A. Pond., IJey. 60. l.etlre du 7 juin
chéry. « Vraiment, écrivait le Conseil, nous ne pouvons nous dispenser de vous dire que vous faites notre procès avec beaucoup d'indiscrétion. »
Les Anglais prétendant qu'ils ne nous inquiétaient que pour sauvegarder les intérêts de Golastry et défendre ses droits sur notre établissement, le Conseil pensa qu il serait utile d'écrire à Colastry pour obtenir de lui une lettre dans laquelle il déclarerait qu'il n'avait aucune prétention sur notre comptoir. S'il ne s'agissait que d'un petit présent pour l'obtenir, il conviendrait de le faire. M. Mollandin n'écrivit rien de pareil, au moins en 1724; ce fut au contraire lui qui, à la date du 14 avril, reçut spontanément une lettre de Colastry. Cette lettre est trop singulière pour que nous ne la reproduisions pas.
Parolles du roy.
J'écris au major français de Calicut [M. Mollandin] au sujet de ses affaires.
Caddounattou Addiodi, pour avoir l'amitié des Français, leur a donné un endroit pour faire bancassal et commerce; cela est cause que les Anglais font beaucoup de dégât et de bruit à Caddounattou ; vous le savez fort bien et, quand j'ai quelques nécessités pressantes, c'est Caddounattou qui m'y aide, étant amis. Pour avoir canonné Caddounattou et pour avoir embarrassé le port et empesché le commerce, je n'y ai consenti ni par parolles ni par cœur.
Je croyais qu'à l'arrivée du vaisseau [le Lys\, le major français aurait achevé en bien toutes les insultes qu'on a eu dans ce pays à cette occasion, mais ces insultes n'ont point fîny, ce qui est fait Nord et Sud à la honte du major.
Pour cette cause, le major fera sa dilij^ence pour faire finir ces insultes et pour que les An<^lais par la suite ne viennent faire aucun dég^àt; car Addiodi, qui n'a d'autre ami que le major, reçoit quelque honte dans ce pays; c est pour le major qui le scait fort bien.
2S mars année malabarre jOGO].
Sig-né du seing du roy Colastry.
Cette lettre est assez intéressante, autant que des événements aussi secondaires peuvent avoir d'intérêt pour l'histoire. Elle prouve d'abord que ce n'est point Colastry lui-même qui est en guerre avec Bayanor, — c'était sans doute l'un des rois de cet Etat anarchique, — elle prouve aussi que la cession de Mahé par Bayanor ne paraît pas avoir ému Colastry. Seulement Colastry se rend compte de notre faiblesse ; nous recevons des insultes auxquelles nous ne répondons pas ; ces insultes nous font beaucoup de tort dans tout le pays et elles mettent également en mauvaise posture notre ami le prince de Bargaret. Colastry paraît désirer que nous dominions la situation.
En même temps qu'il correspondait ou cherchait à corresi)ondre avec Colastry, le Conseil de Pondichéry renouvelait ses démarches auprès du Conseil de Madras pour faire cesser l'obstruction de M. Adam. La réponse du mois de janvier précédent n'avait été ni nette ni catégorique : le Conseil de Madras avait plutôt reproduit les arguments de M. Adam qu'il ne se les était appropriés. Les nouveaux attentats commis depuis notre première plainte le rendraient peut-être plus disposé à nous accorder satisfaction. Dans ce but, le Conseil supérieur dépêcha ù
Madras M. Dumas, second de Pondichéry. M. Dumas, qui fut plus tard gouverneur de l'Inde française, avait une grande réputation d'habileté et de décision ; très attaqué par les uns, très vivement soutenu par les autres, il donnait Timpression d'une personnalité originale et puissante. En l'envoyant à Madras traiter de vive voix les affaires pendantes, l'intention du Conseil était de faire savoir qu'en cas de refus de nous donner satisfaction, nous étions déterminés à user de représailles. Ce parti était dur, mais pour toutes sortes de raisons le Conseil ne pouvait pas rester plus longtemps insensible aux affronts faits à la nation. M. Dumas devait en conséquence demander au Conseil de Madras si son intention était de laisser M. Adam continuer ses prouesses ou s'il estimait qu'il dût attendre des instructions d'Angleterre '.
11 est fâcheux que nous n'ayons pu retrouver la réponse du Conseil de Madras ni le rapport de M. Dumas. Nous lisons seulement dans une lettre du 7 juin, adressée à Mahé, que les Anglais paraissaient très mortifiés de ces démêlés et en craignaient des suites malheureuses pour leur commerce.
Mais, quelles qu'aient été leurs craintes ou même leurs espérances d'accommodement, il est certain que ni ces craintes ni ces désirs n'eurent assez de force pour déterminer M. Adam à modifier sa politique.
Nous avons suivi les agissements de ce dernier jusqu'au mois de mai 1724 ; il y eut alors un arrêt dans ses manifestations, car la saison était mauvaise pour la
\. A. Pond., Reg-. 00. Correspondance du Conseil supérieur avec Malle. Lettre du 17 avril 1724.
navigation et, avant de nous porter un coup décisif, il désirait savoir de quelles forces nous disposerions réellement, lorsque les vaisseaux de France seraient arrivés.
Mais il ne vint que le Neptune et Y Apollon ; encore n'arrivèrent-ils à Pondichéry que le 15 octobre et ils n'apportaient aucune lettre de la Compagnie ; ces lettres avaient été confiées à deux autres bateaux le Duc de Chartres et VHercule, qui partirent en même temps qu'eux, mais n'arrivèrent que le 20 février et le 30 avril 1725. Le Conseil fut embarrassé pour prendre des résolutions. Craignant toutefois que les Anglais ne crussent la Compagnie plus faible qu'elle ne l'était, il se résolut à faire passer le Neptune à la côte Malabar pour hiverner dans nos comptoirs (24 octobre).
Le Neptune était commandé par M. Périer : M. Périer reçut en partant, sinon les instructions, du moins les indications suivantes :
en ce qui concernait les Anglais : se concerter avec MM. Mollandin et Tremisot pour demander à M. Adam raison de ses insultes et provocations, user de représailles s'il y avait lieu, « agir si sérieusement que tout ce qui appartient aux Anglais puisse s'en ressentir -Oy convaincre M. Adam que nous sommes déterminés à nous maintenir dans notre établissement, insulter le pavillon anglais de Moilan et de Tellichéry, s'opposer au besoin par la force à tout appui qui pouvait venir de Bombay ; n'agir toutefois qu'avec une certaine prudence, car on n'était point sûr de recevoir des renforts, et si le Conseil de Bombay soutenait M. Adam, celui de Madras et celui du Fort Saint-David le désapprouvaient ;
en ce qui concernait Bayanor : tâcher d'apaiser ses défiances par quelques présents, obtenir de lui par inti-
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midation ou de bonne volonté la permission de se fortifier sur la montagne qui est à l'embouchure de la rivière, lui promettre enfin, dès que de nouveaux bateaux seront arrivés de France, de les envoyer à Mahé pour le protéger contre les Anglais — « les Anglais ne méritant plus d'être ménagés » ^.
Pendant que le Neptune, contrarié par un mauvais temps, faisait un lent voyage d'une côte à l'autre, M. Adam recommençait ses opérations.
Le 19 novembre, les embarcations anglaises poursuivirent une manchoue française expédiée de Galicut à Mangalor, l'arrêtèrent à coups de canon, la visitèrent et la fouillèrent.
Le lendemain, les mêmes embarcations donnèrent la chasse à un bateau de la Compagnie, qui ne se sauva qu'en se réfugiant à Moutongué, petit port de la côte.
Bayanor de son côté était de plus en plus hésitant.
Vers la fin d'octobre, M. Adam avait fait répandre le bruit qu'il allait arri^^er à Mahé quatre bateaux français pour obliger Bayanor à nous céder la montagne. Ce faux bruit causa une impression si grande parmi les indigènes que le nambiar ou gouverneur de Mahé fît secrètement prévenir M. Tremisot de se tenir sur ses gardes ; car on parlait d'incendier la loge. Bayanor luimême ne dit rien, mais peu de jours après, il envoya deux brahmes à Ali-Raja, de Cannanore, pour l'engager, semble-t-il, à brouiller le roi de Cotiatte avec celui de Colastry et dégager ainsi Bayanor et les Nambiars qui tenaient son parti. A leur retour de Cannanore, ces brahmes s'arrêtèrent à Tellichéry et passèrent