A. Col. C2 7.3, f. 89 et
grand dans l'histoire que nous racontons, rien, sauf le mal que les représentants d'un pays se donnent pour le servir même dans les circonstances les plus modestes.
A la suite de cette entrevue, Bayanor envoya des régidors parlementer avec M. Tremisot. Ces rég-idors, qui ne désiraient pas encore arriver à une conclusion, donnèrent à comprendre que l'intention du prince était que la Compagnie supportât les dépenses de la guerre passée, qu'elle rétablît la paix avec les Anglais et, si la guerre recommençait, que nous en prissions tous les frais à notre charge. La montagne nous serait cédée moyennant un bon présent. En l'absence de M. Périer, parti pour Mangalor, M. Tremisot accepta toutes ces conditions, estimant que la paix la plus mauvaise valait mieux qu'une guerre qui n'en finirait pas. Quelle ne fut passa surprise, au début de janvier 1725, d'apprendre que, si nous voulions la montagne, il nous fallait auparavant nous emparer de Moilan et de Tellichéry et les remettre entre les mains de Bayanor. C'était de toute impossibilité : M. Tremisot le voyait et Bayanor le savait. Mais comme aucun deux n'était encore résolu aux 'solutions extrêmes, on continua à causer, — pour passer le temps.
M. Tremisot apprit alors sans étonnement — la chose étant publique — que les Anglais s'étaient entendus avec Bayanor en lui promettant la paix, le remboursement des frais de la guerre et un présent de 7000 ducats, à condition que Bayanor nous empêcherait de nous fortifier. En vertu d'un autre accord, Bayanor devait nous chasser du pays et céder notre loge aux Anglais, Pour arriver à ce résultat, on attendrait que nos vaisseaux aient quitté la côte ; à ce moment, les Anglais fourni-
raient à Bayanor de la poudre et des balles et non seulement on nous chasserait, mais on irait encore s'emparer de l'autre côté de la rivière dune montagne qui appartenait à Goyonnaire. Enfin, on nous ferait partir de bonne volonté ou de force.
La paix ne fut toutefois signée entre Bayanor et les Anglais que le 1 4 février ; cette paix comportait en principe une déclaration de guerre de Bayanor à la France, étant entendu que la France et l'Angleterre, étant elles-mêmes en paix en Europe, ne pouvaient s'attaquer directement en Asie.
Voici le texte de cette paix :
Bayanor rendra les canons et les armes de la palle anglaise brûlée Tan dernier en rade de Montongué.
Les Anglais rendront les canons qu'ils ont pris sur Goyonnaire.
Tous les poivres dont les Anglais auront besoin, les marchands du pays de Bayanor les porteront à Tellichéry.
Si les Français empeschent de sortir les poivres pour les •Anglais, Bayanor sera tenu d'en demander raison.
Bayanor s'oblige de faire retirer les François à Anjigoudy et consentira qu'il reste seulement quati'e personnes à la loge de Mayé et obligera les Françoise retirer tous les canons sans exception.
Si les François ne consentent point à ces articles, Bayanor leur déclarera la guerre.
Les Anglois seront tenus en ce cas de fournir poudre, balles et armes et fourniront à toutes les dépenses générallement.
Bayanor ne pourra point exiger des Anglois aucunes troupes parce qu'ils ne peuvent pas faire ouvertement la guerre aux Français, estant en paix en Europe.
Tous les poivres que Bayanor acheptera de son propre argent, les Anglois s'obligent de le prendre à un Vénitien au dessus du prix courant, outre un vénitien de droit pour chaque candit.
Les Anglois portent paroUe à Hayanor que dans trois ans ils feront sortir les François de son pays.
Et Bayanor a porté parolle aux Anglois que, si nous ne consentions pas à tous les articles, il fera prendre querelle par ses gens avec les François soit par des noirs faisanl les ivres ou par quelques autres moyens '.
La guerre, imminente depuis si long-temps, fut pourtant retardée. Tout le mois de janvier et même celui de février se passèrent à échanger des lettres avec les Anglais et à causer avec eux ou avec des princes du pays. Ces derniers, sentant notre faiblesse, commençaient à s'inquiéter des agissements de M. Adam ; ils craignaient à leur tour d'en être les victimes et se rapprochaient de nous. Les Nambiars notamment se détachèrent de l'amitié anglaise ; ils furent suivis de quelques .sujets de Bayanor et du roi de Colastry. Celui-ci écrivit même à M. MoUandin dans le courant de janvier une lettre où, affirmant cette fois ses droits surMahé, il nous en faisait bien volontiers la rétrocession, en même temps qu'il affirmait que les Anglais ne jouissaient d'aucun privilège commercial et que ce n'était point avec son autorisation qu'ils s'étaient établis à Tellichéry '-.
Cette lettre n"a qu'une valeur documentaire ; dans la politique qui se déroulait, elle ne décida de rien ;