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PRIMORDIALE

Mais il est impossible d’avoir le mot de tous ces problèmes singuliers, et, sans doute, bien des surprises nous sont encore réservées. Quelques résultats certains en ces délicates matières supposent des séries de patients efforts continués pendant des années. Une flore à peine entrevue, comme la flore primordiale, suffit à elle seule pour remplir plusieurs existences. Si quelque chose, du reste, m’a encouragé à présenter aux paléontologistes un essai dont je connais les imperfections, ç’a été la bienveillance des savants dont je dois rappeler ici les découvertes.

Un géologue suédois, M. Otto Torell, s’est occupé des fossiles cambriens avec beaucoup de suite et de résolution. Dans un mémoire sur la paléontologie de l’étage à Sparagmit de la Scandinavie l’éminent professeur décrit le Scolithus Linearis et le Palæophycus tubularis, qu’il considère comme deux formes végétales. Un autre savant de Stockholm, doué d’une grande activité d’esprit, M. Linnarsson, incline à voir dans le grès à fucoïdes le représentant du système cambrien; les empreintes caractéristiques de cette formation sont : Eophyton Linnæanum Tor., Eophyton Torelli Linnars. L’auteur constate aussi la présence d’un type singulier voisin du Rusophycus bilobatus Vax., du groupe de Clinton en Amérique. De son côté, M. Nathorst s’est efforcé, dans une récente publication 1 2 , de présenter sous un jour nouveau les fossiles décrits par MM. Torell et Linnarsson : les Eophyton devraient être attribués à des traînées d’objets inertes qui auraient rayé le fond des mers cambriennes sous l’impulsion du mouvement des vagues. Quelle que soit mon estime pour ce savant qui a puissamment contribué à la connaissance des flores mésozoïques de la Scandinavie, je dois déclarer que cette opinion est complètement insoutenable. Il y a en effet beaucoup d’exagération dans ce sentiment, et les aperçus moins solides que ingénieux de ce géologue ne me paraissent porter aucune atteinte à la

1. Bidray till Sparagmitetagens geognosi ocli paleontologi (Lunds Univ. Arsskri/l, t. IV, 1868).

2. Om nâgra fôrmodade vàxtfossilier. — Af. Alfred Nathorst, 1873.

nature organisée des Eophyton, dont je viens de constater la présence vers- la base des quartzites siluriens de l’ouest de la France. D’ailleurs, les procédés qu’emploie M. Nathorst ne sont pas ceux de la science rigoureuse; s’il avait plus étendu le cercle de ses expérimentations, il serait arrivé, je crois, à des vues moins absolues. Il en faut dire autant des Cruziana, et les preuves par lesquelles on a essayé d’établir que les Bilobites représentent des traces de vers gigantesques manquent absolument de solidité. M. de Saporta i et moi-même 1 2 , en ce qui concerne le Fræna Goldfussii, avons apporté à cette manière de voir des objections décisives. Récemment, cependant, M. Nathorst 3 a prétendu que tous les objets rapportés aux Bilobites et aux Cruziana de Lugnâs sont des traces de Crustacés. Il a même écrit « que la Cruziana de Lugnâs est la trace d’un crustacé existant depuis l'époque cambrienne jusqu'à la période des houilles » . Quant aux Tigillites de Rouault ( Scolithus , Hall.), « elles sont le fait de bulles de gaz traversant la masse de sable ! »

On s’arrête devant l’impossibilité que présentent à l’imagination de telles hypothèses, et nous nous refusons à voir, avec les géologues qui ont le mieux étudié les Tigillites et les Bilobites, MM. Barrois, Guillier et de Tromelin, autre chose qu’un jeu puéril dans les rapprochements tentés par M. Nathorst.

« Les Bilobites, dit M. Albert Guillier, sont des végétaux. On les voit se rencontrer dans toutes les directions en conservant leur relief. Une trace d’animal sur la vase ne produira pas le double relief que l’on observe presque toujours; en outre, un animal s'avançant dans une direction quelconque laissera sur la vase des traces parallèles. Quelquefois la roche silurienne présente des agglomérations de Bilobites qui passent les uns par-dessus les autres, en conservant leur relief. Un échantillon de grès armoricain, assez épais, provenant du

1. G. de Saporta, Types de végétaux paléozoïques nouveaux et peu connus.

2. L. Crié, Contributions à la flore paléozoïque de l’ouest de la France ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1880).

3. Nathorst, Om spàr af nagra evertebrerade djur M. M. Och Deras paleontologiska betydelse. Stockholm, 1881.

Menez’-C’hom (Finistère), paraît formé tout entier de Bilobites entrecroisés l . » En présence de ce spécimen très instructif, M. Nathorst eèft sans doute hésité à écrire « qu’on ne trouve jamais un seul de ces objets comme un moule complet dans l’intérieur de la pierre, tandis qu’on en voit des centaines à la surface des couches. »

« Dans nos travaux sur la paléontologie des terrains primaires de la Bretagne et de la Basse-Normandie — dit M. de Tromelin — je n’ai pas hésité à rapporter les Bilobites à des végétaux (Fucoïdes). Pour attribuer ces formes à des traces d’Annélides ou de Crustacés, il faut ne les avoir jamais recueillies in situ 2 . » Lors de la présentation à la Société géologique (janvier 1879) du livre de M. Saporta : Le monde des plantes avant l'apparition de l'homme, M. de Tromelin disait : « Je suis heureux de voir que M. de Saporta, comme tous les géologues bretons, considère les Bilobites comme des empreintes d’Algues. » Quant aux Tigillites Rit. ( Scolithus , Hall.), M. Charles Barrois, le savant géologue de la Faculté de Lille, vient de faire ressortir, dans un travail remarquable à plus d’un titre 3 4 , les affinités qui existent entre les Scolithus, qu’il appelle des Scolithodèmes, et certains Cœlentérés inférieurs, les Verlicillopora, qui forment aujourd’hui le type du nouveau genre Barroisia \

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