‹ Les Origines de la Théorie de l'Éther et la Physique de NewtonChapitre 21 sur 26 · Ed. Castillon, T. Il, p · texte numérisé non relu

Ed. Castillon, T. Il, p

est une question dont on peut se désintéresser‘. Que doivent rechercher les sciences physiques en général et l'astronomie en particulier ? Elles doivent nous fournir des formules précises, aisées à manier par le calcul, permettant de condenser et de prévoir des séries d'observations. Avec la loi de l’attraction newtonienne, nous possédons une formule de ce genre. Cette loi sert de lien entre les trois lois de Kepler, et chaque confirmation expérimentale du mouvement elliptique est une confirmation indirecte de l'attraction. Mais alors, si la loi de Newton est vérifiée expérimentalement chaque jour, ne peut-on dire qu’elle exprime une propriété de la matière ? En disant que toute matière possède naturellement la faculté d'attirer les autres matières, nous énoncçons sous forme abstraite et d’une manière qui n'engage à rien, un fait d'expérience. L'étendue, la mobilité, l'inertie, n’ont pas plus de titres à être regardés comme des propriétés irréductibles de la matière que la faculté d'agir par attraction ?. Nous pouvons donc dire que la qualité attractive est innée et inhérente à toute matière, en exprimant par là simplement l’ensemble des constatations journalières. Lorsque nous attribuons aux rayons lumineux des qualités « innées » comme la réfrangibilité, la réflexibilité, etc., ces mots abstraits cachent des faits positifs et ont seulement . pour but de faciliter le langage. Il en est de même dans l’astronomie. La gravité est une qualité innée à tousles corps que nous connaissons. Cela ne signifie rien de plus que tout à l'heure. Il faut comprendre qu'il est inutile de rechercher à tout prix des explications métaphysiques en physique. Tout

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4. Il semble probable que cette manière d'éviter en physique les objections métaphysiques a été suggérée à Newton par l’ouvrage de Wallis : Mechanica sive de Motu tractatus mechanicus (Londres 1669). Dès cette époque Wallis écrivait que la cause de la gravité est indifférente au savant: « Gravitas est vis motrix, deorsum, sive ad centrum terræ. Quodnam sit, in consideratione physica, gravitatis principium, non hic inquirimus. Neque etiam an qualitas dici debeat, aut corporis affectio, aut quo alio nomine censeri par sit. Sufficit ut gravitatis nomine illam intelligamus quam sensu deprehendimus. »

2. V. Principes, T. IL, p. 179. « Dans cette philosophie (expérimentale) on tire les propositions des phénomènes, et on les rend ensuite générales par induction. C’est ainsi que l’impénétrabilité, la mobilité, la force des corps, les lois du mouvement et celles de la gravité ont été connues. Et il suffit que la gravité existe, qu’elle agisse selon les lois que nous avons

exposées, et qu’elle puisse expliquer tous les mouvements des COTps célestes et ceux de la terre. »

l'effort doit porter sur un choix de définitions positives. En définissant la gravité une « propriété universelle », nous résumons aussi brièvement que. possible l'ensemble des faits connus, nous écartons toute hypothèse, et nous nous mettons à l'abri des objections fondées sur la recherche des causes.

Newton aurait pu s’en tenir à cette fin de non-recevoir opposée à toute question sur l'essence de la gravité. C'était là une position imattaquable et parfaitement consolidée par l'ensemble de sa méthode. Parmi les interprètes les plus fidèles du newtonisme, il en est qui se rallièrent toujours à cette manière de voir, et se refusèrent à chercher dans des hypothèses le supplément d'information que sollicitaient leurs adversaires. C’est ainsi que Cotes considérait les attractions (et celles-ci sont des forces fonction de la distance mais non nécessairement en raison sousdoublée de cette distance) comme des facultés d'actions qui appartiennent par nature à toute matière. Les forces attractives s’exercent à toute distance, immédiatement d’une matière sur l’autre. Elles n’ont point de substance physique ou mécanique qu'on puisse se proposer de découvrir. Elles proviennent directement de la volonté de Dieu, qui les a créées et qui les conserve.

Peut-être Newton lui-même fût-1l demeuré sur ce terrain étroit, mais solide, sans les accusations passionnées qui furent portées contre les Principes. On lui fit grief de faire revivre, avec ses attractions et ses répulsions, les entités du moyen âge. Désigner la gravité, la dureté, la réfrangibilité, etc. comme des propriétés primitives de la matière, c'était, disait-on, revenir à la physique des qualités occultes. Ces objections injustifiées firent malgré tout grande impression sur l'esprit de Newton. Il s'efforce de s’en dégager aussi bien dans l’Optique que dans la seconde édition des Principes. Au cours d'une lettre à Bentley, Newton s'exprime ainsi : « Que la gravitation puisse être essentielle, innée et inhérente à la matière, qu'un corps puisse agir sur l’autre à toute distance à travers l’espace vide sans nul intermédiaire, de sorte que l'attraction ne soit pas conduite de proche en proche d’un corps à l’autre, c’est, à mon sens, une telle absurdité qu’elle n’a pu venir à l'esprit d'aucun homme, tant soit peu versé dans les choses philosophiques ». Et dans sa préface de l'Optique on retrouve la même idée :

« Alin qu'il ne vienne à l'esprit de personne de croire que je range la gravité parmi les propriétés essentielles des corps, j'ai posé une question touchant l’essence de sa cause véritable ». Ainsi Newton a cessé de croire qu’on puisse se contenter d’éluder, par un stratagème de méthode, la difficulté que soulève l'essence de la force attractive. Il accorde qu'il faut se demander comment la gravitation peut se transmettre, el pour rendre compte de cette transmission il va faire appel à l'hypothèse de l’éther.

Déjà dans son mémoire de 1675, Newton donnait l’esquisse d’une théorie de l’éther, telle qu'on peut la concevoir pour expliquer la gravité. Comme la lumière, comme l’électricité, comme les forces vitales elles-mêmes, la force d’attraction de la terre, que nous nommons gravité, est causée par la condensation continuelle d’un fluide éthéré. Si les corps combustibles ou fermentescibles ont la puissance de garder en eux une grande masse de fluide éthéré, on peut admettre aussi que le corps très considérable qui constitue la terre peut condenser sans cesse des masses d’éther considérables. Mais alors il faut qu'à chaque instant et de tous côtés le fluide éthéré afflue avec une grande vitesse pour remplacer celui qui disparaît, et les courants d’éther entrainent avec eux les corps matériels” vers le centre de la terre. Leur force sera inversement proportonnelle à la surface totale sur lesquels agissent les courantst. De même que la terre, le soleil peut aussi absorber de cetté matière éthérée, et conserver de la sorte non seulement sa lumière, mais son action sur les planètes.

Dans les Quæstiones Oplicæ, Newton revient sur l’idée d’un éther servant de véhicule aux attractions astronomiques ?. Le milieu éthéré est représenté comme moins dense à l’intérieur du soleil, des étoiles, des planètes et des comètes que dans les espaces libres qui les séparent. En partant du centre des masses planétaires, on voit l'éther devenir continuellement plus solide et plus dense. C’est grâce à lui que ces grands corps pèsent mutuellement les uns sur les autres, et que les parties

1. Cest-à-dire inversement proportionnelle au carré de la distance, en vertu de la formule $ = 47rR°.

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