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Un patlemar ou courrier piéton mettait de 15 à 16 jours

la Métropole. La Compagnie eût désiré à cet égard que le Conseil de Mahé eût toujours un stock de vieux poivre qu'on aurait pu charger dès le mois de décembre et expédier au plus tard en janvier ; mais, pour avoir des approvionnements de vieux poivre, il eût fallu des fonds d'avance ou des réserves de fonds qui très rarement existèrent. Le Conseil de Mahé expédia presque toujours une majeure partie de poivres nouveaux, dont le plus grand défaut était de se dessécher en route et de provoquer une perte réelle sur le chargement. Les directeurs à Paris, le Conseil des ventes à Lorient, les Conseils de Mahé et de Pondichéry passèrent leur temps à signaler ou à reconnaître le mal sans jamais trouver de remède. D'abord, c'étaient les magasins qui étaient insuffisants ; lorsqu'il y en eut de nouveaux en 1736, ce furent les fonds qui manquèrent ou les poivres qui coûtèrent trop cher ; il y eut toujours d'excellents motifs pour ne pas faire d'approvisionnements *.

1. Une lettre du Conseil de Mahé, du 15 janvier 1736, adressée à la Compagnie, nous donne de curieux renseignements sur le commerce des poivres. Il y est dit :

« Messieurs les directeurs de la vente ont trouvé des diminutions sur les poivres du Cavalier, qui leur ont paru considérables. Ils nous demandent quelques éclaii^cissements là-dessus. Il est certain que c'étaient des poivres vieux, mais lorsqu'ils furent embarqués, ils sortaient d'entre les mains des marchands qui, entre autres fraudes, mettent dans leurs magasins des vases remplis d'eau. 11 n'est pas nécessaire de vous dire l'effet que cela peut causer, duquel on ne peut s'apercevoir que par la diminution que l'on trouve après un certain temps. Si la Compagnie nous envoyait des fonds d'avances pour tenir 1.500 candils de poivre seulement dans les magasins de la Compagnie, comme nous lui demandons depuis longtemps, elle nous mettrait en état de prévenir tous ces inconvénients, et le poivre aurait le temps de ressuer dans les magasins depuis février jusqu'en janvier qu'il est embarqué. Nous serions certains qu'il n'y aurait point de fraudes et sûrs de nos envois. C'est ainsi que les Anglais, nos

Les vaisseaux qui venaient de la côte de Coromandel en octobre ou novembre et devaient ensuite retourner directement en France, ne prenaient pas tous les poivres que le Conseil de Mahé pouvait acheter ; les livraisons ne faisaient que commencer, et, pour leur retour, la fin de janvier était une date impérativc, sous peine de trouver mauvaise mer au Cap de Bonne-Espérance et d'être obligés soit d'y séjourner, soit d'aller relâcher à Sainte-Hélène ou au Brésil. Les marins le savaient et

voisins, en agissent pour charger leurs vaisseaux d'Europe, qui partent en février : la plus grande partie de leurs poivres sont reçus nouveaux dans les magasinb de la Compagnie et lorsqu'ils les embarquent, ils sont vieux.

« Les Hollandais, qui sont les maîtres absolus dans leur Colonie (Cochin) et qui, de force plutôt que de gré, ont des accords avec leur prince et les marchands, en agissent difTéremment, Ils donnent continuellement de l'argent à leurs marchands ; aussi reçoivent-ils continuellementle poivre, soit vieux, soit nouveau.

« Voici comment ils s'y prennent. Ils ont, dans leur colonie principale, un grand magasin parqueté et lambrissé, qu'on appelle le magasin général de la Compagnie ; dans cet endroit, comme dans les autres petits comptoirs, ils ont différents magasins servant à leurs marchands, qui en ont les clefs pour y ramasser les poivres qu'ils tirent des terres. Lorsque le poivre a ressué pendant trois mois dans ces magasins particuliers, on le reçoit dans le grand magasin de la Compagnie, après néanmoins avoir été harpe dans deux harpes différentes. De cette opération, l'on tire d'abord le bon poivre, qui est destiné pour la Compagnie; le menu poivre, on le rend aux marchands qui ont la permission de le débiter dans le pays, et le poivre léger, qui se met en poussière, on le jette au vent. Les Hollandais ne gardent point leur poivre pendant deux ans dans les magasins, quoiqu'ils en reçoivent toute l'année, et avec les précautions que nous venons de dire, leurs poivres sont toujours secs et bons à embarquer. Lorsque leurs vaisseaux, qui viennent de Batavia à cette côte en décembre, sont absolument chargés de ce poivre, on garde le reste, s'il y en a, pour l'année suivante dans les magasins et sur ce vieux ils mettent le nouveau qu'ils reçoivent dans la suite ; mais on ne le remue point ainsi que le blé. En le remuant ainsi, on le diminuerait beaucoup et Ion en ferait sauter toutes les pellicules, ce qui donnerait une perte considérable sur le poivre. »

jamais les bateaux ne partirent de Mahé après la fin de janvier.

Gomme ils ne pouvaient ainsi prendre tous les poivres achetés, le Conseil de Pondichéry envoyait d'ordinaire d'octobre à décembre deux ou trois bateaux d'un plus faible tonnage, les uns appartenant à la Compagnie, d'autres affrétés à des particuliers et ne servant les uns et les autres qu'au commerce d'Inde en Inde. Ces vaisseaux attendaient généralement à la côte Malabar trois ou quatre mois avant de repartir ; ils arrivaient souvent chargés de marchandises de la côte Coromandel ou du Bengale et il était loisible au Conseil de Mahé de les utiliser le long de la côte pour les besoins du commerce local. Il les envoyait d'ordinaire chercher du riz à Mangalore, du blé et de l'araque à Goa, des matériaux à Galicut.

L'important était que ces vaisseaux fussent de retour à Pondichéry en mai ou en juin ; la prudence leur commandait de partir en avril. Ils y apportaient le reste des poivres produits pendant la saison. Le Conseil Supérieur en retenait une partie pour ses besoins, une autre partie pour le Bengale et envoyait le reste à Lorient par les bateaux qui partaient d'ordinaire au mois d'octobre. Pendant son séjour à Pondichéry, le poivre se desséchait un peu et il arrivait ainsi en France en meilleur état que celui chargé directement à la côte Malabar.

Après avoir ainsi fourni du poivre au commerce de France, de Pondichéry et du Bengale, le Conseil de Mahé devait encore approvisionner la Perse et Moka. Le bateau à destination de Perse venait ordinairement de Ghandernagor sans toucher à Pondichéry, avec de Topium et des chargements de soie, de riz et de sucre ; le Conseil de

Mahé y ajoutait du poivre et du cardamome. Le bateau pour Moka, affrété presque toujours par des particuliers, parlait au contraire de Pondichéry habituellement en janvier. Il devait quitter Mahé en mars et être de retour à Pondichéry au mois d'août, la durée totale de l'expédition étant de six à sept mois.

Nous voudrions pouvoir déterminer quelle fut dans ce commerce la part de la France, celle de Pondichéry et celle des autres comptoirs, mais nous n'avons pas à cet ég-ard de documents décisifs. Dans une lettre de la Compagnie, datée de 1734, nous relevons que, cette année-là, elle avait ainsi réparti les commandes :

1 . 200 . 000 livres pour les vaisseaux de Pondichéry ; 800.000 pour les vaisseaux revenant directement de Mahé et environ 400 . 000 pour la Perse et Moka.

Une autre lettre du 26 septembre 1739, adressée par la Compagnie au Conseil supérieur * , nous fait connaître la quantité de poivre fournie au commerce d'Inde en Inde en 1738, Elle se serait élevée à 3.200 candils, d'après le tableau suivant, que nous reproduisons intégralement :

Pour Moka,

Candils

Sur le vaisseau le Bourbon^ pour la Compagnie, et sur le Pondichéry , armement particulier 600

Pour Macao, Sur le vaisseau de Macao arrivé à la côte Malabar pour son commerce particulier et retourné à Macao, 8 à 900 candils 800

■1. Arch. Pond., t. 6, p. 44.

Pour Bassora,

Candils Sur V Entreprenant^ navire particulier de Pon-

dichéry 400

Pour Moka, Sur le Maure, navire particulier appartenant à la reine Biby^, frété par le Conseil de Mahé 1.000

Pour la Chine,

Sur le vaisseau armé par M. Dumas 400

3.200 qui, à 560 livres le candil, montent à 1.792.000 livres.

Alors que la Métropole ne pouvait à beaucoup près tirer de la côte Malabar ce dont elle avait besoin, la Compagnie s'indignait que le commerce particulier fût si favorisé. Le Conseil Supérieur rejeta toute la faute sur celui de Mahé. « Si la Compagnie, répondit-il le 30 septembre 1740, a manqué de poivre, elle ne doit s'en prendre qu'au peu de capacité, à la négligence et à l'infidélité même des employés qu'elle avait à Mahé, qui se sont trouvés pour la plupart débiteurs à la Compagnie de grosses sommes qui devaient servir à l'achat des poivres, au lieu d'être employées dans leurs affaires particulières. » Il fit pourtant remarquer que les chiffres fournis par la Compagnie n'étaient pas exacts et il prit la défense du commerce particulier. « Nous savons, dit-il, qu'il a été embarqué sur le Pondichéry et le Bourbon, pour compte des armateurs de Moka, 171 candils,

1. Comme il a déjà été dit (p. 6, note 1), Biby était le titre donné à la reine de Cannanor, lorsqu'en vertu du droit de succession musulmane, elle était appelée à régner. Dans la liste des souverains de Cannanor, on trouve autant de Bibys que d' A li Raja s

snr VEntreprenani3\2, et 800 sur le Saint-Bcnoîiquia. été en Chine ; quant i\ ceux embarqués sur le vaisseau de Macao et celui de la reine Biby, nous n'en avons jamais eu de connaissance. Le poivre fait le principal objet pour le commerce de Chine et de Bassora et il ne faut plus songer à ces armements si cette denrée leur est interdite. Tous les vaisseaux qui viennent de Macao à la côte Malabar et les vaisseaux qui font le commerce de Chine, Madras, Bombay et Surate y prennent tous les ans des cargaisons de poivre ; pourquoi faudrait-il que notre nation seule fût privée de ce commerce? »

La Compagnie avait-elle tort ou raison de se plaindre que le commerce particulier fût ainsi favorisé ? 11 ne nous appartient pas de trancher ce problème. Le monopole était une condition essentielle du commerce au xviii® siècle ; seule, la Compagnie avait le droit d'acheter et de charger sur ses navires ; elle ne tolérait de faveurs au commerce particulier que quand tous ses besoins propres avaient reçu satisfaction. Mais elle se rendait compte pourtant qu'elle ne pouvait tout accaparer et, si elle se réservait sans exception d'aucune sorte le privilège de tout négoce avec la France, elle accordait de très grandes facilités pour le commerce d'Inde en Inde. Quand la Compagnie avait fait ses achats, les particuliers, qui étaient en général des Hindous, avaient le droit d'acheter tout ce qui leur convenait. C'est ainsi qu'en 1733, les fonds ayant manqué au Conseil Supérieur, les particuliers furent autorisés à acheter à la côte Malabar tous les poivres qu'ils voulurent. La concurrence s'en mêlant, le poivre atteignit alors un chiffre fort élevé, qui pesa sur les achats des années suivantes : il monta à 84 roupies.

La Compagnie, en autorisant le commerce particulier.

se réservait le droit de s'y intéresser elle-même et d'y intéresser les capitaines de ses navires, les membres de ses Conseils et ses sous-marchands pour une part variable, qui fut généralement le quart du chargement. C'est de ces sortes d'opérations que les divers employés de la Compagnie tiraient parfois des bénéfices considérables, qui compensaient la modicité calculée de leurs soldes ou émoluments.

Le poivre acheté par les particuliers était presque toujours vendu en Perse ou à Moka.

Après le commerce du poivre, mais le suivant de très loin, venait celui du cardamome qui est, comme on le sait, un arbuste produisant des fruits à odeur aromatique employés comme condiment. Le cardamome n'est pas directement produit à la côte Malabar ; il vient surtout dans les royaumes de Cochin et de Travancore. A Mahé, on le tirait de l'intérieur du pays, le Wynad actuel. Le cardamome se récoltait en janvier.

La Compagnie demandait qu'on lui en fournît annuellement au moins 6 candils ; en 1736, elle en demanda 48, et le commerce total, avec le Bengale et autres lieux, paraît avoir atteint de 20 à 25 dans les meilleures années. Si l'on prend un chifPre moyen de 20 candils, Mahé exportait annuellement, au taux de 275 roupies le candil, pour 5.500 roupies de cardamome, soit environ pour une valeur de 20.000 francs de notre monnaie.

On exportait encore de Mahé du bois de sapan, du kaire et des cauris ; les quantités en étaient assez volumineuses, en raison de la nature même de ces produits, mais les prix peuvent être considérés comme une quantité négligeable dans l'ensemble du commerce.

Le bois de sapan, tiré surtout de Calicut, se vendait trois quarts de pagodes le quintal ; conjointement avec le bois rouge, importé de la côte Coromandel et qui valait trois pagodes en 1738, il servait surtout de lest aux navires retournant en Europe. On s'estimait heureux si, après l'arrivée en France, on pouvait le vendre sans subir de perte.

Le kaire n'était autre que la bourre de cocos convertie en cordages ; il servait aux besoins courants de la navigation.

Les cauris n'étaient pas un produit de la côte Malabar ; ils venaient des îles Laquedives ou Maldives par les bateaux d'Ali Raja. On les exportait surtout au Bengale où ils servaient de monnaie déchange dans les menues transactions de la population ; leur valeur était de quatre à cinq roupies les 12.000 cauris.

En dehors de ce commerce qui lui était propre et que nous nommerions aujourd'hui le commerce d'exportation, Mahé recevait encore annuellement, soit du Bengale, soit de Pondichéry, différentes marchandises que le Conseil devait écouler de préférence à Mangalore ou à Goa. Ces marchandises étaient pour Chandernagor le sucre et le riz et pour Pondichéry les guingams et les salempouris, qui sont des cotonnades '. Ces marchandises se vendaient d'ordinaire assez bien et donnaient de 25 à 30 %

1. Le Conseil de Mahé pouvait recevoir directement des marchandises de Chandernagor, mais il ne pouvait pas en envoyer sans les faire passer par Pondichéry. C'était une affaire de navigation ; les navires ne quittaient d'ordinaire le IBenpale qu'à la fin de janvier et, en raison de l'approclie de la mousson, il était de toute nécessité (ju'ils se rendissent au plus vite à la côte Malabar.

de bénéfice; en 1731, elles donnèrent 42 et, en 1732, 38 %. Elles n'avaient à craindre que la concurrence anglaise qui ne se manifestait pas régulièrement. Le riz, principal objet d'alimentation des indigènes, ne se cultivait presque pas à Mahé ni dans les environs, où la terre est prise par les cocotiers ; on le faisait venir habituellement de Mangalore, en vertu d'une tolérance spéciale du roi de Ganara, mais, à partir de 1732, le roi ayant manifesté quelque désir d'étendre ses conquêtes vers le sud, le Conseil de Mahé crut devoir prendre contre lui certaines précautions, d'accord avec les Anglais, et la faveur dont nous bénéficions exclusivement ne joua plus que par intervalles irréguliers.

Mahé recevait encore du blé soit de Goa, soit de Surate, soit même du Bengale. En 1728, les blés de Surate valaient 120 pagodes la garce *, les blés de Goa 80 et ceux du Bengale 45; en 1729, les blés du Bengale se vendirent jusqu'à 75 pagodes. Les blés de Surate donnaient plus de farine.

Nous venons de parler de Surate. 11 n'y avait pas de commerce régulier entre cette loge et le comptoir de Mahé. Depuis que l'établissement était pour ainsi dire en faillite, c'est-à-dire depuis 1722 ^^ notre pavillon n'y flottait plus et la Compagnie n'osait y faire directement du commerce, de peur que ses vaisseaux ne fussent saisis. Le trafic était entièrement abandonné aux particuliers 3.

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