Louis Crié, Revue scientifique, décembre 1881, p
dépend du cylindre externe, est partagé par une série de feuillets parallèles qui donnent ainsi lieu à la division en métamères. Le tissu de ces Verticillipora est fibreux, lacuneux et calcaire, comme celui des Pharetrones; les divers métamères ou loges comprises entre les planchers communiquent avec le canal central par une couronne régulière de pores ouverts dans le cylindre interne.
« La comparaison des Scolithes avec les Verticillipora se présente naturellement à l’esprit, pour les raisons suivantes, basées surtout, on le verra, sur l’examen d’un très grand nombre d’échantillons de localités et de conservations différentes :
« 1° Le moule intérieur du canal central des Verticillipora m’a montré un tube, long souvent de 2 à 3 centimètres, lisse, et orné à des distances régulières d’anneaux concentriques, correspondant aux pores des différents métamères. Ces anneaux sont formés de granules distincts sur les moules pris au plâtre fin, mais les granules deviennent moins distincts et confluent entre eux sur les moules pris avec un plâtre plus grossier, où l’on ne voit que des. anneaux concentriques.
« Or, les Scolilhus ne sont des tubes lisses, comme les types figurés par M. James Hall, que lorsque les grès qui les contiennent sont métamorphisés, ou qu’ils ont été soumis à de puissantes pressions, ou qu’ils sont décomposés. Ges conditions sont souvent remplies a la fois, dans le terrain silurien de la plupart des régions étudiées (Mortain, Bagnols, etc.); en certains gisements exceptionnels, les Scolithes sont mieux conservés (île Saint-Marcouf, Gabo Busto), et ils ressemblent un peu alors au genre Trachyderma de Salter, de Ludlow, caractérisé par des stries ou anneaux irréguliers superposés. Quand ces Scolithes sont très bien conservés, ces anneaux superficiels sont plus réguliers et rappellent ainsi à peu près le moule du canal central des Verlicillipora. La comparaison de cette figure avec celle d’un Scolithus bien conservé de l’île Saint-Marcouf (Manche) montrera les rapports qu’il y a entre ces deux fossiles : ils diffèrent par la moindre régularité des anneaux chez la forme silurienne, et par sa taille plus grande,
mais il n’y en a pas moins entre eux une ressemblance frappante.
2° La figure d’un échantillon de grès à scolithes du Cabo Penas, vu de face, suivant les oscules, montre un autre caractère de ces fossiles : autour de la tige principale décrite sous le nom de Scolithus, il y avait un cylindre creux concentrique. Cette apparence est générale, quoique plus ou moins visible suivant les gisements; cette zone périphérique a souvent une composition minéralogique différente de la première, étant parfois argileuse ou talqueuse. Cette partie correspondrait dans notre hypothèse au cylindre calcaire qui limite le canal central des Verticillipora. Son épaisseur chez les Scolithus est de 1 millimètre sur les individus de 3 millimètres de diamètre, et de 3 millimètres chez ceux de 8 millimètres de diamètre ; cette épaisseur, admissible dans le cas de la disparition d’une couche solide, me paraît inexplicable dans l’hypothèse des trous d’annélides. Je crois qu’elle représente la place du cylindre interne des Verticillipora , détruit après le remplissage des loges par le sédiment et rempli ensuite après coup.
« 3° La plupart des échantillons de Scolithes ne montrent rien de plus que ce que je viens d’indiquer et ne permettent pas de pousser plus loin la comparaison avec les Verticillipora. J’ai eu toutefois la bonne fortune de trouver, dans les falaises de Cabo-Busto, un échantillon unique à ce sujet; c’est un bloc de grès rempli de Scolithes (scolithodème), qui, par suite d’une longue exposition aux agents atmosphériques si puissants sur ces côtes, a été préparé ou plutôt disséqué par la nature, de façon à révéler encore de nouveaux détails de structure. J’ai figuré ce bloc ', où les scolithes se présentent dans leur position ordinaire verticale, parallèle, avec leur diamètre et leurs caractères habituels : les tiges centrales sont entourées du cylindre déjà décrit, et commun à tant d’échantillons; mais, en dehors de ces tubes, on' reconnaît qne l’intervalle compris entre les Scolithes est divisé en un grand nombre de feuillets horizontaux, un peu renflés en leur milieu, en séries correspondant aux
1. Voir rlaus le beau travail de M. Ch. Harrois, la planche V.
différents scolithes. Lear distance moyenne, assez irrégulière, est d’environ 2 millim., 5. Le bombement de ces feuillets empêche de les rapporter à la stratification originelle du grès; leur origine me semble également impossible à comprendre si l’on considère les Scolithes comme des trous de vers. L’explication en est au contraire aisée si on les compare aux Verticillipora; ces feuillets sont les moules internes des loges, dont les planchers de séparation auraient disparu comme toutes les autres parties calcaires du cormus.
« 4° En admettant l’analogie des Scolithes et des Verticillipora pour les trois motifs précités, on voit donc que leurs diverses parties sont respectivement représentées de part et d’autre. Si maintenant on fixe son attention sur les différences que présentent ces fossiles, on remarque a) l’absence du cylindre externe chez les Scolithus, b) la taille plus grande des Scolithes , c) la verticalité constante des Scolithes. Ces différences ne me paraissent pas former des objections sérieuses à l’assimilation proposée.
« «) En effet, l’absence du cylindre externe ne saurait séparer les Scolithodèmes des Verticillipora ; j’ai ramassé un très grand nombre de Verticillipora anastomosans dans l’aptien de Blangy (Aisne) et de Farringdon (Berkshire), ils présentent pour la plupart les caractères connus du genre; mais j’en figure ici une variété dont j’ai quelques échantillons dont le cylindre externe a disparu et dont les planchers se soudent directement entre individus voisins, comme chez les Scolithodèmes.
« b) Je ne puis réfuter de même la seconde objection, tirée de la taille des Scolithes, n’ayant pas trouvé de Verticillipora dont le canal central ait plus de 2 millimètres de diamètre ; mais des différences basées sur la taille ne sont que subordonnées en morphologie.
« c) Les Scolithes sont réputés droits, verticaux, parallèles, tandis que les individus d’un cormus de Verticillipora forment un faisceau plus ou moins divergent. J’ai vu toutefois des souches de Verticillipora h individus droits, parallèles entre eux sur des longueurs de 30 millimètres; cette distance est certes moindre que chez les Scolithes, mais la di-
vergence diminue beaucoup si l’on a égard à la différence des diamètres. En outre, je figure ici un Scolithodème de Tornin (Asturies), ramassé au hasard sur le terrain ; il ne montre que cinq scolithes, mais laisse voir, comme du reste beaucoup d’autres Scolithodèmes, que le parallélisme des Scolithes n’est qu’approximatif et ne doit pas être exagéré. Les divers Scolithes recourbés qui ont été cités à l’appui de l’hypothèse des trous de vers, représentent pour moi les anastomoses des canaux centraux à la base du cormus.
« En résumé, je crois devoir conclure de ce qui précède que le groupe des Verticillipora (ou d’une manière générale des Sphingtozoa) est très voisin des Scolithodèmes siluriens. Nous avons en effet reconnu entre eux divers rapports importants de structure, et il est du reste vraisemblable de trouver la vie représentée, à cette époque reculée, par des Cœlentérés, ou des algues très inférieures. Je crois donc que l’on peut regarder les Scolithodèmes comme formant une famille éteinte de Sphingtozoa différant surtout des Verticillipora , par sa taille, par l’absence constante du cylindre interne, par la plus grande irrégularité de ses planchers *. »
Les recherches du savant géologue de Lille vont jeter sur ces Tigillites ou Scolithus un véritable sillon de lumière. M. Barrois considère les Scolithes recourbés que l’on trouve associés aux Scolithes droits, comme représentant les anastomoses des canaux centraux à la base du cormus. Ces conclusions sont pour moi pleines d’intérêt, car elles me permettent de rapporter ici une observation importante dont le germe m’appartient. Dans une note sur les Tigillites siluriennes, présentée en 1878 à l’Académie des sciences, par M. Hébert, j’insistais sur ce-point que les traces organiques tigilliformes attribuées par Rouault au genre Foralites ne sont en réalité que les fibrilles de la partie inférieure des tigillites. Un échantillon de grès armoricain que je possède des montagnes d’Arès (Finistère) ne laisse aucun doute sur ce point. Ainsi la manière de voir de M. Barrois, quoique différente de la nôtre, — je suis