Délib. du Conseil Supérieur du 17 avril, t. II, p
n'étant pas suffisants, on résolut le 6 septembre de faire un nouvel envoi de 4.000 pagodes. Mille partirent le l®"" octobre par voie de terre ; les autres furent emportées le 13 du même mois par la Marie-Gertrude.
Cependant, les vaisseaux de France étaient tous arrivés: le Jupiter^ commandant de la Franquerie, le 17 juin ; le Lys^ commandant Desboisclairs, le 14 août, et le Solide, commandant Marquayssac, le 12 octobre. Le Jupiter apportait assez de fonds pour permettre au Conseil de reprendre les opérations commerciales du Bengale et les achats de toiles à la côte Coromandel, toutes choses fort négligées Tannée précédente ; le Conseil décida d'affecter 200.000 piastres à Chandernagor et de réserver 100.000 pagodes pour Pondichéry; des marchés furent aussitôt passés pour la fourniture des marchandises. Le Jupiter ayant annoncé, sur les promesses de la Compagnie, que le Lys aurait d'autres fonds, le Conseil les avait réservés pour la côte Malabar; mais le Lys débarqua seulement 30.000 marcs de matières d'argent. C'était trop peu. Afin de subvenir aux besoins de Mahé, le Conseil de Pondichéry dut réduire une partie des marchés passés à la côte Coromandel et se borner à l'achat de quelques marchandises fines.
C'est là de l'histoire très ancienne et ses leçons ne peuvent plus s'appliquer directement à notre époque ; cependant on ne saurait trop regretter ces défauts particuliers à notre race, de ne rien prévoir et de ne rien organiser en temps utile. La conquête de l'Inde ne nous a pas échappé pour d'autres motifs ^
1. Ne recevant pas d'argent, le Conseil ne pouvait faire des achats et s'exposait à renvoyer les navires en Europe sans marchandises ; par conséquent tout le bénéfice de l'armement était
ha Marie-Gcrtrucle emporiail des munitions de guerre, de bouche et autres effets tirés des magasins de Pondichéry pour une somme de 6.338 pagodes : elle embarqua encore des canons, un caporal et 10 soldats. Elle prit enfin, tant pour l'entretien des troupes que pour le paiement des dettes et la continuation des fortifications, 23.000 pagodes en or et en matières d'argent. 11 ne restait aucune disponibilité pour l'achat des poivres, si indispensable pourtant à notre commerce et à notre politique. Le Conseil, dans cette occurrence, se rappela l'expédient de l'année précédente et le renouvela. Plusieurs marchands réunirent 13.000 pagodes pour le compte de la Compagnie, sans laisser paraître leur nom, et la Marie-Gertrude emporta peu de jours après les deux tiers de cette somme.
Il faut d'autant plus admirer le soin et même le zèle avec lequel le Conseil Supérieur se préoccupait d'assurer l'avenir de Mahé qu'il continuait à ne pas y avoir une très grande confiance. On considérait les dépenses de l'entreprise comme n'étant pas en rapport avec les bénéfices probables. M. Desboisclairs, commandant du Lys, chargé auprès du gouverneur Lenoir d'une mission spéciale pour apprécier la valeur de nos établissements et proposer des mesures, s'il y avait lieu, nous a laissé deux mémoires écrits en France à son retour, au mois d'août 1728, où, sans préconiser pourtant l'abandon de Mahé, il élève les critiques les plus vives contre sa
perdu ou compromis. Pour parer à ce danger, en 1727, le Conseil proposa aux marchands de leur acheter jusqu'à C..380 pagodes d'anciennes marchandises qu'ils avaient en magasin et dont ils ne recevraient paiement qu'au mois de juillet 1728. Les marchands acceptèrent et c'est ainsi que le Lys et le Jupiter purent faire leur voyage de retour.
création'. A ses yeux, l'affaire de Mahé avait toujours été « incompréhensible » ; l'établissement avait été entrepris « contre toute raison » et continué « avec des dépenses étonnantes que Ton aurait bien pu et dû éviter », Il estimait ces dépenses à 500.000 piastres et il en fallait encore 300.000 pour le terminer. L'utilité d'avoir des poivres de première main justifiait-elle tout cet argent? M. Lenoir, dans un mémoire du 6 octobre 1727, dont M. Desboisclairs eut connaissance et qu'il annota, disait au contraire qu'il n'était plus question d'examiner si l'on devait entreprendre l'établissement de Mahé ni s'il avait été bien ou mal commencé. Son maintien devenait un point d'honneur en même temps qu'il se justifiait par la commodité apportée au commerce du poivre. Bon ou mauvais, il était absolument nécessaire de le soutenir et de l'achever 2.
Quoi qu'il en soit de ces opinions, Mahé vécut. Après les avances de la Marie-Gertrude, M. Trémisot reçut le complément par la Minerve, partie de Pondichéry le 26 janvier 1728 avec 10.000 pagodes et 20 soldats commandés par le lieutenant Prizelin. Ces 10.000 pagodes furent encore empruntées à des particuliers, auxquels on fit des billets payables au 1" octobre suivant, à 8 0/0 d'intérêt.
Nous ne pousserons pas plus loin, quant à présent, l'exposé des difficultés où se trouva le Conseil de Pondichéry pour appliquer loyalement et utilement le traité du 8 novembre 1726 ; ces difficultés, il les surmonta et cet effort est à son honneur. Il put ainsi vivre en bonne
1. Arch. Col., C2 74, p. 254 et 281. V. Pièce annexe n» 13,11 et III.