‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 46 sur 86 · II. — Les Conseillers et Employés · texte numérisé non relu

II. — Les Conseillers et Employés

Nous voudrions pouvoir rendre à l'histoire le nom des employés de tous ordres qui se sont succédé à la côte Malabar ; mais les documents que nous possédons sont trop incomplets pour permettre d'effectuer cette résurrection. On nous pardonnera de sauver seulement de l'oubli les noms que nous avons à grand'peine retrouvés dans les Archives.

A la fin de 1727, M. de la Croix fut transféré au Bengale en qualité de conseiller et de procureur du roi. (Délibération du Conseil Supérieur du 25 septembre.)

En janvier 1728, M. Brières, teneur de livres, rentrant en France en congé, fut remplacé par M. Dachery, récemment arrivé de Bourbon par le vaisseau le Solide. M. Fermet était alors secrétaire du Conseil depuis deux ou trois ans.

Le 10 février 1730, M. Barthélémy, sous-marchand, fut envoyé de Pondichéry pour remplacer M. Dachery

qui se retirait du service. Il ne resta pas longtemps en fonctions; il fut remplacé à son tour, en mai 1731, par M. Louet, déjà en service à Mahé, et reçut Tordre de revenir au chcf-licu.

Le Lys^ qui arriva à Pondichéry le 20 juillet 1730, apporta une commission de « Directeur Général » à Mahé et à Calicul, pour M. Trémisot. C'était une juste récompense des services rendus par cet employé actif et fort au courant des affaires '.

En même temps que M. Barthélémy rentrait à

1. La Commissionde M. Trémisol, conforme à toutes les autres de même nature, était ainsi rédigée :

Les directeurs de la Compagnie des Indes au sieur Trémisot, salut. Etant nécessaire de pourvoir à l'administration et régir les affaires de la Compagnie à son comptoir de Mahé, sur les rapports qui nous ont été faits de votre capacité et expérience. Nous, en vertu du pouvoir à nous donné par Ledit du roi du mois de mai 1719, vous avons nommé, commis et établi, nommons, commettons et établissons par ces présentes, directeur général pour la Compagnie des Indes à son comptoir de Mahé et autres de sa dépendance, établis ou à établir sur la côte de Malabar, pour en cette qualité rég-ir et administrer les affaires de la Compagnie, présider à tous les Conseils qui s'y tiendront, vous y employer à maintenir en paix et union ceux qui vous seront subordonnés, leur ordonner ce que vous jugerez de la gloire de Dieu, de l'honneur de la nation et de l'avantage du commerce de la Comi)agnie, aux appointements qui vous seront passés dans les états de la Compagnie ; mandons et ordonnons aux officiers des troupes et vaisseaux de la Compagnie, aux teneurs de livres, gardes-magasins, marchands, sous-marchands, commis et employés et à tous autres qu'il ap[)articndra, de vous reconnaître en cette qualité vous porter l'honneur et le respect dû à votre rang, vous oljéir et entendre à tout ce que vous ordonnerez pour le service de la Compagnie, h peine dedésobéissance; car tellessont les intentions de la Compagnie. En témoin de quoi nous avons signé la présente Commission, que nous avons fait sceller du sceau de la Compagnie et contresigner par le secrétaire général d'icelle. F'ait à Paris, en l'hôtel de la Compagnie des Indes, le 14 décembre 1729. Signé: Fromaget, Castanier, Deshayes,d'Epréménil, l'abbé Faguet, Le Cordier, Langeais et, par la Compagnie, Brinon lie Colignv (Arch. Pond., t. 28, p. 390).

Pondichéry, la Compagnie faisait passer à Mahé, comme second du Comptoir et plus spécialement chargé de la loge de Calicut, M. Bunel, précédemment chargé de nos intérêts à Bassora. M. Bunel était arrivé de Bassora à Pondichéry par le Saint-Ignace le 28 septembre 1730 ; il passa à Mahé par le Saint-Pierre le 4 février 1731. Ses appointements furent fixés à 1.200 livres.

M. Bunel ne garda pas longtemps ses fonctions. Accusé par le Conseil de Pondichéry d'avoir fomenté entre M. Trémisot et M. Lambert une mésintelligence sur laquelle nous reviendrons, il fut invité à regagner Pondichéry (délibération du 29 décembre 1732) ; mais il préféra mettre des explications plus lointaines entre ses juges et lui et il repassa en France au début de 1733 par un vaisseau de la Compagnie qui se trouvait à Mahé.

La même délibération lui donna pour successeur M. Jogues de Martinville, sous-marchand, homme qui paraissait « d'un bon conseil et capable ». M. de Martinville venait seulement d'entrer au service de la Compagnie dans l'Inde et était arrivé à Pondichéry trois ou quatre mois auparavant. Il ne semble pas que sa désignation ait beaucoup plu au Conseil de Mahé ni à M. Trémisot lui-même ; les employés en fonction furent jaloux de son élévation trop rapide, et peut-être n'avaientils pas tort. Les nominations abusives découragent toujours le personnel secondaire, dont on n'obtient plus le maximum d'efforts.

Ces sentiments se manifestèrent au mois de juin 1733 par un incident assez puéril, mais qui occupa vivement les esprits et fit noircir beaucoup d'encre. Un chien mordit au pain d'un soldat qui montait la garde. Le soldat lui donna un coup de baïonnette et le chien voulut se

venger. M. de Martinville, qui passait par là, estima que le soldat avait été trop cruel et commanda de le mettre en prison. M. Dolnay de Palmaroux, major de la place, pensa que M. de Martinville avait outrepassé ses droits et fit relâcher le militaire : M. Trémisot l'appuya. Ce fut une grosse affaire qui fut portée devant le Conseil Supérieur et alla jusqu'à Paris. Le Conseil donna gain de cause à M. de Martinville et la Compagnie lui donna tort. Heureux temps, celui que l'on passe ainsi à ne pas faire plus de mal à la chose publique !

M. de Martinville ne resta d'ailleurs à Mahé que très peu de temps. Au retour de M. Bunel, en 1736, il fut envoyé dans le Bengale pour* servir à Cassimbazar comme second, sous les ordres de M. Burat. A la fin de 1737, il fut nommé Consul à Bassora, où il mourut en 1741. M. de Martinville était considéré par la Compagnie en France comme l'un de ses meilleurs agents. Lorsque M. Trémisot mourut dans le courant de 1737, elle songea à lui donner sa succession.

Entre temps, — 27 janvier 1734 — la Compagnie, voyant que son commerce se développait à la côte Malabar, avait ainsi fixé la composition du personnel de Mahé :

M. Trémisot, directeur ;

M. Bunel, second du comptoir et chef de Calicut (M. Bunel était encore en France ; en attendant son retour , l'intérim continua d'être exercé par M. de Martinville) ;

MM. Louet et Saint-Martin, conseillers ;

MM. MouUineau, Gautier de la Palissade et Bourquenoud, sous-marchands ;

MM. Permet et Olivier Enouf. commis.

Nous ignorons à quel moment MM. Saint-Martin et de

la Palissade arrivèrent à Mahé. M. Saint-Martin est déjà cité dans les actes de 1727 ; il remplaça sans doute M. de la Croix ; quant à la Palissade, le Conseil estimait au début de 1736 qu'il était trop vieux « pour apprendre ce qu'il faudrait ».

MM. MouUineau et Bourquenoud vinrent de France, le premier à la fin de 1733 et le second à la fin de 1734. M. Bunel rentra à la fin de 1733 et son retour fut suivi du départ de M. de Martinville en mai 1736.

M. MouUineau était un homme d'âge mûr et qui avait de l'acquis, mais peu de pratique. On lui attribuait quelque compétence en matière de travaux publics. Bien que nouvellement arrivé, il fut fait presque aussitôt premier sous-marchand et ne tarda pas à devenir membre du Conseil.

M. Bourquenoud était chargé des livres.

M. Olivier Enouf était arrivé de France avec M. Bourquenoud.

A la fin de 1735, la composition du Conseil n'était déjà plus la même que celle prévue par la lettre du 27 janvier 1734, Un nouvel employé, M. Duval de Leyrit, frère de M. Duval d'Esprémenil, Directeur des ventes à Lorient, avait été envoyé de France en 1735, sans doute avec M. Bunel et, grâce à ses hautes protections, nommé immédiatement membre du Conseil. M. Duval de Leyrit est le même personnage qui, devenu Gouverneur de Pondichéry en 1755, après le départ de Godeheu, se trouva aux prises avec Lally-Tollendal dans un conflit qui ne devait les illustrer ni l'un ni l'autre.

Le 15 janvier 1736, le Conseil, tous les Conseillers étant en charge, était composé de MM. Trémisot, Bunel, Louet, de Leyrit, Saint-Martin et MouUineau.

M. Trémisot, le doyen d'entre eux, fut aussi le premier qui disparut ; il mourut le 12 mai 1737, au moment où il allait rentrer à Pondichéry pour prendre un peu de repos. Sa mort suivait de quatre ans h peine celle de M. MoUandin. Des hommes qui avaient pris part à l'expédition de 1725-1726, il n'en restait plus aucun dans la colonie.

Il est regrettable que, faute de documents épisodiques, nous ne puissions reconstituer, comme on le désirerait, la physionomie de ces ouvriers de la première heure qui ont consacré à la création de Mahé leur âge mûr et presque leur vieillesse. M. Trémisot nous est dépeint, dès 1727, comme un caractère un peu susceptible et les querelles qu'il eut avec quelques-uns de ses collaborateurs, notamment MM. de Martinville et Lambert, nous indiquent qu'il ne fut pas toujours exempt de passion et de partialité. M. Trémisot paraît d'autre part avoir été attentif à défendre les intérêts de la Compagnie ; il exécuta assez ponctuellement les instructions qui lui furent données pour l'achat des poivres, la constitution des stocks et l'expédition des marchandises ; sa seule erreur, peut-être, fut d'avoir avancé aux princes de la côte, Bayanor et Cotiatte, des sommes considérables qui ne purent jamais être remboursées et dont la non restitution provoqua dans la suite des ditTîcultés d'où sortit en partie la guerre de 1740-1741. Lui-même, en 173r), année où les fonds manquèrent à Pondichéry, fît à la Compagnie l'avance de plus de 10.000 frs, de ses fonds personnels, pour l'achat de poivre vieux ; la Compagnie lui témoigna sa reconnaissance en 1736 en lui accordant une gratification de 1 .000 livres , qu'il connut quelques

semaines avant de mourir. Nul aujourd'hui à Mahé ne connaît le nom de M. Trémisot et la terre qui garde ses restes garde aussi le secret de leur ensevelissement.

Le Conseil fut alors réduit à cinq membres et deux sous-marchands. Un commis, nommé Gossonde la Lande, mourut six semaines après M. Trémisot.

La même année, M. Olivier Enouf, qui n'avait fait qu'un premier séjour de quelques mois à Mahé et avait été envoyé à Mazulipatam, fut rappelé à Pondichéry et renvoyé à Mahé le 23 octobre comme commis de premier ordre. A la fin de l'année suivante, il fut nommé secrétaire du Conseil en remplacement de M. Permet, congédié pour ivrognerie.

M. Trémisot fut remplacé à titre intérimaire par M. Bunel, en attendant que la Compagnie désignât un directeur titulaire, et M. Bunel ne fut point proposé pour ce poste. On savait que c'était un employé sur lequel il ne fallait pas compter. Son administration, qui dura vingt mois, fut tout à fait mauvaise, moins par malhonnêteté que par indifférence, négligence ou désordre. Le Conseil Supérieur, craignant peut-être un désaveu s'il l'avait remplacé d'office, ne voulut pas prendre l'initiative de cette mutation et soumit l'affaire à la Compagnie. Celle-ci répondit le 27 juin 1738 en nommant M. Dirois, membre du Conseil Supérieur, et en prescrivant de rappeler à Pondichéry, pour rendre compte de leurs actes, MM. Louet, de Ley rit, Saint-Martin et de la Palissade.

M. Dirois fut confirmé dans ses fonctions par décision du Conseil Supérieur le 15 février 1739 et partit le même jour pour rejoindre sonposte, accompagné de M. Moreau, greffier, en qualité de conseiller.

Nous ne devons pas pousser au delà de cette date ce travail sur les origines de Mahé. Bien qu'il ne se soit pas accompli d'événements graves ni décisifs en l'année 1739, l'arrivée de M. Dirois dans la dépendance correspondit d'un an à peine avec les complications extérieures d'où sortit la grandeur éphémère de notre possession malabare.

Il nous suffira, pour en finir avec la gestion de M. Bunel, de dire que cet employé, se sentant soumis à une enquête, prit le parti de fuir, 11 fut rattrapé presque aussitôt et ramené à Mahé. L'enquête révéla un grave désordre dans ses comptes ; des sommes étaient portées au débit de marchands qui ne les avaient pas reçues ; d'autres étaient portées à leur crédit sans qu'ils y eussent droit. Les comptes de l'un étaient inscrits au nom d'un autre.

A la suite de cette enquête, M. Bunel fut renvoyé à Pondichéry avec les autres conseillers et condamné par arrêt du Conseil en date du 8 février 1740 k rembourser ce qu'il devait à la Compagnie ; la contrainte par corps fut même prononcée contre lui.

Malheureusement, le Conseil de Mahé avait négligé de faire signifier et signer son compte à M. Bunel ; il avait refusé d'entendre en sa présence les dépositions des marchands de Mahé au sujet des sommes que celui-ci leur avait payées pendant son administration. Cette omission fut cause que M. Bunel fut renvoyé à Mahé à la fin de février 1740 pour apurer ses comptes. Il repassa à Pondichéry en mai 1741, rentra en France le 16 octobre de la même année par le Duc-de-Bourbon et il ne fut plus question de lui.

Quant aux autres employés, soupçonnés d'avoir par faiblesse ou pour tout autre motif participé à la mau-

vaise g-estion de M. Bunel, l'un d'eux, M. Saint-Martin, mourut à Mahé avant d'avoir rejoint Pondichéry ; MM. de Leyrit et de la Palissade furent reconnus indemnes et retournèrent aussitôt à la côte Malabar ; seul M. Louet fut renvoyé en France pour fournir des explications complémentaires ; il avait contracté envers la Compagnie des dettes importantes que, d'ailleurs il remboursa.

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