BUT DE LA TREPANATION
à une époque contemporaine, non parmi les œuvres de la science moderne, mais parmi les coutumes de populations qui n’ont point participé à l’évolution de cette science. Il représente une conception extraordinaire de la puissance d’une action curatrice sur le système nerveux.
Il nous montre le sauvag-e attaquant en quelque sorte la masse cérébrale, cherchant une action directe sur le système nerveux. Il nous permet de supposer que l’homme des temps préhistoriques avait pu s’élever à une conception thérapeutique si importante qu’il fallut aux temps de la civilisation arriver jusqu’à la fin du XIX® siècle pour que le monde savant, après des découvertes très complètes sur le système nerveux, adoptât une thérapeutique que nous avons pu croire toute nouvelle et qui n’était p[u’un perfectionnement de la thérapeutique des temps inconnus.,!
Aussi étudier la pratique de cette ouverture du crâne, chercher à retrouver les motifs et la technique de ces opérations est pour nous une occasion d’un retour bien singulier sur l’histoire de l’esprit humain, sur la puissance de l’observation dans les siècles passés, sur l’évolution du mouvement scientifique.
Il est tellement difficile de concevoir comment ces primitifs sauvages que nous supposons sans existence scientifique ont pu arriver à une conception aussi compliquée que l’exécution d’une operation d une importance considérable appliquée à des phénomènes d une analyse impossible pour eux, que ceux qui ont eu le bonheur et l’habileté de découvrir les preuves anatomiques de la trépanation préhistorique ont [éprouvé une sorte de stupéfaction. On commença par douter de la réalité des opérations, par la nier. On hésita à admettre qu’elles aient pu être pratiquées pendant la vie, puis après des constatations qui ne pouvaient laisser aucun doute, on évoqua pour ces opérations les motifs les plus étranges. Les auteurs qui ont donné libre cours à leur imagination, ont trouvé les interprétations les plus romanesques des faits qu’ils observaient.
Ils ont supposé que, pour ouvrir le crâne, l’homme primitif
ACTIOX THÉRAPEUTIQUE
a\ ait dû avoir la pensée d’en faire sortir les démons qui eng’endraient les convulsions ou la folie. On a pensé que le fanatisme religieux pouvait seul justifier des opérations cruelles et l’on imagina une initiation par l’ouverture du crâne.^
Il nous paraît infiniment probable que les motifs de ces opéraftions furent bien plus simples et beaucoup plus justifiés par une bonne observation. Si nos maîtres ne se sont pas arrêtés à ces motifs très simples^ c’est que l’état de leur science les éloignait beaucoup trop de la réalité des faits : c’est que cette conception de thérapeutique bien légitime était hors de leur portée.
En effet, l’étude des pièces d’ouverture du crâne ne leur montrait pas seulement l’homme préhistorique supérieur en audace aux chirurgiens les plus célèbres de leur temps lorsqu’il appliquait cette ouverture au traitement des fractures du crâne, elle leur montrait ces sauvages élevés à une conception thérapeutique des maladies intra-crâniennes d’une hardiesse inconnue pour la chirurgie régulière du xix*^ siècle^Nos premiers essais qui sont venus ensuite ne devaient être qu’une réalisation scientifique de ces conceptions thérapeutiques. 11 fallait partir de cette conception thérapeutique pour trouver la pratique des sauvages infiniment plus simple, plus facile à justifier qu’on ne put le penser d’abord. Il fallait admettre qu’aux âges passés, l’empirisme, une suite d’observations régulières et très prolongées par la tradition avaient suffi à instituer une coutume thérapeutique utile.
Cette thérapeutique utile disparut avec les siècles pour ne laisser subsister que la trépanation limitée aux fractures du crâne, que l’on peut considérer comme un reste dégénéré de la pratique préhistorique plus étendue et plus parfaite.
Cette supposition peut devenir le thème légitime de tous les développements que peuvent faire naître ces curieuses observations. On peut sur les causes probables de l’intervention discuter à perte de vue, mais il subsiste toujours un fait brutal : la constatation d’une grande opération pratiquée fréquemment et heureusement.
TRÉPANATION PPJMITIVE
Lorsqu’on veut étudier cette curieuse question de la trépanation, il faut déterminer avec précision ce que l’on entend par trépanation préhistorique, parce que l’on aurait une tendance, en se fiant au mot de trépanation, à vouloir trop assimiler l’opération des époques inconnues à l’opération faite sur le crâne comme on nous l’a classiquement enseig-née.
Celle-ci n’était que l’ouverture du crâne faite par les chirurg-iens réguliers limitée à certains cas de fracture du crâne. Connue et préconisée par Hippocrate, elle fut transmise à toutes les nations civilisées suivant une formule assez régulière, pratiquée plus ou moins souvent; mais au xvm® siècle, elle eut en tous pays une vogue importante pour disparaître presque de la chirurgie au XIX® siècle, de telle façon qu’au xix® siècle, les exemples en étaient d’une grande rareté. En tous pays, c’était devenu une opération exceptionnelle.
La trépanation que les maîtres depuis le temps d’Hippocrate jusqu’au xvm® siècle nous ont enseignée, était-elle,—comme on 1 a cru si longtemps, — l’œuvre toute nouvelle de la chirurgie régulière telle qu’elle put être instaurée lorsque la science chirurgicale s est constituée, appuyée sur l’expérience d’opérateurs réguliers et instruits?
Etait-elle plutôt le souvenir très dégénéré et très affaibli des pratiques de la chirurgie néolithique? Cette dernière supposition est facile à defendre comme nous le verrons plus loin.
Il ne semble pas impossible de retrouver dans les pratiques vraiment chirurgicales la filiation qui aurait dû rattacher la science à la tradition. L’histoire a gardé quelque souvenir de l’utilité de 1 ouverture du crâne pour les maladies, sans la maintenir dans la thérapeutique scientifiquement acceptée (i).
^ (1) Broca cite le livre suivant de Jea>- Taxil: Traiié de VEpilepsie, maladie vulqairement appelée au pays de Provence la gouiette aux petits enfants. Lyon 1603 volume in-8 ou la trépanation serait citée. Velpeau parle des circulatores empiriques trepaneurs, d’après Sylvaticus. 11 m’a été impossible de retrouver les
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