleil dans une main et la lune » dans Tautre, ils ne me feraient pas reculer. > Et disant ces mots, il s'éloignait les larmes aux yeux : ic 0 fils de » mon frère, lui dit Abou-Taleb en le rappelant, reviens » et tiens les discours que tu voudras ; par Dieu puis- » sant, rien ne rne décidera jamais à te trahir. » De ce moment toutes les tribus se mirent à persécuter quiconque embrassait la foi nouvelle (1) ; » et Mahomet se vit contraint de dire è ses disciples: « Dispersez-vous. » Ceux*ci lui demandèrent: « De quel côté irons-nous? — De ce coté, > répondit-il, et il leur montrait TAbyssinie. Il y a là un » roi pieux qui ne commet point l'injustice. » Le nombre entier de ceux qui suivirent son conseil^ dit Aboulféda, fut de quatre*vingl-trois hommes et dix-huit femmes, sans compter les petits enfonts. Pour le Prophète , il se retira dans la maison d'Abou-Taleb, où il continua de prêcher sa religion , et de gagner quelques prosélytes. Alors la colère des Koreiscbites ne connut plus de bornes, ils s'engagèrent à rompre tout commerce avec les enfants de Haschem , â ne rien acheter d*eux , è ne rien leur

(I) AtOULFKl>A.

voncîre , à ne plus former de mariagrc avec eux , inaîff

à les poursuivre sans piiié, jusqu'à ce qu'ils eussent livré Mahomet à la justice des dieux. Ce décret fut affiché dans la Caaba el place sous la garde des trois cent-soixante idoles da temple. Il obligea tous les Haschémites à se retirer sur la montagne, et ils y demeurèrent pendant trois ans. Quand ce lemps fut expiré, Mahomet |iarln à son oncle, el AIxin-Taleb vint trouver les Korcischiles : « Vous avez consacré votre haine, leur » dit-il, par un acle solennel, que pour plus de sûreté M vous avez enfermé dans la Caaba. Et bien, je Toas le » dis, au nom de mon neveu Mahomet, cet acte a été w rongé par les vers; vos menaces infamantes ont disparu ; » le nom seul de Dieu, que vous aviez invu([ué, est resté y> intact. Vérifiez mes paroles, ouvrez les portes du temple, M et si j'ai dit la vérité, revenez sur une résolution qui » vous fait plus de honte qu'à nous-mêmes. » Les Khoreiscbiles coururent en effet à la Caaba, et reconnurent la vérité de ce qu'avait annoncé Mahomet, lis renoncèrent donc pour le moment à persécuter une famille que le ciel protégeait d'une manière si visible, et le prophète put rentrer à la Mecque*

Amice du demi, 620. — Il n'y demeura pas longtemps ; la mort de Khadidja et d'Abou-TaIeh, en remplissant son cœur d'un deuil amer» vint le livrer sans consolations el sans défense à la merci de ses ennemis, et l'obliger à une nouvelle retraite. La petite ville de Taief le recoeillU d'abord, mais^ quand il voulut y prêcher, chacun se moqua de lui: « Dieu n'a-l-il point truuvc d autre envoyé que toi? » lui disait l'un. — Certes, njoutait un autre, je ne veux > jamais discourir avec toi ; car, si tu es l'envoyé de Dieu, • tu es un trop grand personnage pour que je réplique à » tes discours. Et si tu mens contre Dieu, il ne me convient » pas d(; L'adresser la paiole. » En voyant des hommes? si pervers, Mahomet désespéra de les convcrlir, et il s cioi-

gna tout conlristc , et non sans élre poursuivi par les injures le$ cris de la jeunesse ei des esclaves de la ville (1). »

Conversimi d'Yatreb à Vàlamisnu. — Cependant le moment était venu où il allait passer de la tristesse à la joie^ cl des angoisses de la persécution à Tenivreaieot du triomphe. C'était a Tépoque du pèlerinage de toutes les tribus do désert à la Mecque. Ifahomet vint à la colline d Acaba , située aux portes de la cité , et se présenta à quelques habitants d'Yatreb venus pour accomplir les cérémonies saintes. Yatreb avait autrefois été peuplé par deux tribus Uimyarites » celles des Kharégites et des AwsiieSj sorties de rVéïnen aa temps de la grande émigration, et dans la dépendance de ces tribus vivaient nn grand nombre de juifs, qui, sans ks convertir, avaient introduit parmi elles le goût des sciences religieuses et commerciales y et les avaient habituées à entendre sans colère ces paroles par lesquelles ils se consolaient de leur abaissement présent : c Vienne le prophète que nous atteni dons, et à votre tour vous nous serez soumis. » Au^si, quand ils curent entendu la doctrine de Mahuiiiet, si semblable alors à celle de la Bible , ils se dirent enti^e eux. ; !■ Voici sans doute renvoyé du Seigneur, si souvent an- • noncé par les juifs ; prévenons ceux-ci et mettons-le I dans nos intérêts. » Ët aussitôt ils crurent en lui, et étant retournés à YnlK h, ils publièrent ce qui leur était arrivé. La nouvelle en lut reçue avec joie ; il n'y eut aucune maison dans la ville où Ton ne parlât de Mahomet et do sa réforme* Bientôt deux kharégites et deux av^'sites vinrent à la Mecque, et dans une entrevue secrète qu'ils eurent une nuit avec le Prophète sur la même colline d'Acaba, ils lui prélèreat le serment qui, pins tard, fut exigé des femmes ; ils jurèrent o de n'adorer qu'un seul

Digiiiz

Dieu, de ne pas dérober le bien d'auirui, de ne poiol commettre radullère ^ de ne pas mettre à mort leurs enfants, de ne point inventer de propos calomnieux et d'observer tout ce qui est juste On ne saurait nier que celle morale ne fût très pure et très douce, et Ton comprend qu'exprimée en un style élevé , dont le rhylhme a tant de diarme pour les Arabes, elle ait gagné au Prophète de nombreux disciples et subjugué dans Tatreb jusqu'à ses . plus redoutables adversaires.

Mais, quand il eut converti en awin7/«/m dévoués les liabitants de cette ville, qui prirent [)our cette raison le nom à* Ans ariens , coniine la ville elle-mêoie reçut celui de Medinal-al-Nabyy ville du Prophète, ou simplement Médine, la viUe par excellence , alors Mahomet commença à modifier ses principes, et à remplacer la charité, la résignation et la tolérance dont il avait fait preuve jusqu'alors , par la violence, la persécution et la cruauté. Le Seigneur lui avait souvent dit : « Point de contrainte en religion. — Contente- 9 toi de prêcher les hommes, car tu n'es qu^un apôtre. > Âppelle*les dans le sentier de la vérité par la sagesse et » par des admonitions douces, et recommande aux croyants h do pardonner à ceux qui n'espèrent point dans le triomphe » de la parole divine ; car c'est à moi qu'appartient la » punition des infidèles (2). » Mais à la troisième réunion d'Âcaba , Mahomet laissa pressentir par son langage un changement dans les vues de la Providence à l'égard des mécréants. Celle réunion avait eu pour but de soustraire le Prophète aux persécutions toujours croissantes des Koreischites ; soixante>quinze Ânsariens y assistaient. Abbas, oncle de Mahomet, bien qu'idolâtre encore, y prit pour lui la parole, et après leur avoir vivement représenté les périls qui environnaient son neveu, il leur demanda s'ils étaient

(l) Ixoran, c. 2. 257 — 16, 126 — 45, 13 — S8, 2a 26,— Voy. aussi pus si m.

(«) Eoran, «0« sourate (cliapiUc ), vereel li* (traduction de M. Ka«i-

MIRSKI ).

Digiti/Cû by Cji.Jv.*

prêts à le protéger contre ses ennemis. Les Ansariens

ne répondirent à Abbas qu'en jurant à Tenvoyé de Dieu de le défendre avec le même courage qu'ils feraient leurs femmes et leurs enfants. cMais si votre patrievous rappelle, f ajoutèrent-ils afec une inquiétude flatteuse pour lui, n'a- » bandonnerez*voo8 pas tos nouveaux alliés ? — Tout est

> devenu commun entre nous , répondit Mahomet en sou-

> riant ; voire sang est mon sang ; votre ruine est ma ruine. © L'honneur et Tintérôt nous aUachent les uns aux autres.

• Je suis votre ami et Tennemi de vos ennemis. — Hais si » nous perdons la vie à votre service, quelle sera notre

> récompense Y—le Paradis^ > répliqua Mahomet. Et à cette réplique, ils s'écrièrent : a Et ends lamain. » L'Apôtre étendit sa main, et ils renouvelèrent leur serment de soumission et de fidélité. 11 leur dit alors : « Présentez-

• moi douze chefs d'entre vous,qui aient autorité sur leurs » tribus ;» et quand ils l'eurent fait : « Vous serez, dit-il à » ces chefs , les répondants de vos tribus , ainsi que l'é-

> taienl en laveur de Jésus, fils de Marie, les apôUes. » Moi , je suis le répondant de tout mon peuple. » El eux répondirent : < Nous le serons. » Le peuple de Médine ratifia le traité, qui venait de se faire, et adopta la profession de Ylslamime (1) à l'unanimité des voix.

Compiralion des Koreischitcs contre la vie de Mahomet. L'hégire j 622. — Médine était désormais pour la Mecque une ennemie implacable, qu'animait une triple rivalité d'ori^ne, de commerce et de religion. La guerre paraissait imminente entre les deux cités. Pour y échapper, les Koreischites excités par Abon-Sophinn , le chef de la famille des Ommiades et le plus considérable des dix administrateurs de la république , formèrent le projet de tuer Mahomet , et convinrent de choisir un des

(l) Vhtamfsme est !a religion de Dieu, dit le Koran. — Ce mot vient de islam» qui signiOe la résiguatiou à la volonté de Dieu.

chefs de chaque tribu , afin que chaque tribu eût sa part du sang du Prophète, et que sa mort demeurât sans vengeance. Mais Tange Gabriel vint lui dire : « Ne eoache » point cette nuit dans le lit où tu as accoutumé de cou-

o cher; » et tandis qu'Ali revêtu de la robe verle de TApotre prenait sa place dans son lil, lui-même ayant ouvert doucement sa tente ^ s'enfuit avec Abou-Bekr, et après une route aussi périlleuse que rapide » pendant laquelle ils durent un instant se réfugier dans une grotte , dont une araignée vint aussitôt fermer Tentrée avec sa toile , il parvint heureusement aux portes de Médine. C'est ici celle fameuse fuite ou Hégire qui est devenue le point de départ de rère roabométane. ËUe avait eu lieu le premier du rooisdeMoharrem, qui correspond au vendredi 16 Juillet 633. Seize jours après son évasion de la Mecque, Mahomet faisait son entrée triomphale dans la ville de ses lidèles Ansariens. Cinq cents d'enlre eux étaient venus à sa rencontre, etTavaienl assuré de la loyauté et du respect de leurs concitoyens. Il s'avança monté sur un chameau ; un parasol» des branches de palmier ombrageaient sa tète, et, comme il n'avait point d'étendard, on portait devant lui un turban déroulé. Partout sur son passage Médine retentissait des plus vives acclamations*

c Sans perdre de temps, il rappela ceux de ses disciples qu'avait dispersés Torage, bâtit une mosquée pour les prières communes, et ordonna des purifications et des aiiinônes légales, ainsi que le jeune sévère du mois de Ramadhan. Sans doute pour plaire aux juifs et aux chrétiens, il avait d'abord décidé qu'on se tournerait pendantla prière vers Jérusalem ; mais il changea, dix-huit mois après, cette direction pour celle de la Caaba : l'islamisme avait alors promulgué ses dogmes fondamentaux ; Mahomet élaiL reconnu parles croyants comme chef religieux et civil. Dans sa profonde habileté, il établitencore une union sacrée et indissoluble entre les Moadjériens (les fugitifs Mecquois) et les Ansariefis , une association par couples toujours

composés d*un arabe de la Mecque et d'un arabe de Medine (1). » Ali seul n'eut pas de frère ansarien ; le PrO'* phète lui avait dit : « C'est moi qui serai ton frère en cette » YÎe et dans Tautre; > et AH s'appela le sennleur de Dieu

et le frère de l'apôlre de Dieu.

65^2-632. Bataille de Bedr, 624. — Mahomet ne demeura pas longtemps en repos dans Médine. Dès le premier mois» tout en donnant ses soins à rétablissement

de sa religion , il arbora sa bannière blancbe devant les portes de la ville, et se mit en devoir de détruire le commerce de la Mecque en attaquant ses caravanes. Il préludait ainsi depuis deux ans par le pillage à la conquête de TArabie, quand il apprit l'arrivée dans THedjaz d'une riche caravane de mille chameaux , qui revenait de la Syrie, escortée par une Ircnlaine de vaillanls soldats, sous la conduite d'Abou-Sophian. Il forma aussitôt le projet de Tenlever, et appela ses compagnons aux armes. Trois cent seize musulmans (1) se levèrent et sortirent de la ville ; ils n'avaient pour toutes montures que soixante-dix chameaux dont ils se servaient à tour de râle, et trois chevaux que Ton conduisait à la main pour ne point les fatiguer. Mais Abou-Sopbian a appris le danger dont il était menacé : par son ordre, un cavalier s*élance et vole avertir les Koreischites. Il avait coupé en signe de détresse les oreilles de son chameau, tourné la selle sens devant jderrière, et déchirant ses vêtements, il s'écriait : « Koreischites, à la carai vane, à la caravane ! Mabomet veut enlever vos riches D marchandises. A peine pourrez-vous arriver à temps » pour les défendre. Au secours I vite, au secours 1 » Ils accoururent au nombre d'environ mille hommes, parmi

(1) Doi LLiNGKn, p. 1133.

(2) Ou sectateurs de Mahomet. Ce mot vient de. l'aral)e mouslim, et si- ^miit livré à Dieu, Les mahoroétans Uislinguent Je vtoush'm, moslem ou musulman qui ne l'est que de nom, du tnoumin ou croyant^ qui a une foi vive et sincci'e.

lesquels on comptait cent cavaliers, et ils étaient arrivés avec la caravane au puits de Bedr, quand se montra la

troupe du Prophète. Bouillants de colcic, trois de leurs braves défièrent les fugitifs de la Mecque à des combats singuliers; mais ils ne purent soutenir le eboc des croyants et roulèrent sans vie sur le sable^ triste présage pour leurs compagnons témoins de leur mort héroïque. Les Koreischites n'en firent pas moins des prodiges de valeur, et déjà les soldats de Mahomet faiblissaient. En cet instant critique, le Prophète s'élança du tertre d'où il observait avec anxiété le combat; il prit une poignée de terre, et la lançant à la face des ennemis, il s'écria : c Que la confusion > couvre leur visage ! Musulmans, chargez-les ! » Les deui armées entendirent sa voix éclatante; elles crurcni voir une armée d'anges descendre du ciel pour sa cause ; les Koreischites tremblèrent et prirent la fuite , laissant soixante-dix d'entre eux sur le champ de bataille. Les vainqueurs, après les avoir dépouillés, précipitèrent avec insulte leurs cadavres dans les puits, et revinrent à Médine, emmenant soixante-dix captifs et un très riche butin.

Okodf 625. — Mais, Tannée suivante, Abou-Sopbian marcha contre eux jusqu'au mont Obod (1), avec une armée nombreuse et enflammée du désir de la vengeance.

Les Koreischites avaient mis sur pied toutes leurs turc( s, trois mille hoiumes environ, dont sept cents couverts de cuirasses et deux cents cavaliers. Les femmes elles-mêmes, à Texemple de Uenda, femme d'Abou-Sophian , avaient voulu prendre part à l'expédition. Armées de tambours, elles faisaient entendre tour*à-tour des sons lugubres et guerriers ; elles pleuraieiU sur ces nobles chefs ensevelis à Bedr, et entretenaient et animaient le courage de leurs époux et de leurs enfants. Mahomet n'avait que sept cents braves à leur opposer, mais ces braves étaient des lions

(1) A six nulles au non] de Médine.

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avides de mourir; ils se jetèrent sur leurs éimeinis avec

tant de fureur qu'ils les enfoncèrent: « Courage donc, fils » d'Abd-el-Dar, criaient les femmes des Korcischites ; ôé- » lenseurs de vos familles , frappez du tranchant de vos » glaives !» et en parlant ainsi elles disaient résonner leurs tambours; mais c'était en vain. Cependant Pardeur des Musulmans leur a fait perdre l'avantage du terrain, et malgré les avertissements du Prophète, l'arrière-garde , séduite par Tappât du butin, a quitté son poste. Kaleb, le plus vaillant des enfants de la Mecque, s'aperçoit du désordre, et conduisant la cavalerie sur les flancs de la troupe musulmane, l'attaque en criant que l'Apôtre était mort. Il venait de tomber en efîel, frappé d'un coup de javeline au visage, et une pierre lui avait cassé deux dénis. Les Moslems abattus lâchèrent pied et abandonnèrent aux idolâtres le champ de bataille avec les corps de soixante* dix fidèles. Les lémmes de la Mecque s'acharnèrent sur ces cadavres et les déchirèrent avec la dernière cruauté. Elles leur coupaient le nez, les oreilles, et s'en faisaient des bracelels et des colliers. L'une d'elles, Henda, ayant trouvé le corps de Hamza, oncle de Mahomet, lui ouvrit le ventre» et en arracha le foie qu'elle déchira avec ses dents. Les Koreischites chantèrent ensuite: ce Triomphe » et sois exailé, ô Hèbal, la religion a vaincu. i>

Guerre des Nations ou du Fossé, 627 y mars, — Toutefois , la petite armée de Mahomet s'étant bientôt ralliée, ils n'osèrent pas poursuivre leur victoire » et remirent à une autre année le siège de Médine. Mais, au bruit de

leurs préparatifs, Mahomet environna la ville d'un large fossé, et disposa luuL pour une vigoureuse résistance. Il avait eu soin de ménager à ses fidèles quelques faciles 8uccès ob pût se retremper leur confiancOi et les révélations après la journée d'Ohod , leur avaient aisément montré la nécessité d'une souiuission entière et aveugle à ses ordres. « Une partie d'entre vous, disent-elles, désirait les

h biens de ce monde (le butin), les«utresla vie future.

» Dieu vous a fail prendre la l'uite devant vos ennemis » pour vous éprouver ; mais il vous a f»anloané ensuite » parce qu'il est plein de bonté pour les fidèles. — Tandis » que vous preniez la fuite en désordre, et que vous n'é* » coûtiez plus aucune voix, le Prophète vous rappelait » au cuiiibal. Dieu vous a fait éprouver aflïiclion sur alb diction, aûn que vous ne ressentiez plus de chagrin à » cause du butin qui vous échappa. — Ne croyez pas que • ceux qui ont succombé en comba liant dans le sentier de » Dieu soient morts; ils vivent près de Dieu el reçoivent de » lui leur nourriture. — Ceux qui, dans les revers, obéissent » à Dieu et au Prophète , qui font le bien et craignent le » Seigneur, ceux-là recevront une récompense niagniiique.»

Toufefois, quand ils virent arriver les Koreischites avec dix mille hommes de diverses nations, qui dressèrent leurs tentes en face de Médine, ils se laissèrent un instant aller au tiécourugcment. a Mahomel nous prouietlail les ti'ésors » de Ghosroùs et de César, disait MuaUeb, fils de Koschaïr, » et voilà qu'aujourd'hui pas un de nous n'est sur de sa » vie, si quelque besoin l'appelle hors de sa maison. » Heureusement les ennemis, de leur côté, n'essayaient pas de forcer les retranchements ; on demeura ainsi plus de vingl jours en présence, sans autre action (jue hi lutte des braves qui se déliaient. Enfin le Prophète pria le Seigneur, et le Seigneur envoya à Tarmée des confédérés l'esprit de discorde et de division ; en même temps il fit souffler du midi un vent impétueux qui renversa leurs tentes. Découragés, ils se décidèrent à regagner leurs demeures, et les Koreischites ne furent pas les derniers à lever le camp.

Eacpéditùms contre les Juifs, 624638. — Ainsi se dissipa d'elle-même cette ligue dont l'apparition avait tant effrayé les Musulmans. Elle s'était formée au nom de la liberté religieuse et politique et à l'instigation des juifs, dont l'islamisme gênait le commerce el menaçail le culte. Ce fut sur

ces dangereux ennemis que s'exerça (Faburcl la vengeance du Prophète. En voyant s'éloigner les dernières tribus, ses soldats étaient allés déposer leurs armes. Mais l'ange Gabriel vint lui dire : « Les anges n*ont pas mis bas les a leurs ; marche contre les Benon-Koratzha, Que tous les » fidèles qui entendent et qui obéissent, ne fassent pas la 9 prière du soir avant d*être sur leur territoire, Moî^ je mac- » cherai devant toi et je mettrai tes ennemis en désordre, i Déjà, après le combat de Bedr, à la suite d'un tumulte, Mahomet avait sornmô les Kainokay qui habilaicnL Médine, d'embrasser sa religion ou de défendre la leur avec Tépée. € Hélas y répondirent en tremblant les Juifs, nous ne sa*

> vous point manier Tépée ; mais nous persévérons dans 1 la croyance et le culte de nos pères. Pourquoi veux- » lu nous réduire à la nécessité d'une juste défense? » Après quinze jours d'une lutte inégale, il les avait soumis, dépouillés de toutes leurs richesses et contraints de s'exiler vers la Syrie. — Jaloux de sauver Israël, les Nadhirites^ après la journée d'Ohod, avaient projeté de l'écraser dans un festin sous une pluie de pierres qui tomberaient du loit; mais le Prophète, s'étant aperçu du danger qu'il courait, leur avait fait la guerre, et au bout de quelques Jours il les avait contraints de capituler et de quitter le voisinage de Médine» ne leur laissant emporter que ce qu'ils pourraient charger sur leurs chameaux.

Tant de sévérité avait aveili les Benou-Koraïzha, cL leur résistance fut des plus acharnées ; mais entln ils durent céder, et se rendirent à discrétion, comptant sur l'appui de leurs anciens alliés, les Âvrsites. Ceux-ci conjuraient le Prophète de leur laisser au moins la vie. «r Avez-vous • confiance dans la décision de Saad, votre chef? leur ré-

> pondit Mahomet. — Sans aucun doute, dirent-ils ; )» et ils allèrent chercher Saad, qu'ils amenèrent monté sur un âne, car il avait été dangereusement blessé à l'attaque du fossé eise soutenait à peine. « Père d'Amrou^ lui dit alors » Mahomet, le Prophète de Dieu t'a constitué le juge de

» les anciens alliés. — Que les hommes soi':nl mi? à mort, » répondu gravemenl Saad, au cœur ulcéré par ses bles* « sures ; que les biens soient partagés, que les femmes et 0 les enfants soient réduits en servitude. — Le Dieu très » Haut les a jugés par ta bouche; ainsi soit fait, j» Sept ccnfs Kornizlntes furent conduils à Médine^ et y furent enterrés vii's au milieu de la place : celte place s'appela depuis le marché des Koraizhiles. Les femmes, les enfants et la dépouille des victimes devinrent la proie des Musul- *mans. C^est dans cette circonstance que, pour la première fois, le Prophèle préleva le quint de Dieu, et fit tirer les luis au sort, ayant soin que les cavaliers reçussent trois parts, une pour eux et deux pour leurs chevaux.

Cette disposition augmenta beaucoup sa cavalerie, et tandis qu'il n^avait alors que trente-six cavaliers, quand il marcha conire la ville de Khaibar (628), il en comptait déjà plus de deux cents. Khaïbar, située à cinq journées environ au nord-est de Médine, servait d'entrepôt au commerce des Juifs de la Péninsule, et renfermait de grandes rîcbesses. C'était là tout le crime de ses habitants. Ils connurent le danger qui les menaçait par la surprise d'une des nombreuses forteresses qui les protégeaient au loin. Après avoir vainement teaié de défendre les autres, coupé tous leurs palmiers et ruiné la campagne, ils allaient encore être forcés dans leurs derniers retranchements par rintrépidité d'Âli, à qui Mahomet avait confié son étendard ; mais ils demandèrent alors à conserver leur territoire, au moins comme fermiers des Musulmans, auxquels ils remettraient, chaque année, la moitié des produits du sol ; et le Prophète y consentit. Sa nouvelle conquête pensa lui coûter cher. Une femme juive, dont le frère avait succombé dans un combat singulier, empoisonna la chair d'une brebris destinée an repas du vainqueur, et celui-ci en goûta. Mais en même temps il s écria que la brebis venait de l'avertir qu'elle était empoisonnée ; on saisit la juive, ^t Mahomet désira l'interroger sur le motif de son crime.

Zama, sans se déconcerter, lui dit : « J'ai voulu, si fn

» n'étais qu'un imposteur, venger les malheurs de ma 1* patrie, sacliiuiL bien que, si lu clais véritablement Ten- > voyé du Seigneur, il ne le laisserait pas succomber sous » de telles embûches. » Il lui pardonna pour celle réponse ; mais c la brebis de Khaîbar n'en vint pas moins le visiter de temps en temps, et trois ans après, les veines de son cœur se rompirenl par la violence du poison. »

Rapports avec la Mecque et les tribus voisines (628-630). — Cependant une pensée TalHigeait. Ses succès avaient agrandi et fortifié sa puissance ; mais la Mecque était toujours pour lui une ville ennemie, el la possession seule du boulevard de Tidolàtrie pouvait lui assurer un complet triomphe, il crut, ne se sentant pas encore la force de l'emporter, pouvoir le visiter dévotement. 11 se revêtit de Yihram^ le manteau blanc du pèlerin, et suivi de quatorze cents Musulmans, qui conduisaient les victimes destinées au sacrifice, il descendit jusqu'à la limite du territoire sacré, près de la source Hodaïbia. Là il rencontra Oroua, chef des habitants de Taïef, qui avait été députd vers lui. « Les Koreischites, lui dit celui-ci» ont revêtu la » peau du léopard, et ils ont juré devant Dieu de ne pas te » laisser entrer à la Mecque, i Le refus était amer et dur à supporter. Mais Oroua, de retour à la Mecque, dit à ceux qui l'avaient envoyé: < J'ai vécu à la cour d'empe- » reurs ; j'ai vu Chosroès dans tout l'éclat de sa gloire ; » j'ai vu Héraclius entouré du faste des Césars; mais aucun » roi n'est révéré de ses sujets comme Mahomet rcsl de » ses comprimerions d'armes. S'il fait ses ablutions, l'eau » dont il se sert est soigneusement recueillie ; s'il lui tombe » un cheveuy il est conservé comme une relique ; s'il » crache, on est là pour recevoir sa salive, a Ce récit ébranla les Koreischites ; ils jugèrent prudent d'entrer en arrangements avec le souverain de Médine, et Mahomet accueillit de son côté avec une joie secrète la proposition

d'un traité. Il avait lait appeler Ali pour lui servir de secrétaire : « Il commença, dit AbouUcda, par lui dicter la formule musulmane : a Axe nom de Dieu dément cl mi- * $éricordieux.9 Mais l'envoyé delà Mecque, Sobaïl, lui dit: «r Je ne connais pas cette formule ; écris ainsi : En ion » nom, 6 mon Dieu. » — « Ecris-le, j'y consens, » reprit le Prophète ; puis il continua : « Ceci est le traité arrêté » par Mahomet^ prophète de Dieu.t> A ces mois, Sohaïl l'inrompit encore: « Si j'avais reconnu, dit-il, que tu fusses 9 le prophète de Dieu, je ne t'aurais pas combattu ; fais » écrire ton nom et le nom de ton père. • Le Prophète dit alors : a Ecris : Ceci est le traité conclu entre Mahomet , D fils d'Abd-AUahy et Sohail, fils d'Amrou, pour assurer » entre les deux parties contractantes une trêve de dix » années [et la faculté f\ Mahomet et aux siens de venir » dans un an visiter la Caaba, et de séjourner trois jours > à la Mecque, pourvu qu'ils soient sans armes], i Mahomet fit ensuite apposer à ce traité le témoii>aage de plusieurs Musulmans et idolâtres, et se remit en route pour Médine, au grand déplaisir de ses compagnons, qui étaient tous venus sur la foi d'une vision, avec l'espoir de s'emparer de la Mecque.

Mais, à deux journées de chemin , Dieu leur envoya pour consolation le cbapiU e 48^ du Kuran : La victoire y qui annonçait une illustre conquête. Cette conquête était sans doute celle de la Mecque. En attendant qu'elle se réalisât» quand le temps fut venu, Mahomet, qui avail fait du pèlerinage une prescription obligatoire, disant: «t Celui qui meurt sans s'être acquitté de ce devoir , peut p mourir , s'il le veut , juif ou chrétien , j> ne manqua pas de ranimer la foi et l espérance des siens, en les conduisant à la Mecque. Il y ût les cérémonies accoutumées, et par sa dévotion étonna et divisa les chefs des Koreischites. Deux d'entre eux , Khaled et Amrou vinrent abjurer entre ses mains ridolalne , cl lui assurer l'appui d'une valeur éprouvée.

Les ivureischites senlaient bien que le paganisme s'en allait en iniine, et, pour en retarder la chute , il n'était humiliations que leur orgueil jusqu'alors si intraitable ne fût prêt à s'imposer. Mahomet ne l'ignorait pas , et n'at«> tendait qu un prétexte pour les dompter. H n'allendit pas longtemps. Quelques mois après , les Benou-Bekr, leurs alliés, attaquèrent les Benou-Kbozaa,.alUés des Musulmans. Aussitôt il mit sur pied une armée de dix mille hommes, la plus nombreuse qu'il eât encore eue, et précipita sa marche vers la cité sainte. Abou-Sophian ne crut pas devoir l'attendre, et il était sorti dans la campagne avec doux de ses compagnoDS, pour prévenir sa colère par une prompte soumission , quand Âbbas, qui, vers le soir, se promenait en avant du camp^ le rencontra. « Il me demanda sur le » champ, raconte Fonde du Prophète, quels ctaienl les » projets de Mahomet. — Il marche contre vous, ré- M> pondis-je , à la tête de dix mille Musulmans. — Que > dois-je donc faire ? me répliqua Abou-Sophian* — Monte 1» sur ma mule, je vais t'emmener au camp, et je deman- » derai la grâce au Prophète ; sinon il te fera trancher la î tête... Je le conduisis donc en présence de l'Apôtre, p qui lui dit avec bonté : Ne sais-tu pas , Abou-Sophian , a qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu? — Je le sais, ré- » pondit le prisonnier. — Et ne reconnais-tu pas aussi que » je suis le prophète de Dieu? — Quant à ceci, répondit le i chef des Korcischiles, je conserve encore quelque doute, j> A ces mols^ je le poussai fortement : Que fais-tu ? lui » dis-je ; rends témoignage , si lu ne veux que ta tète » tombe. Ët Abou-Sophian rendit témoignage, ainsi que % ses deux compagnons. Le Prophète me dit alors : Rends- 1 toi avec Abou-Sophian à rcnlrce de la vallée, qu'il voie • combien est forte et puissante l'armée de Dieu.... Nous « y étions arrivés , lorsque les troupes commencèrent à » défiler, et à mesure que chaque tribu passait devant^ I Abou-Sophian , je la lui faisais connaître. Se présenta > entm le Prophète^ caluuré de sa garde particulière,.

j» appelée E l'Khadhr a ei composée de i eiile des Mohadjé- » riens et des Aasariens, tellement couverts de fer des pieds » à la tête qa'on n'apercevait que leur prunelle ardente. » Qui sont ceux-là? médit Abou-Sophian.— C'est, répondis- » je , le Prophète entouré de ses compagnons les plus » fidèles. — Vraiment, me dit-il alois, ia royauté du fils » de ton frère est une grande royauté I — Malheureux 4 > veux-tu toujours oublier que celui que tu nommes un » roi est un prophète ? — C'est vrai^ me dit-il. v

L'armée pénétra dans la ville , sans y rencontrer de résistance. La troupe de Khaled seule un inslant fut attaquée , et repoussa les agresseurs insensés en en tuant vingthuit. Ce fut là toute la perte qu'eurent à regretter les Koreischites. Mahomet avait promis la vie sauve à quiconque se renfermerait dans sa demeure ou se réfugierait soit dans la Caaba, soit dans ia maison d'Abou-Sophian. Le vainqueur s'étant rendu au temple , renversa de sa main les trois cent soixante idoles qui s'y trouvaient , puis ayant convoqué les principaux habitants : a Quel traitement^ leur » demanda-t-il , attendez-vous d'un homme que vous avez a outragé ? — De loi, généreux frère , fils d un généreux » père, lui répondirent-ils, nous n'atli mlons que du bien, » — El lui reprit : o Vous n'y compterez pas en vain ; allez, 9 votre vie est en sûreté , et vous êtes libres. Six hommes et quatre femmes seulement furent exceptés de ce pardon magnanime. Mahomet alors changea la constitution, substitua aux dix de la républi(]ue une sorte de triumvirat , qu'il investit d'un caractère religieux , et envoya ses officiers de divers côtés pour renverser les idoles des tribus voisines. Grand nombre de tribus se soumirent; mais quelques unes plus puissantes, comme les Thakifltes et les Hawasinites , organisèrent contre le Prophète une ligue formidable , qui l'obligea de quitter la Mecque au bout de quinze jours» pour commencer la guerre des idoles.

Il avait arboré la bannière de la Mecque avec celle de Médine^ et douze mille hommes marchaient à la suite. Il

vînt dans la vallée de Hamin^oix les confédérés l'atteudaicut^ el la bataille s'étant engagée avec trop de confiance du côté des musulmans» ceux-ci vivement repoussés [)rirent d*abord la fuite, à la grande joie des nouveaux convertis qui avaient dù les accompagner. Mais Abbas, dont la voix était éclatante , fit retenlir la vallée du récit des promesses de Dieu , et les fuyards ayant repris courage , forceront à leur tour les ennemis à battre en retraite. Les Tbakiûtes avaient couru s'enfermer dans leur place et s'y étaient soigneusement fortiiiés. Mahomet alla aussitôt rassié{^er,et une tribu uiiiie lui fournit dans cette occasion, chose remarquable, des béliers et d'autres machines , avec un corps de cinq cents ouvriers. Hais ce fui en vain que les mineurs ou* vrirent la tranchée, et que les Hoslems attaquèrent la brèche. Tayef tint bon , et le Prophète, au bout de vingt jours, se décida à donner le signal de la retraite non sans affecter de demander à Dieu le repentir de celle cité incrédule. 11 ne se fit pas longtemps attendre. Tayef, épuisée par les pertes qu'elle avait essuyées pendant la durée du siège , et voulant en prévenir un second , envoya dire a Mahomet : « Apùlre de Dieu , accorde-nous une trêve de

> trois ans, et souffre notre ancien culte. — Je n'accor- » derai pas un mois, pas une heure, répondit-il. — Dis- I pense-nous du moins du devoir de la prière, ajoutèrent* i ils. — La religion est inutile sans la prière, répliqua

> Mahomet. » Ils se soumirent donc ; on démolit leur temple , et Fidôlatrie fut ensuite solennellement proscrile dans toute la Péninsule.

On était arrivé à la neuvième année de THégire (631); le Prophète avait chaîné Âbou-Bekr d'accompagner à la Mecque la troupe des pèlerins, et Ali d'y lire au peuple assemblé de nouveaux préceptes émanés du ciel. Quand fut venu le jour de l'immolation des victimes , Ali ht la lecture de la neuvième sourate, appelée Vlmmunité ou le Bepentir^ où il est dit :

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