‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 23 sur 86 · A. Col. C2 73, f · texte numérisé non relu

A. Col. C2 73, f

2. Voir pièce annexe u° 7, le texte de la leltre de Colastry et les observations de M. MoUandin sur cette lettre.

peut-être même rejeta-t-elle Bajanor dans les bras des Anglais.

La partie se jouait entre M. Adam et le triumvirat Mollandin-Tremisot-Périer.

M. Peiner revint de Mangalor le 1 1 janvier au soir ; en passant devant Tellichérj,. il vit en rade trois vaisseaux anglais d'Europe venus de Bombay et trois autres vaisseaux de côte. Etait-ce pour soutenir M. Adam ? M. Adam le disait et déjà il parlait de faire un mauvais parti aux Français, mais son désappointement fut vif lorsqu'il vit M. Périer entretenir des relations avec les capitaines anglais et les convaincre que les Français n'en voulaient nullement à Tellichéry. L'escadre anglaise n'était point venue pour prendre part à des opérations de guerre effectives, mais plutôt pour prêter à M. Adam une sorte d'appui moral ; elle justifia vis-à-vis de nous sa présence en disant qu'elle attendait des vaisseaux de commerce qui allaient arriver du Bengale et qu'elle devait escorter jusqu'à Bombay ; M. Adam, voyant que les capitaines anglais n'avaient point des instructions aussi belliqueuses qu'il eût désiré, voulut bien se prêter à des conversations avec les Français ; bavarder coûte si peu et n'est pas toujours du temps perdu.

Les Français de leur côté se rendaient compte que faute de moyens d'action ils ne pouvaient faire pression sur l'esprit de Bayanor ; pour eux aussi des pourparlers pouvaient réserver l'avenir. C'est à ce parti que l'on s'arrêta dans une délibération officielle qui eut lieu le 23 février et à laquelle prirent part MM. Mollandin, Tremisot, Drias, Bury, Mallet, Louet et de Plaisance. M. Périer fut chargé de s'entendre avec M. Adam.

M. Périer s'étant refusé ù se rendre à Tellichéry, M. Adam envoya à Mahé MM. Hill, Campbell et Et. Law, le premier capitaine d'un vaisseau de Bombay, le second subrécarg-ue des vaisseaux de Chine et le troisième employé de la Compagnie à Tellichéry . Après différents conciliabules, les néj^ociateurs convinrent verbalement d'une trêve jusqu'à la décision de leurs souverains en Europe, lesquels nommeraient des commissaires pour régler les prétentions des deux nations. M. Adam n'accepta ces conditions que dans des termes qui équivalaient à un refus catégorique K

Après cet échange de correspondance, il ne nous restait plus ([u'à recourir à la force ou à évacuer le pays. Or, sur ces entrefaites, M. Mollandin apprit que le Duc de Chartres attendu depuis si longtemps venait d'arriver à Pondichéry et que le Conseil se proposait de le faire passer à la côte Malabar avec VApollon, retour du Bengale. Il prit le parti de les attendre, avec la ferme résolution de s'emparer de la montagne et de s'y fortifier. Dans ce but, il ramassa des outils et sous divers prétextes fit venir trois cents ouvriers de Mangalor. Des négociations prudemment conduites avec le second Bayanor l'assuraient du concours éventuel de ce prince. Enfin, le 20 avril, il fit avec Coyonnaire un traité en vertu duquel ce prince nous cédait Ponelle et le droit exclusif de faire du commerce en ses états ; il est vrai que Ponelle étant aux mains des Anglais, il fallait d'abord le prendre -.

1. V. pièce annexe n° 9, la lettre de M. Périer du 25 février et la réponse de M. Adam du 28.

2. V. pièce annexe n" 8, lo Traité conclu entre Coyonnaire et les Français.

Malheureusement, la mauvaise fortune nous poursuivait, et l'on ne saurait trop faire remarquer combien de simples accidents de la nature renversaient à cette époque les meilleures conceptions politiques. Le Duc de Chartres et Y Apollon partirent de Pondichéry le 10 mars sous la conduite de M. Desboisclairs, officier de la marine royale ; mais, contrariés par les vents, ils ne purent doubler Pointe de Galles, k Ceylan, et ils durent revenir à leur point de départ le 20 mai, sans avoir pu faire passer à Mahé les fonds qu'on attendait ni porter à cet établissement le concours plus effectif de leur présence et de leurs armements. Sans ce contre-temps, il est probable que l'Histoire ne connaîtrait pas aujourd'hui M. de Pardaillan. Nous serions restés à Mahé et les événements que nous allons raconter ne se seraient pas produits.

Lorsque M. Adam sut à quoi s'en tenir, il jeta le masque et, au début d'avril, Bayanor, cédant à ses inspirations, nous écrivit d'enlever de son pays nos canons et nos troupes en ne laissant dans le bancassal que quatre personnes pour notre commerce. Ainsi se réalisait enfin la politique patiente et tenace que M. Adam poursuivait depuis 1721 avec un patriotisme auquel nous devons rendre hommage, quand même nous aurions des réserves à faire sur les procédés.

Les employés et les officiers de Mahé se réunirent à nouveau pour délibérer, — 20 avril. En cette réunion, à laquelle assista M. Périer, on fut obligé de convenir que toute résistance était impossible et l'on décida d'embarquer sur le Neptune les canons et les troupes, en conservant toutefois à Mahé un ofïicier et vingt soldats. Cet officier devait être M. de Zegombarde. L'argent manquant totalement, les officiers firent à la Compagnie une avance d'environ l.'iOO roupies.

Nous tombâmes alors dans un « anéantissement horrible »; tout sembla vouloir se tourner contre nous. Les princes qui paraissaient décidés k prendre notre parti, préférèrent attendre et les Nambiars, qui nous demandaient des secours, furent consternés de ce que nous ne pouvions même pas assurer notre propre défense.

Le Neptune mit à la voile de Mahé le 27 avril et de Calicut le 29. Le lendemain de son départ, les Anglais envoyèrent à Bayanor le présent dont ils étaient convenus et, dans les huit jours qui suivirent, ils achetèrent et chargèrent sur leurs vaisseaux plus de 1000 à 1200 candils de poivre, tirés du pays de Bayanor. Le l""" mai, Bayanor fit défense de donner à manger à nos noirs de Calicut et permit à chacun de ses sujets de leur tomber dessus, s'ils restaient encore vingt-quatre heures dans le pays. A nous, il réclama le départ des derniers soldats qui restaient, en même temps qu'une somme de quatre millions de fanons que lui aurait coûtés sa guerre avec les Anglais.

M. Mollandin avait rejoint Calicut par le Neptune ; en son absence, M. Tremisot essaya d'intéresser à son sort le second Bayanor ({ui aurait eu, semble-t-il. une explication assez violente avec son frère à notre sujet et nous aurait finalement donné le conseil de nous soumettre à la force. M. Tremisot réunit une derrière fois les Français de Mahé, le 10 mai et dans ce conseil, tous furent d'avis qu'il valait mieux se résigner à la volonté du prince que de riscjuer à faire périr le peu de monde qui restait.

M. Tremisot partit quelques jours plus tard sur des manchoues que M. Mollandin lui envoya de Calicut et ramena en cette ville M. de Zegombarde, nos derniers sol-

dats et les principaux efFets de la Compagnie consistant en poudre, fers et meubles. Conformément aux exigences de Bayanor, M. Louet resta avec trois employés.

Mais M. Adam ne voulait plus de Français du tout dans les états de Bayanor; le 31 mai, M. Louet reçut à son tour l'ordre de partir. Bayanor alléguait, pour justifier sa conduite, que les Français avaient chassé les ouvriers qui travaillaient à sa forteresse, qu'ils avaient tué des vaches (on sait que la vache est dans l'Inde un animal sacré), qu'ils avaient bouché avec des pierres les portes d'une pagode et une case de brahme, qu'ils avaient enlevé une femme et des enfants, etc. Avant de se retirer, M. Louet adressa une protestation à Bayanor et le rendit responsable des poivres qui nous étaient dus et pour lesquels nous avions fait des avances.

Aussitôt que M. Louet fut parti, Bayanor envoya des ambassadeurs chez les Anglais pour leur demander des présents ; n'avait-il pas bien joué leur jeu? Mais alors quelques difficultés se présentèrent. M. Adam demanda à Bayanor un endroit dans son pays ou dans celui de Coyonnaire pour y établir une loge ; sans quoi, disait-il, il ne pourrait le défendre dans le cas où nous voudrions faire un retour offensif. A ceux qui craignaient ce retour, M. Adam rappelait que nous avions abandonné Tellichéry et perdu Ponelle sans jamais chercher à les reprendre ; il en serait de même pour Mahé ; il racontait que la Compagnie française était ruinée en Europe, que nous n'avions retiré nos troupes que parce que nous manquions de fonds ; il disait enfin — et l'argument avait de la valeur — que si l'Angleterre avait une loge dans le pays de Bayanor lui-même, il pourrait toujours arriver par cette loge du riz qui alimenterait le pays,

sans que la France pût s'y opposer autrement qu'en déclarant la guerre au Conseil de Madras.

Bayanor, qui venait d'accorder tant de faveurs aux Anglais, n'osa pas pourtant aller jusque-là ; son frère et quelques-uns de ses sujets, appréhendant déjà l'avenir, ne croyaient point que le dernier mot fût dit par notre départ ; ils n'étaient pas sans inquiétude sur ce qui se passerait à la fm de l'année, lorsque les vaisseaux de France seraient arrivés. Sans ramener Bayanor à des sentiments plus amicaux à notre égard, ils l'arrêtèrent du moins dans la voie de nouvelles concessions. M. Adam en fut quitte pour ses promesses et ses mauvais discours.

L'amour-propre ou l'intérêt particulier de M. Adam bien plus que la jalousie de la Compagnie anglaise venaient de nous faire perdre Mahé. Peut-être aurionsnous sauvé l'établissement, si la Compagnie de France avait fait dès le début tous les sacrifices nécessaires. « Les Anglais ne vont pas à l'épargne comme nous lorsqu'il s'agit d'une bonne affaire, écrivait le Conseil supérieur â la Compagnie le 14 octobre suivant ; franchement, on perd tout lorsqu'on veut trop épargner ; c'est par la quantité d'argent répandu que les Anglais ont obligé Bayanor à nous chasser ; ce qu'ils n'auraient pu faire si nous avions osé en répandre comme eux et nous vous aurions sauvé les grandes dépenses qu'il faudra faire maintenant pour nous rétablir dans ce bon poste K »

La perte de Mahé fut en effet pour le Conseil supérieur de Pondichéry un événement prévu, mais non

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