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marchandises demandées, sans recourir au moindre subterfuge pour leur expédition ; mais, quand vint le moment du départ, il eut peur des Angrias. Cependant, à la même époque, plusieurs navires anglais ou maures partis de Surate arrivèrent à Mangalore. L'expédition de 1734 pour la France fut ainsi manquée. Les marchandises ne quittèrent Surate qu'au mois d'avril sur le vaisseau VHeureux, capitaine Bruno, envoyé tout exprès de Pondichéry. Ce navire devait les déposer à Mahé au retour ; mais, par suite d'un coup de vent, il ne put toucher à la côte Malabar et il les ramena à Pondichéry (17 mai). Entre temps, la Compagnie n'ayant pas renouvelé son désir de rétablir des relations commerciales avec Surate, on s'en tint à cette opération qui fut loin d'être fructueuse ; les marchandises se vendirent en France au-dessous de leur prix d'achat.
Néanmoins, lorsque M. le Gouverneur Dumas, venant de France, passa à Mahé au début de septembre 1735, il reprit la question, mais en se plaçant surtout au point de vue des importations de France. Dans une lettre du 6 septembre, adressée à MM. Flacourt et Martin, il leur demanda quelles étaient les idées et dispositions des créanciers de la Compagnie ; — si l'on pouvait envoyer des vaisseaux ; — si les fonds ne seraient pas saisis; — quelles étaient les marchandises d'Europe que l'on pourrait le plus utilement écouler. M. Trémisot, dans une lettre du 12 septembre suivant, préconisait surtout l'introduction de fers et de draps d'Europe.
Quant à envoyer un vaisseau de Mahé à Surate, il n'y voyait pas en principe d'inconvénients . Les navires qui arrivaient chaque année de Chandernagor à Surate n'étaient jamais inquiétés; pourquoi ceux de Mahé courraient-ils plus de risques ?
Les réponses de Surate furent sans cloute favorables à ces propositions car, au début de 1738, M. Bunel avertit M. Martin ' qu'il allait recevoir par le Chandernagor 12 balles de draps de France, 2i.766 livres de fer et 60 barres à vendre. Mais, à ce moment, la situation intérieure devint et resta si troublée que le commerce y demeura impossible pour tous les étrangers. Les Anglais centralisèrent alors à Bombay toutes leurs opérations de la côte orientale de l'Inde ; quant à nous, nous nous réduisîmes à ne plus faire de Surate qu'un poste d'observation politique où bientôt un Consul remplaça l'ancien directeur de la Compagnie.
Nous dirons enfin quelques mots des rapports entre Mahé et les îles de France et de Bourbon. Ces îles étaient encore en voie de peuplement et de formation économique ; la main-d'œuvre était rare et la production de riz ne suffisait pas aux besoins des habitants. Avant la création du comptoir de Mahé, les Conseils de Pondichéry et de Chandernagor avaient déjà reçu des ordres de France pour approvisionner ces îles du mieux qu'ils pourraient et ces ordres étaient exécutés . Quand l'établissement de Mahé fut constitué, le Conseil eut des instructions analogues, pour fournir des ouvriers, des esclaves, du bétail, des plants de poivriers et de canneliers. Il fut aisé d'encombrer le pont des navires de ces plants ; il fut plus difficile d'obtenir le reste. Les ouvriers de l'Inde n'aimaient pas en effet à quitter
1. M. Martin avait remplacé comme directeur M. Flacourt, décédé en septembre 1736. Lui-même mourut à Surateen 1738 ; nous avons retrouvé son tombeau en 1911 dans l'ancien jardin de la Compagnie.
leur pays natal, même avec l'appât de salaires plus élevés ; quant au bétail, la côte Malabar fournit très peu de troupeaux ; Mahé ne put à cet égard rendre aucun service. Cependant, si les îles de France et de Bourbon ne pouvaient satisfaire à leurs besoins qu'avec l'apport d'éléments étrangers, l'île de Bourbon était déjà parvenue à produire assez de café pour en exporter. En 1735, elle résolut d'en envoyer dans l'Inde. Nous ne pouvons déterminer si cette initiative revient à M. de la Bourdonnais ou à M. Dumas, l'un ayant remplacé l'autre comme Gouverneur dans le courant de l'année. Le premier envoi, fait à titre d'essai, fut adressé à Mahé par la Subtile. Gomme l'Inde produit assez de café pour sa consommation propre, il ne pouvait être question de concurrence ; le café de Bourbon devait être écoulé en Perse, où il se vendit en effet dans de bonnes conditions. Le succès de cette opération décida M. de la Bourdonnais à la continuer les années suivantes; mais, en 1736 et en 1737, la Subtile alla directement à Bassora, avec ordre de toucher à Mahé au retour seulement, pour y prendre des ouvriers et surtout des vaches. En 1738, les cafés furent apportés à Mahé par la Marie-Joseph. M. de la Bourdonnais^ en correspondant ainsi avec l'Inde pour les besoins de sa colonie, y apportait déjà un ton de domination et de supériorité qui froissait les amours-propres et devait, avec Dupleix, provoquer l'un des conflits les plus retentissants dont ITiistoire ait gardé le souvenir.
Si les archives de la Compagnie des Indes n'avaient été pour la plupart perdues ou détruites au moment de la Révolution, il nous serait sans doute possible de
reconstituer d'une façon exacte, année par année, ce que nous appelons aujourd hui le mouvement des importations et des exportations. A titre de contribution historique, et sans beaucoup espérer que nos renseig-ne- ^nents seront tous complétés, nous énumérons ci-après les cliilTres qui ressortent de la correspondance connue.
1728. — Sorties de Mahé. — Pour Pondichéry : par la Minerve et la Marie-Gertrude, 1.577 bars de poivres et 12 bars de cardamome. Le Conseil de Mahé était intéressé dans cette opération pour 1 .000 pagodes.
1729 — Sorties. — Pour Pondichéry : parle Saint- Pierre, 555 candils de poivre.
1732. — Sorties. — Pour Pondichéry : par le Souverain, 382 candils, et par le Saint-Pierre, 791.
1734. — Sorties. — Pour France : par le Cavalier, 98.517 roupies en poivres, cauris et marchandises de la côte de Goromandel ; et par le Héron, 71.463 roupies de poivres, cardamome, bois rouge et bois de sapan. — Pour Pondichéry, 1.3Gi.oo2 livres de poivres par le Saint-Pierre, le Saint-Joseph et V Indien.
1735. — Entrées. — De Pondichéry; ^^dirV Aventurier , 67 balles de marchandises de la côte de Goromandel ; par le Saint-Joseph, 4.995 pagodes de marchandises ; par le Saint-Pierre, 100 milliers de bois rouge et 150 balles de marchandises valant ensemble 14.120 pagodes.
1736. — Sorties. — Pour France : par la Reine, 680 candils de poivres.
Entrées. — De Pondichéry : du bois rouge et 290 balles de marchandises valant 168.422 roupies.
1737. — Entrées. — De Pondichéry: par le Z^on- Voyage, 3.202 roupies en effets, munitions et marchandises ; par le Duc-dc-Bourbon, 6.057 roupies de mar-
chandises, plus 27.138 roupies de munitions pour le vice-roi de Goa.
Sorties. — Pour France: par la Thétis, 820 candils de poivres, 17 quintaux de bois de sapan, 19 candils de cardamome et diverses marchandises ; le tout valant 168.422 roupies.
1738. — Sorties. — PourPondichéry : par \e Neptune^ 121 candils de poivres, et par VApollon, 23 candils. Ce fut l'année où le Conseil de Mahé apporta le plus de nég-lig-ence dans l'exécution des ordres de la Compagnie.