‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 12 sur 86 · A. Col. C2 7.?, p · texte numérisé non relu

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en rade de Mahé, apportant un petit présent pour Bayanor ; cette heureuse circonstance le retint dans notre amitié et permit de gagner du temps.

Est-ce à cette époque qu'il écrivit à la Compagnie une lettre dont nous n'avons pu retrouver la date ? Nous le pensons, car Bayanor parle de nos magasins qui allaient être bientôt achevés et ils le furent dans le cours de 1722. Voici cette lettre :

Je fais scavoir à Messieurs de la Royalle Compagnie que le S"" Mollandin, qui demeure à Calicul pour ladite Compagnie, m'est venu voir sur mes terres et m'a demandé au nom de ladite Compagnie un lieu qui s'appelle Mahé afin de s'y établir et y faire son commerce, ce que je luy accordé avec grand plaisir, voulant seconder ladite royalle Compagnie dans les contrats et commerce qu'elle désire faire sur mes terres, et pour cela j'ai donné un endroit pour faire des magasins qui seront bientôt achevez.

L'Anglois estant voisin de mes terres, ayant sceu que j'avais accordé à la royalle Compagnie son établissement et non à luy et que j'ay pour cela refusé eux et les Hollandois, qui sont les seuls qui peuvent faire le commerce de cette côte, sans qu'aucune autre nation européenne le puisse faire, disent que je suis la cause de ce que les François font des contracts à la côte Malabare et que je leur ay ouvert le chemin. C'est pourquoy les .\nglois ont dit que doresnavant ils ne seront plus de mes alliez ny de ma nation et qu'ils ayderont les princes qui m'en voudront pour me détruire. C'est pourquoy je fais scavoir à la royalle Compagnie que, puisqu'ils commencent à murmurer sur ce commencement, s il arrivoit quelque chose de pis, ce sera à eux de le prendre sur leur compte puisque je leur donne toute ma confiance et attends tous les secours qu'une royalle Compagnie peut me donner, veu que jusqu'à présent je n'ay voulu écouter aucune nation européenne que la Française pour un établissement. J'espère lout de votre fermeté et que vous me ferez la grâce

de me faire respouse au plus toi par la voye de votre directeur de Galicul.

Signé : Bayanor, prince de Bargaret '.

Nous ne connaissons pas la réponse de M . MoUandin ; mais, s'il écrivit, il dut être fort embarrassé pour le faire. Faute d'argent, nous n'avions pu acheter à Bayanor les poivres qu'il comptait nous vendre, et pour son budget c'était autant de ressources qui manquaient. Manifestement nous n'exécutions pas la convention du 2 avril ; quelles raisons autres que des raisons de patience pouvions-nous opposer aux sollicitations de Bayanor? Aussi perdions-nous chaque jour un peu de crédit auprès de lui et M. Vlamin pouvait écrire le 29 décembre 1722 que si nos magasins étaient à refaire, on n'en obtiendrait plus l'autorisation.

M. Adam, qui connaissait la situation, était fort à l'aise pour nous desservir; il redoubla de prévenances auprès de Bayanor et s'attacha également à acheter la conscience des principaux nambiars et à déterminer dans 1 ensemble de la population de Gadounattou un courant d'hostilité contre la France. Ses arguments n'étaient pas sans valeur ; nous avions promis d'acheter les poivres du' pays et voilà que, les fonds nous manquant, nous ne pouvions nous en rendre acquéreurs. Les Anglais ne pouvant à notre défaut les acheter en temps opportun, c'était la ruine du pays. A qui la faute, sinon au désastreux accord d'avril 1721 ?il fallait le détruire, renverser la politique, chasser les Français et revenir aux Anglais. Ces arguments ne pouvaient manquer de faire impression sur une population qui n'appréciait les Européens que par leur force ou par leurs largesses.

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