La tradition d'Albert de Saxe dans t École
Thimon le Juif, Marsile tflnyhcn % Biaise de Parme
Pierre iCAilhj, Jean-Haptiste Capuano
Sijth o , ( iretjt 'ire Heisch
(trorgeN Lokert qui, en 1 5 1 6 et i3i8, donna dett* édition* des Questions d'Albert de Saxe sur la Physiq+* d'Aristote. sur le I>e yenerafionc et con*U}>(ione et sur I e
De Cœlo et Mundo, était bien placé, assurément, pour connaître les traditions de l'Université de Paris ; en 1 5 1 6, il était professeur de Physique au Collège de Montaigu ; en i5i8, il enseignait en Sorbonne.
Georges Lokert, en YEpistola nuncupatwia et parœne- Hca qu'il met en tête de ses deux éditions, nous apprend qu'au xiv e siècle, trois hommes excellaient en Philosophie naturelle et formaient, au sein de l'École parisienne, une sorte de triumvirat ; ces trois hommes étaient Albert de Saxe, Thimon et Jean Buridan. Il ajoute que les Italiens, et, en particulier, les Vénitiens, se sont empressés de livrer à l'impression les œuvres des deux premiers, tandis que les écrits de Buridan sont encore inédits. Les Français, plus négligents, semblent laisser les œuvres de leurs maîtres illustres moisir dans la poussière. C'est pour remédier à cette incurie que Georges Lokert publie non seulement les commentaires à la Physique, au De 9enerattone et conwptione, au De Cœlo et Mundo composés par Albert de Saxe, mais encore les Quœstiones super quatuor libros meteoimm compilatœ per doctissimum Philosophiœ professorem Thimonem et ce que Buridan * écrit sur les divers traités qui composent les Physica minora d'Aristote. Par les soins de Lokert, nous possédons ainsi un précieux héritage de la Physique que l'on e nseignait en Sorbonne au milieu du xiv e siècle. Qu était-ce que Thimon i
Du Boulay ( i ) nous donne quelques brèves indications au sujet de Timon le Juif (Temo judœus). C'était, nous dit-il, un clerc de la ville de Munster en Westphalie ; il débuta dans l'étude des arts, à la Sorbonne, en 1349, sous Maitre Dominique de Chivasso. Le 26 août 1 353, il fut élu Procureur de la Nation Anglaise; cette charge lui fut de nouveau confiée le 18 novembre 1 355. « Ce fut un très célèbre professeur de Philosophie ; nous avons lu que bon
f f > Bulaeus, Historia Universitatts Parisiensis, MDCLXV11I, t. IV, p. Wl.
nombre d'étudiants ont débuté avec lui, ont conquis 1 grade de licencié et ont terminé leurs études. •
Plus jeune qu'Albert de Saxe, Tbimon le Juif a sai doute suivi les enseignements de ce maître. La trace c ces enseignements se reconnaît maintes fois dans I< Questions sur les Météores ; en ces Questions, les comroei taires au De Cœlo et Mundo composés par Albertus < Saxonia sont explicitement cités et discutés.
La pensée de Thimon le Juif n'a pas toujours la ferme logique qui caractérise les doctrines d'Albert de San parfois, on la voit hésiter quelque peu entre deux opinioi contraires ; elle ne s'en montre pas moins ingénieuse* originale ; sur beaucoup de questions de Physique, Thi mon a vu plus loin et plus juste que ses devanciers; le solutions qu'il a proposées, les hypothèses qu'il a émise ont grandement indue sur le développement de la Pbr sique à l'époque de la Renaissance ; il est telle vérité admise aujourd'hui sans conteste, dont la découverte a éfc préparée et provoquée par ses recherches.
Les Questions de Thimon le Juif au sujet des Mètèûrt d'Aristote mériteraient donc une étude approfondie ; nui ce n'est point ici le lieu de poursuivre cette étude ; no« devons nous borner à relever, parmi les affirmations d notre auteur, ce qui concerne la tendance du centre d gravité de tout poids vers le centre de l'Univers.
Thimon connaît la doctrine d'Albert de Saxe ; il cou nait même les deux doctrines de ce maître ; Tune. «Il qui a été donnée aux Questions sur la Physique, afflrn que le centre de l'Univers est occupé par le centre cou mun des graves, de l'eau aussi bien que de la terre ; l'autri celle qui a été exposée aux Questions sur le De C*rli soutient que, seul, le centre de gravité de la terre fera se trouve au centre du inonde. Kntre ces deux doctrine Thimon hésite ; son adhésion s'attache tantôt à l'un tantôt a l'autre, et ses hésitations engendrent des contr dictions.
Au premier livre de ses Quœstiones perutiles (i), nous voyons Thimon admettre, contrairement aux théories d'Albert de Saxe, que l'eau des mers pèse sur la terre ferme et qu'il faut tenir compte de leur poids pour déterminer la position de la terre par rapport au centre du Monde. • J'imagine, dit-il, que, du côté du globe qui nous est opposé, la mer pénètre en des cavités dont la terre est creusée ; entre ces cavités s'élèvent des proéminences pierreuses, beaucoup plus pesantes que la terre qui se trouve de notre côté ; et peut-être la pesanteur de l'eau vient-elle en aide à la gravité de ces parties de la terre qui se trouvent au delà du centre ; dès lors, grâce au concours de la pesanteur de l'eau, ces parties pèsent plus que les terres habitables, bien que celles-ci soient plus volumineuses; c'est pourquoi la surface convexe de ces dernières P^ut se trouver plus loin du centre du Monde que la surface convexe qui termine l'eau de l'autre côté du globe. » « 11 est des philosophes, dit-il ailleurs (2), dont l'opinion est telle : la terre et la mer constituent un poids unique ; le centre de gravité de cet agrégat coïncide avec le centre du Monde ; ce qui se trouve donc au centre du Afonde, ce n'est ni le centre de gravité de la terre ferme, tii le centre de gravité de l'eau, ni le centre de grandeur, ïnais bien le centre de gravité de l'ensemble formé par la terre et l'eau.
» Cette opinion me semble probable et forte. « Toutefois, Thimon lui oppose des objections, d'ailleurs fort peu claires; et ces objections le ramènent à l'opinion qu'Albert de Saxe a soutenue dans ses Quœstiones sur le De Cœlo.
- Il me parait donc plus vraisemblable que le centre de gravité de la terre ferme se trouve au centre du Monde ou près de ce centre ; en la partie du globe que l'eau recouvre, la terre ferme est beaucoup plus lourde que celle qui
(f) Thimonis Quœstiones in libros Meteoïum; in librum I quaestio V. Xi) ld., ibid. ; in librum II quaestio 1. /
se trouve de notre côté ; quant ù l'eau, bien qu'elle so naturellement grave, elle est moins grave que la terni cette eau demeure donc simplement superposée à la part la plus dense de la terre, tandis qu'émerge la partie de terre qui est la plus légère. »
Incidemment, Thimon rejette une théorie inadmissib qu'il formule (i) en ces termes :
« On a émis l'opinion suivante : La terre et leau soi toutes deux excentriques au Monde ; c'est pourquoi 1 terre est en partie découverte par les eaux, car la ten et l'eau sont toutes deux sphériques. »
Cette doctrine inacceptable, visée par Thimon, est sai doute, si nous en croyons Giuntini (2), celle que Nicoli de Lyre [3) avait émise dans son commentaire au prêtai* chapitre de la Genèse.
A l'encontre de cette opinion de Nicolas de Lyre Albert a enseigne (4) que la terre ferme était à j*l près sphêrique, mais que son centre de gravite, et non pas son centre de figure, se trouvait au centre du M unde ; quant à l'eau, elle est exactement bornée par une surface sphêrique dont le centre est le centre même de l'Univers.
C'est cette doctrine même que reprend Thimon lorsqu'il écrit i5) :
- Le centre de gravite de la terre ferme tout entière coïncide avec le centre du Monde ; c'est autour de ci
(I; II11111011. /oc. cit.
{i)ti. Jui.riini Hoientim, i>a«i;r ihcuiog.a» <locion$, Cotnmmtaria »■ .sjthirrotn Jt.anms de Sticro Bosco acxttratissitna. LtifiluM. j|-o^ l'hihppuiii Tuiphitm. MDLXXVIII ; |». 178.
(3i Nu*oI.i> tir l.>ie tlait ne a Neu\e-l \ie «turc \rrs ti'.O; en I3M. ti c'*; 1 f.ar.r. r.i;u a Vi rnruil : il mouiul à l*an> en 1340. Ses eoimner'are* oftl fii» maintes loi? ini|»riim a « : Nieulai I.uani l'est t lier pet}*ttnr m rrtw* et norntn Itëtmhcntuin , Ken a\ 1471-147*. — liiblta sacra tut ma «** j.otdUts Nnolai »!<• l.\ra ; \ ciicin^. 1481. — Nieolai «le l.> ra l*c$t*t** morales seu wyittcir suj*r litbham ; Mantua». 1481. — Moral ta s+yr+ totam litll'Qin trains Nieolai de Lira; Argeiitorati, circa 1470, fie.
(4 Aibeiu «Je saionia (/utrstioties m iifrri-s de Carlo et Uundo . '•* librum II quuMio XXV.
(5« Thimon, /oc. ci/.
même centre que l'eau demeure en repos ; c'est vers lui qu'elle se meut ; elle s'en approche autant que possible.
» Imaginons que la terre soit, tout d'abord, supprimée et que toute l'eau se trouve réunie autour du centre du Monde ; concevons ensuite que l'on submerge la partie la plus lourde de la terre ferme jusqu'à ce que le centre de gravité de cette terre occupe le centre du Monde ; car on admet que cette sphère terrestre n est pas d'une gravité uniforme ; qu'un quart de cette sphère est, par exemple, plus lourd que tout le reste ; cette partie la plus lourde demeurerait alors près du centre [et au-dessous de lui], tandis que les trois autres quarts demeureraient au-dessus ; ainsi il pourrait se faire qu'une partie de la terre demeurât hors de l'eau, à cause de sa plus grande légèreté. »
L'influence d'Albert de Saxe, nous le voyons par l'exemple de Thimon, fut grande sur ses contemporains. Cette influence se fit sentir dans l'École d'une manière puissante et persistante.
Jean Marsile d'Inghen fut, en 1 386, nommé recteur de Heidelberg ; il mourut en cette ville le 20 août i3g6. Ses Questions sur la Physique d'Aristote ( 1 ), conçues sur le môme plan que les Questions d'Albert de Saxe, ont été constamment inspirées par la lecture des œuvres de ce dernier ; les énoncés des unes sont souvent identiques aux énoncés des autres; acceptées ou combattues, la plupart des doctrines physiques d'Albertutius s'y retrouvent, souvent complétées et précisées ; son nom seul, par un oubli systématique que nous aurons maintes fois à constater, a été omis ; Marsile d'Inghen se borne à déclarer qu'il suit les doctrines de
(l) Quœstiones sublilissunœ Johannis Marcilii ln^uen super octo libros Phyticorum, secundum nomiailium v'am, cum tabula in fine libri POsita; suum in lucem primum sorliuntur effectum. — Colophon : Explieiunt quaesliones super octo libros Pliysicorum manistri Johannis Marcilii Inguen secundum nominalium viain. Impress;e Lu^duni per honestum virum Johannç m Harion. Anno Domini MCCCCCXVIII, die vero XVI inensis Julii. Deo graiias.
Nous avons vu précédemment (p. t-4) comment, en 1617, ces Questions ««Marsile d'Inghen avaient été attribués à Duns Scot.
l'École nominaliste, qu'il traite la Physique secundw» nominalium viaw. D'ailleurs, l'œuvre de Marsile d'Inghen est fort inférieure à celle de son précédesseur ; parfois, il en reproduit les opinions sans les avoir, seroble-t-il, suffisamment comprises.
C'est ce qui a lieu, notamment, en la question h) ou Marsile d'Irghen examine ce problème : - L'eau est-elle le lieu naturel de la terre ? »
Après avoir rapporté, à pou près comme le fait Albert de Saxe, les diverses objections que Ton peut ap|K>rt<r contre cette affirmation : * L'eau est le lieu naturel do U terre -, Marsile remarque que la difficulté de la question examinée provient de cette autre, à laquelle il faut auparavant répondre : - Pourquoi la terre est-elle en |«rtie couverte deau et en partie découverte i »
Le recteur de Heidelberg cite alors plusieurs répons qu'il rejette. Certains, par exemple (c'est l'opinion que soutenait Duns Scot et que soutenait également Campanu* de Novare, à la tin du xnf siècle, en son mité De S/Jumr. prétendent qu'il existe une terre ferme pour le salui Je* animaux qui ne peuvent vivre sous l'eau. * Cette répons assigne une cauî-e finale, et point une cause efficiente.. . tandis que c\st une cause c-fficunte que nous cherchons, et là gît la difficulté.
• D'autits répondent que la terre et l'eau sont »lt*ui sphère s qui se et upent, car elles n'ont point même rentre . du côte découvrit par les eaux, le centre de la lenv K plus èle\é. - LVtte opinion, m us l'avons dit. fut celi» 1 de Nicolas de Lvre ; Marsile la réfute comme l'a lirt Thimon, «n son liwe des J/«7tY>v.v, que le recteur de Heidellu rg parait bit n avoir lu : - Le même poii;t <^ # * centre du Monde et centre de la gravite ; la masse entière de l'tnu et la masse eniièie de la terre solide ont deM même «entre... D'aillcuts, la terre habitable ou, du u. <•;!.*.
(I Johaitim Mjrt'i.u Ir^um Qturstioncs tn Itbroê l'hysicvrum , on* tibrtim IV i|u»Mto V.
la terre ferme serait de forme circulaire. Cette conséquence est fausse... car la terre habitable est plus longue que large. »
Après avoir relaté ces diverses opinions, Marsile d'Inghen expose celle-ci, où nous reconnaissons la doctrine favorite d'Albert de Saxe : « En cette explication, on suppose tout d'abord que les diverses parties de la terre n'ont pas même gravité ; l'expérience nous prouve qu'il en est de plus lourdes et de moins lourdes... De là découle cette seconde supposition que le centre de gravité de la terre ne coïncide pas avec son centre de grandeur.
» Ces suppositions faites, on imagine que la terre plonge dans l'eau comme une colonne dont la partie inférieure serait, de toutes parts, entourée d'eau, tandis que l'autre partie émergerait et formerait ce que l'on nomme la terre ferme. Concevons, par exemple, qu'un clou se trouve en équilibre au centre de la terre ; il n'y aurait qu'une faible longueur de ce clou d'un certain côté du centre, savoir, du côté où se trouve la tête du clou ; et cela parce que la tête est beaucoup plus lourde que le reste du clou. Eh bien, on suppose que la terre est placée de même par rapport au centre et sous l'eau. »
Marsile d'Inghen rejette cette explication par une argumentation peu compréhensible ; il en propose une autre d'après laquelle l'eau, dont la masse totale est fort petite, remplirait seulement certaines cavités creusées au sein de la terre solide. N'insistons pas sur cette théorie, assurément moins philosophique que celle d'Albertutius.
Un point mérite de retenir un instant notre attention. Non seulement, en exposant cette doctrine, Marsile ne cite pas Albert de Saxe, mais il attribue formellement cette théorie à Campanus de Novare : « Quinta via est quam ponit Campanus in tractatu suo de Sphsera. »
Or, dans son traité de la Sphère (1), Campanus traite, en effet, de l'existence de la terre ferme. Mais il se borne
(V Campani Tractatus de Sphœra : Cap. V. Quarc Spha?ra non sil intégra.
à affirmer que la surface de l'eau est une sphère ajir pour centre le centre mémo du Monde ; que les continenu qui émergent comme de véritables Iles, ont leur surfac plus distante du centre du Monde que le niveau des men A l'appui de cette affirmation, il n'apporte aucune expl cation mécanique ; il se borne à invoquer une caw finale, les besoins de la vie animale.
Un peu plus loin (i), Marsile d'Inghen examine, coma Albert de Saxe, si un grave contient une résistance intrii sèque au mouvement ; il expose avec beaucoup de préc sion l'opinion de ceux qui, avec Roger Bacon, prélendaiei trouver l'origine de cette résistance en la tendance d chaque partie du grave à gagner le centre du Monde < en la gène que la tendance «le chacune d'elles éprouve d la part du désir des autres. Comme Albert de Saxe. Mai sile d'Inghen répond que * chaque partie du grave o désire pas gagner le centre en suivant la ligne qui join chacune d'elles au (rentre... C'est le grave tout entier qu tombe de telle sorte que son centre devienne le centre tli Monde, ou mieux, de manière à se joindre a IVnsembl* des choses graves dont 1»» centre doit être le centre <i: Monde... Pour la satisfaction «le ce désir du grave, il fau que le centre de gravite de ce corps se trouve sans «vss sur un «les ravons terrestres. »
La question où Marsile écrit ce passage est, d'ailleurs intéressante a bi« n des égards ; nous l'v vovons su«ivs>i veinent réfuter une opinion émise par h» Pre-airseur d Léonard de Vinci, pus appeler a son ai«le une ppqHis.iiu qu'il déclare tirée du Tractât us de j»>n*lcrihus. Nous tr«»tj vous 1 1 de r ouveaux arguments en faveur d'une remarqu que l-i lc'-tuiv d'Albert d- 1 Saxe nous avait déjà suggérée Les découvertes de l'Kcnle de.lotdanus ont e(e l'iiuivre d meeaiii iei:s peu soucieux, en gênerai, de questions philo
sopl)iqU"S. Les philosophes scolastiqlies se sont pIVOiVIllK»
l Jnhj'iii * Mjri-ilh Io^u-ti (J 4>rMtianc% m iifrru l'h'/Mtrorutn ; *. Iibrum IV «jUil'Mio VIII.
de bonne heure des rapprochements que l'on pouvait établir ou des divergences que l'on devait constater entre ces découvertes et les principes de la Physique d'Aristote. Cette préoccupation a produit, dès le xm e siècle, le Corntnentaire péripatéticien aux Elementa Jordani de ponderibits ; nous la retrouvons, au xiv 6 siècle, dans les Questions d'Albert de Saxe ou de Marsile d'Inghen.
Les passages que nous venons de mentionner ne sont d'ailleurs pas les seuls où Marsile d'Inghen fasse allusion aux écrits de l'École de Jordanus. Lorsqu'il veut établir ( i ) que les variations de la vitesse d'un corps mû sont proportionnelles aux variations de la puissance du moteur, Marsile se heurte à cette objection : « Un grave pendu à une balance se meut tantôt plus vite, tantôt moins vite, bien qu'il se trouve toujours dans le môme milieu. » A cette objection, il répond en ces termes : * Bien qu'ici la Cavité essentielle demeure toujours la même, il se fait un #ain de gravité accidentelle, due à la situation et probant de ce que le grave regarde le centre auquel il tend p'us directement qu'auparavant; c'est cette gravité accidentelle que l'on nomme gravitas secundum situm, comme on le voit dans le traité De ponderibus. »
Par Marsile d'Inghen, nous avons vu l'influence d'Albert de Saxe s'exercer à la fin du xiv e siècle ; nous allons voir quelle se prolongea bien au delà.
C'est ainsi qu'au xv e siècle, Biagio Pelacani éprouva *°Ut particulièrement cette influence. Il suffit de lire attentlv ement le Tractatus de ponderibus de Maître Biaise de °^rme pour y reconnaître les traces des doctrines d'Albert te Saxe.
La troisième et dernière partie du Traité des poids de ^l^ise de Parme est consacrée à l'Hydrostatique. Assuré- 'J^nt les propriétés des poids spécifiques et l'emploi de l^^éomètre à poids constant, qui s'y trouvent exposés,
* *)Johannis Mardlii Inguen Quœstiones in libros Ph y sicor um; circa l,t *«nimIVqiiïestioXI.
remontent à l'Antiquité ; nous les trouvons dans le livrée De pondeiHbus attribué à tort à Archimède et dans le Carmen de ponderibus. Mais l'ordre et la forme des questionna traitées par Pelacani semblent presque textuellemer* empruntés à Albert de Saxe (1).
La seconde proposition de la seconde partie du irai*.* de Biagio Pelacani est ainsi formulée : Triplum pondmm^ ad aliud* in œquilibri positum, medio uniformiter ut un* .m résistante, subtriplum ad ipsum non levabit. Cette prx> position et la démonstration qui en est donnée som extraites presque textuellement des Questions 2 «Je Saxonia et de Marsile d'Inghen sur les Physiques d'Aristote.
Albert de Saxe nie (3) que l'intensité de la pesanteur vari<* avec la distance au centre du Monde : « Leloigneroent du centre du Monde fait bien que les diverses parties d'un grave tendent à gagner leur lieu naturel par des chemins différents ; mais jamais la distance n'empêcherait un grave de tendre à son lieu naturel. » H semble que ce passage, qui, lui-même, parait découler d'un argument de Roger Bacon, ait suggéré à Biaise de Parme une remarque qu'il développe et que nous avons mentionnée : Bien que chacune des parties d'un grave garde un poids invariable, l'inclinaison mutuelle de ces divers poids fait quelepoid* total du grave est d'autant plus petit que le corps est plu* voisin du sol. Celte remarque semble, d'ailleurs, être devenue classique dans les Kcoles ; nous la reirouveror* jusque dans les écrits de Mersenne et de Descartes.
Le célèbre Pierre d'Aillv était contemporain de BUr* de Panne. Ne à Gunpiègne en i33o, il fut grand*maitre
(li Alberti <1<» Saioiiui Qmrst tunes in hbros de OWo et Mundo; & hbrum III «|i;a»Miori«'< I rt II.
\i' Alto'rti »lc S.i\nin» Qtursttone* in hhrot de ph^ndt Audit*. •* hbrum I* <ju.rM:o \ — Johannix M;iii'ilu Irçuen Qmrstion'S m /iftr*f i^ViifïTKW; iirrj hbrum IV <jua*sho IX.
•.V AlbtTit «le S.uonu QwrMtione* in hhroê de C«r/o et Xtttmiv . ia hbrum | «jua-Mio X.
du Collège de Navarre en 1384, évêque de Cambrai, cardinal en 1411, légat du pape en Allemagne et à Avignon ; il mourut en 1420. Parmi ses nombreux écrits se trouve un commentaire, en quatorze questions, au traité De Sphœra composé par Sacro-Bosco; ce commentaire est presque toujours compris en ces collections de traités cosmographiques qui furent si souvent éditées à la fin du xv 6 siècle et au commencement du xvi e siècle (1).
La cinquième question de Pierre d'Ailly est ainsi formulée : * Le ciel et les quatre éléments ont-ils la forme sphérique? » Pour répondre à cette question, Pierre d'Ailly reproduit presque textuellement ce qu'Albert de Saxe a écrit sur le même sujet dans ses Quœstiones relatives au £>e Cœlo. D'ailleurs, tout en faisant cet emprunt large et
(I) Voici, à titre de documents, les collections de ce genre que nous avons consultées :
1° Banhol. Vespuccio (Florent.) De laudibus Astrologiœ. — Textus Sphœrœ Joa. de Sacro Buslo.— Capuani de Manfrcdonia Expositio sphœrœ.
— Jac. Fabri Siapulcnsis Comment, in Sphœram. — Pétri de Aliaco card. Quœstiones XIUI. — Roberti Linconiensis episc. Compendium Sphœrœ.
— Disput. Joa. de Regio Monte contra Cremonensia deliramenta. — Fr. Capuani Theoricarum novarum textus cum expositione. — Colophon : Venetiis, per Jo. Rubeum et Bern. fralres Vercelli, ad instant. Junctae de Junctis. 1508.
2» Sphœra, cum commentas in hoc volumine contentis, videlicet : Cichi Esculani cum textu. - Expositio Joan. Baptistae Capuani in eandem.
— Jacobi Fabri Stapulensis. — Theodosii De Sphœris — Michaeli* Scoti. — Quœstiones reverendissimi Domini Pétri de Aliaco, etc — Roberti Linchoniensis Compendium. — Tractatus de sphœra solida. — Tractatus de computo majori ejusdem. — Disputatio Joannis de Monteregio. — Textus theoricœ cum expositione Joannis Baptistae Capuani. — Piolemeus de tpeculis. — Colophon : Venetiis, impensa hseredum quondain Domini Octaviani Scoti Modoeliensis ac sociorum ; tO Januarii 1528.
3° Sphœrœ tractatus Jo. de Sacro Busto. — Gcrardi Cremon. Theoricœ plane ta rum. — G. Purbachii Theor . planet . — Prodoscimi de Bcldomando Patav. Comm. sup. tractatu sphœrico. — Joannis Bapt. Capuani Expos, in sphœra. — Mich. Scoti Expositio in sphœra. — Jac. Fabri Stapulensis Annotât. — Campani Comp. s. tract, de sphœra. — De modo fabricandi sphœram solidam. — Pctri card. de Aliaco XIV quœstiones. — Roberti Linconiensis Tractatus de sphœra. — Bartliolomei Vesputii Gloss. — Luc» Gaurici Castigat. — Ejusdem Num quid sub œquatore sit habitatio. — Ejusdem De inventoribus Astrologiœ. — Alpetragii Arabi Theor. planelarum. — Venetiis, Luc. et Ant. Juntae, 1531.
bien reconnaissable A la science d'Albert de Saxe, il m garde d'en nommer le légitime propriétaire. Albert d« Saxe, en effet, a. été au plus haut degré un de ces génies méconnus dont la pensée féconde nourrit pendant des siècles une science qui ne daigne pas prononcer leur nom.
Aux corollaires d'allure paradoxale qu'Albertutius a tirés de la sphéricité de la terre et des mers, Pierre d'Ailly en ajoute quelques-uns de son cru ; citons ceux-n ;
« Celui qui possède un champ voisin d'une autre pieoe. et qui creuse sa terre en gardant à la cavité une section d'étendue invariable fait tort au propriétaire voisin.
- Si la Terre était coupée par une surface plan*» dont le milieu serait au centre du Monde et si l'on répandait de l'eau sur ce plan, cette eau tendrait à prendre la forme d'un hémisphère ayant pour centre le centre du Monde
- Kn second lieu, si le fond d'un étang est plan, cet étang est assurément plus profond au milieu qu'au bord.
»• Kn troisième lieu, le même vase contient plus de liquide en un Heu bas qu'en un lieu élevé. •
Ces aphorismes, dont le dernier est emprunt*» à Roger Bacon, étaient hier) propres a frapper l'imagination ; ils eurent, comme ceux d'Albert de Saxe, grande vogue dan* les écoles : on les retrouve encore dans les écrits de maint auteur du xvii* siècle.
Jean-Baptiste Capuuuo de Manfredonia (o vivait.au dire de Tirahoschi, vers 1475 ; il était chanûne reg ilier de Saint-. \ugustin et s'adonnait a l'Astronomie. On pi*, sède de lui une Exposition du traite de Sacro-Bosco ^ui se rencontre, en général, dans les mêmes recueils, ijue le* Questions de Pierre d'Ailly.
Lorsqu'il enumere les raisons pour lesquelles l'eau ne l'ouvre pas en entier la terre, .lean-Biptiste Capum»
1» li.ui* ••••fi.i:ii* r»»i'in.|U 1 o-m<vr\i|»fii<|u<»v un k rm'hu.r St^n ittnus. <J# Si|H>til<» lljrij«Si|H)niO'. Kirfoi*. ;iu lirii de (hnntnni Btipitst t % il \nx\*> 011111110 |»ri'fio 11 l-'raturtro V«rr, à «••• *uj»»t : Ruv.irdi. fiêbin-!^ «i t* itlt— matiat lOtlonn, \\\v\. I. t I. roi. ilH-ilO; MiM!#»n.i. IH70 .
cite, en premier lieu, celle-ci, où nous reconnaissons la théorie favorite d'Albert de Saxe : « La terre n'est point, en son entier, d'une gravité uniforme ; elle est, d une part, plus lourde que de l'autre ; cela tient à ce qu'une de ses parties est plus dense, plus épaisse, exempte de pores et de cavernes, tandis que l'autre est poreuse et pleine de cavités ; le centre de grandeur ne coïncide donc pas avec le centre de gravité ; dès lors, la partie la plus légère, qui est beaucoup plus éloignée du centre du Monde, émerge hors des eaux et demeure découverte. »
Jean-Baptiste Capuano a, du reste, fort mal compris k raisonnement qu'il reproduit, car il y fait l'objection suivante : « Il ne parait pas vraisemblable que la terre, e n la région qui demeure découverte, soit assez légère pour émerger hors de l'eau. » Chose plus curieuse, notre auteur écrit : « Cette explication est attribuée à Campais. » Cette attribution à Campanus d'une doctrine dont U n'a jamais soufflé mot, et qui appartient en entier à Albert de Saxe, nous l'avons déjà rencontrée dans les Q**€estiones subtilissimœ in libi'os Physicorum de Jean Marsile d'Inghen. Avec une persistance dont la raison nous échappe, les scolastiquesqui empruntent les doctrines d'Albert de Saxe ont grand soin, en général, de taire son nom ; qui plus est, ils remplacent parfois ce nom par celui d'un auteur qui n'a rien à faire avec ces doctrines.
Jean- Baptiste Capuano attribue donc à Campanus une théorie qui est d'Albertutius ; faut-il penser qu'il n'a point lu ce dernier auteur et qu'il connaît ses idées par une tradition anonyme ? Comment pourrait-on le croire lorsqu'on rapproche des Questions d'Albert de Saxe ce passage de Capuano :
* La Terre se meut sans cesse d'un mouvement rectitigûe... On en donne la preuve en même temps que la ra ison et la cause. La terre, du côté qui n'est point couvert par les eaux, est sans cesse subtilisée par les ra yon8 du Soleil et la chaleur des étoiles ; elle se réduit
en vapeurs et se consume ; cela est certain et par leij rience, et par le premier livre des Météores ; en e(K toutes les exhalaisons qui s'élèvent de la terre provu nent de cette partie découverte. Mais, sur l'autre c& qui est recouvert par les eaux, l'intensité du froid ce dense l'eau du fond de la mer et la change en terre ; même temps, comme cette région est la plus basse toutes, tous les graves qui sont dans la mer y descenden la terre augmente donc sans cesse de ce côté et sa gravi croit. Puis donc que, d'un côté, quelque portion de terre se consume sans cesse, tandis que, de l'autre cf>\ il se fait un continuel apport, le centre de gravit* de terre change de place. La moitié couverte par les eau devenue plus lourde que la moitié découverte, descen se rapproche du centre, et pousse l'autre moitié. 1 centre du Monde ne demeure donc point en la mén région de la terre ; la partie de la terre qui, primitif ment, était au centre, devient plus voisine de la surface et ce déplacement continue jusqu'à ce que cette parti vienne à la surface même. -
Les Questions d'Albert de Saxe étaient donc très souva lues, très profondément méditées, mais très rarcmei citées par les hommes de science à la fin du xiv* siècle < pendant toute la durée du xv* siècle ; il en était t même à la tin du xv* siècle et au début du siècle suivan Augustin Nipho (1473-1 538) emprunte à Albertus < Saxonia toute sa théorie de la gravité ; c'est en vertu < cette théorie qu'il écrit (1) le passage suivant : - Uue l'e* soit en repos ou en mouvement, elle n'est point #/r*/r« tu res/tectu tant que sa surface n'est pas équidistame c centre ; c'est seulement lorsque cette condition est sati faite que l'air constitue son lieu naturel ; la terre ne point deorsum snnplicifcr tant que son centre de gravi
• I) Au;u<ttnt Ni|»hi |ihilo<o|»hi Suf*&ani Ejrposttionvs super ocio .4n ((,(*' h § Stagirttii' hbroê de physic** Aiviilu... Vrnrlii*. aputt Hcrron>iM Srolum, MUi VIII. Physirotum liber «juartui. p. 307.
ne coïncide pas simplement avec le centre du monde. L'eau ne formera donc le lieu naturel de la terre qu'autant que la terre ainsi logée tiendra le milieu du monde. »
Pas plus que Nipho, Gaëtan de Tiène (1) ne nomme Albert de Saxe ; cependant, en ses commentaires à la Physique d'Aristote, il lui fait de nombreux et reconnaissables emprunts ; il mentionne , sans l'adopter, sa théorie du centre de la terre : « Certains imaginent, dit-il (2), que le centre de grandeur de la terre n'est point le centre du Monde ; en effet, la partie soumise à l'action du Soleil et des astres est très sèche et légère ; et comme le centre de gravité de la terre coïncide avec le centre du Monde, il s'ensuit que cette partie de la terre très sèche et légère est beaucoup plus haute que l'autre partie, où s'engendre une grande quantité d'eau ; il y a donc une partie de la terre qui est plus élevée que toute l'eau. » Gaëtan de Tiène mentionne également la théorie selon ^quelle la terre et l'eau sont excentriques Tune à l'autre ; a u dire de cette théorie, « l'eau, sauve de tout empêchem eut, tendrait non pas au centre du Monde, mais au ce otre de sa sphère ; en sorte que de l'eau que l'on placent au centre du Monde sans que rien l'y retînt, monterait de mouvement naturel jusqu'au centre de sa propre 8 Phère ». Mais Gaëtan attribue à tort cette théorie singulière à Carapanus, qui n'a rien dit d'approchant ; elle ^t, nous le savons, l'œuvre de Nicolas de Lyre.
Alexandre Achillini, de Bologne (1463-1 5 12), dans son hvre sur les orbites célestes (3), fait à l'une des doctrines
(t) Gaétan de Tiène, né à Viccnce, enseigna la philosophie à Padoue; il Courut en celte ville en 1465. Il ne le faut point confondre avec Gaëtan de J*^ne, né a Vicence en 1480, mort en 1547 ; celui-ci fonda Tordre des r *i^atins et Ait canonisé. Il ne faut point non plus le confondre avec l'illustre € ^t»«linal Gaietan (1460-1534).
. CS) Recollectœ Gaietani super octo libros Physicorum cum annota- **>nibus textuumAu fine:- Impressuni est hoc Vcnctiis per lloneium T°^atellum, jussu et expensis nobilis viri Domini Octaviani Scoli civis Modocu ^nsis. Anno salulis 1496. » Lib. IV, quaestio I.
13) Alexandri Achillini Bononiensis Quatuor libride Orbibus; Bononiae,
d'Albert de Saxe une allusion fort nette : - Je pos principe, dit-il, qu'il y a deux centres du Monde centre naturel, qui est l'élément de la terre, et un ce mathématique, savoir le point qui est le centre de gn de la terre, si le centre de gravité diffère du centi grandeur ; car celui-ci peut bien être appelé centre < terre, mais non point centre du Monde. »
On n'en finirait point si Ton voulait relever toute traces des théories d'Albert de Saxe ; à la fin du xv* si* au début du xvf siècle, il est presque impossible d'm un livre qui traite de la gravité, de l'immobilité il Terre, de sa position dans lVnivers, des relations < l'eau et la terre ferme, sans y reconnaître l'écho plu moins net, plus ou moins altéré, des enseignements <ji bertutius donnait en Soi bonne au milieu du xiv* si*
Ne recueillons point toutes ces résonances ; l>oni nous à en signaler une dernièie, parce que celle-là retei longtemps encore, portée par la vogue extraordinair la Perle philosophique de Grégoire Reisch.
Grégoire Reisch était, à la fin du xv r siècle e commencement du xvf siècle, prieur d'ur.e chartr près de Fribourg (I» ; sous ce titre : Stargitrila jJn phicu tufius philosophitv rali<>nalis % miluralis et m*> principiu dialoyice duodecim lihris doctissime ctihi/*lec il composa en 1496 (2) une sorte de petite encyi lof philosophique, rédigée sous forme de dialogues.
impenses lient*«lirti Horions llutioiiirnso. Ml MU LXWWIII : !. twr ji <1u1muîii lerlium. — Alr\i»n«ln Arhillini Houoiiiriifis. philoM*ptn n-.f b* OjK'tu otHHia, ih un a m collecta.... ointiiu pu$i pnma> itl 1. ••!!*« primum cinriulaliora in lurnu protlrunt. VriirCis. «ipml ll.en»j.\inur mm. NI»XL\ ; p. *0.
(h Sb.irjl»a Suppléments m sert], forum Franctscatiurntn, p| 312 cl. tl'iipri's lui. l\ Oirxiiiirr (Hejierttnrv des Sources historiyu mvytn ûye . Hio-bibiniyrttphie. rul. Vi7 foui tir Grt*i;o.fr H cl* frauriHiiiri. Biunri Manuel du libraire tt de l'amateur de i Par i». Mttt. I. I\. roi. Ii«0j lui jttubur. |mr cirriir. Ir prénom «le G*
(ii Panier, «liitift Ir» AMUI.E4 TlHM.lurHSull>. « l Ma m, liant ion Rf] t itttn, ont t.ir unr ctliiiuri, sin» tlatr m hrii «lViliiion, où l'outra^* poiir iii nitniion : Lr Uadtlberga, III kai. Januarii I4W.
Cet ouvrage qui, sous un petit volume, réunissait des connaissances si variées, se répandit extrêmement ; pendant tout le xvi e siècle, les éditions se succédèrent, nombreuses (1) ; au moment même où le xvn e siècle allait commencer, Jean-Paul Galluci en donna une traduction en italien (2). Le livre VII est consacré aux principes de l'Astronomie ; au chapitre XL1I du premier traité, l'auteur examine la disposition de l'eau par rapport à la terre ferme ; au sujet de cette disposition, il émet une opinion étrange et qui, cependant, aura bien des partisans au cours du xvi e siècle ; il attribue à la surface des mers la figure d'une sphère, à la terre ferme celle d'une sphère plus petite ; il suppose que cette seconde sphère est contenue en entier à l'intérieur de la première, sauf en un point où elle la touche.
Cette opinion invraisemblable, Grégoire Reisch l'appuie de considérations où nous reconnaissons sans peine un résumé grossier et peu exact des théories d'Albert de Saxe. • La substance de la terre et de l'eau, dit-il, forme un seul corps sphérique; les philosophes lui ont attribué deux centres, savoir le centre de gravité et le centre de grandeur. Le centre de grandeur divise en deux parties égales l'axe de symétrie de la figure formée par l'ensemble de la terre et de l'eau ; il est le centre du Monde. Quant au centre de gravité, il est en dehors du précédent ; il se trouve sur le diamètre de la sphère terrestre ; celui-ci surpasse nécessairement la moitié du diamètre de la sphère
(I) Outre l'édition que nous venons de citer, Brunet floc. cit.) mentionne ^s éditions de Fribourg en 1505, de Strasbourg en 1504, 1508, 1512, 1515, de &*'* en 1554 et 1583; celle que nous avons consultée à la Bibliothèque rounicipaie de Bordeaux est de Joannes Schottus, Basile», 1517.
\%Uargarita filosoflca del R. P. F. Gregorio Reisch, nella quale si trattonotuue le dottrine comprese nella ciclopedia. accresciuia di moite belle dottrine da Orontio Fineo matematico Regio. Di novo tradolta in llaliano da Gi °. Paolo Galluci Salodiano, Accademico Venelo et accrcsciuta di molle co *- In Vinegia, 1590; presso Barezzo Barezzi e Compagni. — Cette même édition, dont le frontispice seul avait été changé, était également vendue : In 'tnetia, 1IDC ; a p presso Jacomo Antonio Somascho.
que forme l'ensemble de l'eau et de la terre ; sinon, 1*-% centre du Monde ne se trouverait pas au sein de la terre — et l'on ne pourrait guère, en Physique ni en Astronomierien dire de plus absurde que cela.
* Il est nécessaire de distinguer entre les deux centrer-n,»^ parce que la terre émergée est plus légère que la tert — ^ submergée. Lorsqu'une partie de la terre émerge, elle e=^t d'abord humide; mais bientôt elle se dessèche et s'allègue* . Le centre de gravité de la terre ne saurait donc coïncid^e>r avec son centre de grandeur; placé sur le diamètre de 1^ terre, ce centre de gravité tend sans cesse à se rapprocha ^r de la partie de la surface terrestre que les eaux recouvrew-i t . D'autre part, les eaux coulent sans cesse vers cette partie», car elle est la plus proche du centre du Monde. 11 *»» résulte que la Terre est animée d'un mouvement lorj»! incessant, car les parties les plus éloignées du centre d<* gravité tendent à se placer à la même distance que ie-^ autres. Mais le tout est limité par une seule surface corn * vexe et l'eau n'inonde pas la surface de la terre... »
Cette conclusion, il faut bien l'avouer, ne semble goèn*^ compatible avec la disposition que Grégoire Reiscf^ attribue à l'eau et à la terre ; Giuntini (i) en a très juste- — ~~ ment fait la remarque. Kn vérité, l'hypothèse de Grégoin^^ Reisch est criante d'absurdité ; cependant les doctrine^** - ^ géodésiques du xvi* siècle en subiront la profonde efl^ ; durable influence.