POURSUITE DE LA DOULEUR
Cet enchaînement des idées et des pratiques est d’autant plus naturel qu’on observe les douleurs et les phénomènes morbides aussi bien après des traumatismes que sans traumatismes. Il en résulte que ‘les premiers actes conduisent aux seconds. Il ne semble pas qu’il j ait aucune difficulté à concevoir comment ces sauvag-es ont été amenés à traiter la douleur et les autres symptômes de tension intra-crânienne par la trépanation. Ils n’avaient pas besoin d’analyser scientifiquement les phénomènes de la tension intra-crânienne pour arriver à ces conclusions, pour chercher à y remédier et à trouver le moyen.
On est même en droit de penser qu’en ce faisant, ils se sont montrés simplement meilleurs observateurs et plus logiques que ne l’ont été nos Maîtres médecins et chirurgiens, et que ne le sont ' encore nombre de nos contemporains, qui ne peuvent concevoir que le traitement capital de la tension intra-crânienne doit être la trépanation, que l’ouverture large du crâne seule peut donner la décompression des centres nerveux et, par là, mener à des résultats thérapeutiques très variés et souvent très heureux.
Je ne vois même aucune difficulté à concevoir que la même observation menant à une pratique analogue se soit reproduite à des époques très différentes parmi des hommes n’ayant eu aucun lien entre eux, aucune tradition commune.
^ En reliant d’une façon rigoureuse la trépanation préhistorique à la vénération des rondelles crâniennes, on a commis une faute. On a considéré avec trop d’importance un fait particulier alors que le fait de latrépanation est autrement général que celui des rondelles. On retrouve la trépanation préhistorique tout à fait identique en bien des pays, en bien des époques différentes, sans retrouver une importance comparable des rondelles. L’identité de l’opération, de ses formes, et probablement de son but thérapeutique, nous paraît facile à établir.
Les exemples de trépanation néolithique dont les premières constatations avaient tant surpris,se multiplièrent rapidement. Les orifices observés avaient des formes variables, mais donnant tou-
TRÉPAXATIOX PRÉ-COLOMBIEXXE
jours une ouverture crânienne plutôt larg-e, souvent des orifices multiples. Pour toutes ces ouvertures, l’hypothèse d’une thérapeutique active pouvait toujours être admise. ^
Puis, après avoir trouvé les traces de cette pratique de l’ouverture crânienne dans des pays, dans des races dont l’histoire nous est tout à fait inconnue et qui sont si éloignées de nous, on a peu à peu retrouvé les mêmes traces appartenant à des époques plus rapprochées.
Après les documents qui concernent la trépanation préhistorique, celle des cavernes et de certains cimetièresj celle sur laquelle nous possédons les documents les plus complets est certainement la trépanation étudiée dans F Amérique du Sud, et surtout au Pérou.
11 est difficile de ' déterminer exactement l’époque de trépanation. L’opération n’a guère survécu à l’invasion européenne, mais elle était pratiquée depuis une époque fort reculée. Un bon nombre de pièces ont ^té apportées en Europe, mais beaucoup ont été; étudiées sur place. Nous citerons surtout, parmi les faits qui ont été . étudiés, ceux qui ' nous paraissent éclairer la question de technique opératoire.
Un livre; très remarquable est celui qui est intitulé Primitive ti^ephining in Peru by Antonio Muniz and AV. J. Mac Gee, Washington, 1897 . Nous l’avons déjà cité.
11 porte le nom des Docteurs Manuel Antonio Muniz et W. Mac Gee. Mais, c’est en réalité, ce deruier qui fut l’auteur du Mémoire relatif à la trépanation pré-Golombienne au Pérou; il contient de nombreux documents et 4 o belles planches en photogravure.
11 résulte de ce Mémoire que ces trépanations ont été d’une extrême fréquence.
Ces belles planches montrent de toute évidence que deux procédés au moins assez différents ont été employés par les opérateurs.
Pour les uns,des lignes droites disposées en quadrilatère ont été tracées sur le crâne, et suivant ces lignes droites, un instrument tranchant ou sciant agit très perpendiculairement à l’os (fig. 5 et 3 o).
TRÉPANATIOX CAP.RÉE
Le résultat a été la formation d’un orifice quadrilatère dont les bords sont presque perpendiculaires à la surface osseuse. La table externe et la table interne ont été souvent incisées presqu’au même niveau.
On peut admettre que ces orifices ont été creusés à l’aide d’un
Fig. 30. — Type de la trépanation carrée du Pérou in Mémoire de Mac Gee et Muniz.
procédé analog-ue à celui exécuté par Capitan, puis par Muller.
Mais dans le plus grand nombre des fig-ures du même Mémoire, nous constatons la présence d’orificês beaucoup plus analogues à ceux de la trépanation néolithique. Les orifices sont ovalaires ou arrondis, au lieu d’être carrés, et au lieu d’une taille presque perpendiculaire aux tables osseuses, il existe une marge importante.
Fig. 31. — Photographie tirée du Mémoire de Mac Gee. La forme des orifices et des marges ne paraît pas se rapporter à la trépanation carrée par lignes droites.
L’aspect de ces photographies est donc fort caractéristique et tout à fait analog-ue avec ce que nous connaissons d’autre part.
Le Mémoire de Mac Gee, très remarquable par les représentations des pièces, ne contient pas de documents intéressants en ce qui concerne les opérations elles-mêmes. 11 reproduit des documents et des hypothèses connues sans y rien ajouter de valable.
Des dessins et pièces précédentes,nous avons rapproché une pièce
TRÉPAXATION PRE-COLOMBIEXX E
Toutefbk. si on examine la belle photog-raphie que j’ai fait reproduire, on peut constater que cette marg-e, comme celle que nous observons sur Iq pièce de Prunières, sur les dessins de Baye, en un mot sur toutes les pièces connues, n’a pas la larg-eur considérable que produirait le grattage et que l’on retrouve sur les pièces où des essais par le grattage ont été faits (fig. 6 et 3 1 ).