‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 26 sur 86 · A. Col., C^ 73, f. 306 et ss · texte numérisé non relu

A. Col., C^ 73, f. 306 et ss

16 janvier 1723, « vous ordonne très expressément de « ne rien négliger pour assurer cet établissement qui « est des plus importants pour l'Etat et pour la Com- « pagnie et nous vous exhortons d'y contribuer de « toutes vos forces. » A la même date, elle enjoignait d'envoyer à Mahé jusqu'à 100.000 roupies et plus, s'il était possible.

Lorsqu il s'agit d'expédier les bateaux, à la fin de 1724, la Compagnie ne connaissait encore que les nouvelles de 1723, et ces nouvelles étaient déjà peu rassurantes. M. Adam arrêtait partout nos embarcations. La Compagnie vit dans cette obstruction un témoignage indirect rendu à la valeur de notre établissement et n'en fut que plus résolue à ne rien céder. Elle prit en conséquence la résolution de faire passer par la Badine, un des bateaux qui allaient partir, oO soldats pour renforcer la garnison de Mahé, en fixant l'elFectif de la compagnie à un capitaine, un lieutenant, un enseigne, quatre sergents, quatre caporaux, quatre anspessades, quatre tambours ou fifres, 74 fusiliers, deux caporaux topas et huit soldats topas, au total 100 hommes. Elle engagea également pour la construction du fort un ingénieur très expérimenté, M. Deidier, qu'elle destinait auparavant à commander à l'île de Poulo-Condor'.

Avec la Badine, la Compagnie comptait faire passer à Mahé un autre bâtiment de l'escadre en partance ; elle pensait que l'arrivée de ces deux bateaux à la côte

1 . Lile de Poulo-Condor fut un instant possédée par les Anglais. Ils la perdirent on 170U, à la suite d'une émeute, où tous les employés et ofûciers, au nombre d'une vingtaine, furent massacrés.

Malabar serait suffisante pour impressionner Bayanor et le déterminer à nous céder l'emplacement du fort. Mais il ne fallait exiger cet emplacement qu'à l'arrivée même des navires et commencer aussitôt les travaux avec des ouvriers recrutés d'avance, sous prétexte d'agrandir nos magasins. A l'égard des Anglais, la Compagnie prescrivait une règle de conduite que le Conseil Supérieur s'appropria et que nous retrouverons plus loin dans les instructions qu'il adressa lui-même au commandant de l'expédition.

Les bateaux envoyés dans l'Inde furent la Sirène, cap. le chevalier d'Albert; la Danaë, cap. Beaugrand; la Vierge de Grâce, cap. de Pardaillan-Gondrin ; le Triton, cap. Baudran de la Métrie, et enfin la Badine, cap. de la Feuillée. M. de Pardaillan conduisait l'escadre.

La Sirène arriva à Pondichéry le 5 août, la Danaë le 18, la Vierge de Grâce le 21, le Triton le 25 et la Badine le 4 octobre. Rarement pareilles forces se trouvèrent réunies dans l'Inde dans des conditions plus opportunes. Le Conseil reçut en même temps les instructions de la Compagnie, consignées en une lettre du 27 décembre 1724.

Depuis le départ de ces instructions, la situation s'était singulièrement aggravée : nous avions été chassés de Mahé. Sans se départir du principe qui les avait dictées, le Conseil se crut en droit de les étendre en retenant quatre vaisseaux au lieu de deux pour l'expédition de Mahé et en augmentant le nombre des forces militaires avec des contingents pris sur la garnison de Pondichéry. Ce fut l'objet de la délibération du 5 septembre.

Pour assurer le succès de l'opération, le Conseil invita M. Mollandin à recueillir d'avance les matériaux et les

approvisionnements nécessaires : il devait faire provision de bois et de bambous pour des radeaux (on écrivait alors raz deau et même rats d'eau) qui serviraient au débarquement des troupes ; — préparer des cordages et des piquets ; — fabriquer des outils de toute sorte pour remuer la terre et couper les arbres; — ramasser des pierres pour commencer la forteresse ; — faire enfin provision de riz, de beurre, d'huile, de volailles et même, s'il était possible, se procurer des bœufs et des moutons. Rien n'était oublié, rien n'était laissé au hasard. Cent mille piastres étaient affectées aux dépenses et aux divers cadeaux dont les circonstances démontraient la nécessité. Pour les cadeaux, le Conseil estimait qu'il valait mieux ne pas en faire que d'en faire de trop mesquins. Le la octobre, il écrivait à cet égard à la Compagnie : ... « De quelle manière seraient-il reçus, (i pendant que les Anglais... en font de considérables? « Ce ne serait qu'augmenter le dédain qu on a pour la « nation et qu'on n'a conçu que par les ménagements « que nous avons observés dans les présents qu'on a « cy devant faits. Nous n'avons suivi en cela comme en « toutes choses que ce que la Compagnie nous a tou- « jours prescrit, bien différente en cela des étrangers « qui, pour parvenir à leur but, n'épargnent absolument <( rien. Les dépenses que le S'" Adam a fait depuis notre « établissement à Mahé en sont des preuves assurées K » M. Périer, qui avait commandé le Neptune et venait de passer six mois à la côte Malabar, était destiné à prendre le commandement de l'expédition et on lui avait offert à cet effet 2.000 pagodes de gratification;

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