Arcli. Madras, registre 9981, p
lui et ne servent qu'à auj^^menler son orgueil et sa brutalité » ; il recommanda en conséquence de s'abstenir désormais de toute partie de chasse chez Coyonnaire, aiin de ne pas donner à M. Adam le moindre prétexte de nous insulter (lettre du 22 décembre).
Le guet-apens du 23 octobre avait peut-être été suscité dans le but d'empêcher la signature de la paix définitive avec Baj'anor. Postérieurement au 8 novembre, M. Adam trouva d'autres moyens pour remettre en cause les résultats acquis.
Quelques jours seulement après la signature de la paix, — exactement le 27 novembre — Bayanor, resté fidèle aux Anglais, vint les avertir sous le sceau du secret que Coringote, encouragé et appuyé par les Français, avait l'intention de reprendre Ponelle : on lui aurait même demandé son propre concours pour cette entreprise. Le sous-lieutenant Desormeaux déserta huit jours plus tard à Tellichéry et confirma ces bruits. L'émoi fut vif chez les Anglais ; leur s^'stème de défense comprenait alors le fort de Tellichéry et une forteresse à Moilan, sur une petite hauteur à proximité de la mer. Le reste de leur territoire était à la merci d un coup de main. Avec un grand esprit de résolution, le Conseil résolut d'occuper dans le plus bref délai la montagne de Pouteni ou Poutinha, dans l'arrière-pays de Moilan, à quatre ou cinq cents mètres de la forteresse. La montagne de Pouteni est séparée au sud de celle de Ponelle par une vallée étroite ; en l'occupant, l'artillerie anglaise rendait impossible tout établissement à Ponelle.
L'expédition, décidée dès le 29 novembre, fut retardée par le mauvais temps et s'exécuta seulement, sans coup férir, dans la nuit du 7 au 8 décembre ; la garde du nou-
veau poste fut confiée au capitaine Douglas. M. Trémisot fut aussitôt informé de cette action et, le même jour, il écrivit à M. Adam qu'avec l'assentiment de Goyonnaire, il allait occuper Caricounou, petite montagne, dénudée à l'est, boisée à l'ouest, au sud de la montagne de Ponelle, dont elle est aussi séparée par une vallée. Ponelle cache respectivement Caricounou et Pouteni. Si nous donnions suite à nos projets, la montagne de Ponelle, point de rencontre des deux artilleries française et anglaise, aurait été pour ainsi dire neutralisée ; or, d'après l'acte de cession aux Anglais de 1719, Ponelle rentrait dans leur sphère d'action. Le Conseil de Tellichéry se réunit sans tarder et répondit à M. Trémisot par une protestation énergique ; il considérerait l'occupation du Caricounou comme une violation des traités et en rendrait les Français responsables. Néanmoins M. Trémisot occupa Caricounou dès le lendemain ^.
L'occupation de Caricounou ne fut pas seulement dictée à M. Trémisot par le désir de répondre à la prise de Pouteni par un acte de même nature, elle fut surtout justifiée par la nécessité de protéger Mahé par de nouvelles défenses naturelles, Pouteni marquait une légère avance des Anglais vers le sud ; Caricounou fut la barrière.
La paix régnant en Bargaret, allions-nous maintenant faire la guerre en Coringote, en nous abritant les uns les autres derrière des titres contradictoires arrachés aux princes du pays ? Après les occupations de Pouteni et de Caricounou, les affaires paraissaient fort mal en point.
i. Arch. Madras, registre 9981, p. 55 et suivantes.
On eut heureusement la sagesse de ne rien précipiter. Avant de se battre, les deux adversaires aimèrent mieux se demander des explications par correspondance. Les premières lettres échan<^ées furent d'une extrême vivacité. Pour justifier la prise de Pouteni, les Anglais invoquaient la cession de 1719; nous leur opposions notre précédente occupation de Ponelle, confirmée par Goyonnaire en 1725. La suspension de nos droits ne les anéantissait pas. La situation de premier occupant étant la meilleure, la justice était manifestement de notre côté. Les Anglais parlaient de paix violée ; c'étaient eux qui la violaient avec leurs fausses interprétations. Nous ne résumerons pas plus longuement cette correspondance des deux comptoirs ; les arguments sont toujours les mêmes. On s'accusait réciproquement de vouloir susciter la guerre ; toutes les lettres sentaient la poudre .
Le jeu intéressait très vivement les Nambiars. Les uns tenaient pour Coyonnaire, d'autres pour les Anglais, mais nul ne songeait à prendre l'initiative des hostilités : leurs sentiments se bornaient à de vagues démonstrations. Cependant nos partisans vinrent un jour nous proposer d'occuper derrière Moilan une haute montagne — sans doute Andallimalla — dont la possession aurait coupé les communications de Tellichéry avec l'intérieur. Cette proposition fut connue des Anglais le 17 décembre; elle les détermina peut-être à ne pas faire dévier les négociations vers une solution belliqueuse.
Les deux parties se trouvèrent au contraire d'accord, après avoir épuisé tous leurs arguments par correspondance, à engager des conversations directes. Le principe de conférences fut reconnu dès le 20 décembre et
MM. Forbes et Law furent désignés par le Conseil de Tellichéry pour venir à Mahé discuter avec les Français. Mais, à ce moment, il n'y avait encore aucun désir sincère d'arriver à une entente : on voulait seulement gagner du temps. Chaque jour consolidait les Européens en leurs positions respectives et ils ne demandaient rien de plus.
On causa ainsi pendant tout l'hiver et même pendant le printemps sans arriver au moindre résultat. On avait seulement évité la guerre et, tant par suite des ordres reçus que par la disposition naturelle des esprits, on était désormais certain du maintien de la paix. Si Coyonnaire, tout à la fois cause et victime de nos compétitions, ne provoquait pas par quelque manifestation une solution définitive, le siatu quo pouvait se prolonger sans danger.
Le Conseil de Pondichéry, rassuré sur la tournure des événements, se préoccupa dès lors dans les négociations d'essayer de mettre tous les torts du côté de M. Adam. Les mauvaises intentions des Anglais lui semblaient évidentes et, dans cette pensée, il recommanda au Conseil de Mahé de se tenir sur ses gardes, comme si les pires événements pouvaient surgir d'un moment à l'autre ; mais il était moins convaincu de l'efïicacité d'aucun moyen d'action et pensait qu'en prenant toutes les précautions de droit et de raison imposées par les circonstances, on pourrait maintenir les apparences d'une bonne amitié (lettres des 27 mars et 5 juillet 1727). Si toutefois, malgré ses prévisions, les Anglais prenaient une attitude agressive ou simplement inquiétante, nous devrions, avec toute la fermeté et toute la prudence nécessaires, repousser la force par la force
et n'abandonner aucune de nos positions. En tout cas, nous ne devions pas oublier que nous étions les défenseurs nés de Coyonnaire. Les montagnes occupées par nous sur son territoire, Caricounou et le Grand Calay, constituaient sa protection non moins que la nôtre.
Ainsi la littérature prolongeait les affaires sans jamais les régler. A tout bien considérer, la paix dépendait de Coyonnaire. Ce prince s'était engagé dans notre parti par crainte des Anglais. Il nous avait été fidèle durant toute notre guerre avec Bayanor. Si son concours avait été alors peu appréciable, son inimitié aurait pu être désastreuse. Nous lui devions donc quelques égards. L'histoire n'établira jamais avec certitude s'il songea réellement à reprendre Ponelle de vive force au mois de décembre 1726. Quoiqu'il en soit, ce furent ses projets, vrais ou supposés, qui suscitèrent le conflit. Les Anglais y avaient gagné Pouteni et nous, Caricounou. Ces résultats acquis, Coyonnaire paraît avoir été négligé. Nous ne pouvions, il est vrai, prendre ouvertement sa défense qu'en entrant en guerre contre les Anglais. La perspective était désagréable et la responsabilité lourde. De part et d'autre on recula devant une solution extrême, et Coyonnaire se trouva ainsi sacrilié à nos ambitions. Il ne faut point s'étonner, dans ces conditions, s'il songea un instant, en mars 1727, à faire la paix avec les Anglais. Il leur aurait alors proposé d'occuper pour leur compte près de Pouteni une colline nommée Tirémalla, à condition de rester nominalement suzerain du pays. Cette étrange proposition ne fut pas acceptée et l'état de guerre subsista *.
On ne relève d'ailleurs, dans les mois qui suivirent,
i. Arch. Madras, registre 9981, p. 100.
aucun acte d'hostilité véritable. Au début d'avril, une centaine de nairs parurent vouloir menacer Pouteni ; deux tentatives semblables se renouvelèrent au mois de mai. Les Anglais prétendirent, sans pouvoir le prouver, reconnaître en ces démonstrations l'action de Coyonnaire et la main de la France. Au mois de juin, nous nous fortifiâmes définitivement sur le Garicounou. Ces fortifications étaient à peine terminées qu'une nouvelle démonstration fit craindre aux Anglais pour le sort de Pouteni ; après enquête, c'étaient trois topas et quatre nairs qui allaient à la chasse. L'incident n'en souleva pas moins une correspondance assez vive entre Mahé et Tellichéry.
Le feu qui couvait sous la cendre était mal éteint. Au mois de juillet, ce furent les Anglais ou leurs partisans qui à leur tour menacèrent Garicounou et troublèrent une partie du pays de Goyonnaire. Nous relevâmes ces attaques avec énergie et nous pûmes y découA'rir la participation de Bayanor.
Ge prince ne pouvait se consoler de la paix du 8 novembre. Il désirait toujours notre expulsion. Les Anglais reconnaissent eux-mêmes avoir reçu de lui le 18 septembre une ambassade dans laquelle il leur proposait de nous chasser de son pays. Il n'avait, leur disait-il, signé la paix que sous l'empire de la nécessité. Mais le mal pouvait se réparer : il fallait d'abord détacher Goyonnaire de notre parti ^.
M. Adam ne rejeta pas complètement ces propositions ; mais, depuis le mois de mars 1727, sa situation personnelle était chaque jour moins assurée. De Bombay, on lui demandait sans cesse des explications sur les