‹ Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figuresChapitre 58 sur 64 · ORIFICES ARRONDIS ET MULTIPLES · texte numérisé non relu

ORIFICES ARRONDIS ET MULTIPLES

très curieuse qui fut communiquée l’année dernière à la Société de Chirurg-ie par le Docteur Bazy, de la part d’un médecin Péruvien, le Docteur Escomel d’Arequipa (fiç. 7 et Sa i.

Le crâne provient des fouilles faites dans une ville indigène (Gaylona, département d’Arequipa). Il fut trouvé dans un tombeau d’incas Péruviens.

rig. . Pftot ographie communiciuee par le D'^ Escomel d'Arequipa. Deux Irépana-

lions complèles et une trépanation incomplète avec marges bien arrondies.

La photographie de ce crâne très curieux montre cinq orifices de trépanation, dont deux incomplets, limités à la table externe et trois orifices bien complets ayant pénétré complètement la cavité crânienne.

Autant qu’on en peut juger sur une photographie, la marge des orifices complets est bien réparée et d’aspect assez lisse.

Les orifices sont considérables si l’on se rapporte aux dimensions de la photographie que nous donnons, comme les autres.

112 NOMBREUSES TRÉPANATIONS AMÉPJCAINES

à demi-grandeur. On peut remarquer l’analogie qu’il y a entre ce crâne à trépanation multiples, et un autre que nous avons tiré de celles citées par Mac Gee.

On peut encore étudier la trépanation Péruvienne sur les momies Péruviennes existant au musée d’ethnographie du Trocadéro qui portent des trépanations très caractéristiques.

J’ai fait reproduire par la photographie la trépanation de l’une des momies que m’a montrée le Professeur Verneau.

On peut, sur ce crâne, constater la présence de Porifice sur la partie postérieure du pariétal, presque sur la ligne médiane. Gomme nous l’avons fait remarquer, cet orifice est dentelé d’une façon très remarquable. 11 nous paraît porter la trace du procédé plus manifestement que d’autres pièces. Nous avons fait la supposition que le sujet mourut trop rapidement pour que l’opération fût bien parachevée.

En d’autres points divers de l’Amérique du Sud, la crâniologie nous fait connaître des restes importants de la trépanation pré-colombienne.

Dans le bel ouvrage du Docteur Ghervin sur l’anthropologie Bolivienne, l’auteur rapporte que plusieurs des crânes recueillis en diverses missions étaient trépanés.

Sur l’une des nombreuses photographies qui accompagnent le texte, images malheureusement trop petites, ou reconnaît très nettement une de ces trépanations analogues aux dernières que nous rappelons. D’autres orifices sont observés qui mériteraient d’être étudiés, quoiqu’ils n’aient pas été signalés dans la description des autres crânes.

La trépanation moderne chez les non-civilisés.

Comme nous l’avons dit en commençant, les coutumes de trépanation n’ont pas disparu. On peut en retrouver les manifestations dans un bon nombre de populations primitives, sans que nous ayons sur ces pratiques, sur leurs causes et leurs consé-

TRÉPA>'ATIOX KABYLE

quences, des renseignements complets ou même suffisants. Nous disposons donc non seulement de documents relatifs à des temps préhistoriques, à des peuples ou à ces sociétés disparues, mais de documents modernes. Les auteurs qui ont attribué des déterminations si compliquées aux sauvag-es préhistoriques, se seraient épargnés beaucoup d’efforts s’ils avaient apporté plus de soins et surtout une indépendance plus complète de leur éducation antérieure, dans l’étude de ces documents contemporains.

On peut dire que la trépanation préhistorique est actuellement encore vivante chez les Kabyles de l’Aurès. Peut-être a-t-elle chez eux quelque tendance à disparaître. Pourtant rien n’est plus instructif que l’étude de leurs procédés et de leurs indications théraj)euliques.

Lors de mes premières recherches je n’eus guère, pour m’édifier sur ce sujet, que les deux Mémoires, fort remarquables du reste, d’Amédée Paris et de Th. Martin^ Gomme ils durent le faire euxmêmes, je me laissai influencer par les souvenirs et les préjugés de notre éducation. Je cherchai tout naturellement dans leurs Mémoires ce qui pouvait rapprocher le plus les faits observés de la pathologie et de la thérapeutique qui nous étaient familières.

Je cherchai là aussi les observations cadrant avec les idées de Broca au point de vue anthropologique. Aussi mon livre de 1878 comprend des considérations qui sont conformes aux inspirations qui avaient préoccupé ces observateurs.3

Pourlant j’avais été immédiatement frappé par certains caractères qui devaient différencier ces opérations de celles qui nous étaient connues. Je les avais rapprochées des trépanations préhistoriques. J’avais insisté sur les variétés de forme, sur la trépanation carrée, sur les irrégularités des orifices.

Tout en suivant de près Paris et Martin qui ne me semblent plus aujourd’hui avoir vu tout ce qu’ils auraient dû voir, je distinguai immédiatement et très nettement ces opérations de la trépanation de la chirurgie régulière.

En 1881, j’eus l’occasion d’aller en pays Kabyle et d’in-

TRÉPAXATIOX KABYLE

terrog'er un Irépaneur indig’ène. J’ai publié à plusieurs reprises les faits que j’ai pu relever {Société de chirurgie, i 885 , pag’e 092). La trépanation des Kabyles m’apparut alors sous un jour tout à fait nouveau.

Dans la petite ville de Sidi-Ocbah, je pus interrog'er le Cheik Arabe Ben Gana. Questionné sur les trépanations qui se pratiquaient en ce pays, il me dit que les Arabes eux-mêmes ne pratiquaient, ni même ne connaissaient g-uère cette opération, mais qu’il savait que parmi les Kabyles, c’était une opération fréquemment faite. 11 me fit venir un thoubib Kabyle du nom de Si- Ali-ben-Si-Mohamed-Taieb.

Celui-ci appartenait à une famille de trépaneurs. De père en fils, on se transmettait l’enseig-nement de la trépanation, et on se trépanait même en famille, car il avait été trépané lui-même quatre fois et son père l’avait été douze fois.

11 avait trois frères qui étaient comme lui habiles dans l’opération de la trépanation.

11 ne paraissait pas considérer la trépanation comme bien dang-ereuse et devait la pratiquer avec une sing’ulière facilité, car il me proposa, si je restai deux jours de plus dans le pays, de trouver un malade à trépaner devant moi.

Sur les indications de la trépanation, il fut très net. 11 avait trépané dans les fractures du crâne. Mais ce n’était là qu’une éventualité très rare, tandis que l’opération était faite très souvent. L’indication devait être surtout dans les douleurs de tête qui paraissaient profondes, consécutives ou non à un traumatisme.

11 entra dans de grands détails pour m’indiquer les maladies multiples auxquelles la trépanation devait remédier. Mais il faut remarquer que ce Kabyle, comme tous les thoubibs alg-ériens, n’avait aucune notion médicale proprement dite, et qu’il était difficile de bien déterminer, d’après son récit, ces indications. Ce qui en ressortait avec toute évidence, c’est qu’il employait la trépanation en dehors de tout traumatisme. C’étaient les douleurs

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