‹ Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figuresChapitre 56 sur 64 · RONDELLES ORNEMENTS · texte numérisé non relu

RONDELLES ORNEMENTS

Les preuves du caractère religieux m’ont paru tout à fait contestables et les faits analogues m’ont paru avoir une signification exclusivement thérapeutique.'^

Pour les Kabyles, par exemple, chez lesquels Panalogie des faits est si frappante, on ne peut invoquer ce caractère religieux. Oui, le thoubib a bien quelque chose du prêtre et introduit un certain mystère dans ses pratiques. Mais n’en est-il pas de même partout en quelque sorte, même chez les peuples civilisés pour lesquels le médecin a souvent une sorte de caractère religieux, est souvent confondu avec le prêtre et quelquefois même est une sorte de saint.

Le fait même des amulettes est-il aussi caractéristique qu’on l’a admisEst-il bien nécessaire que ces parties du crâne conservées fussent à&s amulettes ou des talismans'^. Ne pouvaient-elles être plus simplement des sortes de bijouæ, des ornements gardant le souvenir d’un être cher ou illustre, ou d’un événement grave. Pour les sauvages, et même pour bien des civilisés, les os humains ont toujours eu un caractère spécial pour la curiosité et pour le souvenir. 11 n’est pas rare qu’on en ait fait des ornements. Pour les os du crâne spécialement, on a souvent conservé ceux de ses amis ou ceux de ses ennemis. On a découpé le crâne humain pour en faire des coupes à boire.Des sauvages ont conservé les chevelures de leurs ennemis. Mais d’autres ont conservé le crâne tout entier, et d’autres encore ont conservé le crâne de leurs parents et de leurs amis. \

La conservation et la vénération du chef des parents est chose encore pratiquée. 11 n’y a rien d’invraisemblable à ce que l’on ait conservé un morceau du crâne porté comme un simple bijou rappelant le souvenir du trépané.

En somme, sur ce point, toutes les suppositions sont possibles, même sans invoquer des conceptions religieuses très compliquées. Mais encore nous paraît-il nécessaire que ces suppositions ne nous obligent point à en faire de nouvelles toutes gratuites, qui celte fois, soient tout à fait en contradiction avec les faits.

Or, quand on examine de près toutes les suppositions faites

IXTERPRÉTATIO>S SIMPLES

par Broca à propos de la trépanation préhistorique, on est frappé d’abord de la facilité avec laquelle il avait donné libre cours à des suppositions très hasardées, échafaudées sur les caractères anatomiques les plus douteux, puis de la facilité avec laquelle il avait accepté certaines suppositions qui n’avaient d’autre raison d’être que de cadrer avec sa première hypothèse.

On doit commencer par noter que comme préliminaire à ses interprétations, Broca attribuait aux sauvages inconnus dont nous ne savons rien, qui sont séparés des nôtres par des milliers et des milliers d’années, des idées générales sur la divinité, sur les maladies et sur leurs causes, analogues à celles des peuplades que nous connaissons. Gela ne manquait pas d’une certaine hardiesse.

Mais en examinant toutes les propositions de Broca, il y en a de bien autrement attaquables.

Parmi les constatations matérielles de Broca, il y en a une qui est tout à fait suspecte : celle de la, présence sur le bord des rondelles des traces de l’orifice de trépanation sur la marge duquel la rondelle a été découpée. Or, j’ai examiné plusieurs rondelles sans rien trouver de semblable. Je ne connais qu’un dessin du mémoire de Broca qui présente cette disposition et je n’ai vu aucune de ces traces sur les autres dessins connus de rondelles ni sur les rondelles que j’ai pu examiner.

Il serait facile du reste,; à l’heure actuelle, de reprendre sans idée préconçue l’examen des pièces qui sont conservées dans les musées. Mon impression personnelle tirée des examens que j’ai faits, est qu’il serait facile de reconnaître l’erreur d’observation dans laquelle Broca était tombé . J

Il y a donc lieu de se demander si l’interprétation de ces orifices crâniens et de ces pièces n’est pas infiniment plus simple. Non seulement nos nouvelles conceptions thérapeutiques peuvent justifier les sauvages de l’âge de pierre de leur thérapeutique crânienne, mais l’observation des sauvages modernes est bien faite pour nous faire interpréter ainsi les opérations de l’homme primitif.

DÉC03IPRESSI0N CÉRÉBRALE

^ Ces ouvertures ont dû être faites tout simplement pour traiter des maladies qui semblaient siéger dans l’intérieur du crâne, celles qui se manifestaient surtout par les douleurs intra-crâniennes. lOn a fait ces trépanations pour traiter des douleurs de tête que d’autres moyens ne réussissaient pas à calmer. On a produit par l’ouverture du crâne une détente très considérable. On a dû avoir d’autant plus dé succès que les pertes de substance crânienne ont été souvent très considérables.

En somme, on avait fait de la décompression cérébrale, que nous savons faire depuis bien peu de temps et dont bien peu de médecins encore sont capables d’apprécier la valeur thérapeutique J 11 ne nous semble même pas qu’il soit bien difficile de comprendre rétrospectivement comment les hommes ont pu venir à la conception de ces opérations, quelles étaient les observations qui avaient dû les guider.

I, Faisaient-ils la trépanation pour les fractures du crâne comme la chirurgie régulière l’a faite depuis ? 11 est bien difficile de l’affirmer, puisque les crânes sur lesquels la trépanation préhistorique

a été observée, ne portent point de traces de fractures.

Pourtant, il est bien probable que ce sont les fractures du crâne avec plaie, avec enfoncement, qui les ont mis sur la voie des ouvertures crâniennes, et les mêmes observations répétées à des époques très différentes ont pu amener aux mêmes conclusions et aux mêmes pratiques d’ouvertures crâniennes.^

Ils Ont vu certainement des sujets ayant des plaies du crâne avec enfoncement qui subissaient les atroces douleurs qu’engendrent ces enfoncements. En enlevant les esquilles, ils ont vu les douleurs cesser et les sujets guérir. Cette pratique, souvent répétée, les a amenés à établir une relation entre la cessation des douleurs et l’ouverture du crâne. Aussi, après avoir calmé les douleurs en pratiquant l’ouverture crânienne par l’ablation des esquilles' des portions de crâne enfoncées, il a été naturel pour eux de chercher à calmer des douleurs qui leur paraissaient identiques, quoique spontanées, en faisant l’ouverture du crâne intact, f

Page 1