A. Col., C2 74, p. 265. V. Pièce annexe n
intelligence avec Bayanor et, résultat non moins précieux, finir par arriver à un compromis avec les Anglais.
M. Adam avait évidemment perdu une partie importante en ne pouvant plus acheter à son gré les poivres à Bayanor ; ne voulant pas s'avouer vaincu, il essaya d'en jouer une autre dans le pays de Goyonnaire, mais là encore il nous trouva devant lui.
On a vu plus haut comment nous eûmes une loge à Ponelle, volontairement évacuée en 1707, comment ce même emplacement fut concédé aux Anglais, en 1719, par le prédécesseur du Goyonnaire régnant et comment celui-ci nous l'avait rétrocédé à nous-mêmes en 1725. Ces mouvements d'aller et retour laissaient quelque flottement dans les esprits sur la valeur exacte des traités et conventions. M. Adam et M. Trémisot se considéraient également comme les maîtres de Ponelle. De sérieux incidents pouvaient sortir de ces contestations et ils éclatèrent en effet au mois d'octobre 1726, au moment même où Bayanor discutait avec nous les dernières conditions de la paix.
Peu de temps après la trêve, nous dit M. de la Farelle, « eut lieu la chasse solennelle que les nairs de la côte malabar sont obligés de faire tous les ans au mois d'octobre. Cette année 172G, les deux jours de chasse tombèrent les 23 et 24 octobre. Le prince Cougninaire nous invita à cette chasse. Quelques messieurs de notre garnison s'y rendirent, savoir : le chevalier de Palmaroux, lieutenant, Messieurs Desormeaux, souslieutenant, Saint-Dié, cadet, La Gouge, chirurgien et La Lande, employé. Ils étaient accompagnés d'un certain nombre de nairs de Gougninaire.
« Les alliés des Anglais, entre autres les nairs de Narangaporote, se rendirent de leur côté à cette chasse, mais ces alliés étaient accompagnés d'une troupe anglaise qui avait avec elle des petits canons de campagne et des mortiers à doubles grenades.
« Cet appareil de guerre aune partie de chasse ne nous permit pas de douter de quelque dessein prémédité du chef anglais de Tellichéry qui, depuis le peu de temps que nous avions fait la paix [trêve] avec Bayanor, avait déjà essayé de soulever les Malabars contre nous. En effet les nairs de Cougninaire, notre allié, furent attaqués par les nairs de Narangaporote et par la troupe anglaise. Voici comment les choses se passèrent.
« Les nairs de Cougninaire et ceux des ofiiciers de notre garnison qui prenaient part à la chasse aj^ant lancé vin sanglier dans la montagne de Caricounou, le poursuivirent jusqu'au pied de la montagne, où ils rencontrèrent des Anglais qui leur firent compliment de leur chasse. M. de Palmaroux et les nairs qui étaient avec lui, avaient blessé le sanglier qui prit la fuite dans le bois de la montagne nommé Malle ; mais afin d'éviter de se mêler avec les gens des Anglais, ils ne jugèrent pas à propos de la poursuivre. Bien leur en prit, car un moment après les Anglais qui étaient dans le bois de Ponelle, firent feu de mousqueterie et d'artillerie sur ceux des nairs de Cougninaire, qui étaient au bas de la montagne du côté de Caricounou, du côté de la mer.
« M. de Palmaroux et les autres messieurs, ayant envoyé aussitôt à Mahé pour avertir de ce qui arrivait, revinrent eux-mêmes à la forteresse. M"" Deidier, ingénieur, et M. Louet, employé, se transportèrent au fort de Gourchy pour se rendre compte de ce qui se passait, et
ils virent les Anglais qui tiraient sur les nairs de Cougninaire avec des mortiers 5 grosses grenades et du canon de huit, ce qui dura jusqu'au soir,
« Le lendemain, 2i octobre, je fus averti par l'officier de garde de Gourchy que les hostilités recommençaient, et je me rendis, accompagné de M. Lambert, au fort de Courchy, d'où nous vîmes les Anglais tirant, comme la veille, sur les gens de Cougninaire. La canonnade dura tout le jour et les boulets allaient jusque dans les postes où nous avions garnison.
« Nous fîmes nos représentations à ce sujet et adressâmes à M, Adam et à son conseil à Tellichéry, une lettre que signèrent avec moi MM, Trémisot, Deidier et Mollandin. Nous marquâmes dans cette lettre que nous ne pouvions souffrir que l'on fît plus longtemps la guerre à l'un de nos alliés, sur les terres duquel on ne pouvait ignorer que nous avions plusieurs garnisons depuis plus de six mois, et que dans cette situation faire la guerre à Cougninaire, c'était la faire à nous-mêmes. Les Anglais s'excusèrent assez mal, prétendant qu'ils faisaient avec les nairs, leurs alliés, une ronde de leurs limites et conquêtes lorsqu'ils vinrent à nous rencontrer à la chasse, et qu'ils n'avaient eu aucune intention de faire acte d'hostilité, mais avaient voulu seulement faire respecter leurs limites.
« Un vieux levain de jalousie se faisait sentir dans la réponse des Anglais ; ils rappelaient les anciens griefs qu'ils pouvaient avoir eus contre nous et nous reprochaient d'avoir donné assistance à Bayanor, quand il était en guerre avec eux. Ils ajoutaient que notre alliance avec Cougninaire ne tendait, comme celle que nous avions eue auparavant avec Bayanor, qu'à les trou-
bler dans la libre jouissance de leurs limites et conquêtes, qu'ils avaient eux seuls le droit de demeurer dans les terres de Gouringhoda et que nous n'avions pas celui d'entretenir une garnison dans ce pays.
« Ce différend dura cinq à six jours, pendant lesquels M. Trémisot et moi, nous échang-eâmes plusieurs lettres quelque peu aigres avec M. Adam et avec M. Douglas, capitaine des troupes anglaises. »
Ces lettres sont fort longues, en disproportion manifeste avec l'importance du conflit K La chasse, racontée par M. de la Farelle, résultait d'un ancien usage à caractère religieux, dont le souvenir n'est pas encore perdu. En y cherchant une pensée politique, M. Adam espérait peut-être y trouver une cause de rupture avec les Français. Nous lisons avec un certain étonnement, dans les Archives de Tellichéry, que, le 16 octobre, il réunit solennellement tous ses compatriotes, leur exposa, à son point de vue, la politique des Français, menaçante même pour Tellichéry, et, par mesure de précaution, leur fit décliner toute participation dans les divers incidents de la chasse. Dans le cas où le conflit se serait aggravé, il voulait sans doute, aux yeux du Conseil de Bombay, rejeter sur les Français toute la responsabilité des événements. Fort heureusement, la raison l'emporta dans les écrits.
Le Conseil de Pondichéry, mis au courant de cette affaire, approuva sans réserve le ton sage et raisonnable des lettres écrites à M. Adam par MM. Trémisot et de la Farelle ; mais, suivant ses expressions, « toutes les mesures de bienséance et d'honnêteté sont inutiles avec