Arch. Madras, registre 9972, p. il
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prêts ou avances faits aux princes indigènes ; il était fort embarrassé pour en fournir. Le moment était donc mal choisi pour engager de nouvelles dépenses. Ce fut le Conseil de Tellichéry qui répondit à Bayanor : on serait très heureux d'entrer dans ses vues, le jour où il se serait libéré de toutes ses dettes. Le malheureux prince avait déjà fait en janvier et en mars des remboursements partiels ; il se déclara incapable de les achever avant le mois d'avril 1728. Ce fut la fin de la conversation et jusqu'en décembre personne n'écrivit ni ne bougea.
La protection que nous donnions à Bayanor devait amener des protestations du Conseil de Bombay ; ce Conseil écrivit en effet, vers la fin de l'année, à celui de Pondichéry pour se plaindre de nos empiétements au nord de la rivière. Assurément, disait-il, tout ce pays n'appartenait pas en propre aux Anglais ; mais les traités leur y concédaient un monopole commercial. Toutefois, pour en finir, il proposait de désigner deux délégués qui s'entendraient avec deux des nôtres, soit à Mahé, soit à Tellichéry. Le Conseil de Pondichéry répondit, le 18 janvier 1728, qu'il ignorait les droits que les Anglais pouvaient avoir sur les Etats de Coyonnaire, mais que Mahé nous avait coûté trop cher pour que nous ne fissions pas, même chez ce prince, les ouvrages nécessaires pour nous en assurer la conservation ; il acceptait, au surplus, la proposition du Conseil de Bombay de désigner deux personnes pour s'entendre avec les délégués anglais.
Les deux délégués français furent ^L Delorme, membre du Conseil Supérieur de Pondicliéry, et M. Deidier. Les délégués anglais furent MM. Adam et Et. Law.
M. Delorme, embarqué à Pondichéry le 13 octobre sur la Marie-Gertrude, était arrivé à Mahé le l*^"" décembre, avec une mission "générale de M. Lenoir d'examiner toutes les affaires qui intéressaient notre établissement. Le Conseil de Tellichéry lui avait souhaité la bienvenue en une lettre pleine de correction et de courtoisie et M. Delorme était allé le 29 décembre à Tellichéry rendre à nos voisins une visite qui fut bien accueillie. Au cours de l'entrevue, il parut un instant aux Anglais que M. Delorme allait leur faire des ouvertures, mais il préféra rester sur la réserve.
Les conversations pour le règlement des difficultés ne furent en réalité reprises que le 4 février 1728 ; elles se poursuivirent alors sans intei'ruption et aboutirent le 26 à un accord préliminaire. MM. Delorme et Deidier devant repartir à brève échéance pour Pondichéry, on se hâta pour la conclusion de l'accord définitif, qui eut lieu le samedi 20 mars. Ces deux accords ne diffèrent l'un de l'autre que par l'article 5 et il n'y a pas opposition entre les deux textes. En voici les dispositions essentielles :
Coyonnaire^ au nom de qui nous traitions, devenait l'ami commun des deux compagnies ; il ne pouvait désormais assembler de troupes ni faire aucune expédition de guerre sans leur consentement.
11 n'inquiéterait point Narangapurote, chef des nairs à la solde des Anglais, ni aucun autre seigneur du pays d'iruvelinad, et Narangapurote comme tout autre seigneur du pays ne l'inquiéterait pas davantage.
Il ne pourrait construire aucun fort ni faire rien qui ait apparence de fortification défensive ou offensive.
Les Français et les Anglais pourraient circuler librement sur ses terres.
Goyonnaire jouirait des terres au sud el à 1 est de Ponelle, Pouteny, Ponolmallé et Tirymallé, sur lesquelles les Anglais élevaient des prétentions.
Les Français et les Anglais ne pourraient faire la guerre à Goyonnaire autrement que de concert ou du consentement l'un de l'autre ; de même ils ne soutiendraient jamais Goyonnaire directement ni indirectement, s'il voulait agir contre l'une quelconque des parties contractantes.
Les Français et les Anglais s'entendraient à l'avenir sur le prix du poivre qu'ils voudraient acheter chez Goyonnaire, de façon à maintenir ces prix aussi bas que possible ; et cet accord ne pourrait être rompu sans en donner avis l'un à l'autre.
Si Goyonnaire ne voulait pas se contenter de la rectification de frontières stipulée plus haut, il ne jouirait pas des terres qui lui étaient « relâchées », mais il aurait toujours la faculté d'adhérer à l'accord, lorsqu'il le voudrait, en se conformant à ces conditions.
Le traité du 20 mars reçut l'approbation du Gonseil de Bombay et fut ratifié le 28 avril au fort de Moilan. 11 comprenait, en sa forme définitive, une addition importante : les Français et les Anglais prenaient l'engagement de ne jamais inquiéter mutuellement leurs forts ni d'attaquer leurs embarcations dès qu'elles seraient en vue de Mahé ou de Tellichéry, quand même il y aurait guerre en Europe entre les deux couronnes. Dans le cas où l'une ou l'autre Gompagnie donnerait des ordres contraires, il faudrait avertissement préalable.
Le traité conclu avec Bayanor le 8 novembre 1726 ne nous faisait pas trop d'honneur; l entente avec les Anglais nous en faisait encore moins. Sans doute la
possession de Mahé nous était assurée par une reconnaissance tacite de nos droits ; mais nous passions par profits et pertes tous ceux que nous pouvions avoir sur Ponelle et, ces droits, nous les abandonnions aux Anglais. Nous ne permettions pas, il est vrai, que Coringote tombât sous la dépendance de Tellichéry ; mais sa situation nouvelle valait-elle beaucoup mieux? Goringote perdait tout pouvoir; le pays était pour ainsi dire neutralisé et Gojonnaire n'était plus libre d'aucun de ses mouvements. M. Adam avait sig-né le traité du 20 mars ; il ne signa pas celui du 28 avril. Dans l'intervalle, il avait fini par succomber sous le poids des explications financières qu'on lui demandait depuis plus d'un an. Le lendemain môme de la signature de la convention du 20 mars, un membre du Conseil de Bombay, M. John Braddyl, débarquait à Tellichéry et le remplaçait, non sans l'avoir mis en demeure de fournir des comptes réguliers. Les jours qui suivirent furent employés à l'examen de ces comptes. Lorsqu'on les eut arrêtés dans leurs lignes principales, MM. Braddyl, Adam et Law partirent pour Tanour, dans l'intention de demander au prince de ce pays le remboursement de ses dettes. Il fut impossible d'arriver à une entente. Après cinq jours passés dans la localité, on se rendit à Panana, résidence du Samorin. Les comptes avec ce souverain furent arrêtés à 688.422 fanons et l'ensemble des avances consenties par M. Adam à 911.529. Avis en fut donné au Conseil de Bombay par lettre du 13 avril. Le même jour, M. Braddyl revint à Tellichéry, laissant à MM. Adam et Law le soin de poursuivre le remboursement des créances. 11 y allait tout à la fois de l'avenir et de l'honneur de M. Adam. Tous deux se heurtèrent aux plus
grandes résistances : toutefois il s'ellectua quelques rentrées de fonds, M. Law devait rester avec M. Adam jusqu'au jour où ce dernier aurait à peu {)rès liquidé la situation : les comptes une fois réj^lés, M. Adam avait ordre de revenir à Bombay. Les choses se passèrent tout dilleremment. Humilié sans doute du rôle qui lui était imposé, M. Adam fit savoir le 23 avril à M. Law qu'il partait pour Madras et il s'embarqua aussitôt. M. Law, n'ayant aucun moyen légal de le retenir, se borna à lui notifier une protestation écrite contre ce départ précipité et rentra lui-même à Tellichéry quatre jours plus tard 1.
Telle fut la fin de l'administration de M, Adam. On a maintes fois reproché à l'administration française d'avoir compromis les résultats les plus brillants par un esprit excessif d'économie et le reproche est fondé ; mais que penser des motifs de la chute de M. Adam ? Cependant nous n'accuserons pas le Conseil de Bombay d'imprévoyance. Nous l'avons déjà dit et l'on ne saurait trop le répéter : h l'époque dont nous racontons les événements, ni les Anglais ni les Français ne se souciaient encore de constituer dans l'Inde un empire politique. Ils désiraient seulement consolider et développer leur situation commerciale par des achats de jour en jour plus étendus. Pour effectuer ces achats, il n'était pas nécessaire d'avoir un vaste territoire ; une loge bien défendue suffisait. Les Compagnies autorisaient parfois des dépenses extraordinaires sous forme d'avances ou de cadeaux ; mais c'était toujours avec l'arrière-pensée d'en retirer plus tard des bénéfices matériels, par quelque facilité nouvelle accordée au commerce. Les dépenses purement