II. — La Navigation
Le commerce se faisait par des navires appartenant à la Compagnie ou à des particuliers. On sait déjà qu'il fallait diviser ce commerce en deux parties : celui avec la France et celui avec les différents établissements fondés dans l'Océan Indien, en dehors de l'Inde ellemême, depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu'à la Chine et jusqu'à Manille: ce dernier portant le nom plus particulier de Commerce d'Inde en Inde.
Le premier était un monopole absolu de la Compagnie ; lorsqu'elle permettait à des particuliers de charger sur ses navires, c'était une tolérance et une faveur, ce n'était jamais un droit. La Compagnie employait à cet eiîet des voiliers jaugeant entre 400 et 800 tonneaux, et commandés, soit par des officiers de la marine royale, soit par des capitaines à son service propre : les premiers étaient généralement les plus appréciés et les plus honnêtes. D'autre part, pour que la navigation se fît dans les meilleures conditions, les navires devaient quitter la France en novembre ou décembre pour
repartir de Pondichéry, les premiers en septembre ou en octobre et les derniers au plus tard en janvier, après avoir fait dans l'intervalle un voyage au Bengale, à Achem ou à Merguy. Lorsqu'ils venaient directement de France à Mahé, il était bon qu'ils pussent y arriver du 20 au 25 août au plus tard, s'ils devaient ensuite continuer sur Pondichéry ; après le milieu de septembre, il était presque impossible de doubler le cap Comorin et l'on risquait d'être obligé de rester à la côte Malabar. La date extrême du retour de Mahé en France était, comme pour Pondichéry, fixée à janvier.
Les capitaines et autres officiers avaient le droit de charger pour leur compte une quantité de marchandises déterminée, pour chaque voyage, par la Compagnie ; on leur délivrait alors un port-permis global ou personnel, suivant les cas. Lorsque l'on fraudait, en dépassant la quantité autorisée ou en embarquant des marchandises prohibées, les marchandises couraient le risque d'être saisies à leur arrivée à Lorient et les officiers coupables étaient révoqués ou même condamnés à la prison.
Le commerce d'Inde en Inde utilisait des navires de moindre tonnage, des brigantins et des bots, sans compter la quantité infinie d'embarcations indigènes dont la dimension, la forme et le nom variaient suivant les pays. Ces derniers navires n'allaient jamais en Europe; on les construisait généralement h Merguy, dans le Pégou, et c'est aussi là qu'on les envoyait au radoub ^ Dans la mauvaise saison, ils allaient souvent hiverner à Achem, à la pointe de Malacca. La Compagnie avait