Miss Paues, Introduction, p. xxviii, i
2. Il n'y a pas un seul texte de Wycliffe parmi tous ceux que l'on cite d'ordinaire, qui donne le principe de la Sola Scripiura à l'état pur. Le recours à la Bible n'est pas chez lui inconditionnel. Par exemple dans le texte cité par Buddensieg {Wyclif., 1885, p. 174) : B Scriptura sacra est fides ecclesiae, et de quanto est nota planius in sensu orthodoxo, de lanto est melius. Ideo sicut sœculares debent fidera cognoscere, sic in (juacumque lingua plus nota fuerit est docenda. ». L'écriiuie a un sens ortliodoxe. Il faut donc une instance autre que la Bible elle-même pour décider de cette orthodoxie. C'est la même théorie qu'on retrouve précisée dans cet autre passage : « Hic prnfiteor et protestor, quod volo ex integro sententiare fidem catholicam, et si quicquid dixero contra illara, commilto me correction! superioris ecclesiae et cujuscumque miiitanlis personae, quae me in hoc docuerit erravisse. Sed subduco quascuraque traditiones hominum citra fidem scripturae, et sic non accepto in ista materia nisi fidem scripturae vel rationem vivacem, sed adducentem aliud de perfidia et ignorantia habeo plus suspectum. " Streitschriften, éd. Buddensieg, p. 2oG.
72 LES ORiniNES DE LA THÉOLOGIE MODEnNE.
John Wycliiïc ou depuis ». On rdscrvait à l'évAquc du diocèse ou même au synode provincial le droit d'approuver semblable entreprise. Le principe mis en avant par les prélats réunis à Oxford était celui de l'autorité ecclésiastique en cette matière. N'y avaitil pas danger à laisser une telle œuvre aux mains des particuliers y « C'est chose périlleu.se comme le déclare saint Jérôme, de faire passer le texte de la sainte l^^criture d'un idiome dans un autre. Car il n'est pas facile, en traduisant ainsi, de rendre toujours fidèlement la pensée de l'auteur. Kt saint Jf'rônie lui-même, quoiqu'il fût inspiré, avoue qu'il s'est souvent trompé en cette matière. » L'archevêque Arundel écrivit au Pape pour lui notifier ce jugement. Il n'attaque nullement la fidélité de la traduction de \VyclilTe. Mais il déclare qu'elle lui fut un simple prétexte pour répandre ses erreurs et ruiner la foi de l'Eglise. C'est donc l'homme, et non l'œuvre, qu'on avait voulu condamner. Ceci explique comment, peu à peu, cette même version de Wyclifîe fut autorisée par les évêques, et comment, par la suite, elle devint d'un usage assez fréquent parmi les fidèles.
Les conciles et les évêques avaient de sérieuses raisons pour condamner aussi formellement l'œuvre de Wyclifîe. Elle n'était pas en effet restée sans écho. De son vivant, l'université d'Oxford avait vu de nombreux disciples se grouper autour de lui. Les attaques qu'il s'était permises contre les moines l'avaient rendu populaire. Celles dont il avait été l'objet lui avaient attiré de puissants protecteurs. 11 avait trouvé pour sa traduction de la Bible, deux collaborateurs de bonne volonté, Nicolas de Hereford et John
Purvey, auxquels, semble-t-il, on doit attribuer une part importante du travail.
Mais surtout sa doctrine s'était répandue avec une extraordinaire rapidité dans la petite noblesse, chez les gentilshommes campagnards, les « chevaliers » des comtés, dont elle flattait l'instinct national ou alimentait l'esprit d'hostilité à l'égard de la hiérarchie ecclésiastique. Elle allait bientôt avoir l'auréole des idées pour lesquelles on meurt. L'enseignement du maître d'Oxford sur les origines du pouvoir et de la propriété était nettement révolutionnaire. Son système particulier sur l'Eucharistie et l'Église ne pouvait échapper à la note d'hétérodoxie. Il n'est pas étonnant dès lors que l'Église et le pouvoir civil se soient unis afin de les poursuivre et de faire disparaître Jeurs partisans. Aussi, dans le cours du quinzième siècle, nombreux furent les bûchers qui virent périr les disciples de Wycliffe. Plus nombreuses encore les cérémonies de rétractation publique, dans lesquelles, de gré ou de force, quelque Lollard renonçait à ses erreurs. Malgré cette répression, la doctrine trouvait des adhérents dans toutes les classes de la société à tel point qu'une heure vint où ils crurent pouvoir résister par la force à l'autorité du roi. Mais l'essai de révolution tenté par sir John Oldcastle, lord Cobham, finit par échouer, et luimême expia dans les flammes son audacieuse tentative. Cette fin terrible ne désarma pas ses adversaires. Diverses poésies fugitives de cette époque nous ont été conservées, qui tournent en ridicule les prétentions des Lollards. Une ballade, entre autres, se rit, dans une de ses stances, du « biblisme » de sir John Oldcastle.
74 LES ORir.INES DE LA THÉOLOGIE MODERNE.
Hit is unkyndly for a knighl
Thaï shiil<l a Kynges caslle kopn To bable llic Bible day and night
In reslyng lyme, whcn he bhuld slepe;
And carefolly awey lo crêpe, For aile the chicf of chlvalrie.
Wel aughl byrn lo wail and wepe Thaï suyche lust halh in Lollardic '.
« 11 est peu convenable à un chevalier — qui devrait tenir un château du Roi - D'épeler la Bible jour et nuit — Au temps du repos, quand il faudrait dormir— Et deprendre tel souci de s'abaisser — Alors qu'il est un chef de la chevalerie. - 11 devrait bien gémir et pleurer - De trouver tel plaisir en Lollardie. »
Tandis que l'État combattait ainsi la secte dont l'existence et la propagande constituaient un péril social, l'Église, de son côté, menait la même lutte, mais par la plume et la discussion. Deux noms surtout restent de ces controverses, celui de Thomas Netter de Walden, religieux carme, confesseur du roi Henri V et celui de Reginald Pecock, évêque de Saint-Asaph, puis de Chichester. Le Doctrinale antiquitatum fidei catholicae ecclesiae de Netter, avec ses deux suppléments : de Sacramentis eide Sacramentalibus, défend sur toute la ligne la doctrine de l'Église contre les attaques et les innovations de