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s'il avait pris cette voie, il n'aurait pu libérer les deux regidors qu'en faisant beaucoup de présents au Nabab et à d'autres, que cela aurait duré fort longtemps et que nous aurions été dans la suite exposés à d'autres insultes.
Quoi qu'il en soit, l'incident se termina de la façon la plus heureuse pour notre prestige et peut-être fut-il cause que notre autorité se soit maintenue quelque temps encore à la côte Malabar et que Bayanor nous soit resté fidèle, malgré les tentatives chaque jour plus pressantes et plus actives de M. Adam pour ruiner notre établissement de Mahé '.
Faute d'argent, nous n'avions pu, dans la saison de 4721-1722, faire à Bargaret tous les achats de poivre prévus par la convention du 2 avril ; nous n avions pu lui faire à lui-même les cadeaux nécessaires. La situation semblait meilleure à la fin de 1722. Les vaisseaux de France étaient enfin arrivés a Pondichéry : VAtalante le 16 août, le Bourbon et Y Argonaute le 9 septembre.
\J Argonaute apportait l'ordre de révoquer de leurs fonctions MM. Vlamin et Billard, le premier sous prétexte qu'il appartenait à la religion réformée, et les remplaçait par Brière, en qualité de premier commis aux appointements de 100 livres et un autre employé au choix de M. Mollandin. M. Mollandin choisit de la Croix, arrivé par Y Argonaute.
U Argonaute partit pour Galicut et Mahé le 4 octobre
1. L'expédition de Porto-Novo avail coûté à la Compagnie 147 pagodes, dont elle poursuivit en vain le remboursement auprès de Bayanoi- (\'. lellnt du Conxeil à M. Mollandin, du 13 Juin 1723).
avec 2600 marcs de matières d'arg-ent et 4142 livres de différents objets, tant pour l'achat des poivres que pour l'entretien de nos établissements K II portait en outre — ce qui n'était pas moins utile — deux canons et un détachement de vingt-huit soldats nouvellement arrivés de France, et commandés par Sainfond, capitaine, de Varenne, lieutenant, et Gérard, enseigne. Ces troupes et leurs officiers devaient être subordonnées à M. Mollandin, chef des deux comptoirs et seul responsable de la direction des affaires.
Le vaisseau arriva à Mahé le 3 novembre. Il paraît que les canons embarqués manquaient de boulets et que les soldats étaient peu instruits et peu disciplinés. M. Mollandin s'en plaignit. Les boulets avaient été oubliés à fond de cale ; quant aux soldats, « si cette « petite troupe n'est pas bonne, répondit le Conseil, « nous en sommes fâchés ; nous vous l'avons envoyée « telle que la Compagnie nous la fait passer. C'est l'affaire des officiers de la rendre meilleure. » Affaire également des officiers de former des armuriers et des canonniers qui font complètement défaut et que M. Mollandin réclame avec insistance. On reconnaîtra à ces traits le fameux système du « débrouillage » cher à notre pays, avec lequel nous avons engagé tant d'affaires avec des moyens insuffisants et compromis le sort d'expéditions qui devaient le mieux réussir. Dupleix aussi se plaindra plus tard qu'on lui ait envoyé de mauvaises troupes et avec ces troupes il perdra la partie dans le Carnatic.
La situation était fort heureusement moins grave et
1. L'y! /'(/onaufe devait continuer sur Moka avec un chargement de poivre et de cardamome, que M. Mollandin avait dû acheter.
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surtout moins décisive àla côte Malabar k la fin de 1722 qu'elle le fui à la côte de Coromandel en 17oi. Le détachement arrivé par VArc/onaute, si mauvais qu'il fût, fit impression sur l'esprit de Bayanor et, comme nous venions, quelques jours auparavant, de montrer notre force à l'avaldar de Porto-Novo, ce prince crut sincèrement que non seulement nous pourrions le défendre contre les Anglais, mais que nous pourrions peut-être l'aider à les chasser de Tellichéry.
Il vint à notre loge et conféra avec M. Mollandin.
La convention du 2 avril fut revisée d'un commun accord les 15 et 22 décembre, mais dans un sens plus favorable aux intérêts de Bayanor.
Par l'article premier, il était stipulé que la Compagnie protégerait et défendrait le prince de Bargaret contre ses ennemis, quels qu'ils pussent être, exception toutefois des puissances européennes avec lesquelles le roi de France était en paix. Si par hasard S. M. entrait en guerre avec ces puissances ou avec l'une d'elles, la Compagnie défendrait contre elles le prince de Bargaret.
Par un autre article, il était entendu ({ue les navires et manchoues de Bargaret voyageraient sous le pavillon de France. Si ces embarcations étaient prises par des Européens ou si on leur faisait violence, la Compagnie promettait d'en demander raison ^
En compensation de ces avantages, M. Mollandin auraitdésiré obtenir l'emplacement (jui était à l'embouchure de la rivière pour y construire une forteresse ; il représenta à Bayanor ([ue nous ne pourrions utilement le soutenir que si nous étions nous-mêmes assurés de nos
i. Voir, pièce annexe n" 5, le texte de cette convention.
moyens de défense. Mais Bayanor ne crut pas pouvoir nous accorder ce que nous demandions ; il nous laissa du moins installer sur la fameuse montagne trois pièces de canon et six hommes et nous autorisa à construire un second bancassal et des casernes, à portée de canon de la rivière, près de la plage d'Anjigoudy, où notre pavillon fut solennellement hissé le 18 décembre, au bruit de vingt-et-un coups de canon à terre et de vingtet-un autres à bord de l'Argonaute.
C'était une prise de possession eifective du pays ou du moins de cette partie du pays, et Bayanor comme M. Mollandin l'entendaient bien de cette façon. M. Mollandin se hâta d'en informer M. Adam qui répondit par une protestation énergique, en disant que ce pays avait déjà été cédé à la Compagnie anglaise par le roi Colastry . Il ne s'en tint pas là ; il renouvela à Bayanor les menaces et les promesses. Elles ne firent aucune impression : Bayanor prit au contraire à l'égard des Anglais une attitude de moins en moins amicale, et la guerre entre eux parut inévitable.
Elle n'éclata pourtant pas par une de ces déclarations en règle, qui indiquent brusquement que l'état de paix a cessé ; lorsqu'au mois de décembre 1722, M. Adam menaçait Bayanor de la guerre, cette guerre existait en fait depuis plusieurs semaines par une succession de provocations et d'actes inamicaux ; la paix ne parut défitinivement rompue que le jour où ces actes furent })lus nombreux ou plus graves.
Ce sont ces événements d'un caractère souvent indéterminé que nous allons essayer d'expliquer.