CRYPTOGAMES CELLULAIRES
Algues - mousses ou Characées.
Floridées. Conferves. Oosporces.
Algues cambriennes. - Réceptacu- j M étozoaires . lulées. — Siphonées verticillées. ( J
(Colonies de monères.)
Ascomycètes
Basidiornycètes.
1 Erysiphces.
• Urédinées.
i Lichens pyrénocarpes.
Pyrénomycètes.
j Monères simples. — Schizomycètes.
Les nombreuses algues cambriennes et siluriennes que nous connaissons devaient se rapprocher, pour la plupart, des protophytes monoplastides qui caractérisent plus particulièrement à l’époque actuelle les mers équatoriales. Rien n’est plus instructif que l’étude morphologique des Caulerpées, algues tubiformes ressemblant souvent à une phanérogame ayant tige, racine et feuilles. Ces étranges Siphonées, avec leurs frondes dentées simulant des feuilles et des racines filamenteuses, ne sont cependant que de simples plastides sans noyau. Ici, la cellule végétale atteint le plus haut degré de différenciation. Les accolades ou cordons des Bilobites ( Frœna , Cruziana ), chargés parfois d’un réseau si compliqué *, étaient peut-être les frondes ou phyllomes d’algues tubiformes alliées aux Caulerpées. Jadis très florissants dans les mers cambriennes et siluriennes de la Scandinavie, des Iles Britaniques, de l’Amérique, du Portugal et de la France, où ils étalaient une grande profusion de formes, les Bilobites sont représentés actuellement par les Caulerpci et les Chuuvinia, qui semblent avoir conservé, dans leur évolution séculaire, l’organisation très simple et le mode de reproduction problématique des Siphonées primitives. Les Caulerpes, dont les frondes ne sont jamais fixées aux rochers, rampent au fond de la mer, sur le sable des rivages où elles offrent des formes extrêmement variées. Certaines espèces des Antilles et de
1. G. de Saporta : A propos des Algues fossiles, p. 34 à 62. — Voir aussi dans le même travail la note de M. le professeur Marion, p. 10.
la Nouvelle-Hollande, avec leurs appendices, rappellent nos plus gros Bilobites. Aux Indes orientales, en Afrique, les rivages sont tapissés de Caulerpa sédiformes et cupressiformes. Plusieurs Fræna des grès siluriens de l’ouest de la France se rapprochent, par la disposition de leurs appendices bisériés, de quelques espèces éricoïdes de l’océan Indien. Presque toujours c’est une cellule unique qui, traversant les métamorphoses les plus variées, porte antérieurement des branches foliaires, postérieurement dès rhizoïdes. C’est la même cellule qui présente latéralement des protubérances ou appendices écailleux et des poils fonctionnant comme racines. L’algue unicellulaire donne lieu à une dichotomie remarquable dans une espèce d’Australie, le Chauvinia simpliciuscula Kütz.
A cet égard, le Codiurn tomentosum du littoral de la Manche peut être rapproché de la Siphonée australienne. Ailleurs, la différenciation de la cellule est non moins accuentuée chez les Chauvinia clavifera et Muelleri , deux espèces de la Nouvelle-Hollande. La division de l’algue Siphonée en parties différenciées présente tous les intermédiaires, depuis le Botrydium (simple cytode sphérique produisant par division du protoplasma de nombreuses zoospores), les Vaucheria et genres voisins *, jusqu’aux Bryopsis , Chauvinia et Caulerpa à port de Sedum, d 'If, d'Ophioglosse, de Bruyère , de Cactus , de Lycopode , qui habitent les mers chaudes du globe. Les Caulerpées sédiformes, cactiformes et hypnoïdes croissent sur les rivages de l’Australie ; les formes éricoïdes sont particulières aux Indes orientales.
C’est maintenant que s’offre à nous, parmi les algues unicellulaires, le groupe si instructif des Verticillées. Les belles études de M. Steinmann ont jeté sur ces organismes à peine connus un véritable sillon de lumière,,et la nature végétale d’un bon nombre de Siphonées verticillées jusqu’alors rapportées aux Foraminifères, a été mise, par ce savant, dans une évidence de plus en plus frappante. Les recherches
1. Sciadium, Apiocystis, Chamcium, Palmodactylon, Botryococcus, Ilerpochæta, Stephanocælium, Poropsis, Valonia , Acrocladus, etc.
de M. Munier-Chalmas 1 ont aussi amené en France des résultats remarquables. L'étude comparative des Dasycladus, Cymopolia,Acelabularia, Neomeris, faite par l’auteur, lui a prouvé que les Daclylopora, Acicularia , Polytripa sont des algues très-voisines de ces Siphonées. Sur une section transversale d’une partie du cylindre calcaire de Cymopolia Rosarium Lamx., le même géologue a mis à nu : 1° les canaux qui recevaient les cellules verticillées; 2° les cavités centrales qui logeaient les sporanges. Une autre coupe du Polytripa elongata Defr., laisse voir, comme dans la première préparation et disposées dans le même ordre, les cellules verticillées et les cavités centrales sporangifères. Avec une extrême habileté, les cellules verticillées ont été isolées du cylindre
Fig. 1. — Cellules du Polytripa elongata obtenues per moulage. — 4, cellules vcrticilléos du Cymopo.'ia Itosarium isolées du cylindre calcaire par un acide.
A, paroi de la cellule centrale; B, premier rang des cellules verticillées; C, cellules terminales en ombelles au centre desquelles se montre un sporange axile D.
calcaire par un acide, de façon à montrer la paroi de la cellule centrale, les premiers rangs des cellules verticillées et les cellules terminales en ombelles présentant à leur centre un sporange axile. Les cellules du Polytripa obtenues par moulage rendent saisissante au plus haut point l’analogie de structure qui existe entre les deux genres Cymopolia et Polytripa (fig. 1).
Sous la dénomination de Siphonées verticillées, l’auteur réunit : 1° les Algues Chlorosporées classées par Harvey dans la famille de Dasycladées ; 2° tous les genres fossiles voisins des Larvaria, Clypeina , Po-
1. Observations sur les algues calcaires appartenant au groupe des Siphonées verticillées ( Dasycladces , Harv.) et confondues avec les Foraminifères (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1877, tome LXXXV).
lytripa, Aciculâria, Dactylopora, Uteria. Ce groupe renferme aujourd’hui plus de cinquante genres, qui se répartissent pour la plupart dans les terrains triasiques, jurassiques, crétacées et tertiaires. Dans les mers actuelles, il semble être en complète décroissance puisqu’il ne comprend plus que les sept genres suivants : Dasycladus, Halycorine, Cymopolia — représenté par deux de ses sous-genres : Polytripu et Decaisnella — Polyphysa, Acetabularia , Neomeris et Bornetella. La fronde des Siphonées verticillées est simple ou dichotome, formée d’un axe tubuleux unicellulaire autour duquel sont étagés des rameaux rayonnants verticillés dont la disposition varie suivant les genres. Dans beaucoup d’espèces, l’axe et les rayons fixent en abondance, sur leurs
parois externes, du carbonate de chaux, et il se fait ainsi autour de la plante une enveloppe calcaire qui reproduit exactement les détails de son organisation. Cette enveloppe minérale est formée par un ou deux cylindres calcaires. Le cylindre externe est constitué par les cellules les plus extérieures des verticilles qui se terminent par un renflement évasé, dont les bords latéraux se soudent plus ou moins avec les renflements des cellules voisines. Les fruits eux-mêmes peuvent s’entourer de calcaire et concourir aussi à la formation du cylindre externe ; ce fait s’observe dans toutes les espèces du genre Cymopolia. Tantôt les fruits sont simples, c’est-à-dire qu’ils consistent en une cavité ou sporange unique (Cymopolia, Neomeris , etc.) ; tantôt ils présentent plusieurs petites cavités lisses et brillantes destinées à loger des sporanges ou des spores. Cette particularité se rencontre chez les Acicularia, Maupasina, Dactylopora, etc. Il résulte de l’organisation des Siphonées Verticillées calcaires que, lorsque la matière organique est
détruite, il reste presque toujours, surtout chez les espèces fossiles qui Axaient plus de calcaire que les espèces actuelles, un squelette creusé de canaux (rayons des verticilles ) et de loges (fructiAcations). Cette disposition qui permet de classer rigoureusement les espèces fossiles, a, mal interprétée, conduit les auteurs les plus distingués à voir en ces plantes l’organisation des Foraminifères. Les différences assez considérables qui existent entre les genres de ce groupe permettent d’établir provisoirement des sections ou familles dont la valeur ne sera Axée que' lorsque les genres suivants seront plus complètement étudiés. En voici le tableau 1 :
I A. Decaisnella.M.-C*'.
1 B. Car varia. Detr. *.
< C. Vaginipora. Defr. ’. / D. Karreria. M.-C. \
[ E. Polÿtripa. Defr. ",
Les analyses délicates de M. Steinmann ont déjà fourni à la science des données capitales. L’auteur a décrit récemment le Triploporella Fraasi, Siphonée de la zone à Ammonites Syriacus (Turonien du mont Liban). Ses préparations montrent très nettement la structure du cylindre central avec ses pores, ses rameaux secondaires et leur mode de terminaison (fig. 2). D’autres Siphonées possèdent une organisation spéciale, comme les Gyroporella, Cyclocrinus , Receptaculites, etc., dont les ramiAcations ne s’ouvrent pas à la surface du
1. Les noms marqués d’un astérisque * sont ceux des genres fossiles; deux astérisques " indiquent qu’ils sont à la fois fossiles et vivants.