‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 21 sur 86 · A. Col. C2 73, f. 110 et suiv · texte numérisé non relu

A. Col. C2 73, f. 110 et suiv

toute une après-midi dans le cabinet de M. Adam, M. Tremisot n'augurait rien de bon de ces conciliabules.

La situation s'aggrava encore en novembre. Le peuple, gêné dans ses opérations commerciales, ne pouvait plus nous supporter. En vertu du traité du 2 avril 1721, nous nous étions engagés à demander raison des insultes faites aux navires voyageant sous notre pavillon. Pourquoi ne le faisions-nous pas ? Pendant tout le mois, il y eut des réunions entre les grands du pays, les maures et les principaux marchands ; ceux-ci, plus ou moins subornés par les Anglais, ne cessaient de solliciter Bayanor de céder aux Anglais un établissement soit à Badagara, soit à Mahé même, d'expulser les Français ou tout au moins leurs troupes et de réduire leur établissement à un simple bancassal. Le commerce était arrêté ou plutôt nous était interdit ; on refusait de nous livrer les poivres pour lesquels nous avions consenti des avances. « On ne s embarrasse plus, écrivait M. Tremisot le 23 novembre, de nous voir manquer des choses les plus nécessaires à la vie ; personne ne se présente pour nous rendre certains services ; ceux qui sont remplis de meilleure volonté pour nous n'osent agir ni parler à cause des menaces des marchands maures et refusent le service des Français. Nous nous sommes vus menacés de périr par le feu ou par le poison ; nous avons été insultés jusqu'en la personne des sentinelles auxquelles les gens du pavs, à l'instigation des Anglais, se sont avisés de jeter des pierres plusieurs fois. »

Bayanor, las de voir son peuple souffrir h cause de nous et craignant une révolte générale de ses sujets, finit

par nous faire savoir que, puisque nous ne pouvions ou ne voulions assurer la liberté de la navigation, il était prêt à accepter la paix que les Anglais lui offraient, si désavantageuse qu'elle nous pût être. Mais — admirons la fertilité de l'esprit humain — en même temps qu'il se déclarait prêt à traiter avec les Anglais qui lui offraient des sommes considérables, Bayanor laissait entendre que si nous voulions payer plus cher, il pourrait nous accorder la forteresse que nous demandions En réalité, notre établissement était aux enchères ; celui qui donnerait le plus le garderait ou l'aurait ^

C'est dans ces conditions que M. Périer trouva l'établissement de Mahé, lorsqu'il y arriva le 26 novembre avec 22 soldats. Il lui parut au bout de peu de jours que la situation, sans être bonne, n'était pas désespérée; Bayanor se méfiait plus de nous que des Anglais qui étaient pourtant ses ennemis ; mais peut-être pourraiton le ramener par des présents. Il resta jusqu'au 7 décembre sans le voir ; ce jour-là, il le rencontra avec M. Tremisot à deux lieues de Mahé et ils eurent ensemble une conversation des plus amicales : le prince nous déclara qu'on pouvait avoir en lui pleine confiance. Mais, pendant que cette conversation avait lieu, Bayanor faisait faire des travaux sur la montagne pour nous en empêcher l'accès et le soir, lorsque MM. Tremisot et Périer rentrèrent à Mahé, ils trouvèrent la route barrée. Protestations, réponses confuses du nambiar de Mahé et finalement destruction de l'ouvrage par nos soldats.

Ce ne sont là que de petites choses, mais rien n'est

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