S. Thomas, S. T., I*, q. 1, ar. 7; Contra gentes, c. ix
r> LKS oniGKNKS l)K LA TIlROLOGIR MODERNE.
volutionncnt alors rKglise. Elle naît et grandit au milieu des poh'miquos. Rllc garde longtemps le caractère de ces constructions provisoires qu'on élève pour faire face à l'ennemi. Aussi bien, dans aucun parti, dans aucune; rcole, ne trouve-ton dès l'abord un système achevé. On tàtonno. ;ju milieu de la dissolution des doctrines traditionnelles, soit pour relier théoriquement les divers principes d'autorité dogmatique, soit pour donner le primat à quelqu'un d'entre eux au détriment des autres. Tantôt c'est l'idée de l'Eglise qui l'emporte, tantôt l'idée de l'Evangile. Mais la coordination ou la subordination de lune à l'autre ne reposent pas uniquement sur des raisons spéculatives. Elles répondent à désintérêts pratiques. Leur histoire ne peutdonc s'abstraire des circonstances qui forcent les théologiens à les systématiser. Elles ne sont pas indépendantes de la littérature qui les exprime, ni des faits qui provoquent cette littérature. Pour que ce conllit soit intelligible, il doit se représenter à nous dans le cadre vivant des passions qui le mit en relief. Aussi la seule façon de décrire son évolution nous a semblé fixée par l'histoire littéraire de ces mêmes idées.
Une traduction si prochaine et à ce point immédiate des intérêts et des nécessités ecclésiastiques en formules théologiques, permet de saisir sur le vif quelques-unes des lois qui régissent la science sacrée dans sa formation. Aucun savoir humain n'est complètement pur de données expérimentales. La mathématique elle-même est loin d'être exclusivement idéale. On n'y peut plus voir une simple construction d'éléments tout étrangers aux sens. L'histoire se charge d'apprendre au théologien qu'il en est de même
pour la discipline à laquelle il s'adonne. Elle l'aide à saisir — qu'on me passe la formule — le phantasma dont il ne voyait que la species. La vie religieuse devient pensée théologique et fournit ainsi les éléments de la tradition. Le spectacle est d'autant plus frappant, lorsqu'il s'agit, comme ici, de la logique même de la théologie. Les Analytiques d'Aristote, ses Topiques sont « en puissance » déjà dans les Discours de Démosthènes. De cette parole vivante et de cette passion le Stagirite a fait une science. Des controverses enflammées et trop souvent sanglantes contre Luther et Calvin, du remaniement de la réalité ecclésiastique entre 1500 et 1600 sont sortis les décrets du concile de Trente, les œuvres de Cano et de Bellarmin. Et ceci suffirait à montrer combien sonne faux l'ironie du protestantisme qui résume les résultats extrêmes, mais nécessaires, de sa logique théologique dans le fameux distique de Werenfels sur la Bible :
Hic liber est in quo sua quaerit dogmala quisque, Invenit et pariter dogmata quisque sua.
Le présent volume étudie les préliminaires de cette transformation théologique. Le titre en est ambitieux. Mais c'est le seul qui s'accorde au plan que l'auteur s'est proposé. Il étudie l'éclosion des idées qui aboutiront aux décrets du concile de Trente. C'est jusquelà qu'il voudrait conduire ses lecteurs, si une telle étude avait la chance inespérée de leur plaire. C'est là seulement qu'un jugement définitif sera prononcé sur ces idées. Et c'est de là seulement qu'on peut saisir leur véritable portée.
Quelques-unes des études ici recueillies ont déjà reçu la cordiale hospitalité de la Reçue des Sciences philosophiques et théologiques.