La b^adition d'Albert de Saxe dans V École
TJiimon le Juif, Marsile d'Inghen, Biaise de Panne
Pierre d'AiHij, Jean-Baptiste Capuano
Nipho, Grégoire Reisch
Georges Lokert qui, en i5i6 et i5i8, donna deux éditions des Questions d'Albert de Saxe sur la Physique d'Aristote, sur le De generatione et corriqdione et sur le
De Cœlo et Mundo, était bien placé, assurément, pour connaître les traditions de l'Université de Paris ; en 1 5 1 6, il était professeur de Physique au Collège de Montaigu ; en i5i8, il enseignait en Sorbonne.
Georges Lokert, en YEinstola nunciipatoria et par-œnetica qu'il met en tête de ses deux éditions, nous apprend qu'au xiv^ siècle, trois hommes excellaient en Philosophie naturelle et foimaient, au sein de l'École parisienne, une sorte de triumvirat ; ces trois hommes étaient Albert de Saxe, Thimon et Jean Buridan. Il ajoute que les Italiens, et, en particulier, les Vénitiens, se sont empressés de livrer à l'impression les œuvres des deux premiers, tandis que les écrits de Buridan sont encore inédits. Les Français, plus négligents, semblent laisser les oeuvres de leurs maîtres illustres moisir dans la poussière. C'est pour remédier à cette incurie que Georges Lokert publie non seulement les commentaires à la Physique, au De generatione et corruptione, au De Cœlo et Mundo composés par Albert de Saxe, mais encore les Quœstiones super quatuor libros riieteorimi compilatœ per doctissimum Philosophiœ professorem Thimonem et ce (jue Buridan a écrit sur les divers traités qui composent les Physica minora d'Aristote. Par les soins de Lokert, nous possédons ainsi un précieux héritage de la Physique que l'on enseignait en Sorbonne au milieu du xiv® siècle.
Qu'était-ce que Thimon ?
Du Boulay (i) nous donne quelques brèves indications au sujet de Timon le Juif (Temo judœus). C'était, nous dit-il, un clerc de la ville de Munster en Westphalie ; il débuta dans l'étude des arts, à la Sorbonne, en 1849, ^<^^^s Maître Dominique de Chivasso. Le 26 août i353, il fut élu Procureur de la Nation Anglaise; cette charge lui fut de nouveau confiée le 18 novembre i355. ^ Ce fut un très célèbre professeur de Philosophie ; nous avons lu que bon
(1) Bulaeus, JETw/or/ft Iniversiiatis Parisiensis, MDCLWni, t. IV, \^. 991.
nombre d étudiants ont débuté avec lui, ont conquis le grade de licencié et ont terminé leurs études. »
Plus jeune qu'Albert de Saxe, Thimon le Juif a sans doute suivi les enseignements de ce maître. La trace de ces enseignements se reconnaît maintes fois dans les Questions sur les Météores ; en ces Questions, les commentaires au De Cœlo et Mundo composés par Albertus de Saxonia sont explicitement cités et discutés.
La pensée de Thimon le Juif n'a pas toujours la fermeté logique qui caractérise les doctrines d'Albert de Saxe ; parfois, on la voit hésiter quelque peu entre deux opinions contraires ; elle ne s'en montre pas moins ingénieuse et originale ; sur beaucoup de questions de Physique, Thimon a vu plus loin et plus juste que ses devanciers ; les solutions qu'il a proposées, les hypothèses qu'il a émises ont grandement influé sur le développement de la Physique à l'époque de la Renaissance ; il est telle vérité, admise aujourd'hui sans conteste, dont la découverte a été préparée et provoquée par ses recherches.
Les Questions de Thimon le Juif au sujet des Météores d'Aristote mériteraient donc une étude approfondie ; mais ce n'est point ici le lieu de poursuivre cette étude ; nous devons nous borner à relever, parmi les affirmations de notre auteur, ce qui concerne la tendance du centre de gravité de tout poids vers le centre de l'Univers,
Thimon connaît la doctrine d'Albert de Saxe ; il connaît même les deux doctrines de ce maître ; l'une, celle qui a été donnée aux Questions sur la Physique, affirme que le centre de l'Univers est occupé par le centre commun des graves, de l'eau aussi bien que de la terre ; l'autre, celle qui a été exposée aux Questions sur le De Cœlo, soutient que, seul, le centre de gravité de la terre ferme se trouve au centre du monde. Entre ces deux doctrines, Thimon hésite ; son adhésion s'attache tantôt à l'une, tantôt à l'autre, et ses hésitations engendrent des contradictions.
Dl
Au premier livre de ses Quœstiones per utiles {\), nous voyons Thimon admettre, contrairement aux théories d'Albert de Saxe, que l'eau des mers pèse sur la terre ferme et qu'il faut tenir compte de leur poids pour déterminer la position de la terre par rapport au centre du Monde.
" J'imagine, dit-il, que, du côté du globe qui nous est opposé, la mer pénètre en des cavités dont la terre est creusée ; entre ces cavités s'élèvent des proéminences pierreuses, beaucoup plus pesantes que la terre qui se trouve de notre côté ; et peut-être la pesanteur de l'eau vient-elle en aide à la gravité de ces parties de la terre qui se trouvent au delà du centre ; dès lors, grâce au concours de la pesanteur de l'eau, ces parties pèsent plus que les terres habitables, bien que celles-ci soient plus volumineuses ; c'est pourquoi la surface convexe de ces dernières peut se trouver plus loin du centre du Monde que la surface convexe qui termine l'eau de l'autre côté du globe. «
« Il est des philosophes, dit-il ailleurs (2), dont l'opinion est telle : la terre et la mer constituent un poids unique ; le centre de gravité de cet agrégat coïncide avec le centre du Monde ; ce qui se trouve donc au centre du Monde, ce n'est ni le centre de gravité de la terre ferme, ni le centre de gravité de l'eau, ni le centre de grandeur, mais bien le centre de gravité de l'ensemble formé }»ar la terre et l'eau.
» Cette opinion me semble probable et forte." Toutefois, Thimon lui oppose des objections, d'ailleurs fort peu claires; et ces objections le ramènent à l'opinion qu'Albert de Saxe a soutenue dans ses Quœstiones sur le De Cœlo.
" Il me paraît donc plus vraisemblable que le centre de gravité de la terre ferme se trouve au centre du Monde ou près de ce centre ; en la partie du globe que l'eau recouvre, la terre ferme est beaucoup plus lourde que celle qui
(1) Thimonis Qiurstiones in libros Meteorum ; in libriun 1 qiiaislio V.
(2) kl., ibid. ; in libruin II quaeslio I.
se trouve de notre côté ; quant à Teau, bien qu'elle soit naturellement grave, elle est moins grave que la terre ; cette eau demeure donc simplement superposée à la partie la plus dense de la terre, tandis qu'émerge la partie de la terre qui est la plus légère. «
Incidemment, Thimon rejette une théorie inadmissible qu'il formule (i) en ces termes :
« On a émis l'opinion suivante : La terre et l'eau sont toutes deux excentriques au Monde ; c'est pourquoi la terre est en partie découverte par les eaux, car la terre et l'eau sont toutes deux sphériques. »
Cette doctrine inacceptable, visée par Thimon, est sans doute, si nous en croyons Giuntini (2), celle que Nicolas de Lyre (3) avait émise dans son commentaire au premier chapitre de la Genèse.
A rencontre de cette opinion de Nicolas de Lyre, Albert a enseigné (4) que la terre ferme était à peu près sphérique, mais que son centre de gravité, et non pas son centre de figure, se trouvait au centre du Monde ; quant à l'eau, elle est exactement bornée par une surface sphérique dont le centre est le centre même de l'Univers.
C'est cette doctrine même que reprend Thimon lorsqu'il écrit (5) :
'■I- Le centre de gravité de la terre ferme tout entière coïncide avec le centre du Monde ; c'est autour de ce
(1) Thimon, loc. cit.
{i)Vv. Juntiini Floienlini, sacra' UieologiLC docioris, Commentaria in Sphœram Joannis de Sacro Bosco accuratissima. Liigduni, ajtud l'hilipiium Tinghiuni, MDLXXVlll ; p. 178.
(5) Mcoliis de Lyre etail né à Neuve-I.yre (Eurci vers 12';0;en 1291, il était franciscain à Vcrneuil: il mouiiil à Paris en lô-iO. Ses commentaires ont été maintes lois imprimés : ISicolai Lyiani Fostillœ perpétuée in vêtus et novum 1 estamentum ; Homae, 1471-1472. — Biblia sacra latina cum postillis ISicolai de Lyra ; Venetiis, 1481. — Nicolai de L\ra Postillœ morales seu mysticœ super Bibliam ; Maniuse, 1481. — Moralia super totani Bibliam Iratris Nicolai de Liia; Argenlorali, circa 1470; etc.
(4) Alberii de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo ; in. librum II quseslio XXV.
(5) Thimon, toc. cit.
même centre que l'eau demeure en repos ; c'est vers lui qu'elle se meut ; elle s'en approche autant que possible.
^ Imaginons que la terre soit, tout d'abord, supprimée et que toute l'eau se trouve réunie autour du centre du Monde ; concevons ensuite que l'on submerge la partie la plus lourde de la terre ferme jusqu'à ce que le centre de gravité de cette terre occupe le centre du Monde ; car on admet que cette sphère terrestre n'est pas d'une gravité uniforme ; qu'un quart de cette sphère est, par exemple, plus lourd que tout le reste ; cette partie la plus lourde demeurerait alors près du centre [et au-dessous de lui], tandis que les trois autres quarts demeureraient au-dessus ; ainsi il pourrait se faire qu'une partie de la terre demeurât hors de l'eau, à cause de sa plus grande légèreté. ^
L'influence d'Albert de Saxe, nous le voyons par l'exemple de Thimon, fut grande sur ses contemporains. Cette influence se fit sentir dans l'Ecole d'une manière puissante et persistante.
Jean Marsile d'inghen fut, en i386, nommé recteur de Heidelberg ; il mourut en cette ville le 20 août iSgô. Ses Questions sur la Physique d'Aristote ( i ), conçues sur le même plan que les Questions d'Albert de Saxe, ont été constamment inspirées par la lecture des œuvres de ce dernier ; les énoncés des unes sont souvent identiques aux énoncés des autres; acceptées ou combattues, la plupart des doctrines physiques d'Albertutius s'y retrouvent, souvent complétées et précisées ; son nom seul, par un oubli systématique que nous aurons maintes fois à constater, a été omis ; Marsile d'inghen se borne à déclarer qu'il suit les doctrines de
(I) QuœstiO)ies siiblilissir/iœ ioh:mn\s Mari-ilii In^uon super oclo libros Physicorion, secioidum nomùi iliiim v'am, cuin tabula in lirio libri posita ; suuir» in lucem priimim sorliuntur effeclum. — CiOlophoii : Explioiunt quœslioiies super oc'O libros Piiysicoruin ina^iistri Jolumnis Marcilii In;:;ueii secunduni noniinalium viam. Iiiipressie Lu^'duni per tioiicstuni viruin Johannem Marion. Atmo Doinini MCC.CCCAVIII, ilie vero XVI inensis Julii. Deo gralias.
Nous avons vu précédonimont (p. 14) comment, en 1617, ces Questions de Marsile dlntîtien avaient clé attribués à Duns Scot.
rÉcole nominaliste, qu'il traite la Phj'sique secundum nommalium viam. D'ailleurs, l'œuvre de Marsile d'Inghen est fort inférieure à celle de son précédesseur ; parfois, il en reproduit les opinions sans les avoir, semble-t-il, suffisamment comprises.
C'est ce qui a lieu, notamment, en la question (i) où Marsile d'irghen examine ce problème : '• L'eau est-elle le lieu naturel de la terre ? »
Après avoir rappoité, à peu près comme le fait Albert de Saxe, les diverses objections que l'on peut apporter contre cette affirmation : " L'eau est le lieu naturel de la terre " , Marsile remarque que la difficulté de la question examinée provient de cette autre, à laquelle il faut auparavant répondre : ^ Pourquoi la terre est-elle en partie couverte d'eau et en partie découverte ? «
Le recteur de Heidelberg cite alors plusieurs réponses qu'il rejette. Certains, par exemple (c'est l'opinion que soutenait Duns Scot et que soutenait également Campanus de Novare, à la fin du xiif siècle, en son traité Z?e Sphœra), prétendent qu'il existe une terre ferme pour le salut des animaux qui ne peuvent vivre sous l'eau. « Cette réponse assigne une cau&e finale, et point une cause efficiente..., tandis que c'est une cause efficiente que nous cherchons, et là gît la difficulté.
y> D'autres répondent que la terre et l'eau sont deux sphères qui se coupent, car elles n'ont point même centre ; du côté clécouvert par les eaux, le centre de la terre est plus élevé. '• Cette opinion, nous l'avons dit, fut celle de Nicolas de Lyre ; Marsile la réfute comme l'a fait Thimon, en son livre des Météores, que le recteur de Heidelberg paraît bien avoir lu : « Le même point est centre du Monde et centre de la gravité ; la masse entière de l'eau et la masse entière de la teire solide ont donc même centre... D'ailleurs, la terre habitable ou, du moins,
(l)Johannis Maicilii Inguen Quœstioncs in liOros Physicorum ; chca libium IV quseslio V.
la terre ferme serait de forme circulaire. Cette conséquence est fausse... car la terre habitable est plus longue que large. «
Après avoir relaté ces diverses opinions, Marsile d'Inghen expose celle-ci, où nous reconnaissons la doctrine favorite d'Albert de Saxe : ^ En cette explication, on suppose tout d'abord que les diverses parties de la terre n'ont pas même gravité ; l'expérience nous prouve qu'il en est de plus lourdes et de moins lourdes... De là découle cette seconde supposition que le centre de gravité de la terre ne coïncide pas avec son centre de grandeur.
« Ces suppositions faites, on imagine que la terre plonge dans l'eau comme une colonne dont la partie inférieure serait, de toutes parts, entourée d'eau, tandis que l'autre partie émergerait et formerait ce que l'on nomme la terre ferme. Concevons, par exemple, qu'un clou se trouve en équilibre au centre de la terre ; il n'y aurait qu'une faible longueur de ce clou d'un certain côté du centre, savoir, du côté où se trouve la tête du clou ; et cela parce que la tête est beaucoup plus lourde que le reste du clou. Eh bien, on suppose que la terre est placée de même par rapport au centre et sous l'eau. «
Marsile d'Inghen rejette cette explication par une argumentation peu compréhensible ; il en propose une autre d'après laquelle l'eau, dont la masse totale est fort petite, remplirait seulement certaines cavités creusées au sein de la terre solide. N'insistons pas sur cette théorie, assurément moins philosophique que celle d'Albertuiius.
Un point mérite de retenir un instant notre attention. Non seulement, en exposant cette doctrine, Marsile ne cite pas Albert de Saxe, mais il attribue formellement cette théorie à Campanus de Novare : « Quinta via est quam ponit Campanus in tractatu suo de Sphaera. -
Or, dans son traité de la Sphère (i), Campanus traite, en effet, de l'existence de la terre ferme. Mais il se borne
{V r.ompani Tractatiis de Sphœra : Cop. V. QuarcSpliaMa non sii iricra.
à affirmer que la surface de l'eau est une sphère ayant pour centre le centre même du Monde ; que les continents, qui émergent comme de véritables îles, ont leur surface plus distante du centre du Monde que le niveau des mers. A l'appui de cette affirmation, il n'apporte aucune explication mécanique ; il se borne à invoquer une cause finale, les besoins de la vie animale.
Un peu plus loin (i), Marsile d'Inghen examine, comme Albert de Saxe, si un grave contient une résistance intrinsèque au mouvement ; il expose avec beaucoup de précision l'opinion de ceux qui, avec Roger Bacon, prétendaient trouver l'origine de cette résistance en la tendance de chaque partie du grave à gagner le centre du Monde et en la gêne que la tendance de chacune d'elles éprouve de la part du désir des autres. Comme Albert de Saxe, Marsile d'Inghen répond que " chaque partie du grave ne désire pas gagner le centre en suivant la ligne qui joint chacune d'elles au centre... C'est le grave tout entier qui tombe de telle sorte que son centre devienne le centre du Monde, ou mieux, de manière à se joindre à l'ensemble des choses graves dont le centre doit être le centre du Monde... Pour la satisfaction de ce désir du grave, il faut que le centre de gravité de ce corps se trouve sans cesse sur un des rayons terrestres. »
La question où Marsile écrit ce passage est, d'ailleurs, intéressante à bien des égards ; nous l'y voyons successivement réfuter une opinion émise par le Précurseur de Léonard de Vinci, puis appeler à son aide une proposition qu'il déclare tirée du Tradatus de ponderibus. Nous trouvons là de nouveaux arguments en faveur d'une remarque que la lecture d'Albert de Saxe nous avait déj<à suggérée : Les découvertes de l'École de Jordanus ont été l'œuvre de mécaniciens peu soucieux, en général, de questions philosophiques. Les philosophes scolastiques se sont préoccupés
(l) .Johannis Marcilii Inguen OMfç.î^^one* in libros Physicorum ; circa librum IV quaeslio VIII.
de bonne heure des rapprochements que l'on pouvait établir ou des divergences que l'on devait constater entre ces découvertes et les principes de la Physique d'Aristote. Cette préoccupation a produit, dès le xiii® siècle, le Commentaire péripatéticien aux Elementa Jordani de pjonderibiis ; nous la retrouvons, au xiv® siècle, dans les Questions d'Albert de Saxe ou de Marsile d'Inghen.
Les passages que nous venons de mentionner ne sont d'ailleurs pas les seids où Alarsile d'Inghen fasse allusion aux écrits de l'École de Jordanus. Lorsqu'il veut établir (l) que les variations de la vitesse d'un corps mû sont proportionnelles aux variations de la puissance du moteur, Marsile se heurte à cette objection : - Un grave pendu à une balance se meut tantôt plus vite, tantôt moins vite, bien qu'il se trouve toujours dans le même milieu. ^ A cette objection, il répond en ces termes : - Bien qu'ici la gravité essentielle demeure toujours la même, il se fait un gain de gravité accidentelle, due à la situation et provenant de ce que le grave regarde le centre auquel il tend plus directement qu'auparavant; c'est cette gravité accidentelle que l'on nomme g?Yiviias secundum sitiim, comme on le voit dans le traité De p)07ideribus. r^
Par Marsile d'Inghen, nous avons vu l'influence d'Albert de Saxe s'exercer à la lin du xiv® siècle ; nous allons voir qu'elle se prolongea bien au delà.
C'est ainsi qu'au xv'' siècle, Biagio Pelacani éprouva tout particulièrement cette influence. Il suffit de lire attentivement le Tractatus de j)onderibus de Maître Biaise de Parme pour y reconnaître les traces des doctrines d'Albert de Saxe.
La troisième et dernière partie du Traité des poids de Biaise de Parme est consacrée à l'Hydrostatique. Assurément les propriétés des poids spéciflques et l'emploi de l'aréomètre à poids constant, qui s'y trouvent exposes.
(1) Joliaiinis Maicilii In^uen Q>(a's(iones in libros Phi/siconon ; circa librum IV qiiœsiio XI.
remontent à l'Antiquité ; nous les trouvons dans le livre De ponderibus attribué à tort à Archimède et dans le Carmen de ponderibus. Mais l'ordre et la forme des questions traitées par Pclacani semblent presque textuellement empruntés à Albert de Saxe (i).
La seconde proposition de la seconde partie du traité de Biagio Pelacani est ainsi formulée : TiHplum pondits ad aliud, in œquilibri positiim, medio uniformiter ut unum resistenie , sublriplum ad ipsiim non levabit. Cette proposition et la démonstration qui en est donnée sont extraites presque textuellement des Questions (2) de Saxonia et de Marsile d'Inghen sur les Physiques d'Aristote.
Albert de Saxe nie (3) que l'intensité de la pesanteur varie avec la distance au centre du Monde : « L'éloignement du centre du Monde fait bien que les diverses parties d'un grave tendent à gagner leur lieu naturel par des chemins différents ; mais jamais la distance n'empêcherait un grave de tendre à son lieu naturel. » 11 semble que ce passage, qui, lui-même, paraît découler d'un argument de Roger Bacon, ait suggéré à Biaise de Parme une remarque qu'il développe et que nous avons mentionnée : Bien que chacune des parties d'un grave garde un poids invariable, l'inclinaison mutuelle de ces divers poids fait que le poids total du grave est d'autant plus petit que le corps est plus voisin du sol. Cette remarque semble, d'ailleurs, être devenue classique dans les Ecoles ; nous la retrouverons jusque dans les écrits de Mersenne et de Descartes.
Le célèbre Pierre d'Ailly était contemporain de Biaise de Parme. Né à Compiègne en i33o, il fut grand-maître
(1) Alberli de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo ; in libriim 111 (luaesliones 1 cl II.
('2j Alberli de Saxonia Quœstiones in libros de physico Audihi ; in libruni IV quiBslio X. — Juliannis Marcilii In^'ucn Quœstiones in libros Physicoruni ; ciica libruni IV qupeslio IX.
f7>) Alberli de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo ; in libium I quseslio X.
du Collège de Navarre en 1384, évêque de Cambrai, cardinal en 1411, légat du pape en Allemagne et à Avignon ; il mourut en 1420. Parmi ses nombreux écrits se trouve un commentaire, en quatorze questions, au traité De Sphœra composé par Sacro-Bosco ; ce commentaire est presque toujours compris en ces collections de traités cosmographiques qui furent si souvent éditées à la fin du xv"" siècle et au commencement du xvi'' siècle (ij.
La cinquième question de Pierre d'Ailly est ainsi formulée : -^ Le ciel et les quatre éléments ont-ils la forme sphérique? » Pour répondre à cette question, Pierre d'Ailly reproduit presque textuellement ce qu'Albert de Saxe a écrit sur le même sujet dans ses Quœstiones relatives au De Cœlo. D'ailleurs, tout en faisant cet emprunt large et
(I) Voici, à litre de documents, les collections do ce genre que nous avons consultées :
1° Barthol. Vesjiuccio (Florent.) De laudibus Ash^ologke. — Texlus Sphœrœ ion. de Sacro Busto. — Capuani de t>\i\nù-odon\a Exposido sphœrœ.
— Jac. Fabri Siapulensis Comment, in Sphœram. — Pétri de Aliaco card. Quœstiones XllII. — Roberli Linconiensis episc. Compeiidium Sphœrce.
— Disput. Joa de Regio Monte contra Cremonensia deliramenta. — Fr, Capuani Theoricarum novarum textus cum expositione. — Colophon : Veneliis, per Jo. Rubeuni et Bern. fralres Vercelli. ad instant. Juncise de Junclis. 1508.
20 Sphœra, cum commentis in hoc vohonine contentis, videlicet : Cichi Esculani cum textu. — Ex|)Ositio Joan. Baptistae Capuani iti eandem.
— Jacobi Fabri Siapulensis. — Theodosii De Sphœris — Michaeli^ Seoti. — Quœstiones reverendissimi Doniini Pétri de Aliaco, etc — Roberti Linchoniensis Compendium. — Tractatus de sphœra solida. — Tractatus de computo majori ejusdem. — Disputatio Joannis de Monteregio. — Textus theoricœ cum expositione Joannis Baptisiae Capuani. — Piolemeu? de speculis. — Colophon : Venetiis, imiionsa haeredum quondam Uomini Octaviani Scoli Modoeliensis ac sociorum ; 19 Januarii l.o28.
5" Sphœrœ tractatus Jo. de Sacro Busto. — Gerardi Crenion. Theoricce planetarum. — G. Purbachii Theor.planet. — Prodoscimi de Bchlomanilo Patav. Comm. sup. tractatu sphœrico. — Joannis Bapt. Capuani Expos, in sphœra. — Mich. Scoti Expositio in spha'ia. — Jac. Fabri Siapulensis Annotât. — Campani Comp. s. tract, de sphœra. — De modo fabricandi sphœram solidam. — Pétri card. de Aliaco XIV quœstio>w.<. — Bobcrli Linconiensis Tractatus de sphœra. — Bartliolomei Vcspulii Gloss. — LuciB Gaurici Castigat. — Ejusdem Xum quid sub œquatore sit habitatio. — Ejusdem De inventoribus Astrologiœ. — W^ttUs^W kvàh'x Theor. planetarum. — Veneliis, Luc. et Ant. Juniae, 1551.
bien reconnaissablo à la science d'Albert de Saxe, il se garde d'en nommer le légitime propriétaire. Albert de Saxe, en effet, a été au plus haut degré un de ces génies méconnus dont la pensée féconde nourrit pendant des siècles une science qui ne daigne pas prononcer leur nom.
Aux corollaires d'allure paradoxale qu'Albertutius a tirés de la sphéricité de la terre et des mers, Pierre d'Ailly en ajoute quelques-uns de son cru ; citons ceux-ci :
« Celui qui possède un champ voisin d'une autre pièce, et qui creuse sa terre en gardant à la cavité une section d'étendue invariable fait tort au propriétaire voisin.
r. Si la Terre était coupée par une surface plane dont le milieu serait au centre du Monde et si l'on répandait de l'eau sur ce plan, cette eau tendrait à prendre la forme d'un hémisphère ayant pour centre le centre du Monde.
r: En second lieu, si le fond d'un étang est plan, cet étang est assurément plus profond au milieu qu'au bord.
« En troisième lieu, le même vase contient plus de liquide en un lieu bas qu'en un lieu élevé. »
Ces aphorismes, dont le dernier est emprunté à Roger Bacon, étaient bien propres à frapper l'imagination ; ils eurent, comme ceux d'Albert de Saxe, grande vogue dans les écoles ; on les retrouve encore dans les écrits de maint auteur du xvii^ siècle.
Jean-Baptiste Capuano de Manfredonia (i) vivait, au dire de Tiraboschi, vers 1475 ; il était chanoine régulier de Saint- Augustin et s'adonnait à l'Astronomie. On possède de lui luie Exposition du traité de Sacro-Bosco qui se rencontre, en général, dans les mêmes recueils que les Questions de Pierre d'Ailly.
Lorsqu'il énumère les raisons pour lesquelles l'eau ne couvre pas en entier la terre, Jean- Baptiste Capuano
(l) Dans certains recueils cosmographiques, on le nomme Sipontinus, de Siponte (Maria-Sipoiiio). Parfois, au lieu de Giovanni Baptista, il porte comme prénom Francesco (Voir, à ce sujet : Riccardi, Biblioteca matematica italiana, Part. I, t. I, col. 258-240; Modena, 1870).
cite, en premier lieu, celle-ci, où nous reconnaissons la théorie favorite d'Albert de Saxe : " La terre n'est point, en son entier, d une gravité uniforme ; elle est, d'une part, plus lourde que de l'autre ; cela tient à ce qu'une de ses parties est plus dense, plus épaisse, exempte de pores et de cavernes, tandis que l'autre est poreuse et pleine de cavités ; le centre de grandeur ne coïncide donc pas avec le centre de gravité ; dès lors, la partie la plus légère, qui est beaucoup plus éloignée du centre du Monde, émerge hors des eaux et demeure découverte. »
Jean-Baptiste Capuano a, du reste, fort mal compris le raisonnement qu'il reproduit, car il y fait l'objection suivante : - Il ne paraît pas vraisemblable que la terre, en la région qui demeure découverte, soit assez légère pour émerger hors de l'eau. » Chose plus curieuse, notre auteur écrit : « Cette explication est attribuée à Campanus, ri Cette attribution à Campanus d'une doctrine dont il n'a jamais soufâé mot, et qui appartient en entier à Albert de Saxe, nous l'avons déjà rencontrée dans les Quœstiones subtilissiinœ in libros Physicorum de Jean Marsile d'Inghen. Avec une persistance dont la raison nous échappe, les scolastiques qui empruntent les doctrines d'Albert de Saxe ont grand soin, en général, de taire son nom ; qui plus est, ils remplacent parfois ce nom par celui d'un auteur qui n'a rien à faire avec ces doctrines.
Jean- Baptiste Capuano attribue donc à Campanus une théorie qui est d'Albertutius ; faut-il penser qu'il n'a point lu ce dernier auteur et qu'il connaît ses idées par une tradition anonyme ? Comment pourrait-on le croire lorsqu'on rapproche des Questions d'Albert de Saxe ce passage de Capuano :
« La Terre se meut sans cesse d'un mouvement rectiligne... On en donne la preuve en même temps que la raison et la cause. La terre, du côté qui n'est point couvert par les eaux, est sans cesse subtilisée par les rayons du Soleil et la chaleur des étoiles ; elle se réduit
en vapeurs et se consume ; cela est certain et par l'expérience, et par le premier livre des Météores ; en effet, toutes les exhalaisons qui s'élèvent de la terre proviennent de cette partie découverte. Mais, sur l'autre côté, qui est recouvert par les eaux, l'intensité du froid condense l'eau du fond de la mer et la change en terre ; en même temps, comme cette région est la plus basse de toutes, tous les graves qui sont dans la mer y descendent ; la terre augmente donc sans cesse de ce côté et sa gravité croît. Puis donc que, d'un côté, quelque portion de la terre se consume sans cesse, tandis que, de l'autre côté, il se fait un continuel apport, le centre de gravité de la terre change de place. La moitié couverte par les eaux, devenue plus lourde que la moitié découverte, descend, se rapproche du centre, et pousse l'autre moitié. Le centre du Monde ne demeure donc point en la même région de la terre ; la partie de la terre qui, primitivement, était au centre, devient plus voisine de la surface ; et ce déplacement continue jusqu'à ce que cette partie vienne à la surface même. «
Les Questions d'Albert de Saxe étaient donc très souvent lues, très profondément méditées, mais très rarement citées par les hommes de science à la fin du xiv^ siècle et pendant toute la durée du xv® siècle ; il en était de même à la fin du xv^ siècle et au début du siècle suivant. Augustin Nipho (1473-1 538) emprunte à Albertus de Saxonia toute sa théorie de la gravité ; c'est en vertu de cette théorie qu'il écrit (1) le passage suivant : « Que l'eau soit en repos ou en mouvement, elle n'est point deorsum in respectu tant que sa surface n'est pas équidistante du centre ; c'est seulement lorsque cette condition est satisfaite que l'air constitue son lieu naturel ; la terre n'est point deorsum simjMciter tant que son centre de gravité
(1) Auiîuslini Niplii philosophi Suessani Expositiones super octo Aristotelia Stagiritœ libros de physico Audiiu... Vcneliis, apud Hieronymum Scoluin, MUl.Vlll. Physieorum liber quarlus, p. 507.
ne coïncide pas simplement avec le centre du monde. L'eau ne formera donc le lieu naturel de la terre qu'autant que la terre ainsi logée tiendra le milieu du monde. »
Pas plus que Nipho, Gaétan de Tiène (i) ne nomme Albert de Saxe ; cependant, en ses commentaires à la Physique d'Aristote, il lui fait de nombreux et reconnaissables emprunts ; il mentionne , sans l'adopter, sa théorie du centre de la terre : « Certains imaginent, dit-il (2), que le centre de grandeur de la terre n'est point le centre du Monde ; en effet, la partie soumise à l'action du Soleil et des astres est très sèche et légère ; et comme le centre de gravité de la terre coïncide avec le centre du Monde, il s'ensuit que cette partie de la terre très sèche et légère est beaucoup plus haute que l'autre partie, où s'engendre une grande quantité d'eau ; il y a donc une partie de la terre qui est plus élevée que toute l'eau. « Gaétan de Tiène mentionne également la théorie selon laquelle la terre et l'eau sont excentriques l'une à l'autre ; au dire de cette théorie, « l'eau, sauve de tout empêchement, tendrait non pas au centre du Monde, mais au centre de sa sphère ; en sorte que de l'eau que l'on placerait au centre du Monde sans que rien l'y retînt, monterait de mouvement naturel jusqu'au centre de sa propre sphère ». Mais Gaétan attribue à tort cette théorie singulière à Campanus, qui n'a rien dit d'approchant ; elle est, nous le savons, l'œuvre de Nicolas de Lyre.
Alexandre Achillini, de Bologne (i463-i5i2), dans son livre sur les orbites célestes (3), fait à l'une des doctrines
(1) Gaëlan de ïiène, né à Vicenco, enseiijna la ()liiloso[thi(; à Padoue ; il mourut en ceUe ville en 1463. 11 ne le faut [)oint contundre avec Gaétan de Tiène, né à Vicence en 1480, mort en 1547; celui-ci fonda l'ordre des Théaiins et fut canonisé. Il ne faut point non plus le confondre avec lillusire cardinal Caielan (1469- 1554).
(2) Recolleciœ Gaieiani super octo libros Physicorum cion annotaiionibus textuum. In fine : " linpressuni est hoc Veneliis per Bonelam Localelluni, jussu et expensis nobilis viri Domini Octaviani Scoli civis Modoetiensis. Anne salulis 1490. •• Lib. IV, qua3.<tio I.
(ô) Alexandri Acliillini Bononiensis Quatuor libri de Orbibus; Bononias,
d'Albert de Saxe une allusion fort nette : " Je pose en principe, dit-il, qu'il y a deux centres du Monde : un centre naturel, qui est l'élément de la terre, et un centre mathématique, savoir le point qui est le centre de gravité de la terre, si le centre de gravité diffère du centre de grandeur ; car celui-ci peut bien être appelé centre de la terre, mais non point centre du Monde. ^
On n'en finirait point si l'on voulait relever toutes les traces des théories d'Albert de Saxe ; à la fin du xv^ siècle, au début du xvi^ siècle, il est presque impossible d'ouvrir un livre qui traite de la gravité, de l'immobilité de la Terre, de sa position dans l'Univers, des relations entre l'eau et la terre ferme, sans y reconnaître l'écho plus ou moins net, plus ou moins altéré, des enseignements qu'Albertutius donnait en Sorbonne au milieu du xiv^ siècle.
Ne recueillons point toutes ces résonances ; bornonsnous à en signaler une dernière, parce que celle-là retentira longtemps encore, portée par la vogue extraordinaire de là Perle philosophique de Grégoire Reisch.
Grégoire Reisch était, à la fin du xv^ siècle et au commencement du xvi" siècle, prieur d'une chartreuse près de Fribourg (i) ; sous ce titre : Margcoiéa philosopJiica toiius pjhilosojjhiœ ralionalis, naiuralis et moralis p)rincipia dialogice duodecim libris doctissime complectens, il composa en 1496 (2) une sorte de petite encyclopédie philosophique, rédigée sous forme de dialogues.
impensis Benedicli Ilecioris Bononicnsis, MCCCCLXXXXVIII ; Liber priimis, (lubium lerlium. — Alcxandri Achillini Bononiensis, philosoplii celcberrinii, Opéra omnia, in unian collecta,... omnia jiosi primas cdiiiones mine [irimum cniendaliora in lucein [irodeunt. Veneliis, apud Hieronymuiii Scolum, MUXLV; p. 29.
(1) Sbaralea [Supplemeniian scriptorum Franciscanorum, pi». 312- 515) et, d'après lui, U. Clitnalier (Répertoire des Sources historiques du moyen âge ; Bio-bibliographie, col. 927) font de Grégoire lleisch un francii-eain. Brunel (Maiutel du libraire et de l'amateur de livres, Paris, 1865, t. IV, col. I2U0) lui attribue, |iar erreur, le prénom de Georges.
(2) Panzcr, dans les Annai.es typographiques, et Hain, dans son Repertorinm, ont cité une édition, sans date ni lieu d'édition, 011 l'ouvrage même jiorie la mention : Eœ Heidelberga, III hal. Januarii 1496.
Cet ouvrage qui, sous un petit volume, réunissait des connaissances si variées, se répandit extrêmement ; pendant tout le xv!*" siècle, les éditions se succédèrent, nombreuses (i) ; au moment même où le xvii^ siècle allait commencer, Jean-Paul Galluci en donna une traduction en italien (2). Le livre VII est consacré aux principes de l'Astronomie ; au chapitre XLII du premier traité, l'auteur examine la disposition de l'eau par rapport à la terre ferme ; au sujet de cette disposition, il émet une opinion étrange et qui, cependant, aura bien des partisans au cours du xvi® siècle ; il attribue à la surfoce des mers la figure d'une sphère, à la terre ferme celle d'une sphère plus petite ; il suppose que cette seconde sphère est contenue en entier à Tintérieur de la première, sauf en un point où elle la touche.
Cette opinion invraisemblable, Grégoire Reisch l'appuie de considérations où nous reconnaissons sans peine un résumé grossier et peu exact des théories d'Albert de Saxe. « La substance de la terre et de l'eau, dit-il, forme un seul corps sphérique; les philosophes lui ont attribué deux centres, savoir le centre de gravité et le centre de grandeur. Le centre de grandeur divise en deux parties égales l'axe de symétrie de la figure formée par l'ensemble de la terre et de l'eau ; il est le centre du Monde. Quant au centre de gravité, il est en dehors du précédent ; il se trouve sur le diamètre de la sphère terrestre ; celui-ci surpasse nécessairement la moitié du diamètre de la sphère
(1) Outre l'édition que nous venons de citer, Brunel (loc. cit.) mentionne les éditions de Fiibourg en 1505, de Strasbourg en 1504, l.oOS, 151:2, 1515. de Bâle en 1554 et 1583; celle que nous avons consultée à la Bibliothèque municipale de Bordeaux est de Joannes Scliotlus, Basileae, 1517.
(2) Margariia fîlosofica del B. P. F. Grei.'orio Reisch, nella quale si trattono tutle le doltrine comprese nella cidopedia. accresciula di moite belle doltrine da Orontio Fineo matematico Régie. Di novo iradotta in Italiano da Gio. Paolo Galluci Salodiano, Accademico Venelo et accresciuta di molle cose. in Vinegia, 1599 ; presso Barezzo Barozzi e C.ompagni. — Celle même édition, dont le frontispice seul avait été changé, était également vendue : In Venetia, MDC ; appresso Jacomo Antonio Somascho.
que forme l'ensemble de l'eau et de la terre ; sinon, le centre du Monde ne se trouverait pas au sein de la terre ; et l'on ne pourrait guère, en Physique ni en Astronomie, rien dire de plus absurde que cela.
« Il est nécessaire de distinguer entre les deux centres, parce que la terre émergée est plus légère que la terre submergée. Lorsqu'une partie de la terre émerge, elle est d'abord humide; mais bientôt elle se dessèche et s'allège. Le centre de gravité de la terre ne saurait donc coïncider avec son centre de grandeur ; placé sur le diamètre de la terre, ce centre de gravité tend sans cesse à se rapprocher de la partie de la surface terrestre que les eaux recouvrent. D'autre part, les eaux coulent sans cesse vers cette partie, car elle est la plus proche du centre du Monde. 11 en résulte que la Terre est animée d'un mouvement local incessant, car les parties les plus éloignées du centre de gravité tendent à se placer à la même distance que les autres. Mais le tout est limité par une seule surface convexe et l'eau n'inonde pas la surface de la terre... »
Cette conclusion, il faut bien l'avouer, ne semble guère compatible avec la disposition que Grégoire Reisch attribue à l'eau et à la terre ; Giuntini (i) en a très justement fait la remarque. En vérité, l'hypothèse de Grégoire Reisch est criante d'absurdité ; cependant les doctrines géodésiques du xvi® siècle en subiront la profonde et durable influence.