De Tromelin, Ex. litt
3. Charles Barrois, Recherches sur les terrains anciens des Asturies et de la Galice. Lille, 1882.
4. (Note ajoutée pendant l'impression). Dans un magnifique travail plein do vues profondes sur les Algues fossiles, M. de Saporta apporte aux théories de M. Natliorst des objections qui nous paraissent décisives. Ce livre renferme sous forme d’appendice, une note importante de M. le professeur Marion. Le savant zoologiste de la Faculté dos sciences de Marseille écrit avec raison : « que M. Nathorst ne saurait avoir la prétention de faire croire que les mers anciennes, dans lesquelles il veut justement faire vivre des Invertébrés de tous genres, comme ceux qui habitent nos mers actuelles, aient été dénuées d’Algues. J’accorde, dit M. Marion, que les Chrossocorda ont pu être des pistes de Crustacés Amphipodes ou Isopodes, mais c’est tout. Je n’ai rien vu, en effet, qui autorise à admettre l’existence de pistes aussi complexes que le sont les réseaux des Bilobites. Les pistes les plus compliquées sont le fait des Idotliées (Crustacés Isopodes) et des Annélides dont les cirres dorsaux sont lamelleux ; mais on n’observe jamais qu'un espace médian creux eu forme de sillon et des courbes simples et égales qui se succèdent sur les cotés. Il y a loin de là à des ramifications de stries obliques, fréquemment repliées et sinueuses, de manière à former un réseau. Je nie absolument la possibilité d’une sémblable trace ». — Voir G. de Saporta : A propos des Algues fossiles. Paris,
Il est donc surprenant de voir, en France, quelques géologues essayer de donner faveur à la théorie fantaisiste de M. Nathorst.
En Angleterre, les professeurs Ramsay, Salter, Forbes, Hicks et Davidson ont présenté le résultat de leurs recherches sur les fossiles ' cambriens des Iles Britanniques. M. Hicks, portant dans ses travaux une précision rigoureuse qui distingue toutes ses recherches, s’exprime ainsi au sujet du Lingulella ferruginea, découvert par lui à la base du groupe de Harlech : « C’est indubitablement le plus ancien Brachiopode connu jusqu’à ce jour, et il fournit les preuves les plus évidentes, avec I’Eozoon, de l’existence si ancienne d’un animal sur notre planète. Les Annélides et les Fucoïdes ont certainement joui d’une égale antiquité ». M. Linnarsson a signalé, dans la couche la plus inférieure des grès à Eophyton reposant sur le gneiss, le Lingula monilifera. Ces deux Lingules sont les plus anciens brachiopodes connus.
Un des résultats les plus importants auxquels les études paléontologiques sont arrivées depuis quelques années, a été de démontrer qu’un bon nombre d’organismes, considérés jusqu’alors comme appartenant aux Foraminifères, sont des Algues unicellulaires très voisines du groupe des Siphonées verticillées calcaires. Les recherches de M. Steinmann ont jeté sur l’organisation de ces êtres un véritable sillon de lumière. Les Siphonées verticillées comprennent aujourd’hui les Polytripa, Arciiæocyathus, Receptaculites et plusieurs autres genres dont la nature végétale est pour moi une chose démontrée. J’avais tout d’abord quelques hésitations, mais l’examen des belles préparations de M. Steinmann a dissipé mes doutes. Je vois maintenant •dans ces prétendus Amorphozoaires la structure des Siphonées verticillées avec une grande clarté. Chez nous aussi, M. de Saporta s’est préoccupé des Algues primordiales. Les notions que possède ce savant sur la flore vivante comparée à celle des périodes anciennes et par-dessus tout l’impartialité de ses jugements, donnent une portée véritable aux idées qu’il a été un des premiers à propager en France. Nous venons de relire le livre remarquable sur « l’Évolution des Grypto-
games » 1 consacré par lui et M. Marion, son collaborateur, à l’étude des stades évolutionnaires des végétaux inférieurs, à partir des protophytes.
Tous les géologues ont apprécié à leur juste valeur les découvertes deM. Léo Lesquereux, en Amérique, et celles non moins remarquables de M. Dawson, au Canada, qui ont fourni des éléments d’une grande importance aux études de paléontologie végétale. Dans un travail plein de vues profondes sur la période antéprimordiale, notre illustre ami décrit I’Eozoon, rhizopode polythalame des couches laurentiennes du Canada 2 . Il résulte des pénétrantes investigations de M. Dawson que, dès le laurentien, ces formes inférieures de la vie animale atteignaient sous le rapport de leur grandeur et de leur complication un développement sans exemple dans les âges suivants de l’histoire de la terre. La découverte, dans le même terrain, de fibres et de lits de graphite, témoigne des restes d’une végétation dès cette époque reculée. Le graphite du Canada constitue des lits parfois très étendus, et les dépôts de plombagine existent presque toujours auprès des calcaires; quelquefois aussi, le graphite forme de grosses lentilles disséminées dans les roches pyroxénétiques, les roches quartzeuses et feldspathiques et même dans l’oxyde de fer magnétique ; il n’est pas rare de le rencontrer associé à la calcite, au quartz, au pyroxène. Le calcaire graphitique du Canada a offert à M. Dawson des éléments fibreux de nature végétale et des stries vermiculaires appartenant à l’Eozoon pénétré par la matière bitumineuse postérieurement convertie en graphite. En présence de l’immense épaisseur et.de l’étendue des calcaires éozooniques et graphitiques du Canada, on ne peut mettre en doute l’existence d’organismes végétaux et animaux dès le lauren-
1. G. de Saporta et Marion, L'évolution du règne végétal. — Les Cryptogames. Paris, 188t.
2. Les premiers savants de notre époque, le professeur Carpenter, de Londres, qui connaît le mieux le groupe dos rhizopodes; Max Schultze, de Bonn; Dawson, de Montréal ; Ernest Hæckel et plusieurs autres sont arrivés à la ferme conviction que l’Eozoon de l’Amérique du Nord est un véritable rhizopode. Hæckel, qui a étudié avec soin les belles préparations d’Eozoon de Carpenter et de Max Schultze, n’a pas le moindre doute à cet égard. M. Dawson considère les Archæospherina comme de simples bourgeons d’Eozoon.
tien. C’est là un point essentiel sur lequel personne n’a jeté plus de lumière que le savant géologue de Montréal.
Un protiste fort curieux est la Monobia, récemment découverte dans les eaux douces par le professeur Schneider, de Poitiers. Cette monobie n’est pas une simple monère, mais une colonie de monères, comparable aux masses protoplasmiques, ou plasmodies , que nous présentent, chez les végétaux, les Myxomycètes. Malheureusement les premiers protistes ont disparu pour la science avec l’état sarcodique qu’ils représentaient. Mais il est des êtres très anciens conservés par des organes plus fermes et dont la structure est de jour en jour mieux connue [Siphonées verticillées, algues calcaires, Psilopiiyton du cap Gaspé (Canada) et du groupe de Cincinnati (silurien supérieur des Etats-Unis]. Les Sig-illaria, dont les caractères paraissent avoir flotté entre les Lycopodiacées et les Gymnospermes, ont pour prototype le Protostigma de Cincinnati. Avec les Fougères des types Cardiopleris, les Lycopodiacées sont les plus anciennes plantes cryptogames connues. Les Equisétacées siluriennes de Cincinnati appartiennent aux Annularia et aux Sphenophyllum , qui prendront définitivement leur essor dans la flore houillère moyenne. Le type gymnospermique Cordaïtes, sorte de trait d’union entre les Conifères et les Cvcadées, se cache dans un passé extrêmement reculé. Avant fie constituer avec les Calamodendrées et les Pécoptéridées les principales essences des forêts de l’époque supra-houillère, il se montre dans le silurien supérieur, au cap Gaspé (Canada). Cet ensemble trahit des affinités très réelles avec la flore dévonienne moyenne et inférieure, dont il n’est, si j’ose le dire, que la représentation microcosmique. L’existence, dès le silurien supérieur,-des cryptogames vasculaires et surtout des gymnospermes peut nous surprendre, tant il est vrai qu’un penchant général nous porte à regarder la simplicité comme le caractère d’une haute ancienneté. Trop souvent, en effet, on se figure que la simplicité, qui, relativement à nos procédés analytiques, est antérieure à la complexité, l’est aussi dans l’ordre des temps. C’est là une erreur dont le naturaliste doit se garder. Un des
caractères que les progrès récents de la paléontologie nous autorisent à assigner à la première flore terrestre du Canada et des Etats-Unis, c’est, nous l’avons vu, la présence de formes synthétiques riches et compliquées. Il faut l’avouer, de semblables types végétaux apparaissant dans le silurien sans précurseurs et sans état archaïque, nous semblent, au premier abord, un fait assez singulier; mais la surprise que nous cause cette brusque apparition n’est qu’un effet de l’ignorance où nous sommes sur la période antéprimordiale, et il serait téméraire de regarder comme absolument primitifs les êtres qui, dans le cadre de nos classifications, méritent, parmi les cryptogames vasculaires et les gymnospermes, le premier rang d’ancienneté. Quant aux apparitions primitives de ces protophytes, est-il possible de déterminer les points du globe où se passa ce fait important ? Sur cette question que tout esprit philosophique se pose, le naturaliste doit hésiter à se prononcer. Sans doute, des découvertes remarquables basées sur la connaissance approfondie des couches paléozoïques de la Scandinavie et du Canada, tendent à reporter l’origine de la végétation vers le nord : Eophyton, Rusophycus, Fræna, les plus anciens végétaux connus, caractérisent le grès à Eophyton de Suède; Receptaculites, AnciiÆOCYATHus, premières Siphonées verticillées, existent au Canada (Galciferous Croup.); Oldhamia, algue calcaire, abonde dans certaines formations cambriennes des îles Britanniques; Psilophyton, souche présumée des cryptogames vasculaires, Spiienophyllum, Annut.aria se montrent pour la première fois dans les assises siluriennes du cap Gaspé (Canada) et de Cincinnati (Etats-Unis). Nous pouvons, sans sortir de notre plan, essayer de démontrer ici, pour le règne animal, la thèse que nous supposons relativement aux apparitions primitives des protophytes. D’après l’état actuel de nos connaissances paléontologiques, l’antériorité de certains types génériques de Trilobites et de Céphalopodes, dans la grande zone septentrionale (Scandinavie, Canada, Russie, Angleterre), par rapport à la zone centrale d’Europe (France, Espagne, Bohème); la première apparition des Cœlentérés, des Echinodernes, des Brachiopodes, dans le cambrien de la Scandi-
navie et des îles Britanniques, sont pourtant des faits qui semblent parler en faveur de la zone du nord; enfin, la richesse relative en restes de poissons, durant les dernières phases de la faune troisième silurienne, paraît indiquer que son avantage d’antériorité s’est étendu môme sur les premiers vertébrés. Mais que de choses restent et resteront sans doute longtemps encore inexpliquées dans ces problèmes d’origine ! Un voile impénétrable couvre pour nous cette période du développement de notre planète durant laquelle s’accomplit le mystère de l’apparition de la vie.
Les études paléontologiques, surtout en France, ont besoin d’être sérieusement méditées. Beaucoup d’esprits qui s’imaginent qu’on peut arriver de plain-pied aux généralités sans passer par l’étude minutieuse des détails nient les modifications séculaires des espèces. Pour eux, chaque type végétal, constitué une fois pour toutes, se continue avec une sorte d’inflexibilité à travers les siècles. Quoi de moins philosophique? Rien n’est stable dans la nature, tout y est dans un perpétuel développement. Jamais l’idée de créations par saccades, de changements ne sortant pas naturellement de l’état antérieur, ne vieirdra à un paléontologiste sérieux. Le « transformisme » est dans la voie de la grande explication du monde et de la vraie philosophie. Certes, si ceux qui nous blâment de ne pas leur présenter de preuves directes et immédiates à l’appui de notre manière de voir, pouvaient nous apporter, en cette matière, la vérité complète avec ses signes évidents, nous n’aurions qu'à rejeter sur le second plan nos longues recherches ; mais l’expérience nous apprend que ce n’est point à l’aide de formules abstraites et d’une ontologie sans rapport avec les faits qu’on arrive à résoudre ces grandes questions qui préoccupent si vivement l’esprit humain. La paléontologie, comme toute vraie science, ne se livre pas d’un seul coup ; elle est toujours incomplète, toujours perfectible. Cependant avec ses imperfections et ses lacunes elle est encore bien grande et bien belle pour qui la comprend et la voit des yeux de la science et de la philosophie.
Crié.