‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 31 sur 86 · Voir pièce annexe, n° 10,1c texte de ce traité · texte numérisé non relu

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nuer les travaux ? où retrouver les fuyards ? En prévision de la continuation des hostilités, le nombre des travailleurs fut porté à 1 . 200, dans les premiers jours de janvier.

M. Deidier avait calculé juste en voulant aller vite. Après la prise de Mahé, nous avions fait la faute d'évacuer les retrancliements de la Montagne-Rouge, sous prétexte qu'ils ne pouvaient servir à notre commerce et que leur entretien ou leur garde entraînerait la Compagnie dans des frais inutiles.

Huit ou dix jours après cette évacuation, les gens de Bayanor revinrent s'y installer ; ils y amenèrent quatre pièces de canon et commencèrent à nous inquiéter. Rien de grave pourtant ne se produisit jusqu'à la lin de janvier ; nous étions seulement dans un perpétuel qui-vive, surtout au moment où nous relevions nos gardes et nos postes. Mais peu à peu le feu de l'ennemi devint plus intense et plus continu : nous perdîmes quelques soldats. M. de la Farelle s'offrit alors pour aller débusquer l'ennemi et cette proposition fut acceptée par MM. de Pardaillan et Deidier, qui continuaient dans les circonstances graves à tenir une sorte de conseil de guerre.

Nous emprunterons pour le récit de cette action et de celles qui vont suivre le Mémoire de M. de la Farelle. Sauf une carte des environs de Mahé pour servir aux attaques de Bayanor en 1726, nous n'avons pas d'autre document sur les faits militaires de cette année. Cette carte, dans ses notes, nous renvoie à des opérations dont elle fixe la date et le lieu, et ces opérations sont plus nombreuses et plus étendues que celles indiquées par M. de la Farelle ; malheureusement, nous ne savons rien de plus. La carte était évidemment destinée à

accompagner une narration qui a disparu. La correspondance entre les Conseils aurait pu nous fournir des indications précieuses ; mais la plus importante, celle de Mahé, est égarée ou perdue, nous n'en connaissons que les dates ' , et celle de Pondichéry, se bornant à faire aux événements une allusion plus ou moins précise, ne peut suffire à les reconstituer.

Voici le récit de M. de la Farelle : ce récit est sans dates.

« Trois détachements furent formés et eurent ordre de se tenir prêts à marcher deux heures avant le jour. Le premier détachement fut de 150 hommes, le second de 100 hommes et le troisième était composé de 100 matelots. Je me mis à la tète du premier détachement, le second fut commandé par M. de la Métrie, et M. de la Bourdonnais, second capitaine du vaisseau la Badine^ commanda le troisième détachement, formé de 100 matelots sans armes et munis seulement des choses nécessaires pour emporter, si on le pouvait, les quatre pièces de canon qui faisaient un feu continuel sur nous.

« Toutes choses étant prêtes et en état, nous partîmes une heure avant le jour et j'allai m'embusquer avec mes 150 hommes à une distance de l'endroit qu'occupaient les ennemis. Je laissai M. de la Métrie assez loin derrière moi pour m'assurer de ma retraite, la situation du pays demandant cette sage précaution. Les 100 matelots qui avaient eu ordre de suivre à la queue de mon détachement s'embusquèrent comme moi et nous attendîmes l'aurore.

« Le petit point du jour ayant paru et la disposition

1. Lettres des "y, IG et 31 janvier, 22 février, 1, 14 et 30 avril, i, 7, 19, 27 et 28 mai, 10 et !!• juillet. 14 août, 9 septembre.

de la marche étant faite, nous fondîmes avec vigueur sur les ennemis; ils eurent à peine le temps de nous apercevoir que nous étions h une demi-portée de pistolet d'eux. Je fis faire alors une décharge si à propos d'une partie de mon monde qu'il resta sur la place un grand nombre d'ennemis. Nous aperçûmes ensuite, sur notre gauche, les approches du retranchement, où nous fûmes tous, mais à ce moment-là, plus de l.oOO nairs, qui avaient abandonné le retranchement et le haut de la montagne et qui s'étaient jetés dans les chemins creux et fossés du versant opposé firent sur nous, à leur tour, une violente décharge de mousqueterie. Nous eûmes hors de combat 8 soldats qui furent tués et 37 blessés ; parmi ces derniers se trouva M. de Plaisance, lieutenant...

(( M. de Pardaillan m'avait donné son maître canonnier, pourvu de plusieurs fiches d'acier et d'un marteau pour enclouer les pièces de canon ; indépendamment de cela, j'avais eu la précaution de m'en pourvoir d'une même quantité et j'avais dit à M. de la Bourdonnais d'en faire de même. Etant donc parvenu à l'endroit où étaient les pièces de canon, et faisant faire toujours feu sur les ennemis, je fis enclouer ces quatre pièces, n'ayant pu les emporter par suite de leur grosseur et de la difficulté du chemin.

« Ayant opéré selon nos désirs et nos souhaits, nous dûmes penser a nous retirer et faire en sorte qu'au moyen d'une bonne manœuvre nous ne perdions pas autant de monde que je voyais l'apparence d'en perdre, m'imaginant bien qu'aussitôt que nous aurions quitté le haut de la montagne les nairs viendraient l'occuper. Afin de les contenir toujours à une certaine distance, je me

retirai en bataille en faisant toujours face à l'ennemi par mon dernier rang et j'envoyai Taide-major avertir M. de la Métrie qu'il eût à avancer sur moi à mesure que je me retirais. L'aide-major avait eu ordre de dire à M. de la Métrie que, lorsqu'il serait arrivé, et moi aussi, à une certaine distance, je ferais faire un quart de conversion à ma troupe pour lui ouvrir le chemin, a£n qu'il pût à son tour faire face à l'ennemi, pendant que je serais occupé à me rallier et à former ma troupe comme auparavant. Cette manœuvre devait se faire alternativement jusqu'au moment où nous nous trouverions sous le feu de la forteresse : M. de la Métrie l'exécuta parfaitement.

« M. de Pardaillan avait donné ordre qu'on tirât sans cesse le canon sur les ennemis pendant tout le temps que durerait cette manœuvre, ce qu'il était difficile de faire sans que nous fussions exposés nous-mêmes ; mais par l'habileté de M. de Surville, lieutenant du vaisseau de M. de la Métrie, nous n'en fûmes point incommodés, mais bien les ennemis, après que nous fûmes à une certaine distance de la montagne. Cependant cela n'apaisa pas la fureur des ennemis, qui nous poursuivirent jusque dans nos palissades, malgré les grandes pertes qu'ils éprouvaient. De notre côté, nous eûmes douze soldats de blessés et deux de tués dans notre retraite ; cette perte, jointe à celle que nous fîmes au commencement de l'affaire, diminua beaucoup notre garnison.

« Après que nous fûmes rentrés dans le fort, l'ennemi continua à tirailler le reste de la journée sur nos postes, et M. Tremisot, directeur, y fut blessé d'un coup de fusil 9 la jambe ^

1. D'après la carte dos environs do Mahé, cette action dut avoir lieu le 25 janvier.

« Deux jours après, nous fîmes encore une sortie ; M. de Vanelly, lieutenant, y fut tué et trois soldats et un sergent furent blessés,

« Les ennemis quittèrent à leur tour la montagne, après avoir démoli le retranchement de terre et se retirèrent aux environs de deux pagodes, sans doute pour projeter quelque moyen de nous suivre. J'envoyai pour les aller observer un détachement de 30 hommes, commandé par M. de Bury, capitaine. Mais cet officier, peu expérimenté, manqua de précaution en négligeant de laisser derrière lui une retraite assurée, après avoir passé par des chemins coupés de fossés et couverts de bois épais, et les ennemis ne manquèrent pas de venir se saisir de ces chemins afin de le mettre entre deux feux... Il sévit enveloppé d'un nombre infini d'ennemis...

« Je fis alors rappeler dans le fort et à la loge, pour rassembler une partie de nos soldats et en former un détachement. Nous n'étions plus qu'un petit nombre d'officiers ; ceux sur lesquels on aurait dû le plus compter étaient morts et je me vis obligé de me mettre à la tête du détachement, qui fut formé avec une diligence extrême.

« Nous avions dans nos compagnies quatre cadets qui furent joints à ce détachement. Messieurs Gaillard, de la Bourdonnais et de Saint-Georges en firent aussi partie, les deux premiers comme volontaires et le dernier en qualité d'aide.

« Mon détachement pouvait être composé d'environ 100 hommes et je ne laissai pour ainsi dire que les gardes qu'il y avait dans le fort et ailleurs. Je marchai en diligence, mais cependant toujours en bon ordre, et je passai par où je pouvais juger que je secourrais plus

promptement la troupe assaillie. Je laissai sur la hauteur de la montagne M. de la Tour, lieutenant, avec trente hommes pour favoriser ma retraite, et quand j'arrivai dans la plaine, je fis mettre bayonnette au bout du fusil...

« La vue des bayonnettes ne tarda pas à décider les ennemis à aller se joindre à leurs autres corps; ils nous firent un feu considérable, mais mal dirigé et d'assez loin. Cependant ils nous blessèrent six soldats européens et quatre soldats topas.

« Nous étant joints au détachement de M. de Bury et ne faisant plus qu'un corps, nous fîmes feu sur les ennemis ; et quand nous eûmes employé presque toutes les poudres et les balles que nous avions, nous nous retirâmes du côté de la mer pour faire ensuite notre retraite avec sûreté. Nous y trouvâmes un canot chargé de poudre, de balles et d'eau de vie que M. de Pardaillan nous avait envoyé...

« Je fis halte et j'envoyai en avant 20 hommes avec un officier pour tirailler sur les ennemis, afin de nous donner le temps d'embarquer nos blessés et de prendre nos poudres et nos balles.

« Cela étant fait, nous nous mîmes en marche pour rentrer au fort, en passant par l'endroit où j'avais laissé M. de la Tour. Dans ce trajet, nous essuyâmes encore quelques coups de fusil, mais sans effet. M. de Pardaillan, ayant vu par lui-même le feu que nous avions essuyé dans la plaine, fut charmé de nous voir de retour avec un si petit nombre de blessés.

(( Notre troupe diminuait pourtant tous les jours, ou par la mort de ceux qui avaient été blessés, ou par la désertion des soldats qui passaient au service des Anglais,

et nous nous vîmes obligés à ne plus rester que sur la défensive.

(( Les ennemis, se rendant compte de notre situation, voulurent en profiter et revinrent, quelques jours après, se saisir de la montagne où se trouvaient encore leurs quatre pièces de canon enclouées ; et s'y étant retranchés avec une diligence surprenante, ils se fortifièrent de telle façon que, dans la suite, il eût fallu un nombre considérable de troupes pour les chasser. Ils avaient fait deux grands retranchements, l'un soutenant l'autre, palissades en dehors et flanqués de deux petites redoutes de terre qui les mettaient en toute sûreté contre nos attaques.

« Leurs retranchements étaient faits et parfaits ; les ennemis y établirent six nouvelles pièces de canon en bon état et commencèrent à nous les faire entendre jour et nuit, en tirant sur le fort et sur les allants et venants de poste en poste, ce qui nous obligea à faire faire des chemins couverts pour les communications d'un poste à l'autre et du fort à la loge.

« Ni la poudre ni les boulets ne manquaient aux ennemis. M. Adam leur en fournissait, et même des canonniers européens et de l'argent pour payer leurs troupes, et quantité de riz, selon l'engagement qu'il en avait fait avec le prince contre qui nous faisions la guerre. Étant ainsi secourus, les ennemis avaient résolu de nous inquiéter à tel point qu'ils pensaient que nous serions un jour obligés d'abandonner le fort faute de poudre, de vivres et de troupes. »

Interrompons un instant le récit de M. de la Farelle ; il doit nous conduire jusqu'à la fin de février et peut-être jusqu'au milieu de mars.

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