LE TRAITÉ DU 8 NOVEMBRE
La prise de la forteresse de Mahé ne termina point la guerre, comme on pourrait le supposer ; elle n'en fut qu'un épisode. Avec une ténacité qu'on ne saurait trop admirer, M. Adam n'avait point perdu courage ; il supputait déjà qu'aprôs notre victoire nos bateaux partiraient, que les fonds nous manqueraient et que nous serions peu à peu réduits à la situation où nous nous trouvâmes de 1722 à 1723.
Dans les jours qui suivirent notre débarquement, il fit passer à Bayanor par voie de terre du riz, de la poudre, des balles et des hommes en lui recommandant de tirer vengeance des Français ; mais, pendant tout le mois de décembre, Bayanor, encore étourdi du coup qui venait de le frapper, ne fit aucun acte d'hostilité, sans pourtant songer à la paix. M. Adam nous invitait nousmêmes à assurer la liberté de la rivière de Mahé, comme si nous n'étions pas en guerre avec Bayanor ; il nous demandait notamment de laisser sortir du pays les marchandises que les Anglais y avaient achetées. Ce commerce étant contraire aux stipulations du traité du 2 avril 1721 et n'ayant pu s'e.xercer, contre tout droit, qu'après notre expulsion de Mahé, MM. Mollnndin ot Tremisot
répondirent simplement qu'ils n'en avaient aucune connaissance et que l'embarras où les jetait la guerre avec Bayanor ne leur permettait même pas de s'en informer. Conformément aux instructions qu'ils avaient reçues, ils renvoyèrent l'afTaire au Conseil Supérieur de Pondichéry.
Quant aux menées mêmes de M. Adam, ils essayèrent de les traverser en reformant contre Bayanor la coalition des princes indigènes qui s'annonçait si bien six mois auparavant. Dès le 13 décembre, ils firent alliance avec le roi de Cotiatte, sous promesse de lui fournir tous les mois 48.000 fanons en argent ou en riz, sans compter de la poudre et des balles pour 3.000 nairs. Un traité de même nature fut signé le 31 décembre avec trois des quatre nambiars, avec l'agrément de Coyonnaire leur chef et de Colastry leur suzerain. En vertu de ce traité, la Compagnie s'engageait à donner tous les ans 120 fanons à chacun d'eux pour prix de leur concours*. Au début de janvier 1726, M. Mollandin espérait gagner Colastry lui-même par un présent de quatre à cinq cents piastres. Quant à Coyonnaire, du moment où nous étions victorieux, son concours nous était acquis ; il nous permit de placer des canons sur les montagnes qui dominaient au nord la rivière de Mahé.
Cependant M. Deidier poursuivait avec activité les travaux de la forteresse. Il avait réuni de sept à huit cents ouvriers qui travaillaient sans relâche. La paix n'étant point faite avec Bayanor, il fallait s attendre à tout moment à quelque surprise ; d'autre part nos ouvriers pouvaient prendre peur, se sauver et nous laisser avec des défenses insuffisantes. Comment conti-