CHAPITRE II
DE CALICUT A MAHlil
L'origine de notre établissement de Mahé fut, connne on le sait, la loge de Galicut : cette loge remplaçait elle-même d'autres comptoirs que nous avions volontairement abandonnés au cours du xvii" siècle. De ce nombre était l'établissement de Tellichéry que nous avons dû occuper et perdre entre 1690 et 1695; mais on conservait alors les archives avec si peu de soin que trente ans plus tard on ne trouvait plus nulle part, ni à ('alicut ni à Pondichérv ni à Surate, les documents qui auraient pu nous fournir des éclaircissements sur cette occupation. Il ne restait que les souvenirs des indigènes et leurs témoignag-es. Ces témoignages étaient, il est vrai, assez précis: on rappelait que vers Tan 169o les' Français avaient à Tellichéry une grande maison ou hancassal, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la forteresse anglaise ; que le 18 mai 1702. Cononoutty, alors prince de Coringote, nous avait accordé le droit de nous établir à Ponclle et de faire du commerce dans ses terres en s'obligeanl à nous soutenir le cas échéant contre ses vassaux ; (ju'à Mahé même, les Français avaient obtenu de Bayanor un magasin sur la rivière à l'abri de la forteresse indigèn(> vl une autre case sur la colline qui domine l'embouchure du fleuve; les bambous
de cette case existaient encore en 1721, mais tombaient de vétusté.
On ignore les motifs pour lesquels les Français abandonnèrent Tellichéry ; mais, comme ils s établirent peu de temps après à Ponelle, puis à Galicut, on peut supposer que celte dernière ville, capitale d'un empire encore puissant, leur parut, pour leurs opérations commerciales, plus favorable qu'une ville petite et sans accès facile vers l'intérieur.
Ce fut M. Pilavoine, directeur général de la loge de Surate, qui créa la loge de Galicut. En 1700, il revenait de France pour reprendre possession de son poste. A son passage à Bombay — 26 août — il apprit que la situation de Surate était fort troublée et que le commerce y était suspendu par ordre du Mogol. Comme il avait des instructions de M. de Pontchartrain, ministre de la Marine, pour former un établissement à la côte Malabar, il dépêcha aussitôt à cette côte l'un des vaisseaux qui l'avaient amené, V Etoile cVOrient, pour y acheter autant de poivre qu'on le pourrait et s'enquérir en même temps des possibilités de former un établissement durable. Il fit passer sur ce vaisseau deux sous-marchands, MM. Arnault et Couturier, et deux commis, MM. Folenfant et Parthon, pour vaquer à cette occupation. Ces employés achetèrent 100 milliers de poivre qu'ils ramenèrent à Surate le 22 décembre ; ils étaient également porteurs d'une lettre du Samorin, qui invitait la Compagnie à installer un comptoir à Calicut '.
Comme suite à cette lettre, M. Pilavoine envoya un vaisseau à Calicut à la fin d'avril 1701, avec trois commis