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il pourrait arriver à nous décourap^er et, disons le mot, à nous dégoûter de notre établissement.
Sous prétexte que Colastry était en guerre avec Bayanor et que les neutres ne devaient pas intervenir dans cette lutte, il se crut le droit de visiter les navins portant notre pavillon, pour voir s ils ne portaient pas des provisions ou des munitions de guerre destinées à Bayanor. M. Adam écrivit même à M. MoUandin qu il n'aurait aucun égard pour les passeports que nous délivrerions aux navires qui naviguaient pour notre compte le long de la côte.
Un rapport établi plus tard, — en 1724 — nous énumère les actes de force commis par M. Adam'.
Le 6 octobre 1723, une flottille anglaise poursuivit une de nos manchoues qui venait de Calicut chargée de provisions nécessaires à nos soldats et à nos employés et prétendit lui interdire l'accès de la rivière de Mahé.
Le surlendemain, elle s'attaqua à un bateau monté par de la Croix, saisit la poudre et les balles qui se trouvaient à bord et les jeta a la mer, en signifiant aux marins indigènes que, s ils continuaient à naviguer pour les, Français, on leur couperait les oreilles.
Uu peu plus tard, le 28 octobre, le même de la Croix, commandant deux manchoues qui allaient à Mangalor. fut rencontré par des embarcations anglaises qui tirèrent dessus et l'obligèrent à atterrir à une deini-lieue de Mahé ; il y eut 200 fardes de riz avariées ou gâtées.
1. Ce rapport estde M. Treinisot, ancien employé du comptoir de Surate, devenu alors le second de M. Mollaiulin. M.Tremisot était arrivé à Pondichéry dans le courant de i72.i pour rentrer en France ; ses qualités le désignèrent à lattention du Conseil qui le retint et l'envoya à Mahé. M. Tremisot y arriva par V Union le i^i février 1724.
Le 18 novembre, deux pâlies chargées de riz, expédiées de Galicut par M. MoUandin, furent poursuivies à coup de canon par les Anglais ; elles purent se sauver sans dommage.
Le 30 novembre, une de nos manchoues chargée de riz et de chaux fut prise et emmenée à Tellichéry, d'où elle fut renvoyée à Calicut, sans pouvoir toucher Mahé.
Le 17 décembre, les Anglais poursuivirent un bateau où M. de la Croix avait fait embarquer pour Calicut un officier et quinze soldats : nous eûmes plusieurs blessés.
En janvier et en février 1724, des embarcations anglaises ne cessèrent de passer sous notre pavillon, en tirant dessus des coups de canon et en faisant des décharges de mousqueterie sur les soldats qui le gardaient ; ils prirent dans le port des Macouas qui se livraient à la pêche et les emmenèrent prisonniers à Tellichéry.
On voulait évidemment nous affamer; bientôt on voulut nous chasser par le feu. Le 24 janvier, les soldats du poste remirent entre les mains de M. de la Croix deux Cafres qu'ils venaient de saisir et auxquels M. Adam aurait tenu ce langage : « Amis, il faut que vous alliez chez les Français nos ennemis mettre le feu dans leur loge, au moins dans les maisons de holles (feuilles de palmier) qui sont proches. » M. Adam leur aurait donné des artifices, mais la barque qui les amenait chavira au moment de toucher au port et la poudre fut perdue. L'un des Cafres se sauva ; l'autre fut embarqué en France sur le Lys au mois d'avril. Embarquement fort inopportun ; car M. Adam put dire dans la suite que toute cette affaire d'incendie était de pure imagination et nous ne pûmes alors invoquer que des souvenirs.
Le 19 février, les Anglais continuant leurs exploits arrêtèrent encore une manchoue de la Compaj^nie qui revenait de Calicut chargée de riz et d'autres objets nécessaires au comptoir de Mahé et l'emmenèrent à Tellichéry où ils la gardèrent plusieurs jours : les Macouas qui la montaient furent retenus prisonniers.
Le 28 février, les mêmes embarcations saisirent et emmenèrent à Tellichéry deux manchoues chargées de chaux, charbon et kaire envoyées de (Calicut par M. Louet, employé du comptoir.
Du 27 avril au G mai, des embarcations anglaises ne cessèrent de venir affronter notre pavillon et de faire des décharges de mousqueterie sur nos pêcheurs.
Le 30 mai, les Anglais tentèrent une descente dans la rivière.
Nous en fûmes ainsi réduits à ne plus pouvoir envoyer d'embarcations de Mahé daascjuelque endroit que ce fût, ni pour notre commerce ni pour nos autres besoins '.
C'était une situation grave et, pour l'avenir, fort angoissante. Les Mahaisiens ne souffraient pas moins. Les Macouas n'osaient plus sortir en mer, même pour la pêche, de peur de tomber aux mains des Anglais et d'être retenus prisonniers à Tellichéry, comme beaucoup de leurs camarades que M. Adam ne voulait pas relâcher. Quant aux marchands, toutes leurs all'aires étaient arrêtées.
Les gros marchands étaient alors au nombre d'environ 150, possédant chacun trois à quatre manchoues. Quand ils ne les utilisaient pas eux-mêmes, ils les louaient à d'autres marchands, moins riches, qui s'asso-