‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 61 sur 86 · Arch. Pond., t. 60. p · texte numérisé non relu

Arch. Pond., t. 60. p

Quand on juge une politique par les événements survenus dans la suite, on a peine à comprendre pourquoi M. Trémisot n'a pas fait alliance avec le Canara. Mais, à ce moment, les Anglais n'étaient pas encore nos ennemis ; ils n'étaient que nos rivaux, et contre l'Indien, tous les intérêts européens s'entendaient. On désirait l'affaiblissement d'un rival, mais non sa disparition : la présence d'un concurrent permettait des intrigues à l'infîni et, en cas de nécessité, des solutions dilatoires. Vingt ans plus tard, on raisonnera tout différemment.

M. Trémisot ne réussit donc pas dans sa médiation, et cependant ses efforts ne furent pas inutiles. 11 s'entendit avec les Anglais. Par un accord du 1*"^ février, dont nous n'avons pu retrouver le texte, il promit d'assister M. Lavs^ dans toute négociation, coalition ou tentative qui aurait pour but d'arrêter le progrès des armées canaraises et de contribuer pour les deux tiers dans toutes les dépenses pouvant résulter du développement de cette politique . L'affaire fut conclue après plusieurs conférences et soumise aussitôt au Conseil de Pondichéry. Pour lui forcer sans doute la main, on lui dépeignait la situation de la Côte Malabar comme désespérée, et le Conseil, sans y rien comprendre, ratifia l'accord dès le mois suivant.

Quelles ne furent pas sa stupéfaction et sa douleur d'apprendre, par une lettre du Conseil de Mahé du 6 août, que non seulement l'accord du 1" février n'avait jamais présenté le moindre caractère d'urgence, mais que, depuis cette époque, M. Trémisot, le jugeant un peu tard trop favorable aux Anglais, cherchait à en éluder les dispositions essentielles et voulait faire à M. Law de nouvelles propositions. M. Trémisot pensait sans doute

que les succès du Canara s'étant arrêtés, l'accord avec les Angolais n'avait plus raison de subsister. Il ne fut pas malaisé au Gouverneur Lenoir de faire observer à M. Trémisot combien sa conduite était à la fois illogique et imprudente. Il était possible, disait-il, que 1 accord conclu fût plus favorable aux Anglais qu'il n'eût convenu, mais ces observations, si judicieuses qu'elles fussent, arrivaient trop tard. M. Law avait écrit au Conseil supérieur ; notre parole était engagée ; il fallait la maintenir. San^ doute il eût mieux valu rester sourd aux propositions de M. Law, comme on avait fermé l'oreille à celle de M. Braddyl; la prise des forts d'Ali-Raja et même celle de Tellichéry nous importait fort peu; en ne donnant pas prise aux réclamations du Canara, nous n'aurions jamais eu rien à craindre pour Mahé. Maintenant le mal était fait ; il fallait en prendre son parti et, bon ou mauvais, exécuter le traité du l^"" février dans son intégralité.

Cette réponse est du 6 septembre ^ Pour se conformer aux prescriptions qu'elle imposait, M. Trémisot eut une conférence avec les Anglais au fort deMoilan, le 27 du même mois. Les Français notifièrent aux Anglais les ordres qu'ils avaient reçus d'exécuter le traité du \er février et l'on en discuta aussitôt les moyens. Il parut aux Anglais que la meilleure méthode était de réunir des fonds et de commencer à agir sur les princes malabars en vue de les associer dans une action commune contre le Canara ; ils engagèrent aussitôt des négociations à cet effet.

Il nous faut maintenant un fil d'Ariane pour nous

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