‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 18 sur 86 · I. A. Col. C2 7.3, fol. 8G à · texte numérisé non relu

I. A. Col. C2 7.3, fol. 8G à

ciaient à trois, quatre, six ou dix pour faire un chargement de cocos, coprah, huile et autres petites marchandises de cette côte qu'ils transportaient soit à Mangalor, soit à Calicut ou Panana : au retour, ils rapportaient du riz qu'ils consommaient ou revendaient à des boutiquiers. C'était tout le commerce de Mahé ; or ce commerce était entravé par les courses des embarcations anglaises et ces entraves provenaient de notre présence. Aussi les marchands, frustrés dans leurs intérêts, gênés même dans leur existence, commencèrent-ils à s'agiter. Ils dirent à Bajanor qu'il fallait ou que les Français s'en allassent du pays ou qu'ils prissent les mesures nécessaires pour assurer la liberté du commerce, soit en tenant tête aux Anglais soit en affrétant des embarcations qui escorteraient les manchoues en mer et les préserveraient de toutes offenses: c'était ce que faisaient les Anglais pour nous attaquer. Si nous ne voulions pas agir, les marchands étaient décidés à abandonner le pays et ce serait aussi fâcheux pour Bayanor que pour nous. Il n'y aurait plus en effet de commerce, et Bayanor qui vivait en partie des droits de douane que lui procurait la sortie des poivres par la rivière de Mahé, ne toucherait plus rien. Ces considérations ne pouvaient manquer de frapper 1 esprit du prince et d'ébranler ses résolutions ; mais il ne prit pas tout de suite parti ; ne sachant de quel côté se trouverait définitivement la force, il attendit encore les événements.

M, Adam ne niait point les vexations dont nous étions l'objet, ni les souffrances qui retombaient sur les gens de Mahé; seulement il prétendait qu'elles étaient justifiées. C'était son droit, disait-il, de visiter les navires quels qu'ils fussent et de ne tenir compte d'au-

cun passeport; mais il en voulait si peu aux Français que, quand par hasard on arrêtait leurs embarcations, on les leur rendait toujours. Quant aux prisonniers, c'était une autre affaire : les prisonniers, bien qu'employés par nous, étaient des fi;-ens de Bayanor ; or, Bayanor étant en guerre avec Colastry, il avait le droit de les garder. Et M. Adam insistait pour nous convaincre que Bayanor n'était qu'un sujet rebelle et que les Anglais avaient raison d'aider contre lui le roi de Colastry. Mais nous, nous n'avions aucun droit d'être à Mahé, puisque Colastry avait concédé aux Hollandais et aux Anglais le droit exclusif de faire du commerce dans toutes les terres de la côte Malabar!

Vaines discussions, où la Force essaie de s'abriter derrière le Droit, sans attacher d'ailleurs aucune importance à ces sortes d'arguments! En guerre, il n'y a que les raisons du plus fort qui comptent : La Fontaine l'a dit avant nous d'une autre manière et, à part les idéologues, chacun le répétera après nous jusqu'à la fin des siècles. C'est la Sagesse des Nations qui le veut ainsi, et tout peuple qui ne le comprend pas marche vers son déclin. M. Adam les avait bien.

Cependant, que faisions-nous pour résister à ces provocations? Et comment rétablissement de Mahé vivait-il au milieu de ces perpétuelles menaces?

Lorsque M. Adam commença à troubler notre navigation en 1723 et soutenait déjà Colastry contre Bayanor pour faire échouer notre établissement, nous adressâmes une plainte au Conseil de Madras. Celui-ci la transmit à la fin d'octobre pour avis et information à Tellichéry et à Bombay. M. Adam fournit des explications aux deux Présidences, qui nous répondirent à

nous-mêmes dans le courant de janvier. Elles couvraient M. Adam dans tous ses actes, en reproduisant presque intégralement ses arguments : le ton de ces réponses n'était ni aimable ni désobligeant ; elles ne comportaient qu'une riposte de pure forme, que M. Mollandin fit au mois d'avril 1724 K

M. Mollandin, qui avait été autrefois un employé plein de zèle, paraissait avec l'âge avoir perdu son activité; il était devenu, nous dit-on, si gros et si puissant « qu'il ne pouvait plus se remuer ni agir, s'endormant en mangeant et en parlant '^ ». Lui-même demandait sa retraite, avec le titre de Conseiller au Conseil supérieur de Pondichéry. En attendant qu'il pût le remplacer, le Conseil lui envoya des employés pour l'aider. On a vu que Vlamin et Billard, les ouvriers de la première heure, avaient été révoqués et remplacés par Brière et de la Croix ; de la Croix fut à son tour remplacé à la fin de 1723 par un employé de Surate, nommé Trémisot, qui devait être plus spécialement chargé de Mahé et devint dans la suite chef du comptoir, après le départ de M, Mollandin. On nomma dans le même temps comme sous-marchands, MM. Louet et Fouquet, dont le premier devint aussi plus tard chef de la loge et joua un rôle important à la côte Malabar, de 1750 à 1755.

Mais, pour paralyser l'action de M. Adam, il n'y avait en réalité que trois moyens : des navires, des soldats et de l'argent. Le Conseil supérieur pourvut à tous ces besoins au début de 1724. U Union et le Lys étaient disponibles ; il les envoya à la côte Malabar 3.

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