‹ Les origines de la societe moderneChapitre 8 sur 20 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Prettùère période de conquêtes. 632—056.

KhaiifiU D AtOV-Bua» 632<63i.

— d*Omab, 634*644.

— D^OrOMAlf, 644-656.

Vélection du successeur de Mahomet trouble m instant l* Arabie ; Me divise pour toujours les Musulmans, — U mort de Mahomet appelait les croyants à lui donner un

successeur pour gouverner, comme chef spirituel et civil, le nouvel empire. Les Ansariens de Médine auraient voulu que ce chef fût pris parmi eux ou qu'il y en eût deux, Tun pour Médine, l'autre pour les Mohadjériens de la Mecque. Mais ceux-ci parvinrent à obtenir qn*il n*y en eût qu*un seul et qu'il fui choisi dans la tribu du Prophète. Ali, gendre et cousin de Mahomet, eut pour lui quelques voix, celles des llaschémiles ; les autres se portèrent sur Abou- Bekr (1), père d'Âïescba, que son gendre mourant avait chargé de réciter pour lui la prière publique. Abou-Bekr prit donc le titre de Kalifah rnsoul allah, vicaire de l'envoyé de Dieu. Mais les llaschémiles tenaient toujours bon pour AU ; retiré dans sa maison, celui-ci demeura six mois sans vouloir reconnaître le successeur de son beau-père. La mort de Fatime^ sa femme, et Taffaiblissement de son

(1) Son vérilal)lc i)om ét'iit Aluiallah ; ruiiion de Mahomet avec Aîescha lui a iail ensuite dunner celui iVAbou-Bekr, qui signifie U père cU la Vierge.

parti triomphèrent seuls de son indignation. Toutefois sa résistance avait commencé un schisme qui dure encore

aujourd'hui. D'un côlé les Sunnites ou Iradilionnaires reconnaissent couiiiie légitimes les trois imans uu khalifes qui ont régné avant Ali ; de l'autre les Schyites ou sectaires ne regardent comme tels qu'Ali et ses onze successeurs, dont le dernier, surnommé Mahadi, le guide, après être resté peiidiint de longs siècles invisible, doit re|)araîlre avant le jour du ju'iement pour détruire la tyrannie de Satan* Ici les défenseurs de la justice, là les partisans des qu€Ure amis ; cette division étemelle a fait des ennemis irréconciliables des Tui'ks et des Persans ; et Tanimosité de ces derniers est telle qu'à leurs yeuit il est plus méritoire de luer un Sunnite que trente-six Chrétiens.

Il était temps qu'Ali se soumit: la mort du réformateur avait été pour la plupart des islamites le signal de la

défection. Les uns s'étaient levés à la voix de nouveaux prophéles, ei les MJivaienl avec d'autant plus d'entraînement qu'ils étaient de leur choix ; les autres, regrettant la liberté du désert, prétendaient, sans renoncer à l'islam, se soustraire au tribut, que, sous les noms de dime et d'aumône, Mahomet avait imposé à tous les Musulmans. Il fallut, pour les réduire et rendre i unité religieuse et politique à l'Arabie, incltre onze armées en campagne. Nous savons déjà comment finirent Asouad et Moçailama, ces dangereux rivaux du Prophète ; le reste des rebelles ne put résister à la valeur ou à la cruauté de Kbaled, et rentra dans le devoir.

Conquête de la Syrie et de la Mésopotamie^ 632-639. — Abou-Bekr comprit alors que^pour prévenir de nouvelles divisions, il était nécessaire de tourner Ténei'gie des

croyants contre les ennemis de la foi. Il avait fait laire le dénombrement de ses i>ujels, et ce dénomluement ayant donné cent vingt-quatre mille Moslems, il ne doutait pas

qu'avec de (elles forces il ne vînt à bout des plus grandes entreprises^ alors surtout qu'après s*étre affaiblis par une guerre atroce, les deux grands états voisins de la Péninsule continuaient à s*épuiser par dos discordes religieuses ou politiques. 11 écrivit donc cette lellre à toutes les tribus arabes: a Au nom de Dieu miséricordieux, salut à tous » les vrais croyants, et que la bénédiction soit avec vous.

> Je célèbre le Dieu tout-puissant, et je fais noes prières » d'après le symbole de Mahoincl, son prophète. — Je tt vous donne avis que je m'apprête à envoyer ies vrais » croyants dans la Syrie, pour l'arracher des mains des » infldèles ; et j'ai voulu vous informer que combattre » pour la religion est un acte d'obéissance à la volonté • de Dieu. » Grand nouibre cle guerriers répondirent à cet appel, et accoururent au camp de Médine. Le khalife vint les passer en revue, et voulut les accompagner à pied pendant la première journée. Sur le point de les quitter, il donna ses dernières instructions à ses généraux : c Rap-

> pelez-vous, leur dit-il, (juc vous êtes en présence du i> beigoeur, et voisins de la mort. Evitez donc Tinjuslice n et l'oppression; délibérez d'accord avec vos frères, et » conservez Famour et la confiance de vos troupes. Com- » portez-vous pour la gloire de Dieu, ainsi qu'il convient » à des liommcs, sans tourner le dos; mais épargnez les » femmes, les vieillai ds. les enfants, les palmiers, les blés, I» les fruits, et ne faites de mal au bétail que lorsque vous » serez contraints' de le manger. Avant de faire la guerre

> aux peuples, invitez-les à embrasser la vraie foi ; faites » des traités et ne les violez pas. Vous rencontrerez, en » avançant, des religieux (pii vivent dans des monasletes 9 pour y servir Dieu : ne les égorgez pas et ne détruisez » pas leurs asiles. Vous en trouverez d'autres avec les » cheveux taillés en couronne : ceux-là appartiennent à la

> synagogue de Satan ; fendez-leur la téte sans ménnge- » ment, à moins (ju'ils ne consentent à se faire musulmans M Qu à payer le tribut. »

Desiruction du royaume de Hira. ^ Soumissim de Bosira, de Gaza, 683. — L'armée formait d'abord plusieurs

divisions indépendantes. Tandis {jue Khalcd, à la lele de dix mille guen iei s, allait conquérir le petit royaume de Hira, allié de la Perse, Abou-Obcidah et Amrou^ qui disposaient ensemble d'une vingtaine de mille hommes, envahirent séparément, celui-ci la Palestine, et Taulre la Syrie située à roj'ient du Jourdain. Mais, à la i^uitc d'un échec éprouvé par le dernier, Abou-Bekr rappela Khalcd de l'Irak, où il s'était couvert de [gloire, en contraignant le dernier des Lakmites, dépouillé de ses états, à se réfugier en Perse, et il rinvestîl du commandement supérieur des forces combinées de l'Arabie. Ouand il arriva en Svrie, Abou-Obéidcih était occupé au siège de Bosira, ville riche el florissante, qui, par sa position avantageuse, pouvait servir de place d'armes à Texpédition. Protégés par de solides remparts, les valeureux habitants étaient résolus de se défendre jusqu'à la mort. Mais Romain, leur gouverneur, les trahit et les iivia sans défense au glaive des ennemis. Pendant ce lemps-hi, Âmrou de son culé s'emparait de Gaza,

Bataille d*Aidjnadin; chute de DamaSy 634. — Les Sarrasins, dont les triomphes avaient grossi les rangs,

étaient alors nu nombre de cinquante uiiMe environ. Khaled les rasseuibla tous, à rexce[)Uon de ceux (jui opéraient en Palestine, et les conduisit contre l'ancienne capitale de la Syrie. Us campèrent à quelque distance des murs de Daims, au milieu de ses riants bocages et de ses limpides fontaines, et leur général envoya dire aux habitants : « Salut » et félicité à ceux qui cbeminent dans la bonne voie. » Nous vous ordonnons de déclarer qu'il n'y a qu'un Dieu, » et que Mahomet est son prophète ; sinon payez tribut et » devenez nos sujets. Autrement, je conduirai contre vous » des hommes pour qui la mort est plus agréable qu'il ne » Test pour vous de boire du vin el de manger de la cliair >' de porc, j» La guerre fut la seule réponse qu'on lui fit.

Chaque jour, du haut de leurs murailles, les assiégés voyaient quelqu'un de leurs plus braves défenseurs tomber^ en des combats singulière dignes des héros d'Homère,

sous les coups des redoiitaljles islaniiles. Mais, loin de les abattre, ces perles ne faisaient qu'animer et ennaiiimer leur courage. Us savaient qu'Uéraclius rassemblait, pour les délivrer, toutes les garnisons de la Syrie. Déjà cette armée s'avançait sous la conduite d'un généràl nommé Vahan ; elle élaiL iorle de soixaiilc-Jix nulle liuùjnies, et se composait en grande partie des Arabes chrétiens cantonnés sur les frontières de TEmpire. A son approche, Khaled se porta vers Aidjnadin, lieu maintenant inconnu, maïs qui devait être un peu au nord de Damas, et il écrivit à Amrou de venir l'y rejoindre avec ses troupes, (ifin d'cmpirher les infidèles d'éteindre la lumière de Dim. Quand le jour du combat lut venu : a Vous voyez devant » vous, dit'il à ses soldats, toutes les forces réunies des » Romains. Il ne nous reste aucun espoir de leur échap- » per ; mais vous pouvez conquérir la Syrie en un jour. D Ce snccos dépend de votre discipline et de votre fermeté. » Réservez vos forces pour ce soir. C'est ainsi que le » Prophète remportait ses victoires. « Bien des femmes lui demandèrent à combattre ; elles aussi voulaient avoir leur part des joies du paradis. Khaled ne refusa point leurû services^ et les plaça derrière l'année, pour tuer les musulmans qui fuiraient. L'aclion fui solennelle et fatale aux Uomams. Aveuglés par la poussière que soulevait un vent violent du midi, ils ne se voyaient plus les uns les autres, et tombaient sous le cimeterre des Arabes, sans apercevoir le bras qui les frappait. Vahan courut cacber sa honte dans les dcserls du mont Sinaï, où, suivant Eulychius, il se fil moine sous le nom d'Amalan, et passa le reste de ses jours à commenter les psaumes. Cette défaite et le retour des musulmans remplirent cette fois les habitants de Damas d'épouvante et de douleur. Pourtant ils se défendirent encore jusqu'au jour oii les vivres et les cou-

rages se trouvèrent éL>al(;iiicnt épuisés. Quand ce jour lut venu, c'élait ie soixante-dixième, ils s'adressèrent à Abou- Obéidah, dont ils connaissaient les sentiments humains» et ils en obtinrent la vie sauve, la disposition de leurs biens, et la permission de conserver sept églises pour la célébration de leur culte. Mais, pendant ce temps-îà, un li aître était venu trouver Khaled, et lui avait livré une des sept portes de la ville. Les deux généraux entrèrent ainsi dans Damas par deux côtés opposés» Fun marchant en paix» le sabre dans le fourreau, l'autre armé de toute sa rage, et massacrant tous les malheureux qu'il trouvait sur ses pas. Ce fut au milieu de la ville qu'ils se rencontrèrent, à leur extrême étonnement et au grand dépit de Khaled, dont la parole de son lieutenant venait enchaîner le fanatisme.

La place s'était rendue le 33 août 634. Ce jour-^là même Abou-Bekr mourait à Médine, après avoir porté l'honneur du khalifat avec la plus noble simplicité. Trois dirhems par jour suffisaient à la dépense de sa maison» et lui permettaient encore de feire des aumônes. Son habit» un chameau et un esclave » ce fut tout ce qu'il laissa à ses héritiers avec le magnifique exemple de ses vertus. Il uvail eu le temps de désigner Omar pour dire la priei e a sa place dans la mosquée. « Je n'ai pas besoin de cette dignité, lui » disait le fils de Khattab. — Oui» répliqua le khalife» mais > la dignité a besoin de toi . »

Conquête de la Célésyrie, — Balaille d'Ycrmouk (636); de&lruUion du royaume des Ghassanides. — Prise de Jé-moiein (637). — En prenant possession de la chaire de Hédine» le nouveau vicaire prit le titre nouveau à'Emir^ al-Moumeniny ce qui veut dire prince des fidèles, et investit Abou-Obeidah du comniaiidcment en chef des armées musulmanes en Syrie. Moins habile capitaine , mais plus humain et plus modeste que Kbaled, Abou-Obéidah, en poursuivant les hostilités, eut soin de rendre la liberté à tous les prisonniers qu'il fit dans la campagne^ et de leun

assurer le libre exercice de leur culte. 11 en séduisit par là beaucoup, qui ne rougirent point do s'ri-s* i:ier à la gloire de son armée comme interprètes, comme guides ou comme espions, U ne refusa pas non plus aux villes romaines des trêves particulières, qui avaient d'ailleurs l'avantage de diviser l'ennemi. Emèse, Baalbeck (rancienne HéiiopoUs) en nelietèrent une au jn ix de grosses sommes d'argent ; Kenesrin (l'ancienne Chaicis) paya la sienne cinq mille onees d*or, cinq mille onces d'argent, deux mille robes de soie, et autant de figues et d'olives que pourraient en porter cinq mille ânes. Le profit était grand pour l'expédition ; mais les Mnsuhiians n'en niu: iiiiiraient pas moins de tant de ménagemenls,et Abou-Obôidah dut, à Texpiralion des trêves, pousser vigoureusement la guerre. En peu de temps il eut conquis la Célésyne ; il venait de s'emparer ikEmèsc (630), quand il apprit qu'HéracIius, ayant rassem* blé toutes les l'orces de l'Asie et de l'Europe, les envoyait reprendre la pruvincc el proléger l'Empire. Il n'y avait pas, disait-on, moins de cent quarante mille hommes d'armes, quatre-vingt mille Grecs et soixante mille Arabes, que la prudence grecque avait placés en avant, « parce qu'il n'est rien de tel que le diamant pour couper le diamant. » Les Moslems, qui ne complaient que trente-six mille hommes, ne s'etlrayèrent pas trop de leur petit nombre, et s'avancèrent jusque sur les bords du torrent de YYermouk^ où leur arrivèrent de Hédine huit raille hommes de renfort. Sur le point de combattre, Abou- Obéidah n hésita pas à remettre le commandement de l'armée à Khaled, dont sa grande àme reconnaissait sans peine la supériorité militaire , et alla se placer à Tarrière-garde sous le drapeau jaune de Mahomet. Trois fois, dans la première lutte, les Sarrasins furent repoussés, trois fois les reproches sangianls des femmes les ramenèrent au combat sans rien décider. Le courage de ces intrépides amazones les sauva le lendemain de l'adresse meurtrière des archers chrétiens.Ënfin, le troisième jour, la vengeanced'un syrien,

brntalement outragé dans son honneur, assura le triomphe

des Musulmans, en égarant à la pouibuite de quelques fuyards un corps de soldais grecs, qu'enf^loutirent les eaux profondes de rVermouk.L'armée chrétienne pres(]ue entièrement détruite, le royaume des Ghassanides anéanti, et la possession de Jérusalem furent les principaux résultats de celle sangl iiilc bataille.

JéniScilem, cité non moins saiule pour les islamites que pour les chréliens et les juiis, excitait trop la pieuse avidité de ces barbares, pour qu'ils ne Tassiégeassent pas aussitôt* Après avoir, pendant quatre mois, soutenu leurs efforts avec le courage le plus héroïque , le patriarche Soplironius, voyant la famine el les maladies déciuicr son troii[)eau, consentit à ciipituler, sous la condition que le khalife en personne viendrait prendre possession de la ville. Omar aussitôt partit de Hédine. Il montait un chameau , qui portait sur le cou un sac de hlé el un autre sac plein de dattes ; dcvaiit lui était une outre remj)li<^ d'enu ; deiiièio lui un grand plat de bois. Sur sa route, il rendait la justice et réprimait les mauvaises mœurs. Arrivé devant Jérusalem, après quelques conférences avec Sopbronius,il signa la capitulation suivante, qui devint le modèle de toutes les autres : « Au nom de Dieu très miséricordieux. De la part

* d'Omar aux habitants d'^li'a. Ils conserveront la vie et » leurs biens. Leurs églises ne seront pas démolies ; eux 1 seuls en auront Tusage ; mais ils n'en pourront interdire I l'entrée aux musulmans. Ils ne les surmonteront point

* de croix, ne sonneront pas les cloches et se contenï teront de les tinter, sans pouvoir les refondre, si elles » se brisent. Ils ne bâtiront point non plus de nouvelles » églises ou chapelles. Ils seront dispensés d'enseigner le » Koran à leurs enfants , mais ils ne chercheront a dé-

* tourner de Tislamisme ni croyants ni chréliens. — Ils i> auront du respect pour les fidèles, leur céderont par- > tout le pas , et logeront, nourriront gratuitement pendant » trois jours les voyageurs musulmans. Ils ne prendront

a pas le cosluoie des Islamiles, mais ils anront toujours

» une ceinlure de cuir autour des reins. Ils ne porteront » point d'aimcs, iront à cheval ^aiis selle, ne vendront » point de vin, et n'auront point d'esclaves qui aient déjà B servi dos musulmans. Enfin ils paieront exactement le i karacht (tribut), et reconnaîtront à perpétuité le khalife » pour leur souverain (G37). » Ainsi s'accomplissait pour toujours la nialediclioii des prophètes contre la ville où le Dieu fait homme avait expiré sur la croix.

€e terrible coup brisa Uéraclius; il ne sut que se prosterner devant les autels d'Anliocbe, en pleurant ses péchés et ceux de son peuple, et retourner précipitamment à Gonslanlinople, en disant un long adieu à la Syrie. Pourtant il envoya dans les parages de celte province son iils ConslantiHy avec une flotte , chargée de troupes tirées de TËgypte. Mais Alep tt*en fut pas moins prise ; Anitache^ réduite aux abois, dut se racheter du pillage en payant trois cent mille pièces d'or. Déjà Césarée était menacée ; Constantin essaya vainement de la couvrir de ses armes; ses troupes prirent la fuite devant Tennemi, et la ville» abandonnée du prince, fil sa soumission. Dés lors les autres places renoncèrent à toute résistance, et la Syrie entière passa au pouvoir des Sarrasins, qui ne devaient plus la quitter (038). Ainsi sept années de cômbats toujours malheureux avaient suffi pour dépouiller les Romains de cette conquête, qui datait de sept siècles. Uéi*aclius ne pouvait comprendre tant d'infortune. < Prince^ lui dit un vieillard de ses conseillers , ce qui luit le succès des » Arabes, ce sont les péchés des Romains, qui, foulant » aux pieds les lois de TEvangile, s'abandonnent aux plus 9 honteux désordres, et se font entre eux une guerre plus » mortelle que celle des ennemis, par leurs concussions, » leurs violences, leurs injustices et leuis usures, w Les nombreuses trahisons et apostasies des chrétiens ne prouvent que trop la vérité de ce sentiment. Le ciel parut cependant vouloir venger la croix des outrages de

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rislamisme: une pesie éclata, qui emporta vingt-cinq mille Arabes. Abou-Obéitlah fut une des viclimes; et Kbaled n échappa au fléau que pour mourir deux ans plus tard à Ëmèse.

Mais ces pertes ne ralentirent pas un seul instant les

progrès de la puissance musuliiiaue, et Tannée suivante (ÙS9) vit la Mésopotamie se ranger, à la sommation d Aiadh et de ses lieuienants,sous Tautorité des khalifes, c L'action de Teropire grec n'avait jamais été puissante sur ces steppes immenses, rebelles aux travaux du laboureur, et où des populations noiiiades pouvaient seules trouver à nourrir leurs troupeaux. De tout temps la race sémili(|ue peuj)lait le pays qui s'étend entre le Tigre et TEuphrate, en sorte que Tanalogie des mœurs préparait celle des lois et de la religion (1). »

Conquête de l'Egypte, 689-641. — En même temps Amrou s'était porté vers l'Egypte; il approchait de la frontière, quand il reçut une lettre d*Omar conçue en ces termes: « Si, à l'arrivée de ma lellre, vous êtes encore en » Syrie, ne passez pas en Egypte. Si vous êtes déjà en » Egypte, continuez votre marche avec l'aide de Dieu. » C'était l'envie de quelques courtisans, étourdis de l'heureuse audace d' Amrou, qui avait poussé le khalife à lui écrire ces dépêches. Mais les amis d'Amrou Tavaient avcrli. 11 ne les ouvrit qu'à niiinocolura, et, comme on lui dit que c'était une ville égyptienne: « Et bien, s'écria-l-il, » obéissons donc au vicaire du Prophète, et continuons » notre marche; Dieu nous ordonne de nous rendre 1 maîtres de ce pays. > Le droit semblait pour eux, il est vrai; quelques années auparavant, le pauiarclie d'Alexandrie, Cyrus, redoutant leurs armes, avait cru devoir de son propre mouvement s'engager à acheter le repos de la

{{) Arabie ilc M. Noël Destergebs, p. 237. — En prenant possession de la Uésopotamie, les Arabes la nommèrent. ^1 t^Hiroh^ c*eat*à-dire Vilt.

contrée au prix d'un hibut annuel de deux cenl raille pièces d'or; mais Ili iarlius refusa de rolifier sa conduite, et chargea raruiémen Manuel de proléger TEgyple. Manuel, à rapproche d'Amrou, lui envoya demander ce qu'il venait faire sur le territoire romain. — t Je viens, répondit » l'Arabe, recueillir le trésor qu'on s'est engagé à nous » payer. — Je ne suis pas ce lâche Cyrus qui vous a f)ro- 9 mis un tribut, répliqua Manuel ; je suis un hoiiune » armé de toutes pièces. »

Mais reflet ne répondit pas é la fierté de cette réponse. Les Grecs furent battus , et Manuel n^eut ({ue le temps d'aller s'enfermer dans Alexandrie. Une seconde armée ne fut pas plus heureuse, et par sa défaite près de Farma (l'ancienne Péiuse), livra Mm- (Bu by loue) aux attaques des Musulmans. Cette ville les soutenait depuis sept mois avec un grand courage, quand un traître, le gouverneur luimême, le jacobile Mokaouka^ dont nous avons rapporté les relations amicales avec Mahomet, apri's avoir fait insidieusement sortir de la ville la garnison grecque, conclut avec Amrou» au nom de la population kople de l'Egypte» un traité qui lui assurait la libellé religieuse, moyennant un tribut annuel de deux dinars ou pièces d'or pour chaque famille. L'on fit donc un dénombrement général des Egyptiens, et l'Egypte, qui, après avoir nourri, du temps de l'historien Josèphe, sept à huit millions d'habitants, n'en compte guère plus de deux aujourd'hui, fut trouvée peuplée de six millions d'âmes. Benjamin, le patriarche de ces hérétiques, errait alors en proscrit d^ns la Haute-Egypte ; Anirou le rappela, le combla de caresses, lui demanda de prier pour le succès de la domination arabe, et fit donner aux Jacobites toutes les églises des Helchites (1 ). Quant à Cyrus, comme il revenait cette fois avec le consentement d'il l aclius, garantir au vainqueur l'exécution de ses vieilles promesses, s'il voulait se retirer:

^1) V, la vie de Hfahwwî, p. 154.

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ft Vois-lu cette colonne, lui répondit Auiiou avec uiépiis, » en lui montrant raiguille de Gléopâtre^ nous sortirons » de l'Egypte, quand tu Tauras avalée. »

Amrou vint ensuite assiéger Alexandrie^ la seule place qui fût restée en la possession des Grecs, et lui livra pendant quatorze mois les plus Vudes assauts. Un jour il s'approcha trop des murailles, et lut pris avec quelque^^-uns des siens. A la fierté de son langage et de sa contenance, le gouverneur jugea que son prisonnier n'était autre que le général liii-méme, "et déjà il commandait qu'on lui IrancluU la tùle, quand un des gens d'Amrou, le frappant uu visage, s'écria : « Tu n'es que le dernier des Musulmans ;

> laisse parler tes supérieurs; et prenant aussitôt la parole, il dit que le général les envoyait demander une entrevue. Le gouverneur, trompé par cette ruse, révoqua la sentence de mon, et pour sa ruine cong(klia les captifs. Alexandrie fut enfin forcée le 22 décembre 641 ; et tandis que les phalanges musulmanes inondaient la ville, les Grecs , échappés aux horreurs dut siège, montèrent sur leurs vaisseaux et se dirigèrent sur Gonstantinople, abandonnant pour toujours le sol de l'Egyplc.

Dispoaitioiis du khalife en favem^ des vaincus. — « J'ai » pris la grande ville de TOccident , écrivit aussitôt Amrou » au khalife. Il n'est pas possible d'énumérer les richesses » et les beautés qu'elle contient ; je me contenterai d'ob- 1 server qu'elle renferme quatre mille palais , quatre « mille baius , quatre cents théâtres ou lieux de plaisir, » douze mille boutiques de comestibles et quarante • mille tributaires juifs. La ville a été subjuguée par » la force des armes ; elle n*a obtenu ni traité ni ca<-

> pilulalion , et les Moslems sont iiiipalienls de jouir des « fruits de leur victoire. > Le khalife ne le permit pas. L'argent recueilli des contributions, de guerre , ainsi que les objets précieux, servirent à préparer de nouvelles conquêtes, et de longues files de chameaux transportèrent

dans THedjaz les blés entassés dans les magasins de 1 TEgypte. Mais la srinncc eut à regretter la deslrucliuu de la bibliothèque du bérapion , où se trouvaient réunis tous les trésors de l'ancienne littérature. Comme le philosophe Jean Philoponus demandait au général sarrasin les livres de philosophie, qui ne pouvaient être , disait-il , d'aucnn usage aux inusulmans : « Tu me demandes là, lui réponli dit Amrou , une chose dont je ne puis disposer sans la 1 permission de l'empereur des fidèles. » Et le khalife consulté fil cette réponse : a Si les livres dont tu me parles » sont conformes au livre saint , ils sont inutiles ; s'ils » lui sont contraires , ils sont pernicieux. Ainsi , fais-les » brûler. » Ils servirent à chaulier les bains publics (1). Mais le nombre ne devait pas en être fort considérable; car on se rappelle que cette bibliothèque avait été déjà disper- | sée au temps de Théodose-le-Grand , et que Paul Orose en I

trouva les armoires vides.

Cependant Omar, en prouvant ainsi son ignoi ance et son fanatisme , ne négligea rien de ce qui pouvait assurer la prospérité de sa conquête. 11 agréa la proposition d'Amroa que les taies ne fussent pas augmentées , que le tiers dn revenu public fût consacré à Tenlrelien des canaux , des ponts et des digues , et ([ue la perception des impôts fiil faite en nature. Par ses soins, - sur remplacement de la Babylone égyptienne , s'éleva la ville de FasUU^ qui devint la résidence des gouverneurs et la capitale de la fertile

(t) L<^8 faits sont attestés par le chrétien Aboulfaradjd et par Abd- Allathif, LL-rivain musulman fort judicieux, qui écrivait avant lui,

mais dans le même siècle fwi ). Nous verrons plus bas qu'ils répondent très-bien aux idées d'un klialife qui avait déjà fait jeter dans le Tigre la biblinthcque de Madaïn ( Cl{'si|)hon ). Ne savons-nous jms d'ailleurs que l'auabaplistc Rothman »ie Munler , en déclarant que la Bible seule était nécessaire, et qu'il fallait btult i tous les autres livres comme inutiles ou dangereux, causa la ruine de la hililinth- ([uc de Rodolphe Lnngius. entièrement composée de manuscrits gr«(.">ct latins; (Caikoi, Histoire de VAnabapiinM , ]. v, p. 101 ). L'esprit d'erreur a toujours été un esprit de ténèbres.

Yalléc du ^il. Ua ancien canal,ouvrage des Romains, mais comblé depuis par les sables du désert , fut creusé de nouveau , établissant entre le Nil et la mer Rouge une

communication facile , à l'aide de laquelle les blés du Dclln ('laicnl cii quehiiJcs jours transportés dans les ports de l'Arabie. Enfin une expédition , dont le commandement fut confié à Abdallah , fils de Saad , remontant le fleuve, franchit les premières cataractes , et pénétra dans la Nubie, dont les habitants, malgré leur réputation méritée d'archers habiles, furent vaincus et dispersés par les Musulmans (1). »

Héraclius n'avait* pas eu la douleur de voir la chute d'Alexandrie ; il était mort quelques mois auparavant au milieu du bruit des armes ennemies et des querelles Ihéologiques (2), qui éhrcuilaient avec une égale iureurles fondements de l'empire grec. Ses deux fils et successeurs ne firent que passer sur le trône, Constantin III, empoisonné par une ambitieuse marâtre , Héradéoms , (ils de cette femme criminelle, mutilé comme elle par le bras vengeur des gens de guerre. Les autres princes de celte lamille ne finirent pas moins niisérableiuenl. L'empire Byzantin entrait dans sa longue agonie , et ses annales ne doivent plus présenter désormais que le triste tableau de ses convulsions. Hâtons-nous de revenir â celui des prodigieux exploits des vainqueurs de l'Orient.

Conquête de la Pêne et de V Arménie (636-651 ). — Bataille de Cadesiah. — Dés 6â6, Omar avait fait partir pour rirak une armée de trente mille hommes sous le

commandcinenl do Suffd. Alors, depuis qiintre ans, Yez- (hljprd JIJ, pelil-fils de Gliosroès, occupait le trône de la Perse. A la nouvelle du péril qui menaçait ses étals , ce jeune prince chargea Houstan de les défendre, et mit sous

(1) Arabie de M. Noël Dksvergkhs, 24:).

{2) Voy.^ &\itïEcthè$e d'Iiéracliu» , te chapitre ilc ÏMgh'se.

ses ordres une armée de cenl vingt mille hommes. Rouslan vint à Cddesiah avec loutes ses forces, et v livra aux Husulmans une bataille sanglante. Pendant trois jours consécutifs , on se disputa la victoire avec le plus horrible acharnement ; vers le milieu du troisième, un vcnl violent s'élant élevé , cjni chassait au visap^e de? Perses une poussière épaisse et les aveuglait, les Musulmans profilèrent de celle circonstance et jetèrent le désordre dans leurs rangs. Roustan se reposait alors à l'ombre des chariots qui portaient les trésors de l'ariiK^o ; en se voyant surpris, il voulut fuir ; mais un arabe le saisit par une jambe et le tua. Sa mort acheva la défaite des Perses (636), et les Hoslems vinrent camper devant Madain (Ctésiphon) (1), dont les tours élevées excitèrent leurs bruyantes a'xlama- , tiens : t A nous, s'écriaient ils, à nous ces dômes élincelanis, » dont Dieu nous a promis la conquéle par la bouche de » son prophète I » La ville ne résista point à leurs efforts, et fut saccagée. Mais les Arabes perdirent au pillage cette heureuse ignorance du luxe, qui avait jusqu'alors fortifié leur fanatisme dans le mépris de la vie. Parmi les incroyable^ richesses qu ils trouvèrent à Madaïn , on parle surtout d'un tapis de soixante aunes en quarrè , tissu de soie 9 d*or, d'argent, et semé de pierreries, où une aiguille savante avait figuré un paradis ou jardin avec toute sorte de fleurs , de fruits et d'arbrisseaux. Les soldats l'ayant découpé pour s'en partager les lambeaux, la seule poriioD d'Ali fut vendue vingt mille dirhems à des marchands de Syrie. La bibliothèque avait été jetée dans le Tigre , par les ordres d'Omar. Comme le climat et la situation de la place ne convenaient point aux Arabes, ils l'abandonnèrent après l'avoir ruinée ; et le klialife décida qu'on Iransférnail le siège du gouvernement sur la rive droite de l'Euphrate. Là, par ses soins* à quelques milles des ruines de Hira,

(1) L'antique Sélcucic reçut des Arabes le nom de Madaïn ou. les dett^ liHes , |»aice qu'elle réunissait Clésiphon ci Coché,

s'éleva Coufa, qui deviat bientôt une ville très florissante et nne puissante place d'armes.En même temps fut fondée près du golfe Persique, Bassora, destinée à s'enrichir des produits du commerce que, par celle voie, lo Perse faisait avec rinde. Ainsi s'aiïermissailet s'étendait le nouvel empire.

Journées de Djaloulah et de Nahavend. — Mort de Yezdédjerd. — Cependant Yezdedjerd avait rassemblé de nouvelles troupes, el mettait tout en œuvre pour lutter

avec succès contre le courage de ses ennemis et la fatale opiaion de ses peuples, que leur empire toucbait à son dernier jour. Vaincus à Djalo^Uahf les Perses se retranchèrent à Nahavend (642), et depuis deux mois les deux armées étaient en présence, quand Noman^ le général arabe, désespérant de forcer îVnneini à sortir de sa position, parla ainsi aux Musulmans : « Amis, préparez-vous » à vaincre ou à boire le doux sorbet du martyre. Je vais » faire prononcer trois fois le teiibir à haute vois. Au

> premier tekbir, vous ceindrez vos reins; au second, » vous monterez à cheval; au troisième, courez, la lance » en arrêt, à la victoire ou au paradis. Quant à moi, je

> veux être martyr ; lorsque j'aurai été tué, suivez les I ordres de mon lieutenant. » Noman se fit tuer, comme il l'avait dit; et les Arabes remportèrent une victoire cumplclc, victoire des victoires, comme ils rappelaient, car elle anéantit sans l'clonr la puissance des Perses. Vezdedjerd courut vainement à l'extrémité orientale de ses état$,solliciter, dit Aboulféda, les secours du roi des Turks, du roi de la Soydiane et des Chinois. Un tarkhan ou prince turc lui amena six mille hommes ; mais, loin (ie ménager ce précieux allié, il eu! l'imprudence de le congédier avec hauteur, pour quelques paroles peu respectueuses. Irrité de cet aflront, le tarkhan s'unit au gouverneur mécontent de la ville de Mérou, dans leKoraçan, et tous deux se mirent à la poursuite de Tinforluné monarque. Son escorte fut taillée en pièces ;

échappé seul par la vitesse de son chevai, il arriva près d'un moulin et pria le meunier de le cacher, lui offrant pour récompense ses armes enrichies des plus rares joyaux, c Je n'ai nul besoin de ces armes, lui répondit le meunier,

T> qui ne lo connaissait pas ; mon moulin me vaut quatre » dirhems par jour : si vous pouvez me les donner , » j'arrêterai ma meule, cl je ne m'occuperai aujourd'hui Il que de votre sûreté. » Le marché se concluait , quand survinrent quelquescavaliers turcs, qui, sans le reconnaître, luèrenl Yezdedjcrd. C'est ainsi que finit, en 651, Tancien royaume de Perse. Il ne devait plus recouvrer son indépendance qu'à l'époque où l'arabe Ismaïl-Sofi, schyite de croyance, y fonda une dynastie nouvelle (1499), rivale de celle d'Othroan, qui s'était emparée du trône des Cîonstanlin. Le fils d'Yezdedjerd , Firouz, après s'être niaiiilcuu quelque Iciniis dans Ir Toiduu islan , contraint de fuir en 661, alla chercher un asile en Chine, où il mourut, laissant un fils que les Chinois appellent iVi-tu-cAd (Narsès?).

Profitant de leurs premiers progrès en Perse et du désordre qu'ils avaient jeté dansl'administration de VArtncnie^ où les princes ne reconnaissaient plus l'autorité du lieutenant royal, les Arahes, sous les ordres d'Abderrahinan, avaient envahi celte dernière contrée , et étaient venus, en 689, mettre le siège devant Davin, la capitale du pays. Apres s'en être emparés et l'avoir dévastée, ils s'étaient rendus maîtres de iY«A7i/c/^mi>i, puis de TifJis: et déjà, franchissant le défilé de Derhend, ils s'avançaient dans les vastes plaines du nord, quand les Khazars les arrêtèrent auprès de Balandjar^ sur les bords du Térek, et les tuèrent presque lous dans celte rencontre. Un si sanglant échec rendit la liberté à l'Arménie; mais elle n'en jouit pas longtemps. Les Arabes revinrent plus nombreux en 646, et la contraignirent de payer tribut.

Mort d'Omar (644). — Le khalife Omar n'avait vu ni

ce retour de la fortune, ni l'entière soumission des Perses.

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Tandis que cette nation valeureuse, anéantie par ses revers, eourbait la tète sous le joug des Islaniites, un esclave persan, pour une injure personnelle, avait vengé son pays en frappant le khalife de trois coups mortels^ au moment où il faisait sa prière i la mosquée (644). Ainsi tomba cet faomme dont le hâiùn htspirait plus de crainte que Vépée de m successeurs , el duiil les conquêtes , par leur vaste étendue et leur solidité^ suffiraient à la gloire de plusieurs princes, a Administrateur habile et vigilant, le premier, dit Aboulfédai il ordonna que tous les écrits fussent datés^ et prit pour début de l'éi^ musulmane VHégire ou la fuite du Prophète. On lui doit la création des gardes de nuit, et divers règlements relatifs à la prière publique... Cest lui encore qui ûxa les émoluments à donner aux différents employés du service public; et, tout en améliorant ainsi la position des agents du gouvernement, il était si strict dans sa dépense personnelle, qu'il parut un jour vn |>ublic, revêtu d'uno robe faite de duuze morceaux d'étoiles différentes. » On regrette seulement qu'il se soit montré plus dévot qu'éclairé, et que Tamour de la religion n'ait pu s*a1lier chez lui au respect de la science.

. Othman. — Première cxpediiion en Afrique {ilAl-MB), — Il avaity à son lit de mort» chargé six musulmans de lui choisir un successeur, en déclarant que, si , après trois jours de délibérations, ils n^avaient pu fixer leur choix, le candidat d'Abderrahman aurait sur tous les autres la préférence; et le cas s*étant présenté, Abderrabman avait opté pour son beau-père en ces termes : a Dieu m'est • témoin que je remets sur les épaules A' Othman le farn deau imposé & mes épaules ; Othman est le successeur » du Prophète.» — « Quanta moi,» répondit Ali, encore une fois déçu dans ses espérances, « je prends aussi Dieu à n témoin que votre but, dans un pareil choix, est de ré-* I gner sons le nom d*un homme faible et accablé par le h poids des ans. > Le nouveau khalife en effet n*avait pas

— vu —

moiii4 «ie quatre-vingts ans, et la faiblesse de son carac^ 1ère promellait de faciles avantages à ses parents et à ses amis.

Un des premiers actes de son règne fut de rappeler Amrou de 1 Egypte qu'il avait conquise avec tant d'éclat, el à laquelle il venait d'ajouter la Cyrénaîque avec plus de deux cents lieues de pays au sud. Il lut donna pour successeur Abdallah-lien-Saad, ancien secrétaire de Maho. metf qui» après avoir falsifié les révélations de son maître, en avait scandaleusement abjuré la religion. Mais Abdallah était le frère de lait d'Othman ; pour Tentourer du prestige de la gloire» il fallait lui réserver la conquête de V Afrique* L'eutreprise semblait facile ; car le patrice Grégoire, gouverneur de celte province, s'était révolté contre TEmpire, et» sous le titre d'empereur ou de roi (i),se rendait odieux aux peuples par sa tyrannie» Ensuite les habitudes et la physionomie des Maures ou Berbers (3) diflëraient peu de celles des Arabes, et les Islaniiios pouvaient compter &ur une prompte soumission de ces peuplades indépendantes. OUiman ne s'épargna poinl dans les préparatifs de Texpédition* Chaque jour il montait dans la chaire de Médina et appelait ses sujets à la guerre sainte. De son propre bien il iournit des chevaux, des armes et mille chameaux destinés à transporter les fidèles trop pauvres pour se procurer une autre monture. Bientôt quarante mille Musulmans se trouvèrent prêts, et vinrent assiéger la ville de TripoU {6i7), Mais ils n'avaient ni flotte, ni vivres^ ni niacliincs de ^^uerre, et la place était bien défendue; contraints de se retirer, ils s avancèrent jusqu à Cabès,

(1) Les aatmrs anbeB lai doBant ce dernier titre. Les Aeîet de ssiat Maxime eemblent dire qu'il avait pris rantre et iMtIa les troupes .impé* rlàles.

(i) M. de Sûnt-Martin fait de ce mot une altération arabe « de cehu de Bélrbarit que les anciens donnaient à oeuk des Africains qui n^avaient pas voulu se soumettre aux lois ou à la civilisation des Romains, et qtd étaient restés indépendants. » (Noie i, p. sai du t. st.) .

alors nommé Tacape, et en lonnèreiU le siège, mais «ans plus de succès. Sur ces entrefaites, Grégoire arriva à la tète de caui vingt mille hommes, et depuis plusieurs semâmes les deux armées se livraient chaque' matin, en un lieu nommé Yacoubéyde vives escarmouches, qui les fatiguaient i^a^]s décider la victoire , quand enfin la ruse de Zobaïr sut la fixer en faveur des Arabes. 11 commença par livrer aux Grecs un combat très vif, et ne tit sonner la retraite «|ue quand il les vit accablés. Confiants dans les habitudes cln passé, ils avaient quitté leurs armes, et s'étaient jetés à terre pour y prendre du repos. Tout-à-coup Zobaïr reparaît avec des troupes fraîches qu'il avait tenues en réserve dans le camp ; li surprend l'ennemi en désordre et en fait un carnage affireux. Grégoire tombe sous ses coups, malgré le courage héroïque de sa 611e, et sa fille elle-même, après avoir immolé sur son cadavre plusieurs musulmans, est prise les armes à la main. Abdallah en fit présent au vainqueur, qui, « ne voulant d'autre récompense que Vhm* neur d'avoir send ta reUgion^ > la reçut avec dédain, malgré ses attraits et sa gloire (648). Ceux qui édhappèreni se réfugièrent à Sobéïtala (Sujfetula), la capitale de la lUzacène. f/élail une ville riche et très populeuse : les Arabes Tassiégèrent, et s'en étant emparés , en détruisirent presque entièrement la population. Les châteaux d'alentour s*empres8érent de capituler , et les députés de la province de demander la paix. L'armée musulmane en avait besoin, car, depuis quinze mois qu'elle était en Afrique, les com- Jiïats et les maladies l'avaient fort aifaibiie. Abdallah Tac* corda sans peine» et après avoir pourvu à la garde de sa conquête, il revint en E<,ypte. Ainsi se termina la première expédition des Arabes en Afrique , la seule qui ait été &ite sous le khalifat d'Othmao.

Expéditions maritimes (648-655). — Ce fut aussi sous Otbman qn'eutlieu leur première expédition maritime. Les deux gouverneurs de Syrieetd'Egypte, Abdallah et Hoawlab,

s'élaient réunis pour en assurer le succès. Leurs tioUes voguèrent à la conquête de Chypre (648)» et les Cypriotes, après une longue résistance ^ achetèrent la paix par un tribut de sept mille dinars. Encouragé par ce succès , Moawiali ne larda pas à faire de nouvelles courses dans la Méditerranée. Les collines du Lihan lui offraient des bois propres à la construction y et le commerce de la Phénicie une multitude de marins ; il mit en mer douze cents barques, et s'empara (651) des fies de Cos , de Crèie et de Rhodes. Le colosse de Rliodes gisait encore sur le sol où depuis près de neuf cents ans un tremblement de terre Tavait précipité. Par les ordres du vainqueur, on en rompit le bronze y et les énormes débris en furent vendus à un juif d'Emesse, qui en chargea neuf cent quatre-vingts chameaux (1). Vers le môme temps les Sarrasins établis sur les côtes d'Afrique firent une descente en Sicile et la ravagèrent. Quatre ans après (655), Moawiah armait dans le port de Tripoli (Syrie) une nouvelle flotte chargée d'attaquer Constantinople. L'empereur Constant II lui en opposa vainement une autre; elle fut dispersée près du mont Phénix ou mont Olympe, sur les côtes de Lycie, et lui-même n'échappa qu'à grande peine à la fureur de rennemi. La mort d'Othman vint à propos arrêter les musulmans dans leur marche victorieuse*

Tant de succès n'avaient pas manqué de les corrompre ; rantique simplicité des mœurs arabes commençait à faire place à un luxe effréné , et sous le masque hypocrite de la religion, s'agitait dans les cœurs une ambition impitoyable. Le pressentiment du désordre moral qu'allaient engendrer la soif de For et la vénalité produisit , sous Vinfluenee d*Abou-Dar, ancien compagnon du Prophète, une secte qui cnseignaitque les ricliesses étaient une source de perdition et qu'il fallait forcer les riches à donner leur superflu.

(I) TutoPHAfiB, p. 286, el CoNSTAiiTiif PoKPHVROGtfiNiTK , de admi' nistr ùnperio, c. to et Èi,-^ C'étaii ua ouvrage tic Charéê de Linde, élève

Le faible Othmnn, loin do pouvoir arrêter le mal, semblait Tenvenimer en s'environnant de tous les hommes que Uahomet avait autrefois frappés d'anathëme. Mille Egyptiens vinrent à Médine se plaindre des vexations d'Abdallah el demander son renvoi ; les habitants de Coufa et dç Bassora accoururent de leur côlé^ impatients de renverser Otbman, et portèrent la violence jusqu'à Tassaillir à coups de pierres dans la chaire de k mosquée. Le khalife crut les apaiser en leur accordant toutes leurs demandes ; mais il n'clail pas sincère ; ils en acquirent la preuve ; furieux, ils rassiè^irent dans ?a maison, ely pénétrant de vive force, le massacrèrent sans égard pour le livre saint, qu'il tenait sur ses genoux*

§ II

Vrmière période de réooluitùns uUériêitres (656-692).

OMMIADBS.

Ali (656-661). — Ce crime, dit Aboulféda , ouvrit la porte à tous les autres. Après cinq jours d'anarchie^ les anciens compagnons du Prophète tendirent la main droite à Ali, en signe d^obéissance. Mais le nouveau khalife, plus brave et dévot qu'habile et prudent, vit aussitôt se former contre lui une redoutable coalition des prétendants trompés dans leurs ambitieuses espérances , et d'Aiescha, la veuve de Mahomet, qui ne pouvait lui pardonner de Tavoir un jour soupçonnée d'infidélité envers le Prophète. Soutenue par Talha et Zobaîr^ qui, après avoir prêté serment à Ali, s'étaient débarrassés de leur parole de la manière qu'indique le Koran, c est-à-dire en affranchissant un esclave , cette femme vint dans la plaine de Kh&raiba, près de Bassora, présenter la bataille au successeur de l'apôtre. Montée sur un puissant chameau^ elle donnait elle-même les ordres , cl animait les soldats

— l'JS —

il Faltaque. Celle-ci fui des plus vives el la victoire demeura longtemps incertaine. Mais les chefs de la révolte étant

tombés dans la mêlée, l'action se concentra autour d*Aïescha. Indomptable en son malheur, il fallut, pour la réduire, couper les jarrets de Tanimal qui la portait ; c'est pourquoi cette journée fut appelée la journée du chameau. Ali traita sa prisonnière avec l'espect et l'envoya à Médine.

Mais il n'avait point rétabli Amrou dans le gouvemefnenl deTEgypte, el il venait de dépouiller de celui. Syrie Moawiah, dont la foi lui paraissait douteuse. Amrou et Moawiah s'unirent, et celui-ci osa prendre le titre de prince des croyants. Fils d'Abou-Sofian , de la famille des 0»miades (1), autrefois si hostile au Prophète, « il- n'avait pas oublié qu'au temps de Tidolàtrie son père corn mandait aux tribus de VHedjaz.Ges tribus venaient de conquérir une partie de l'ancien monde , et Moamriah aspirait à ressaisir, au nom de l'islamisme, le pouvoir qu^au nom des dieux du paganisme avaient exercé ses ancêtres. Souple , rusé, inébranlable dans son ambition, il s'était créé dans la Syrie qu'il administrait depuis quinze ans, des parlisnns nombreux et dévoués. » Il n'eut pas de peine à y rassembler soixante mille hommes pour sa cause ; AU en tira soixante-dix mille de l'Irak et de la Perse. Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Siffin, entre FEuphrate et Palmyre. Pendant cent dix jours elles se firent une guerre d'escarmouches, qui enleva au khalife vingtcinq mille soldats et à son rival quarante^inq mille. Le dernier combat se livra la nuit et fut le plus sanglant. L'épée à la main , Ali frappait sans relâche, et dans l'affreux silence des combattants, qui tuaient ou périssaient sans proférer un cri , on l'entendit répéter quatre cents fois : c AUah Akbaar^ » Dieu est grand : c'étaient quatre cents ennemis qu'il avait tués. Electrisées par son courage, ses troupes redoublent d'ardeur , et les Syriens pressés

{i; Ummm^c vient tic Omeyyah , l'aieul d'Abou-Softaii.

deiouies parts vont succomberi quand, parle conseil d*Amrôn y Hoawiah , an lever de l'anrore , fil attacher au haut de quatre piques autant de korans, en criant : « Qm ce livré

i juge entre vous et nous, » A cette vue, les Alides hésitent, s'arrêtent ; leur chef est contraint d*accepter la proposilion de son adversaire; et deux juges sont choisis dans les deux camps, Abou^Mousa pour Ali, et Amrou pour Moawiah.

Celui'-^i trompa l'autre par son apparente franchise, et le convainquit sans peine de la nécessité de déposer à la fois les deux compéliteurs ; puis, quand Abou-Mousa les eut solennellement déclarés déchus de leurs droits et dé* posés du khalifat, Amrou prenant la parole à son tour : c Arabes qui m'écoutes, dit«4l, vous venes d'entendre moli » collègue, en vertu de ses pouvoirs, déposer Ali ; en » vertu des miens, je confirme cette exclusion, et, de même » que je mets à mon doigt cet anneau , symbole de la ^ puissance, je revêts du khalifat, comme seul successeur s do Prophète, Ifoavriah, fils d'Abou-Sophian. > La guerre alors recommença ; mais l'armée d'Ali était découragée, et s'épuisait par la désertion ; grand nombre de soldats passaient à la secte des Kharedchiies (rebelles), qui protestait au nom de l'ancienne indépendance arabe eoBtre les deux rivaux. Ali tailla en pièces un corps de quatre mille hommes , l'élite de cette secte. Mais trois kharedchites se dévouèrent pour assassiner en même temps ÂU, Hoawiah et Amrou, comme auteurs de tous les maux. Moawiah nefut que blessé; un des officiers d'Amrou périt i sa place ; Ali seul fiit frappé & mort en 661. c Deux » ehoses, disait Moavnah, m'ont donné sur lui l'avantage » dans notre longue lutte : Ali était d'un esprit ouvert, et » moi j'étais impénétrable; Ali commandait à des troupes » indisciplinées , et les miennes obéissaient au moindre • signaL »

Moawiah, G6 1-680. — Deuxième expédition d'Afrique. — A partir du jour de sa mort, la lâce d'Abou-Sofian et

de la célèbre Henda (1) gouverna quatre-vingt-dix ans. Moawiah transforma le khalifat électif en une digaité héréditaire , et fit reconnaître par le peuple et Tarmée soa fils comme son saccesseor. L'ainé des fils d'AK » le fiiiblt

Hassan, s'était volontairement retiré, et son frère, Hossein^ devait périr à Kerbela en 680. Damas en Syrie devint la capitale de l'Empire.

Mais le r^ne de Moawiah n'eut rien de glorieux. L'A* frique appelait les Arabes. Accablée d'impôts par les succe»* scLirs d'Iféraclius, qui pensaient réparer ainsi la perle de l'Egypte, elle crut trouver des libérateurs dans se? plus cruels ennemis. Après une expédition sans importance, Okbahf chargé du gouvernement de l'Afrique» qui fut dès lors détachée de celui d'Egypte, vint à la téte de dix mille hommes et d'un grand nombre de Berbers qu'il recueillit sur sa route. Il s'empara de la Byzacène, où il fonda iCairot<;a» au milieu des bêtes sauvages et des serpents (670), parcourut, sans rencontrer de grands obstacles, la Numidie, la Mauritanie, el, passant par Tanger, arriva enfin auxri* vages de l'Atlantide et à la frontière du grand désert qni regarde lesîles Canaries. Les balutantsde ces lieux n'avaient ni lois, ni discipline, ni religion ; mais ils étaient braves et tentèrent d'arrêter Okbab. Vaincus après une longue ré"* sistance, ils périrent en grand nombre» et leurs femmes, dont la beauté n'avait rien d'égal, furent conduites sur les marchés d'Orient, où elles se vendirent jusqu'à nulle mithkals. Tout fuyait, tout tombait devant Okbah. A peine la mer arréta-t-elle le zèle de ce guerrier terrible ; il poussa son cheval dans les flots, et levant ses yeux an ciel : a 0 » mon Dieu, s'écria-l-il, tu le vois, si cette mer ne m'oppô* » sait un obstacle invincible, j'irais dans d'autres contrées » encore inconnues combattre, au nom de Tislamisme^ » ceux qui adorent un autre Dieu que toi. v II reprit ensuite le chemin de Kaïrowan, et il approchait de Tahouda,

. (l) V. ci dessus, |). 14S.

piécédé du gros de son armée, quand il tomba .dans un piirli de Berbers en embuscade. Alors il récita deux rikày efi brisant le fourreau de son épée, il se prépara au -combat:

Ses soldats imitèront son exemple , et tous, se précipitant sur Tennemi, se iirerU tuer justju'au dernier en combattant avec vaillance (671), Le successeur d'Okbnh , Zobaïr, périt à son tour, vaincu par les Grecs (688). Ces deux défaites ébranlèrent la nouvelle colonie, et les dissensions civiles de la monarchie arabe interrompirent encore les expéditions du côté de l'occident.

. Siège de Canstaniinople (672*679). --Moawiah n'avait pas été plus heureux contre Gonstantinople. Il avait, en 672»

envoyé contre celte ville une flotte formidable,et les fidèles, animés par la parole traditionnelle du Prophète, que la première armée qui assiégerait Gonstantinople obtiendrait la rémission de ses péchés, brûlaient de sacrifier leur vie au service de la religion. Hais l'empereur averti s'était prodigieusement fortifié dans sa capitale, et un syrien (i Héliopolis, nommé Callinicus, était venu lui apporter l'invention du feu grégeois^ qui consumait de ses flammes inextinguibles hommes, vaisseaux, édifices. Toutefois ni les ravages de ce feu, ni la puissance meurtrière des. ma* chines de guerre ne purent décourager les Musulmans. Chaque année, au retour du printemps, ils pressaient la ville de leurs lignes redoutables, puis, dès que les brouillards de la mer Noire leur annonçaient l'approche des friinats, ils se retiraient dans le port de Cytique^ dontils s'étaient emparés, et y passaient l'hiver.Le siège dura seftt ans. lezid, le fils aîné de Moawiah, y vint en personne; trois anciens compagnons de Mahomet s'y trouvaient aussi. L'un d'eux, Abou-Aioub^ qui avait autrefois reçu le Prophète à llédine, fut tué au pied des murailles. Oa.ïeà^ terra dans le lieu même oii il avait succombé , et, huit sié« des après, les Turcs bâtirent à Tcntour une mosquée, où les sultans vont encore «teindre Tépée , le jour de leur inau^

goralion. Ëoûa, dédoiéâ par le fer, la flamme elles maladies , ils 86 dicidèreiil à lever le siège de la ville (679), et tandis que las vaisseaux qoi lair restaient repassaient les Dardanelles, (rente mille hommes sons la conduite de Sofian prirent par terre la route de Syrie. Les uns et les autres n'allèrent pas loin : une tempête brisa la flotte contre les écueîls de la côte de Pamphylie , et nue armée envoyée par Gonstantin-Pogonat i la poursuite de Sofian, iailla ses troupes en pièces près de Cibyre.

Tant de pertes rabattirent la fierté du khalife; il consentit à accorder auxGrecs une paix de trente ans,et même à leur payer, ditron, un tribut annuel de trois mille livres d'or , de cinquante captifs grecs et d'autant de cbevaux de la meit* leure race. Ce qui est certain , c'est que Tinvasion arabe fut dés lors arréle?e pour quelque temps ; peut-être le torrent dévastateur trouva-t-il une digue naturelle dans le vif désir qu'éprouvait Hoawiah de ne point livrer plus long* temps aux basards perfides de la guerre le pouvoir qu'il réservait i son fils.

Massacre de Iiossein,fils d'Ali (680).- soulève V Arabie cotUre les Ommiades. — lezid n'en jouit pas longtemps en paix. Il redoutait Hoesein, le second fils d'Ali ; pour le perdre , il Tattira dans une fausse conspiration; et, tandis que le malheureux se rendait avec sa famille de Médina à Coufa , dont les haltitanls devaient se déclarer en sa faveur, un corps de cinq mille chevaux l'enveloppa tout à coup à Kerbela. Il n'avait avec lui que trente-deux cavaliers et quarante fantassins. Comme les anciens athlètes, ils se frottèrent d'huiles parfumées , et revêtus de leurs plus belles armes ils semblaient plutôt se préparer à une fête qu'à un combat désespéré. Tel était renthousiasme qui rayonnait sur leur visage , tels étaient le tespecl et la compassion qu'ils inspiraient à leurs ennemis, què trente arabes de rarmée d'Iesid abandonnèrent leur draq)eau pour se ranger autour de Uossein et mourir

a?eG lui. Tou& ces fidèles amis du malbeur soceombérenl l'un après l'autre, non sans immoler i leur vengeance àtr nombreuses vietinies. Resté presque seul au milieu de ces

cadavres , où il comptait un fils, six frères et un grand nombre d(3 neveux, Hossein, à celte vue, renonça à défendre plus longtemps sa vie ; et s*étant retiré à l'entrée de sa tente, il prit dans ses bras son plus jeune fils et attendit la mort: ce fut l'enfant qu'elle frappa d'abord. Accablé par le chagrin et le tourment de la soif, le héros se lève pour aller puiser quelques gouttes d'eau dans TEupbrate; comme il s'y désaltérait, les lances de ses ennemis le transpercèrent. Son corps, foulé aux pieds des chevaux, demeura sans sépulture» et sa tête fut portée à Couft,

La sagesse d'Abd-el-Melik rétablit l'oy^dre avec l'unité.— Le massacre du fils d'Ali et les mauvaises mœurs d'Iezid, à qui la voix publique reprochait d'aimer le vin^ la sique et les vêtements de soie^ détachèrent du kbalifat les villes saintes de l'Arabie ; et quand le prince des croyants vint à mourir (683)^ elles reconnurent Abdallah-bm- Zobair. Tous les Arabes du désert, ceux de Tlrak, de l'Yémen, TEgypte et une partie de la Syrie imitèrent leur (exemple; en même temps Moktar s'emparait de la Perse. C'en était fait de la dynastie des Omroiades,si Moawiah 11^ le fils d'Iezid, effrayé de la tâche que lui imposaient les circonstances, n'avait abdiqué en laveur de Tommiade Menvan, ancien secrétaire d'Othman. Celui-^ ne régna que dix mois, il est vrai ; mats il avait reconquis Damas et l'Egypte, et il laissait le pouvoir à son fÙs Abd-^MeUk.

(684-705.) Ce prince, d'une [;iiande sagesse et d'une valeur éprouvée, réunit toutes les provinces démembrées du kbalifat, et consacra rentière indépendance de son empire en substituant une momaie jÊtusulmamf pure de toute formule étrangère, & ces monnaies bilingues ob Grecs et Arabes retrouvaient les signes de leur nationalité, et qui avaient elles-mêmes remplacé celles qu'avant Mahomet

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l'Arabie recevait de Constantinople ou de la Perse en échange de ses produite.

Ainsi tedevenns puissants par la concordei les Islamites

purent se livrer à Je nouvelles entrepriseb.

Deuxième période de conquêtes (592-717).

Troisième et dernière eoqtédition d'Afrique (692-708).— Ils tournèrent d'abord leurs armes contre l Afriquey et le gouverneur d'Egypte, Haçan, yînt reprendre possession de

Kaïrowan, qu'il trouva désert. Se portant de là sur Car- Ihage, il l'emporta d'assaut, massacra, tous ceux des habitants qui n'avaieni pu s'embarquer pour la Sicile ou FEspagne, et ferma l'entrée du port avec une grosse chaîne. Mais Tempereur Léonce, à la première nouvelle de Texpédition, avait mis eu mer une Hutte chargée de soldats, sous le commandement dupatriceJean. Ce brave guerrier rompit la chaîne, jeta sans difficulté ses troupes à terre,, tailla en pièces la garnison arabe, et maître de Garthage, passa rhiver à s'y fortifier. L'ennemi, de son côté, augmentait ses forces, et bientôt arriva une flotte sarrasine beaucoup plus considérable que celle des Romains. Ceux-ci n'avaient point rexpérîonce des combats de mer ; ils furent vaincus^ et Jean ne put qu'à grande peine gagner le large pour retourner à Constantinople. Rentré dans Carthage, Haçan rasa les murailles, abattit les édifices ; « et cette ville superbe, fille de Tyr, reine de l'Afrique, rivale de Rome, aussi fameuse dans l'histoire de l'Eglise que dans les annales des nations, fut à jamais ensevelie par le bras d'un peuple nouveau, destructeur de l'ancien monde (1). >

Cependant les Berbers étaient en armes, et protestaient contrôla domination arabe. Obéissant à la voix de leur

.1) Lkbkai , .p.. 4G, ]. 62.

reine Kahim, ils s'élaient retranchés dans les montagnes de l'Auras, et paraissaieiU délerminés à défendre leur liberlé jusqu'à la mort. Ils combattirent si bien qu'ils mirent en fuite les Musulmans, après leur avoir fait essuyer une très grande perte. Haçan, découragé, avait quitté rAfrique. Mais an bout de cinq an3, Abd-el-Mélik lui confia de nouvelles troupes, et lui ordoimn trallcrvenprer la défaite des premières. A celte nouvelle, Kuhina harangue ses Berbers : < Que veulent les Arabes? leur dit-elle; occuper les villes,

> s'emparer des trésors qu'elles renferment, tandis que » nous n'avons besoin que de champs et de pâturages. » Pour arrêlei ces iiouiuies avides, il n'est qu'un moyen: • c'est de ravager le pays qu'ils convoitent, de façon qu'ils

> perdent tout désir-de Toccuper. :d A sa voix des hordes de Berbers se répandent de tous côtés, détruisent les villes de fond en comble, coupent les arbres, emportent les métaux précieux (1). » Mais ces fureurs jetèrent les Grecs dépouillés dans les bras de llaçan ; il les accueinil avec joie, et avec leur secours il put bientôt joindre l'armée de Kahina. Après un combat des plus sanglants, où périt cette reine, il détruisit la coalition des Berbers, et sa victoire lui livra leur pays tout entier. Mouca, successeur de Ilncaii, y anéantit l'esprit de révolte, réduisit en esclavage trois cent mille Maures,qu'il envoya en Asie, persuada aux autres qu'ils étaient de sang arabe, et les détermina à s'enrôler dans ses troupes. Dés lors ils prirent la religion et la langue de leurs frères, et il sembla qu'un nicine peuple habitait des bords du golfe Portique au rivage de l'Atlantique. C'en était fait décidément du christianisme sur la terre africaine (3).

(1) Noumïri, apud Noël Desv., p. 31 >.

(2) Toutefois quelques réunions de fuit le purent y prolonger leur existence précaire, et, en 89!^, le |)ape Forniosc parled une ambassade d'Afrique, *qui lui a été envoyée {)our terminer des dissensions survenues entre les évéquci» de ce pays. Même au temps do Grégoire, on cito encore des évèques africaius, principalemeat de Carthagc, ...

Cm^uHe ée VBspagnè. -^11 ne rediîl phis aui Samaios

pour assui er en Afrique Tentière dorainalion du Koran, qu'à souriietlre VEspagm trunsfretane, c'esl-à-dire les villes de Taoger, d'Ârziiie ai de Ceuta» dont le comte Julien (1) toii gonremeur» quand ce Imu-frère de rancien roi Wiliza, impatienl de se venger de Roderid "vint proposer à Mouça de lui faciliter la conquête de TEspagne. Mouça, sans perdre de temps, écrivit au khalife pour obtenir la permission d'ajouter à l'empire musulman un pays don! le climat, disait-on, était plus doux qoe celui de la Syrie, les terres pins fertiles que celles de ITéiDeD, les plaoles plus embaumées que celles de Tlnde, les montagnes plus riches en mines précieuses que celles du Katay, les rivages plus ileuris qne l'Eden. C'était alors le. âls d'Àbd-el-Melik qui occupait le trône. WaUd I^^ sans repousser une offre aussi séduisante, recommanda la prudence ; et llouça, pour tenter d*dbord une reconnaissance, donna à un oiS-' cier berbère, nomrné Tharik^ quatre vaisseaux et cinq cents hommes (710). L'expédition réussit, et Tharik, ren- TOyè dans la Péninsule avec douze mille guerriers, Vint camper au pied de ce rocher qui a gardé son nom, et qui s'appelle encore Djebel - Tharik ou Gibraltar. Le goth Tadmir ou Theodmir, qui gouvernait l'Andalousie au nom da roi Roderic, tenta vainement avec des forces bien in* fiteieures de réprimer Taudace de ces étrangers, c Je ne » siBÛs, m éerivit4l ensuite à Roderic, pour m obtenir du secours, c s'ils viennent du ciel ou de la terre. Ils m'ont X) attaqué à Fimproviste, et je n'ai pu ni résister à leur I» nombre, ni soutenir avec mes soldats leur choc impé* 9 tueux» U serait bien nécessaire que vous vinssiei vous» > même avec tous vos gens de guerre, t

Le roi acrourut, suivi de toute la noblesse de son royaume et d'une armée nombreuse (quatre-vingt-dix mille hommes),

(1) V. VMêi. dêê Wifigoth» sur ce persoonige etciirles eaunesde la «bule de la monarchie viii^.

mais sans'èxpérienlce, sans vigueur et aiuia patriotime. Lé

fer couvrait toules les poitrines ; mais les cœurs étaient divisés, La rencontre eut lieu non loin de Cadix, dans la pldine arrosée par le Guadaiète. Pendant trois jours les Goths luttèrent contre ces cavaliers du désert au blanc bur* nous, au léger turban, que semblaient devoir écraser les armes pesaules de leurs eiinerais ; pendant trois jours la victoire demeura indécise. Enfin Thank, raninitinl les .siens, liait à leur tête une dernière charge plus vigoureuse que les autres, et» secondé par la trahison du fils de Witiza et de son frère Oppas, indigne prélat, qui passent de son côté, il cnlonce les bataillons goths et parvient jusqu'à leurs bannières. Là, sur un char d'ivoire, traîné par deux mules blanchesyse tenait le successeur d'Âlaric avec un diadème de perles sur la tête , et une longue robe brodée en or et en soie. Le général berber Taperçoit , précipite vers lui son cheval et le frappe de sa lance. Dès ce moment les Goths, enfoncés de toutes parts , s'enfuirent dans toutes les directions , et tous ceux qui échappèrent au glaive de Tennemii se réfugièrent dans les villes voisines (711).

Cet éclatant succès remplit Mouça de jalousie et loi in8«pira le dessein de passer en Espagne , pour revendiquer du moins sa part du butin. Il écrivit au Berber de sus» pendre sa marche,et d'attendre pour continuer ses conquêtes q;a*il lui eût amené des renforts. Le Berber ne se méprit point sur le véritable motif de cet ordre. Décidé à la ré* sistance, il voulut la faire partager à ses soldats, et les ayant assemblés, il les consulta ; mais tous gardaient le silence, le comte Julien seul, puisant dans sa haine implacable le courage qui manquait à tous » ose prendre la parole : « Le

• roi des Gotlis est tombé sous votre glaive , dit-il ; l'ar- » mée est en déroute ; la nation est épouvantée. Marchez

• sans délai à la cité royale de Tolède , et ne laissez pas » aux chrétiens troublés le loisir ou le repos nécessaire I à rélection d'un monarque. » L'avis plut aux troupes et à leur général y et sans perdre de temps » Tharik par-

ligea son armée en Irois corps , dont Ton devait marcher snr Ejica et Malaga, l'autre sur Cordoue, et le troisième

sur la capitale du royaume. Celle dernière division , c'était lui-même qui la commandait. Tandis que les deux autres ajoutaient triomphes à triomphes , il la mena contre To* lôde et somma la ville de se rendre. Le Tage environnait cèlle-ci de ses eaux , une citadelle élevée la protégeait au loin , et les obstacles pour y arriver étaient grands ; maïs les Gotbs avaient perdu tout courage ; au lieu de se défendre , ils capitulèrent aussitôt , livrèrent les chevaux, les armes, et, en se soumettant au tribut, obtinrent du moins la jouissance de leurs biens. Car, engénéral,les vainqueurs, et ce fut la principale cause de leurs rapides succès , se montraient généreux envers les Espagnols , et n'avaient de rigueur que pour ceux qui résistaient ou qui fuyaient. Ils confisquaient les biens de ces derniers ; mais la plupart du temps ils se bornaient à exiger un tribut du cinquième et quelquefois même du dixième des revenus. Tout en s'attachant les Juifs comme auxiliaires contre les chrétiens , ils assuraient à ceux-ci la liberté de suivre leur religion , pourvu qu'ils en exerçassent les pratiques dans rintérienr des temples , et leur laissaient la plus grande partie de leurs églises , à la condition qu'ils nen construiraient point de nouvelle?. Ainsi les Tolédans en conservèrent sept. Us eurent encore des juges particuliers et le droit de se gouverner entre eux suivant leurs lois ; et cette capitulation loyalement accordée ne cessa de les régir , tant qu'ils furent au pouvoir des Musulmans.

Tharik, ne s arrêtant pas à Tolède, poussa ses conquêtes vers ie nord, et envoya à Damas une table faite d'une seule émeraude et montée en or : c'était , disaiton ^ la table de Salomon. Les Goths l'avaient autrefois enlevée de Rome, où elle avait été apportée par Titus, ; après la destruction du temple de Jérusalem , et elle se trouvait présentement dans une ville située sur les bords du ^Xaion, et que les Arabes nommèrent pour cette rai-

son Medina Talmeyda , c'est-à-dire , la ville de ia table l^st^Medim^Cdi), Le port de Gijon fut, au delà des AsturieS) le terme des exploits du général berber. Arrêté par rOcéan , rappelé ^ar buii supérieur, il se décida à revenir sur ses pas.

Mouça de sou côté avait franchi le délioit, et par une route nouvelle s'avançait à la rancontre de son lieatenant, en cueillant de nombreux et faciles lauriers. Mérida seule Tarrêta quelque temps. La beauté de celte ville l'avait reuipli d'admiralion : o Heureux , s'écria- » t-il^ en découvrant sa vaste enc-eiute et les sommets de » m nombreux édUices , heureux celui qui triomphera de » cette cité, immense monument de rindustrie humaine ! > Après ravoir prise, il se porta sur Tolède, et Tharik vint au devant de lui, chargé de riches présents. Il avait espéré désarmer la colère de Tarabe ; mais celui-ci ie priva de son commandement, et le fit jeter en prison» après avoir voulu le faire battre de verges. Les murmures de l'armée avaient sauvé Tbarik de ce traitement ignominieux ; les nombreux amis qu'il avait à la cour firent bientôt tomber ses fers. Rendu à la liberté , il s'en servit pour soumettre les contrées orientales de la Péninsule, tandis ({W Abd-el- Am , le ûls aîné de Mouça, écrasant dans les plaines de Lorca les dernières résistances du valeureux Théodmir , s'assurait de sa soumission en lui accordant, moyennanl un iiibul , la province du Murcie, et que Mouça Ifii-même poussait jusqu'au pied des Pyrénées. Les deux rivaux se rejoignirent devant Sarragosse^ et la chute de cette place fut le dernier épisode de cette mémorable expédition, qui, en moins de trois ans, venait de soumettre l'Espagne entière à la domination musulmane.

Peut-être celle rapide conquête allait-elle devenir ie prélude d'un grand drame,qui aurait changé pour toujours la face de TOccident. Mouça, di(-on, songeait à revenir en Syrie par Constanlinople, et à ranger Tancien monde sous la loi de Mahomet. Mais le khalife, qui recevait des deux

généraux des rapports où ils censuraient amèrement, Tun Pavide rapacité, Tautre FexcesaWe indulgence de son collègue , eut peur que leur rivalilé ne compromit les progrès de l'islamisme , et les rappela tous deux. Ils obéirent , et Tharik aussitôt retourna en grande bàle à Damas. Son extrême diligence et le récit de ses exploits lui valurent de précieux éloges : la maladie qui conduisit Walid an tombeau ne lui permit pas de donner au vainqueur de ribérie uuc autre récompense. Il touchait à ses derniers moments, quand arriva Mouça^ traînant à sa suite trente mille captifs et les immenses trésors dont la renommée fabuleuse l'avait précédé à Damas. Soliman , le frère et l'héritier présomptif de Walid, aurait voulu réserver pour l'inauguration de son règne Tenlrée triompliale de cet illustre capitaine , et recevoir les présents destinés au chef de TEtat. Mais Mouça refusa d'attendre la mort de Walid. Soliman, devenu khalife , vengea cruellement son injure. Par son ordre , le vieux guerrier fut battu de verges et exposé toLiL un jour au bi ùlanl soleil de Damas sur la place publique ; il fut de pUis condamné à payer cent mille mithcals d'or, quelques-uns disent deux cent mille^ énorme amende qui le réduisit à la pauvreté (714).

Pendant ce lemps-là son fils Abd-el*Aziz réduisait toute la Lnsitanic et sou in citait à l'impôt les habitants des Pyrénées depuis la (iali( c jusqu'à Pampelune. Sa bravoure eiiraya Soliman; ce prince savait d'ailleurs qu'il avait épousé la veuve de Radrigue, la belle Egilona, sans exiger qu'elle renonçât à sa religion , et Ton n'avait eu aucune peine à lui persuader qu'il aspirait à une complète indépendance. Il envoya à Séviîle, où il résidait, l'ordre de lui uter le commandement avec la vie. c L'infortuné chef, loin de prévoir son sort» s'était levé un malin pour aller faire la prière au peuple^ quand une troupe de meurtriers se précipita dans son palais. Surpris sans défense , il fut percé de mille coups , et sa tête fut envoyée à Damas comme une preuve sanglante de la soumission des Arabes

aux ordres de leur khalife. Soliman poussa la barbarie jusqu'à forcer Mouca à contempler ce triste Irophée : a Re- » connais-tu ces traits, lui dit-il. — Oui, je les reconnais, » répoadii le guerrier septuagénaire ; ce sont ceux d'un t homme brave et fidèle, mille fois supérieur à celui qui a I ordonné sa mort. » Il sortit du palais en disant ces mots et alla cacher au iund de THedjaz sa douleur et sa profonde misère (1).

Pélage et les chrétiens indépendants des Asturies. — Ces dissensions et ces disgrâces firent le salut des chrétiens ; elles leur permirent de se reconnaître et les sauvèrent

d*une ruine complète. Un cousin et ancien protospathairc de Rodrigue,Pélage,qui était déjà venu, sous Wiliza , chercher on asile dans les montagnes des Asturies et des Cantabres, y rassembla autour de lui tous ceux qui préféraient les dangers de Texil à la sécurité de la servitude, et se rendit blciilôL assez redoutable pour obliger les vainqueurs à une cxptkiilion dans l'Aslurie (718). Ils vinrent en grand nombre ; mais Pélage avait habilement choisi sa position. € C'était à l'est du mont Auseba, où la Deva coule au fond d'une vallée sombre, étroite et fermée des deux côtés par des montagnes, dont les flancs se dressent et se rapprochent davantage, à mesure (ju'on remofite le cours de la rivière. A Tendroit où celle-ci prend sa source, un énorme rocher vi^t intercepter la vallée dans toute sa largeur. C'est au milieu de ce rocher que s'enfonce la caverne de Covadunga , assez vaste pour servir d'abri à plus de deux cents liouimes. Félago s'y enferma avec tout ce qu'elle put contenir de soldats. 11 Ot placer le reste de son armée en embuscade dans les bois et sur les montagnes escarpées qui» des deux côtés, dominent ce défilé. Alkamah se laissa entraîner dans cette gorge, où quelques hommes , maîtres des hauteurs ,

(1) <> L'homme qui avait eu cuire ses maiDS les trésot s de la rêuinsuie, • fut contraint, dit Murphy, d^aller mendier eon pain de tribu en tribu danft les dMrts de l'Arabie. • (M* Nosl DasTRBA.» p. 3S9.)

devaient facilemenl anéantir une armée nombreuse A pt iae celle des Arabes s'y fut-elle enp^agée qu'une grêle de traits et de pierres, lancés par des mains presque invisibles, vint raccabier et lui rendre le combat impossible. En même temps une tempête éclatait et multipliait avec les obstacles les difficultés de la retraite : ce qui échappaé la fureur des eaux, périt englouti sous une masse de terres, dont elles avaient rongé la base. Le nombre des morts dut être fort considérable; car, après le combat, le gouverneur de Gijon ne tenta même pas de se défendre, et battit en retraite poursuivi par les Espagnols , qui le voinquîrcnt et le tuèrent. Ni sa mort, ni la défaite de Covadunga ne furent vengées , et Pélage demeura paisible possesseur du petit royaume de douze lieues de large sur quarante environ de longueur qu'il venait de conquérir , et que huit siècles de combats poivent élever glorieux et puissant sur les ruines de la douiinalioa musulmane.

Invasions en France. — Les Arabes ne furent guères plus heureux au delà des Pyrénées. La conquête de

l'Espagne achevée , ils y avaient aussitôt organisé une administration régulière. La division du pays en cinq provinces avait été maintenue , et chacune de ces provinces avait été confiée à un wcdif qui avait poursubordonnés les akaîdes, ou magistrats supérieurs des villes cl des bourgades , et qui relevait lui-mt uic de ïcmir ou gouverneur général, établi à Cordoue. Celte organisation , en affermissant leur conquête , permettait aux avides musulmans de travailler à y joindre les riches contrées ^de la Gaule qui avaient appartenu aux Wisigoths. On était alors, en France, au temps des rois fainéants. Profilant du triste étal de ce pavs , le gouverneur Alzamah , chef également célèbre comme admi-

(DfijMi^fie* parM. Lavallék, p. 135.

jiislrateur (i) el comme gaerrier» envahit le Languedoc, prit Narbonne, dont il fit sa place d'armes, après en ayoir

massacré ou emmené en captivité la population, el vint mettre le siège devant Totilouse. Il la pressait vivement , quand Je duc d'Aquitaine , Eudes, craignant pour sa capi^ taie» aecoumt avec toutes les troupes qu'il put rassembler, c Si nombreux étaient les chrétiens, disent les auteurs ara^ bes , que la poussière soulevée par leurs pas obscurcissait la lumière du jour. Alzamah , pour rassurer les siens, leur rappela ces paroles du Koran : c Si Dieu est pour nous, qui » sera contre nous? » Les deui armées se précipitèrent Tané contre Tautre avec l'impétuosité des torrents, et la lutte fui terrible.» Alzamah, semblable à un lion, encourageait les siens de la voix et du geste; mais, pendant qu'il se Irouvait au plus fort de la mêlée , une lance ratteignit et le renversa de cbevaL Sa mort découragea les Arabes et ils se retirèrent en désordre, laissant grand nombre des leurs sur la place (721). Ils ne tardèrent cependant pas à revenir sous la conduite d'Ambissa. Celui-ci prit Carcassonne, qu'il livra à toute la fureur du soldat, et entra dans Nismes sans résistance. Ses conquêtes ^ suivant Isidore de Beja, furent plutôt l'ouvrage, de Fadresse que de la forée ; et telle en fot rimportance,que l'argent qu'elles enlevèrent de la Gaule fîit le double de ce qui en avait été retiré les années précédentes.

Un instant ralenti par In Tnori d'Ambissa, qui fut tué dans une rencontre, en 735, le cours de ces dévastations reprit avec une nouvelle force sous ses successeurs éphémères. <i Le vent de l'islamisme, disent li s * ( l ivains arabes, commença dès lors à souiller de tous côtés contre les chrétiens. T) — « Dieu avait jeté dans leur cœur une terreur indicible : si quelqu'un d'eux se présentait, c'était pour

(1) U GonUibua puissamment à la création de la marine arabe ; soiu iMm gouvernement on créa un chef de la flotte, qui prit le titre d'Imfr ou arnÎT-Ql-ma-, le prince de Teau, et c'est de tà sans aucun doute qu*eft venu notre mot français amiral.

demander merci. Les Musulmans prirent des pays, accordèrent des sauvegardes, s'enfoncèrent, s'élevèrent jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à la vallée du Rh6ne. Là, s'éloignant

des côles, ils b'avancèrenl dans Tintérieur des terres. • lis ravagèrent le Gévaudan, traversèrent en tout sens le Rouergue et l'Albigeois, dévastèrent les églises de Vienne, de Lyon et d'Autun, ruinèrent le monastère de Bèze, aoi environs de Dijon, et saccagèrent Mâcon et Gbâlons-sur- Saâne. Partout, ce que le fer épargnait était livré aux flammes. Plusieurs des Sarrasins eux-niénies furent indignés de tant d'atrocités inutiles; c.ar toutes ces incursions étaient faites sans plan, ainsi le voulait Tinstabilité du pouvoir des émirs espagnols ; et mille part on ne rencontrait de résistance. Un si facile succès inspira au valeureux Abderi ahmaii (Abdérame) la pensée de réaliser le projet gigantesque de Mouça, et d*entreprendre sérieusement la conquête de tout TOccident. H eut d'abord soin d'étouffer une révolte domestique, en attaquant Munuza (Abou-Néza), qui, maître des passages les plus importants des Pyrénées, et désireux de s'assurer un double appui contre Témir de Gordoue et contre le maire du palais des Franks, avait épousé Tune des filles du duc d'Aquitaine. Par ses ordres on s'empara des forteresses de la Cerdagne; le rebelle poursuivi comme une bète fauve^ fut égorgé dans les montagnes, et Lampadie, sa veuve, que distinguait une grande beauté, fut envoyée dans les harems de Damas. Abdérame, sans perdre de temps, franchit alors les Pyrénées ; il renverse les Aquitains et les Vascons accourus à la voix d'Eudes pour lui disputer le passage de la Garonne; il prend Bordeaux, le pille, le brûle, parcourt en triomphateur les liches campagnes qui le séparent de celle de Tours. 11 allait porter ses mains avides sur le sanctuaire de Saint-Martin, quand arriva Charles Martel à la téte des Franks. La masse d'armes du héros chrétien brisa les bandes arabes comme le marteau brise le fer (732) (1).

UJ V. les dcUils au cha|}itre de VhisL de France.

Eudes reprit l'Aquilainet el les Sarrasins ne s'agitèrent plos que dans la Septimanie.

Eocpédiiiom en Orient, — Second siège de ComtatUimpU (707-718). — L*Orient lui-même^ que la providence réservait au joug de risiamisme» avait encore une fois arrêté les Hoslems. En 707, sous le khalife Walid l«r, Kûta^bah, le gouverneur dn Klioraçan, avait soumis, il est vrai, les riches villes de la Transcxiaoe , Samarkand , doni les fabriques ont dés lors répandu en Occident cet art précieux qui fait du papier avec des chiffons (1), Bokhara» Fergana , Nakschib , qui fournissaient toutes les mar* chandises dont Flnde et rFjn ope av;n*^nt besoin , et il avait ainsi alleint les exUt^tiies limites du céleste Empire. En même temps Kasim rangeait sous la loi du Koran les contrées que baigne l'Indus, depuis les monta-» gnes qui terminent la vallée du Cachemir au midi, jusqu'à la mer.

Mais, d'un nuire cùlé.Gonslaulinople devait encore échapper à l'ambitieuse avidité des vicaires de Mahomet. Après avoir ravagé la CUme^ la Cappadace et la Cofalte, Hoslémah, frère de Walid, était venu mettre le siège devant la vieille Byzancc (717). Il avait avec lui cent vingt mille Arabes el Persans, dont le succès des sièges de Tyana, d'Amorium et de Pergame avait exalté les espérances autant qu'exercé le savoir; et une 0otte de dix-huit cents foiles, pour la construction de laquelle on avait dépouillé de leurs forets de cèdre les montagnes du Liban, était sortie du port d'Alexandrie pour aller bloquer la ville par mer, tandis que Tarmée de terre l'investirait sur le continent. A la première nouvelle de ces formidables préparatifs, Ânaslase II avait ordonné la réparation des murs, chassé tous ceux qui n'avaient pas de vivres pour trois ans,

(0 Ëlles Tavaient reçu de la Chine Tao 30 de mét^irc, et on l'inlroiluisU à ta Mecque Tan 8S.

et formé le hardi projet de brûler^ sur les côtes de Phéniciè^ les munitions navales de l'ennemi. Mais la trahison avait fait échouer ce dessein ; et peu après Anastase avait

élô détrôné et condamné à la prêtrise par Théodose,qu'èi son tour venait de renverser Léon II J Vlsaiirien (717). Celui-ci, pour augmenter la confiance des ennemis, fit relâcher les chaînes du port, et tandis qu'ils hésitaient dans la crainte de quelque piège, il les entoura de ses brûlots, et livra aux flammes tous leurs navires. Deux autres floUes eth voyées à leur secours, au commencement du printemps suivant, furent aussi fort maltraitées. Les Egyptiens en avaient livré une : leur défection^ la perte de toutes les provisions, les ravages du froid et des maladies, découragèrent les troupes de terre, et les exposèrent pour ainsi dire sans défense nux coujis d* s Bulgares, Léon venait d'acheter l'alliancû de ces barbares. Us massacrèrent vingtdeux mille Asiatiques, et forcèrent le reste à repasser le détroit. Enfin Moslémah, après treize mois de siège, obtint la permission de ramener en Syrie les débris de son armée. De tant de navires qui l'avaient secondé dans son entreprise, cinq seulement, échappés au feu grégeois ou aux tempêtes, purent regagner les poris qui les avaient vus prendre si glorieusement possession de la mer.

La violence de l'invasion arabe était enfin brisée. Le temps était venu où l'empire qu'elle avait fondé devait se partager, et par son aûaiblissement venger le monde chrétien.

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