Voici ce que déclarent Dieu et son envoyé: Après les
> jours du grand pèlerinage, plus de rémission pour les » mécréants. Converlissez-voui> donc, sinon vous ne pour- » rez détourner la^vengeance célesle.
4. » Maintenez toutefois la paix avec les idolâtres qui » TOUS sont alliés, tant qu'eux-mêmes Tobsenreront. Dieu 9 aime ceux qui le craignent.
5. » Mais, les mois sacrés expirés, tuez [les autres] parij tout où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez- » les et guettez-les à toute embuscade. Ne les laissez
> tranquilles que s'ils se convertissent, observent la » prière et font Faumône* Car Dieu est indulgent et » miséricordieux.
28. » 0 croyants! les infidèles sont immondes; cette » a7ince expirée, ih ne doivent 'point i^'approrlier de foraj» toire sacré.,, (18) Que les temples du Seigneur ne soient » visités que de ceux qui croient en lui et au jour der- » nier.
29. 9 Faites la guerre à ceux qui ne croient point... i> Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut,
> tous sans exception, et qu'ils soient humiliés.
30. » Les Juifs disent: Ozaïr (Esdras) est le fils de » Dieu (1). Les Chrétiens disent: le Messie est le fils de » Dieu. Telles sont les paroles de leurs bouches ; elles 3) ressemblent à celles des infidèles d autrefois. Qu'ils » mentent ! Que Dieu leur fasse la guerre ! d
Rdatians extérieures^ 628-632. — 11 y avait déjà longtemps que cette guerre leur avait été déclarée, et nous savons qu'elle se termina avec les juifs d'Arabie vers par la prise de Kaïbar. Ce fut Tannée suivante qu'elle éclata contre les Chrétiens, que Mahomet avait jusque-là
(0 C'est une TAVssak,
ménagés, parce que Dieu lui amU dit: « Tu reconnaîtras » que ceux qui nourrissent la haine la plus violente contre » les fidèles sont les juifs et les idolâtres, et que ceux qui » sont les plus disposés à les aimer aont les hoiiimes qui se » disent chrétiens ; car ils ont des prêtres et des moines, » hommes exempts de tout orgueil (1). i»
Âprés la^conquête de Khaîbar, jaloux d'étendre le domaine de sa religion, et se croyant assez puissant pour traiter en souvcioin, non-seulement avec les chefs ai*abes qui vivaient sous la dépendance de Tempire grec ou de la Perse, mais encore avec les monarques eux-mêmes de ces vastofil états , qu'une terrible guerre épuisait également depuis vingt-quatre ans, le Prophète, par des lettres scellées d'un sceau qui portait ces paroles : Mahomet, Vapôtre de DieUj avait invité les princes voisins à reconnaître sa mission. Lej])remier auquel il écrivit fut Kesra-Parwiz ou Chosroès H, roi de Perse; le second César^ roi des Romains ( Héraclius ) ; le troisième Mokaoukas , gouverneur de l'Egypte pour Gonslanlinople ; le quatrième le néyus d'Abyssinie ;4le cinquième le ghassanide Al-lîai i Ui. Les autres relevaient de la Perse, et suivaient le sabéisme. Chosroès, leur maître, reçut avec mépris la lettre de Mahomet et la déchira.|Mais à cette nouvelle le Prophète s'écria : < Ainsi 1 son empire sera mis en pièces,» Et Chosroès étant mort peu de temps après, le vice-roi de TYémen hésita d'autant moins à se convertir à Tislamisrae, qull reçut en partage une portion de son gouvernement. Plusieurs petits chefs faimyarites l'imitèrent, ainsi que le roi du Bahreïn» et ces diverses soumissions achevèrent la réduction de l'Arabie, à la réserve de la province d*Yémamah. C'est que le chef de cet état professait le christianisme, et qu'en général les mandataires du Prophète obtinrent peu de succès chez les peuples chrétiens. Mokaoukas, il est vrai, ne se montra pas trop hostile à la nouvelle doctrine ; il fit à Mahomet
(ij 5« Sourate* % Sd.
une réponse flaUcuse, où , sans lui contester sa mission divine » il lui demandait du temps pour rétléchir , et il accompagna sa lettre de riches présents, au nombre desquels figuraient deux jeunes filles de noble famille. Hais Hokaouka, copte d'origine, était de la secte des Jacobites, hérétiques attachés aux erreurs d*Eutychès, et haïssait raorteliemeni les Grecs orthodoxes, qu'on nommait alors MelchiteSj c'est-à-dire royalistes, parce qu'ils s'accordaient de cru y once avec l'empereur. — Pour le négus, il demeura ferme dans sa foi. Héraclius, quoi que disent les Arabes, tout en recevant poliment la missive, n'y satisfit pas davantage. Les princes Ghassanides n'y répondirent qu'en armant contre Mahomet, et l'un d'eux osa assassiner l'ambassadeur qu'il avait envoyé au chef arabe qui gouvernait la Yille de Bostra au nom de l'empereur Héraclius. Ce crime fut la première étincelle de l'horrible embrasement qui consuma, pendant plus de huit siècles, l'cmpiTe grec, et finit par en livrer la capitale épuisée aux mains des sectateurs du Koran.
Bataille de Muta (629). — Mahomet, sans s'effrayer de la puissance colossale du suzerain de Ghassan, leva pour la défense de sa cause une armée de trois mille hommes d'élite, et en donna le commandement à Zéid, son affranchi* « Si Zéid succombe, leur dit-il, que Djafar-Ben-Âboa- > Taleb lui succède ; si Djafar meurt aussi, qu'Abd-Allah » vous guide au combal; et si Abd-Allah périt à son tour, jD choisissez vous-mêmes votre général. » Ces dispositions n'étaient pas superflues: les trois généraux furent tués à la bataille de Muia (1). t Zéid tomba comme un soldat au premier rang ; la mort de Djafar fut héroïque et mémorable. Ayant perdu la main droite, il saisit l'étendard de la gauche ; privé de la gauche , il tint la bannière avec ses poignets jusqu'à ce que cinquante blessures
(1) Ville de Syrie, h Test de la mer Moite*
retendissent par terre. « Avancez , i s'écrie Abd-Allah , eo venant le remplacer ; « avanceE avec confiance ; la i victoire ou le paradis est à nous. .» La lance d'un romain lai donna la mort Mais Khal^ s'empara du
dra^jcau ; neuf glaives se brisèrent dans sa main, [et il en vint à n'avoir plus d'autre arme qu'une ccuellu de bois d'Yémama]. Sa valeur contint et repoussa les chrétienSy qui avaient la supériorité du nombre. Aussi, dans an conseil qui se tint la nuit au milieu du camp , il fui clu général ; le nouveau chef fit le lendemain des dispositions si habiles , qu'il assura la victoire on la retraite des Sarrasins ; et le glorieux surnom d'Epée de Dieu a rendu son nom célèbre parmi ses frères et ses ennemis (i). •
Année des a mbassades (03 1 ) . — Expcdit ion de Ta bon k . — C'est alors que Mahomet, après avoir donné des regrets aux braves qui étaient tombés sur le cUamp de bataille de Muta, tourna ses armes du côté de la Mecque. Il s'en était emparé, avait affermi sa conquête par la victoire d'HonaïUi etnSduit Tayef aux abois ; les députations et les félicitations des tribus de l'Arabie lui an ivaient « plus nombreuses que les dattes mûres qui tombent du paluiier, » quand il apprit que les Grecs se préparaient à descendre dans la Péninsule, et qu'ils étaient campés à Balka, au delà du Jourdain, n annonça aussitôt son dessein de les prévenir, et appela ses fidèles aux armes. Les Moslems découragés osèrent représenter qu'ils maiii[uaient d'argent, de chevaux et de vivres. On était d'ailleurs, ajoutaient-ils, dans la saison de la récolte, et la cbaleur de l'été serait insupportable. — £*an/er est beauemp plus chaud^ leur dit froidement le Prophète; et il dédaigna de les contraindre au service. Il ne réunit cependant pas moins de dix mille cavaliers et vingt mille fantassins. La marche lui très pénible, et Maho-
(0 Giraox, c. 50> p. iS4« a.
met crut devoir la borner à Tabouk^ situé à moitié chemin entre Médine et Damas. Gomme il y reçut des tribus du voisinage de nombreuses soumissions, qui assurèrent sa suzeraineté sur toute la partie de l'Arabie qui touche è TEgypte et à la Syrie, il publia qu'il était satisfait d'avoir remarqué partout des intentions de paix ; mais il y a lieu de croire qu'il fut bien plutôt effrayé des préparatifs de l'empereur d'Orient.
PHerinage d*adieu. — Mort du Prophète (632). —
L'année suivante, tout en médilauL une nouvelle expédition^ plus formidable que les deux autres, il accomplit à la Mecque un dernier pèlerinage , auquel les paroles qu'il prononça ont fait donner le nom de PHerinage d^adm. Toute sa famille et quatre-vingt-dix mille pèlerins accourus de toute la Péninsule l'accompagnaient. Quand il eut accompli les cérémonies prescriies , et avant l'immolaiion des animaux : « C'est aujourd'hui, dit-il aux fidèles assem-
> blés, que j*ai complété l'œuvre de votre loi religieuse ;
> ma miséricorde pour vous s^est manifestée dans sa plé- » nitude par la promulgation de Fislamisme. » Il abolit ensuite l'observation des quatre mois sacrés , en ce qui touchait les ennemis de Vislam , déclarant que tous les mois étaient également bons pour les combattre ; puis il réforma le calendrier arabe , en supprimant le mois erobolismique qui servait à rapprocher Tannée lunaire de Tannée solaire , et en prescrivant de s'en tenir à douze lunaisons. Cela fait, il sacrifia soixante-trois chameaux, qui étaient le nombre des années de sa vie , et revint à Médine.
A peine y étaitril arrivé qu'il fut pris de la maladie qui le conduisit au tombeau. Elle ne Tempêcha point de disposer tout avec calme pour abattre deux rivaux dangereux qui venaient de s'élever^Tundans l'Yémen, l'autre dans l'Yémama, disaiU chacun de leur^ côté , comme de méchants imposteurs : « J'ai reçu me révélatim^ quand il ne leur avait » rien été révêU. » Asouad,le premier^ fut égorgé dans son
Diyuizca by GoOgI(
palais , la nuit rn^me d'avant le jour où mourut Mahomet.
Le second, nommé Moçailama , devint assez menaçant pour obliger le khalife Aboii-Bekr d'envoyer contre lui Khaled avec une grande armée. Khaled le tua dans une bataille avec dix mille des siens, et les autres retournèrent à rislamisme*
Sentant sa fin approcher, Mahomet se fit porter & la
mosquée devant tout le peuple réuni , et il leur dit : « S'il » y a parmi vous quelqu'un que j'aie frappé injustement, » je me soumets au fouet des représailles. Si j'ai dépouillé » un croyant de ses biens , le peu que je possède acquit- ) tera le capital et l'intérêt de la dette. » Une voix s'éleva, qui réclama trois dirhems. Mahomet les fit compter à son créancier, en le remerciant de l'avoir accusé dans ce inonde plutôt qu'au jour du jugement. U pria aussi pour ses fidèles , et termina par ces paroles : « Dieu a permis I è son serviteur de choisir enlre les biens de ce monde et » ceux qu'on goûte auprès de lui : ce sont ces derniers qu'il * a choisis.» Rapporté chez lui, il nomma, quelques jours après, Abou-Bekr pour faire la prière à sa place, et rendit le dernier soupir dans les bras d'Aïescha, sa femme chérie^ le 13 du mois de rabi-el-aoual rabi).
Le Koran.
La loi de Mahomet se trouve renfermée dans le Koran ^ le Uvre par excellence. Ce livre ne fut rédigé , dans son ensemble y que sous le premier successeur du Prophète, Abou-Bekr, père d'Aïescha, qui chargea Sèîd, un des
anciens scribes de Mahomet , d'en réunir en un seul volume tous les fragments dispersés. Rassemblés sans ordre et sans critique, et privés des clartés delà vocalisation (1),
(i) On sait que le principal caractère des langues sémitiques est l'absence des voyelles dans récriture (Voy. ci-dessus» p. isu n, %)*
ils exercèrent de bonne heure la sagacité des théologiens musalmans et provoquèrent de nombreux commentaires, dont le plus estimé est celui de Beidhavi (xim siècle après Jésus-Christ). L'ange Gabriel ne les avait d'ailleurs révélés que successivenient au réformateur, dans Tinlérêt de sa mémoire et de sa politique; aussi le succès, en altérant la pensée première de Mahomet , lui avait-il fait modifier étrangement les premières volontés du ciel. De là bien des contradictions, que les commentiih urs ont cherché à concilier par tout un syslème d'abrogation, qui frappe à la fois ou séparément la lettre et le sens d'une foule de passages (1). Tel que le khalife Othman l'a fait rédiger en dernier lieu (650)) et tel que nous l'avons aujourd'hui , le Koran contient cent quatorze sourates ou chapitres de grandeurs fort inégoles , ayant chacun un titre particulier, commençant tous à l'exception du neuvième par cette formule : a Au nom de DieudémmU et nUséricordieuXyi^ et portant la plupart^ en tète du premier verset» une ou plusieurs lettres mystérieuses, dont il est défendu de chercher le sens (2). »
Loi RELIGIEUSE. — Dogmes fondamentaux. — Loi religieuse et civile en même temps, le Koran présente dans son enseignement religieux deux dogmes fondamentaux , la croyance à V unité de Dieu , et la foi au juge-^ ment universel,
« Il n'y a de Dieu que Dieu , » telle est la formule sacramentelle par laquelle il condamne le polythéisme j et la trinité chrétienne. Car Mahomet avait besoin pour le triomphe de sa cause de défigurer ce mystère de notre religion , de prendre les trois personnes pour trois dieux
(1) On n*en compte pas moins de deux cent trente-irois, en soixaDtetrois chapitre», abrogés pour le sens seulement.
(2) A.hvi,'^ a. f. m. s. — a. l. r. — t. 4« — t, s. m. — 1. 1.— l, f.
— — h. m. — h. m. a. s. k, — k. — n. — Quelques-unes de ces lettres servcpt également de titres aux chapitres %0, 96» 38 et 50.
co-associés. «Dieu, dit-il, c*est la vérité; et les dieuiL « que vous invoquez à côté de lui c'est le mensonge. Dieu » ne peut avoir d'enfants ; loin de sa gloire ce blasphème I » Peut s'en faut que les cieux ne se fendent en l'entendant, )} que la terre ne s'enlr'ouvre et que les montagnes ne » s'écroulent.... Ne donnez donc pas d'associés à Dieu. » Dieu pardonnera tous les péchés » à Texception de celui- > là ; car ils commettent à ses yeux un crime irrémissible , I ceax qui lui associent des créatures. Et pourtant ils ont » dit ; le Messie est le fils de Dieu : que Dieu les combatte ! » Ils ont pris leurs moines et le Messie , fils de Marie, pour I leurs seigneurs, préférablement à Dieu.... Dis-leur : 11 est » trop haut placé pour que d'autres s'asseyent à ses côtés. Le I Messie n'est qu'un apôtre. Six apôtres sont venus en » différents temps apporter aux hommes la vérité, Âdam, it Noé, Abraham, Moïse, Jésus-Christ et Mahomet. Mais 9 le dernier est le plus grand de tous, et son livre est 1 le sceau et la clôture des révélations. »
< Dieu est tout-puissant. S'il veut produire quelque » chose, il dit: Que cela se fa8se,et cela se fait.» Ainsi a-t* il créé de rien en six jours la terre et les sept cieux. — Il forma ensuite d'un feu pur les diverses classes d'anges qui doivent servir de médiateurs entre lui et la création. Le premier de ces anges est Gabriel, le SainIrËspriti l'ange des révélations, auquel obéissent tous les autres. Puis viennent l'archange Michel, qui préside aux éléments, hraêlyV^ngcdu trépas, et Israfil, le gardien de la trompette céleste, dont il sonnera deux fois à la fm des siècles pour réveiller les morts. « Tout homme, dit le Koran, a des » anges qui se succèdent sans cesse, placés devant lui et i derrière lui ; ils veillent sur lui par Tordre du Seigneur.» Eblis ou Satan, créé par Dieu du souffle enilammé du semoum, était autrefois un des anges supérieurs ; mais son orgueil le perdit et le fit chasser du ciel. Suivant quelques commentateurs, il faudrait le regarder comme le père des Djinn, sorte de génies intermédiaires entre l'homme et
les ançïCf;. Créés aussi de feu, ces génies apostats chcrciiciU à se glisser dans le ciel pour y surprendre les entretiens de Dieu avec ses anges, et ceux des anges entre eux, et au moyen de ces secrets séduire les habitants de la terre ; mais les anges qui ^'ardent les portes, les repoussent avec leurs glaives de feu. Un jour une troupe de Djinn, ayant ouï attentivement la lecture du Koran, se convertit à rislamisme» et s'efforça d'entraîner les autres vers celte religion.
Enfin le premier et le père de tous les hommes fat
formé d'argile. Dieu l'anima d'un souille de son esprit, puis il créa de lui la femme. — Le reste est, pour le fond du moins, également emprunté à la Bible ; mais le Koran se tait ou glisse légèrement sur les questions de la rédemption, de la justification, de la grâce et de ses effets. — Il est vrai qu'en retour, prenant pour guide l'Evangile sur celle de la justice divine, il admet la réversibilité des mérites, et développe avec complaisance la doctrine chrétienne du jugement dernier et de Télemité des peines et des récompenses.
« Lorsque le son de la trompette, dit-il, se fera entendre » pour la première fois, el que la terre et les montagnes » se briseront dans d'horribles tressaillements, ce jour là » sera le jour du jugement dernier. Les étoiles seront » dispersées, les mers confondront leurs eaux, les tom- » beaux s^entr'ouvrant laisseront échapper les corps qu'ils » renfermaient. C'est alors que l'homme verra à la fois toutes » les actions de sa vie. Ceux à qui on remettra le livre de » leurs œuvres dans la main gauclie (oh ! les hommes de » la gauche 1)» seront précipités dans l'enfer; ceux à qui » on remettra le livre de leurs œuvres dans la main droite » (ohl les hommes de la droite!), seront admis dans le i) jardin de délices. Là, vêtus d'une soie moelleuse ou de » riches brocarts, ils reposeront sur des sièges ornés des » plus précieux métaux, sous des ombrages qui s'étendent I au loin, prés d'une eau courante, au milieu de fruits
)» abondauls. Accouiiés el placés ca face les uos des autres,
> ils se feront réciproquement des questions. Nous étions » jadis» diront-ils« pleins de sollicitude pour notre famille. » Dieu a été bienveillant envers nous ; il nous a préser- * vés du châtiment peslilenliel. — IlsauroiU |)aur épouses » de jeunes vierges aux yeux noirs, et seront servis par I des esclaves d'une jeunesse éternelle ; ils feront courir
> à la ronde des couples remplies d'un vin cacheté, dont » le cachet sera de musc, et ils n'éprouveront de cette » liqueur exquise ni maux de tète ni étourdissements. i Quant aux infidèles, ils seront livrés à des gardiens qui » les chargeront de chaînes longues de soixanle^ix coui dées. Leur crâne se fendra sous Tardeur du feu, et leurs » pieds reposeront sur les charbons ardents. Ils auront
> pour toute nourriture le fruit du dari (1), qui ne les » engraissera pas, et pour unique boisson de Teau bouilli lante, qu'ils boiront comme des chameaux altérés de » soif (3). »
Entre le paradis et Uenfer est un lieu intermédiaire,
appelé El-Araf , espèce de limbes destinés à ceux qui naissent et meurent dans la démence ou rimbécillité, sons avoir pu embrasser ou professer aucune religion. Ceux-là ont trouvé grâce devant le prophète arabe; mais tout homme d'un esprit sain qui ne se sera pas soumis aux lois de rislamisme, est dévoué aux peines de Tenfer. Cet enfer est partagé en sept zones. Dans la septième, au plus profond de Tabîme, sont les hypocrites de toutes les religions ; dans la sixième les idolâtres, qui souffriront moins; dans la cinquième les mages, qui souffriront moins encore; dans la quatrième les Juifs ; dans la troisième les Chrétiens ; dans la deuxième les apostats ; dans la première les Musulmans impies. Ces derniers seuls ne seront pas étemel-
(1) Arbrisseau épineux dont le fruU a un goût très dcre. — > et en
gf'néral, chardons et épines.
(2) V. la tradnct de M KAsimasKi (éd. Charpentier) aux pages 418 433-443 445-506 6t passim.
"lemenl damnés, el leur supplice ne servira qu'à les puiilier et à les rendre capables de partager un jour le bonheur des élus.
Ainsi le musulman, quelles qu'aient été ses œuvres sur
la terre, est assuré de goûter les joies du paradis ; et les autres hommes, quoi qu'ils fassent, ne sauraient évilerles tourments de la géhenne. C'est là ce fameux dogme de la ftrédestinatim ^ dont les théologiens mahométans euxmêmes ont voulu, mais en vain, corriger Tabsurdité au profit de la liberté humaine. Le Koran ne -dit-^il pas : « Dieti a décrété de toute éternité chaque action, chaque » événement de l'homme ; tout est écrit dans le livre de
> Févidence. » Et ailleurs: < 11 donne la foi à qui H lui 9 plait, et il est plein d'une immense bonté* » Ne dit-il pas encore : « Dieu cbétîe qui il veut ; il récompense » sans mesure qui bon hii semble. Il a créé beaucoup » d'anges et d'hommes pour l'enfer, et les infortunés I qu'il a résolus de laisser dans Terreur sont privés » de tout secours. » Ce ne sont donc point ses mérites ou ses torts personnels qui feront le bonheur ou le malheur étemel de l'homme, ce sera la pure volonté de Dieu.
CtUte extérieur. — La foi du musulman l'oblige à observer le culte extérieur, dont la professim de foi^ la prière, Ymmùm^ le jeune et le pèlerinage forment les cinq bases fondamentales.
— « n'y a paf( d'autre Dieu que LHen, et Mahomet est H son prophèt*', i» voilà la profession de foi musulmane; c'est par cette formule que du haut des minarets le muezzin appelle les ûdéles à la prière.
— Cinq prières sont d'obligation journalière : au soleil levant, à midi, avant et après le coucher du soleil, et à la première veille de la nuit. Il ronvient de s'y préparer par des ablutions: a 0 croyants, dit la loi, quand vous vous
> disposez à faire la prière, lavez-vous, et à défaut d'eau
> frollez-vous avec du sable fin le visage et les mains » jusqu'au coude, la tétc et les pieds jusqu'à la cheville;
> car la propreté est la moitié de la religion, i» Auxablu* lions doivent se joindre la décence dans les vêtements et m recueillement profond, tel que celui dont le Prophète, suivant les cuamiciiialeurs, donna jadis rexemple, alors qu'en présence du Très-Haut son cœur bouillonnait, comme reau exposée dans un vase d'airain à la chaleur du foyer. Il faut enfm se tourner dans la direction {keUa) de la Mecque, et avec une grande variété de mouvements de corps, que la Iradilion seule a consacrés, réciter le tekbir: « Dieu est grand, Dieu est grand, il n'y a pas d'aulre Dieu » que Dieu , louange à Dieu ; » puis : « Que ton nom » soit exalté^ ô mon Dieu ; je te sanctifie» je té loue ; il X» n'y a pas d'autre Dieu que toi ; j'ai recours à toi contre » les embûches du démon, n Vient alors la récitation du premier chapitre du Koran, et d'un autre chapitre au choix du fidèle; à celle récitaliiui en succède une seconde du tekhir, suivie de ces paroles: c Dieu écoute celui » qui le loue ; les louanges n'appartiennent qu'à Dieu ; » puis une troisième et dernière. C'est là ce qu'on appelle un rika ; plusieurs de ces rika composent la prière (^îiarnaz),
11 arrive quelquefois que la prière est suivie d'holocaustes ; Mahomet les tolère, et ils ont lieu principalement au terme d'un voyage, à la naissance, à la circoncision ou à la mort d'un fils, à la dédicace d'une mosquée, à la féte nationale du Petil'Beïram . Mais ces sacrifices, que chacun peut faire dans sa maison, sont des actes vulgaires entièrement étrangers a l'idée profonde d'une victime médiatrice, et ii*ayant d'autre sens que celui d'actions de grâces à la bonté de Dieu, qui donne le bétail aux hommes.
— L'importance de Vaumôiie est souvent mise en parallèle avec celle de la prière : « Malheur à ceux qui font la » prière et la ibnt négligemment ; qui la font par ostenta- » tion et refusent le nécessaire à celui qui est dans le
1» besoin. 0 croyants ! donnez ;hix pauvres une partie des » biens que vous avez reçus du ciel , avant que le jour » vienne où il n'y aura plus ni vente ni achat, où Tinter- » cessioQ sera insuiïîsante. Celui qut donne pour plaire » à Dieu ressemble au jardin planté sur la pente, adoucie » d'un coteau ; les pluies Tarrosenl et ses arbres portent ï une double récolte. Mais celui qui donne et reproche » son bienfait ressemble à la colline rocheuse, à peine re- » couverle d'une légère poussière ; l'eau du ciel vient-elle > à tomber, elle n'y laisse qu'un rocher stérile. > Aussi tous les Musulmans regardent- ils la dîme aumônière comme d'obligation divine. « Mais cette charité, dit un historien moderne, est une obligaiion, non un seiUiuient; c'est un calcul pour ï^on salut, dont on s'acquitte scrupuleusement d'une main, tandis que de l'autre on frappe son esclave, on trompe l'acheteur et ou égorge son rival (1). »
— c 0 vous qui croyez, dit encore le Koran, que le jeûm î est obligatoire pour vous, comme il Ta été pour vos » prédécesseurs , craignez Dieu. La lune de raroadhan, » pendant laquelle le Koran est descendu du ciel pour » guider les hommes dans la voie du salut, est le temps » destiné au jeûne. Il vous est permis de manger et de
boire jlis(iu'au moment où, à la lueur du crépuscule, D vous pouvez disiinj^uer un fil blanc d'un ûl noir ; alors M commence le temps d'abstinence jusqu'au coucher du » soleil, et pendant ce temps... livrez-vous à des œuvres de » dévotion... L'odeur de la bouche qui jeûne , répétait » souvent Mahomet, est plus a^fréalde à Dieu que celle du » musc. » Mais, comme r:in!iée musulmane est lunaire, et que le mois de ramadban l'aille tour des diverses saisons, il arrive ijue, quand il tombe au milieu de l'été, les prescriptions flu Koran deviennent extrêmement pénibles. Il est vrai que les riches en éludent la sévérité en dor-
0} t. viu, p. 80.
liiaiit tout le joui", el en lenaiU lul»le tant que dure la nuit (i).
— Tous les hommes el môme les femmes doivent faire une fois dans leur vie le pèlerinage de la Mecque, c Nous
> condamnerons, dit la 33* sourate, aux plus terribles
f peines les mécréants qui délourneiU leurs frères soil de » la vraie religion, soil du voyage à la Mecque que tout 1» homme doit visiter. »
— Toutefois le chemin le plus sûr pour arriver au paradis est de prendre part à la guerre sainte, < Le
> paradis est à Tombre des épées, dit le Koran ; et les » prières, le jeûne et les autres pratiques âe la religion » n'ont rien d^aussi méritoire que les laligues de la guerre. » Le brave qui tombera sur le champ de bataille obtiendra n le pardon de ses péchés; au dernier jour ses blessures 1 seront éelatantes comme le vermillon, parfumées comme » le musc, et les ailes des anges et des clirrubins rempki- M cei'onl les membres qu'il aura |)( iilus. «j D'aliord assez timide, la guerre, ainsi que nous Tavons vu, devînt fort agressive sous Finfluence du succès. Alors les payens et les autres infidèles n'eurent plus que le choix, les premiers entre ta conversion et la mort, les seconds entre la mort et Taumône ou tribut.
Prescriptions hygiéniques el autres» — Les cinq obligations que nous venons d'examiner sont les principales, mais non les seules que le Prophète arabe ait cru devoir imposer aux fidèles. A l'exemple du législateur hébreu,
il a encore donné une forme religieuse à diverses prescriptions hygiéniques, à de certains règlements som[)luaires, que le musulman ne pouvait négliger sans compromettre gravement son salut, c Ainsi, dit le Koran« il est interdit
(1) id. Au jeûne du nuaadhan succède la fête du petit Betram^ qui tombe le i^'de la lune de échouai. Pour le grand Btiram^ il se célèbre à la Mecque, le dixième jour du dernier mois de l'année, quand les pèleriDH Mcrifient les victimes dans la vallée de Mina.
» aux Islaniiles de manger les aniinaux morts» le sang, V la chair de porc, tout ce qui a été tué sous rinvocation
» cFun autre nom que le nom de Dieu; mais il leur est
> permis de se nourrir de la chair de leurs troupeaux cl » des animaux tués à la chasse, pourvu qu'ils aietU été 9 placés sous l'invocation du Seigneur^ au moment ou on
> leur a donné la mort. > — « Si l'on t'interroge sur )e » vin comme sur le jeu, est-il dit ailleurs, répuncis que » 1 un et l'autre sont de grands péchés. Celui qui boit 1» du vin est comme celui qui adore les idoles, et sachei » que le vin, le jeuy les idoles sont des abominations sug- » gérées par les artifices du démon. Abstenez-vous en donc » pour voire bien, pour voire salut. Abbtenez-vous aus^i » d'écouler ou de faire de la musique] car c'est péclier » contre la loi. » Mais la défense de la musique et du via n'en fut pas moins violée de tout temps; celle du jeu ne tarda pas à perdre tout empire sur les jeux de combinaison, comme les dames cl les ccliecs; l'interdiction seule des statues, dirigée d'abord uniquement contre les idoles, s'étendit au contraire par degrés, ainsi que le remarque Dœllinger^ à toute représentation soild*hommes> soitd'ani* maux» et détermina chez les Musulmans celte horreur fanatique des arts qui a causé la destruction de tant de chefs-d'œnvre, mais qui commence à céder à Tespril civilisateur de notre siècle. — Le Koran interdit aussi les habits de soie à quiconque tient à en être couvert dans l'éternité, et menace du feu de Tenfer celui qui boit ou mange dans des vases d'or ou d'argent. Mats tout cela n'a pu empêcher la guerre d'introduire de bonne heure le luxe chez les Arabes, Dès le temps du khalife Abdallah II, ils buvaient sans scrupule dans des vases d'argile , dont ils avaient revêtu de métaux précieux toute la surface » a l'exception de la partie qui devait toucher les lèvres.
Mahomet respecta la circoncision, comme venant d'Abraham, mais ne l'imposa point, peut-être parce qu'elle était obligatoire pour les Juifs. — C'est ainsi qu'il remplaça le
sabbal des Juifs el le dimanche des Chrétiens par le vendredi» que le Koran nomme \ejour des cutsembtées. Les Musulmans le sanctifient en assistant aux offices de la mosquée, après lesquels il leur est permis de relourner à leurs affaires (63« sourate).
Dans le commencemenl c'était Mahomet lui-même, puis les khalifes qui remplissaient les fonctions de grandsprêtres et qui prêchaient les fidèles. Mais ils Gnirent par reconnaître !a nécessité d'élablir un corps spécial tl'hommes voués, &oiis le nom (I taunis, au service des temples. Celte espèce de clergé comprend cinq classes: les sdieikeSy qui prêchent à la mosquée ; les khatibs^ qui font chaque vendredi la prière publique ; les imuns^ qui récitent devant le peuple les cinq prières du jour , et , comme une sorte de curés, circoncisent, marient, enterrent les fidèles de leur district ; les muezzhiSy qui du haut des minarets crient les heures où il faut prier; et les kaytmes^ portiers et serviteurs des mosquées.
Morale. — Mous avons déjà dit que](jues mots sur la morale de Mahomet , el nous avons reconnu qu'elle renferme de fort beaux préceptes. Mais il faut ajouter maintenant que le Koran ne parle que des actions extérieures et jamais de Tintention ni de la sainteté intérieure. Bien différent de TEvangile, dont la morale véritablement universelle embrasse tous les temps , tous les lieuse, toutes les actions , il est tellement hérissé de prescriptions et d'observances particulières» que ses adeptes en sont venus à se croire permis imU ce qui n'y est pas l'objet d'une prohibition spéciale. — Le sentiment de la chasteté y est proprement inconnu; si on la recouiiuande aux femmes, ce n'est que comme fidélité conjugale ; ap[)liqué aux hfunmes, ce mot ne signiiie que l'abstinence de l'adultère et du commerce avec des femmes ou esclaves étrangères. Le célibat des vierges est interdit et la vie monastique blâmée : € L'Islam lia point de moines^ » a écrit Mahomet. Mais
il a dit ailleurs : a C'esi me chose banne que la pauvr^; » el les Arabes sont partis de là pour suivre leur penchant naturel à la contemplation , et former sous le nom de pauvres ( dervis en persan el en turc, fakir en arabe ) un grand nombre d'ordres religieux.
Loi CIVILE ET Code pénal. — Mariage^ divorce, hmtoges, — Le Koran, avons-nous dit, est, comme la Bible, un code civil et judiciaire en même temps qu'une loi
reli^ioiise. Il règle donc les rapports des lionimes entre eux (Inns chacune des principales phases de la vie. Et d'abord, consacrant Tesclavage de la lemme, il déclare que c rhomme lui est supérieur, car Dieu , en le dotant plus «» richement de ses dons. Ta élevé au dessus d'elles Puis il ajoute : « 0 hommes, épousez les femmes non mariées qui » vous plaisent; épousez-les au nouîbre de deux, trois el » même quatre. Si elles sont obéissantes, soyez bons pour » elles ; sinon vous pouvez les frapper. > Il faut éviter le divorce ; mais il ne dépend pas moins du bon plaisir de rhomme d*y recourir : « Dieu est sage et infini ! » Seulement le mari ne peut répudier sa femme (|ue deux fois; la troisième fois il perd tout droit sur elle , jusqu'à ce qu'un autre Tait épousée et répudiée à son tour. C'était ouvrir une porte dérobée à tous les désordres, et fournir à celui qui ne devait prendre que quaire femmes le moyen d'en essayer jusqu'à dix-neuf (1). l*our le Prophète, qui voulait éviter le scandale du divorce , et dont le vice dominant était l'incontinence, il avait eu soin de faire parler Dieu pour l'autoriser à enfreindre les lois qu'il imposait aux autres: «r Dieu est si indulgent et si miséricordieux !» et en même temps pour défendre aux Musulmans de dire un seul mol à ses femmes, et de les épouser après sa mort ; <r car le Prophète est le plus intime parent qu'aient les fidèles , et é
( 1 ) Yoy . M. ErstBE de Sallk { Voyage pittoresque, politique et historique en Egypte, JVubie, Sffrie, Turquie et en Grèce, pendaDt les années 1837 à 1839).
ses épouses sont les mères ùes croyants ^ de sorte qu'un mariage avec une d'elles serait un inceste. » On sait qu'aprés être resté fidèle à Kliadiilja , tant qu'elle vécu! , il ne Peut pas plus lot perdue , que s'abandonnant à toute la fougue de sa passion , il se mit à cinquante ans à épouser successivement jusqu*à douze femmes , et à fréquenter en outre les esclaves. Au nombre de ses femmes légitimes était celle de Séid, son afl'ranchi et son tils ado[itir. Kn voyant que sa beau lé lixail les regards de Mahomet , Séid la lui avait complaisamment abandonnée. Mais, comme une telle union était illégale et monstrueuse pour les fidèles^ le Prophète se fit dire du ciel : c Qu*à l'avenir les croyants » ne s'abstiennent f)lus, par scrupule de conscience, d'é-
> pouser, s'ils en sont épris, les femmes de leurs fds » adoplifs. » C'était par ces criminelles impostures que Yapôlre de Dieu couvrait ses vices aux yeux des musulmans.
Le Koran ne connaît pas le droit d'aînesse'; il appelle tous les enfants maies à partager également enlre eux, et à prendre une part double de celle des filles ("l). — Les contrats doivent être faits en présence de deux bommes , DU d'un homme et de deux femmes, tous musulmans.
Les crimes que réprouve le Koran sont le meurtre d'un croyant, enfant ou non , le suicide, l'insulte aux fidèles et l'usure; d'autres, comme l'adultère el le vol, sont aussi l'objet de quelques dispositions : a Pour le meurtre , ô
> croyants, la loi du talion vous est prescrite : un homme » libre pour un homme libre , un esclave pour un esclave
> et une femme pour une femme. Toutefois celui qui ac- • ceptera le prix du saa^ versé (vin^l chauicaax à ravenir)^, ^ et qui pardonnera au meurtrier, obtiendra de Dieu
> miséricorde. »
« Vous couperez les mains aux voleurs , c'est la peine » que Dieu a établie contre eux , et Dieu est sage et » puis&ant. »
(1) Voyez sur les autres disposiUons les ssourates t et 4.*
«t Vous infligerez publiquement cent coups de tbuet à la » femme adultère et cent coups de fouet à son complice ,
» et que la compassion ne suspende pas votre bras dans j» i accompiisseuient de ce préceple. i>
SuNNÀ. — Ces arrêts» comme une foule d'autres maximes du Koran*, paraîtront sans doute fort insuffisants pour décider les nombreuses questions auxquelles peut donner
lieu la perpétration des crimes qu'ils ont la prétention de réprimer. Mais, comme les Juifs ont la Misna, les Musulmans ont, pour leur servir de guide dans rinlerprélation de la loi y les décisions de quatre imans (1) et les pieuses légendes de la Sunfia.
La Sunna ou tradition , quia été rédigée à la Mecque par le vénérable Al-Bochari , prés de deux siècles après la mort du Prophète, est un recueil de traditions authentiques au nombre de 7^5. C'est là que se trouvent les nombreux miracles de Mahomet, ceux qu'il empruntait aux Ecritures^ pour les raconter à ses disciples, (2) ou qu'il se laissait volonliers nltribuer par la pieuse crédulité des fidèles ; carie Koran lui-même n'en renferme qu'un seul. Le Prophète était arrivé à la 12^ année de son apostolat, lorsqu'une nuit l'ange Gabriel lui amena le coursier céleste Elborak , et l'invita à s'y asseoir pour aller visiter le Très-Haut. Il chevaucha à traver s ks airs de la Mecque à Jérusalem, et de là, traversant les sept cieux, il arriva jusqu'à deux portées de flèche du trône de TËternel. Il eut le plaisir d*y lire : « Nul autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son Prophète. » Il salua les gloires du ciel, contempla le mystère de l'univers et revint à la Mecque , n'ayant mis à faire ce voyage
(1 j Abou-BatUfa, mort Van 150 de THégire ; Sd»aféy, né eette année là même ; Malek, mort en 179 ; et Hanhal, qui vivait au commencement dn m* siècle de THégire. (Arabie de M. Noël Dnsv. p. 480.)
(3) Gomme le repa» de famille et la ioile d'araignée, empruntés à la multiplication des pains et des poissons par Jésus-Christ, — et à la fuite de David devant Saûl.
que la dixième partie d'une nui t. Le prodige volait la peine d'être rapporte ; mais la plupart des compagnons de Mahomet a'y voulurexil jamais voir qu'un rêve ou une vision. Pour ses ennemis» ils raccueiUirenI, comme il convenait, par d'amères railleries. Aussi, quand dans la suite ils lui demandaient des miracles , le Prophète répondait avec beaucoup d'adresse: « Les miracles sont au pouvoir de Dieu, V et moi je ne suis qu'un envoyé chargé de transmettre au » monde ses avertissements. D'ailleurs la foi n'est qu'un
> don libre de Dieu ; celui à qui Dieu l'accorde n'a pas B besoin de miracles pour croire, et ceux è qui il la reï fuse, aveuglés et maudits, ne croiraient pas, même à
* la vue de tous les miracles. Et n'est-ce pas après tout » un éclatant prodige que l'ensemble du Koran? Vous pré* » tendez pourtant qu'il n'est qu'un tissu de rêveries el de
> contes. Alors composez donc un seul chapitre semblable ;
• appelez-y même tous ceux que vous pouvez, hormis B Dieu, si vous êtes sincères (1). Mais ils accusent de » mensonge ce qu'ils sont incapables d'embrasser avec 9 leur science... Ainsi ont agi avant eux ceux qui irai- » taient d'imposteurs d'autres que Mahomet. »
Quant au don de prévoir l'avenir, on ne voit point qu'il y ait jamais prétendu formellement. La 30^ sourate contient cependant une prédiction: « Les Grecs, dit le Trophèle, » ont été vaincus [par les Perses vers le temps de l'Hégire]; I mais ils vaincront à leur tour dans quelques années, » Tel est du moins le sens qu'ont fixé plus tard les interprétations des commentateurs. Mais, outre qu'ainsi énoncée, cette prédiction ne courait guère le risque d'échouer, il est bon d'observer que l'absence des voyelles lui donnait» au
(i) i'armi les illustres conversious que fit la lectuie du Koran, ou peut citer celles de Lebid et (TOmar. Omar, de persécoteur acharné de Mahomet, devint un de ses plus fanatiqueB sectateurs, et le poète £efr»d, émerveillé de la iMauté de la deuxiëne souiate, cotirut aussitôt enlever son poème de la Caaba, où il était suspendn, ponr y substituer les paroles du Prophète.
temps de Mahomet, uno ambigu ilc propre à en assurer, quoi qu'il arrivât , la réalisation. Car, sans toucher aux consonnes, on pouvait encore lire ainsi : <c Les Grecs oat été vainqueurs, mais ils seront vaincus (1). »
Conclusion. — Nous pouvons mainlenanl apprécier le Koran et juger Tislamisme. Mahomet s'était donné la mission, non de fonder une nouvelle doctrine, mais de raviver celle que les anciens prophètes étaient déjà venus révéler aux hommes. Car, suivant lui, Tabus que ceux-ci faisaient des Ecritures (Bible et Evangile), en montrait assez l'impuissance à maintenir parmi eux l'unité. Persuadé que toutes les révélations se ressemblent par les dogmes, et ne différent que par les lois propres à tel peuple ou à tel autre, d'où il suit que, loin d'être immuables, elles se modifient ou se développent avec les besoins de chnque temps, il crut, en donnant au monde le Koran^ coniirmer et rectifier tout à la fois les révélations antérieures: les confirmer quant au dogme de Tunité de Dieu, qui leur est commun à toutes, en sorte que tous devinssent comme Abraham, « qui n'était ni juif ni chrétien, mais véritable musul[iioii;D les rectifier dans le détail des prescriptions, en sorte qu'il n'y eût plus de débats tbéologiques possibles.
Restaurateur du culte patriarchal d'Âbraham, il dut £aim un pins grand usagedeTAncienquedu Nouveau Testament. Encore paraît-il certain qu'il ne lut jamais lui-même la Bible, et qu'il la reçut uniquement, par tradition orale, des juifs et des chrétiens; c'est pourquoi les récits que Dieu lui faii et lui donne comme entièrement nmveaux (2), sont tous surchargés de circonstances fabuleuses, empruntées aui écrits rabbiniques ou à d^anciennes légendes populaires. Ce qu'il dit de Jésus, le verbe divin, et de la Vierge Marie, sa mère, atteste également une origine défectueuse, comme
(1) V. la traduction du Koran de M. Kasiuikski, p. 330, note.
(2) Sourate 12% versets 97 et 103.
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celle des évangiles apocryphes que possédaient les sectes héréliques. Les Djinns et le rôle des mauvais anges, les Houris el les peintures grossières du paradis ou de l'enfer sont dérivés du parsisme. Les cérémonies du voyage à la Mecque oe sont qu'un reste de Tantique paganisme arabe ; l(ts lois du divorce sont moitié arabes et moitié juives ; dans tout le reste domine le jnd lïsme. Ainsi formé par la raélhode édeclique, le Koran puuvait paraître anx yeux de Mahomet capable d'affronter toutes les objections. Cependant Texamen de ce livre a enfanté tant d'erreurs (1) chez les musulmans, qu'ils disent eux-mêmes que, si les mages sont divisés en soixante-dix écoles, les cb rétiens en soixanteel-onze el les juifs en soixante-douze, Tislani les surpasse encoie toutes en cela qu'il en compte soixante-treize^ toutes hétérodoxes.
Au reste, veut-on connaître la véritable valeur de cette
réforme ? comme Tarbre , c'est à ses fruits qu'il faut la juger. Eh bien, si le christianisme a rendu la vie à la vieille société romaine^ on peut dire que le mabométisme est venu^ paralyser dans la vigueur de sa longue jeunesse la société arabe. Partout où il s'est établi, partout Tantique civilisation a disparu pour faire place à la plus lourde tyrannie, au plus slupide faij.iLisme. Sans doute ou vit, après les premières guerres, s'opérer chez les Arabes un grand mouvement scientifique et littéraire; mais il ne saurait être permis de le rapporter à l'islamisme qu'en ce sens^ que Tapparition du Koran, comme il était naturel, éveilla dans l'cspril de ce peuple spirituel, hardi et entreprenant, le désir d'éludier el de sonder les grands problèmes de noire existence. Car ils n'embrassèrent l'élude de la philosophie que malgré le principe même de la religion^ et les nombreuses erreurs qu'ils recueillirent de leurs élucubralions n'ont abouti qu'à rompre l'unité de l'islamisme
(1) il nç faut pas preiulre ce mol tl une manière absolue, ear il y a de ce» erreurs qui sont henvcoup plus raiftonnables que le texte sacré qu'elles réprouvent.
el à en affaiblir la puissance native. Maïs il lui resta toujours assez de force pour causer de ^raiuls maux, et quand ces jeunes nations de l'Arabie curent, comaie d'ardents coursiers, jeté tout leur feu, elles inoalrèrent assez sa funeste influence dans l'irrémédiable abattement où elles sont tombées. Il faut chercher les principales causes de cette triste révolution: 1^ dans la nature même de la loi, qui, religieuse et politique en même temps, empfVha toute amélioration législative, et investit les khalifes, imans et princes à la fois, d'une autorité absolue sur les personnes et sur les choses; car c l'empire vieni de Dieu, comme la I terre est à lui, et il donne l'un et l'autre à qui lui plail; »> 2» dans l'excessive sévérité desprescripli uis religieuses, qui, ne tenant aucun compte de la faiblesse humaine, poussaient naturellement les fidèles à Timpiété ou à l'hypocrisie ; 3^ dans la prodigieuse multiplicité de ces prescriptions (les commentateurs en comptent soixante-dix mille), qui, surchargeant les prati(|ues de la dévotion de menues et frivoles observances, lîeunenl Tàme enchaînée à la matière, sans lui permettre jamais de s'élever librement dans les célestes régions; ifi dans le principe de la prédestination, qui, après avoir affranchi les musulmans de la crainte vulgaire de la mort, fit de ces héros de lâches esclaves du destin, et précipita successivement vers leur ruine tous les empires de l'islamisme (i) ; 5^ dans le caractère violent et barbare de la loi, qui, au lieu de rapprocher les hommes, les divise, en les armant les uns contre les autres et engendre la dureté des mœurs ; qui maintient l'esclavage non seulement en ce monde, mais encore dans l'autre; qui proclame rinfériorité de la femme, pour laquelle il établitàpart un modeste paradis ; et qui règle la justice sur l'inégalité des conditions et la différence des religions ; 6o dans le
(1) Dès ran 640, le khalife Omar revenant à Médine (Tune campagne de Syiîe, d'où le chassait la peete, ses soldats munnaraient de ce qa*il voidait échapper aux arrête inunudiles de Dieu, et proléger sa vie contre un danger qui venait du ciel.
sensualisme grossier que consacre le Koran, et qui substitue ie despotisme à la dignité ou à la douceur dans le gou- Ternement de la famille ; 7<» enfin dans la jalousie sauvage da législateur, qui, craignant pour son oeuvre les écarts de l'imaginaliuii arabe, suppiima cette fameuse foire (VOkkad où ^'entretenait dans les esprits une si noble éiiiulaiion pour le beau (t)> pFO&cxivit les arts, et disposa ses sectatearSy engourdis par la foi au destin^ ànégliger les sciences comme pernicieuses ou comme inutiles au sahik
Au lieu d'aiderla religion chrétienne à soumettre FArabie entière où elle commençait à dominer^ Mahomet a mieux aimé l'arrêter dans ses progrès; au lieu de reconnaître et de propager la vérité, il a préféré la travestir et la combattre comme une absurdité blasphématoire. En semant le mensonge, il a récolté la tempête^ les ruines et la mort.
(l) y. aussi, entre autres, dans le Korau, la sourate 2r>e, vers. 225, qui présente les p^iètes comme dei» insensés , et la poésie comme dangereuse.